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QUALITÉ DES PRODUITS ET RENDEMENTS

Les variétés d’olives découvertes jusqu’ici dans la Régence sont au nombre d’une vingtaine. Deux seulement prédominent : le ckitoui dans le Nord, et le chemlali dans le Sahel et dans la région de Sl'ax, où elle forme presque exclusivement la forêt. Quelques autres, telles que les souaba-el-aljia (à Tunis), les mellahi et les nab (à Sfax), sont belles et bonnes pour la table, mais la préparation en est encore inconnue. C’est une lacune à combler et une industrie qui serait certainement rémunératrice.

La teneur des olives en huile paraît suivre la chaleur : c’est, d’ailleurs, ce qui résulte des analyses faites par le laboratoire de Tunis, que. nous reproduisons textuellement :

26,40 pour 100 pour la région 27,91 —

de Tunis.

Sousse.

Sfax.

Djerba.

El Oudiane

(Djérid).

La qualité de l’huile semble suivre la même progression et s’affiner à mesure qu’on descend vers le sud. Les procédés français ont réalisé, dans la fabrication des huiles tunisiennes, des progrès si importants qu’ils ont opéré, depuis quelques années, dans les prix offerts jusque-là sur le marché de Marseille, une véritable révolution. Aux huiles arabes, cotées de 55 francs à 60 francs les cent kilogrammes, se sont substituées les huiles européennes, qui valent couramment aujourd’hui de 95 francs à 102 francs et ont même été cotées jusqu’il 110 francs et 115 francs.

Les huiles tunisiennes ont donc devant elles les plus belles perspectives d’avenir. Elles pourront, sans doute, dans un délai peu éloigné, grâce à la faveur dont elles commencent légitimement à jouir sur le marché français, supplanter à leur profit la plus grande partie des importations considérables que la France est obligée de demander chaque année à l’étranger pour sa propre consommation.

1. La France importe annuellement de 20 à 24 millions de kilogrammes d’huile d’olive (22 millions en 1892, 24 millions en 1894, 19 millions en 1895). La Tunisie a pu importer en France jusqu’à 10 millions de kilos en 1895, soit plus de la moitié de l’importation totale de l’année.

LA CULTURE DE L’OLIVIER EN TUNISIE

Nous ne pensons pas devoir donner, à la fin de cette étude, le bilan d’une plantation d’oliviers dans la région de Sfax. Nous laissons à de plus compétents que nous le soin et la responsabilité de l’établir.

M. Bourde a, d’ailleurs, très judicieusement établi, dans son rapport de 1893, les probabilités de frais et de rendement d’olivettes de 10, de 100 et de 1.000 hectares. Sans être aussi optimiste que lui dans une évaluation de chiffres pris, il est vrai, d’après des données sérieuses, mais qu’on ne saurait peut-être, sans danger d’exagération et par là même de mécomptes, accepter d’une façon aussi absolue, il est juste de dire bien haut que les plantations d’oliviers sont et doivent être rémunératrices. Les résultats acquis et les nombreux capitaux qui s’y sont risqués en sont les meilleures preuves.

Le prix avantageux de 10 francs l’hectare et les avances peu élevées consenties aux m’gharcis permettent d'entreprendre à peu de frais cette culture, sans engager un gros capital. 11 faut tenir compte de l’intérêt des sommes versées et restées improductives pendant les dix premières années, des Irais nécessaires à la construction des puits indispensables pour les grandes exploitations, des dépenses du gérant chargé de surveiller l’entreprise et de faire exécuter les contrats. Mais lorsque l’olivier entre en pleine production, c’est-à-dire entre quinze et vingt ans, il peut produire, dans de bons terrains, 45 litres d’olives donnant environ 11 litres d’huile, qui, à 0 fr. G5 le litre, représentent un revenu brut de G fr. 75 par pied1.

En déduisant de ce chiffre environ 2 fr. 30 pour les frais de culture, de cueillette et de transport, et 0 fr. 45 d’impôt kanoun2, soit en tout 2 fr. 65, il reste encore un produit net de 4 francs par pied d’olivier, c’est-à-dire un revenu net de 68 francs par hectare3. Ceci est une moyenne de rendement prise, nous le répétons, dans les bonnes terres de Sfax, d’après des observations faites par les indigènes du pays, contrôlées avec soin et dignes d’être acceptées avec confiance.

Dans les terres médiocres, ce chiffre est rarement atteint; par contre, certains terrains de nature exceptionnelle, comme ceux de la région de Gremda, d’El-Aïn et de Lafrane, ont donné des rendements très supérieurs. Nous connaissons certaines olivettes qui rapportent de 15 francs à 25 francs par pied. On cite même quelques oliviers qui donnent jusqu’à 40 francs.

Nous pouvons donc dire, en terminant, avec M. Bourde: « Les plantations d’oliviers ont ce gros inconvénient de ne commencer à produire que vers la dixième année, de ne donner des rendements sérieux que vers la quinzième, et de n’être en plein rapport qu’à vingt ans. Elles ne sont donc accessibles qu’aux personnes qui peuvent se passer de tirer un revenu immédiat de leurs capitaux. Ceci accepté, tous les renseignements s’accordent pour indiquer qu elles constituent, sur le sol et sous le climat, privilégiés pour cette culture, du centre de la Tunisie, un des placements les plus sûrs et les plus productifs qu’on puisse faire. »

Vicomte de l’Espinasse-Langeac,

Président de la Chambre mixte de Commerce et d’Agriculture du sud de la Tunisie.

1. Le prix courant d'un olivier est, à dix ans, de 15 à 18 francs, à quinze ans de 30 à 4P francs, et a vingt-cinq ans de 50 à 70 francs.

2. L’impôt kanoun n’est applicable qu'aux oliviers âgés de vingt ans.

3. Nous comptons 17 oliviers à l’hectare, les arbres étant plantés à 24 mètres les uns des autres et en carré. C est la méthode généralement suivie par les Sfaxiens. Si l’on substituait le quinconce au carré, l’hectare aurait 20 arbres au lieu de 17, et le revenu serait porté à 80 francs.

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