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LES DIVERS PARTIS A PRENDRE

Donc, il y a en Tunisie de la terre que le colon peut louer ou acheter; des travailleurs qu’il peut s’associer ou faire travailler, pour son compte, à la tâche ou à la journée. Trois régions peuvent l’attirer : le Nord, centre, par excellence, de la colonisation européenne; le Centre, où la culture des céréales et l’élevage peuvent être joints à la culture de l’olivier; le Sud, enfin, oii il n’y a plus guère place (sauf dans l’oasis, où l’on n’a pas convié l’Européen) que pour la culture arbustive. Le Français qui veut s’établir dans la Tunisie sait tout cela. Où va-t-il se fixer ?

Cela dépend de ses ressources et de ses intentions. Et il importe de distinguer, si I on ne veut l’exposer aux pires méprises et aux plus dures désillusions.

§ 1. — Cas du colon à tout petit capital.

Supposons un colon disposant de ressources modiques, 3.000 francs, par exemple, et jusqu’à 5.000 ou 6.000 francs. 11 a beau être travailleur, intelligent, connaissant bien les choses de l’aoriculture, et sobre, et économe (car se sont lii des qualités quasiment indispensables au colon, et quiconque ne les possède pas fera bien de rester en France et de ne pas aller misérablement échouer aux colonies); même s’il réunit toutes ces qualités, ce colon n’a qu’une petite somme à sa disposition, il ne peut songer à acheter de la terre, même pas à en louer; de même, il n’a que ses deux bras (et ceux de sa femme, car mieux vaut qu’il soit marié, et, peut-être, de son fils aîné) et n'est pas assez riche pour payer des auxiliaires. Dans ces conditions, il ne faut pas lui conseiller de fonder un établissement agricole ou d’en prendre un à ferme. Il serait bien vite arrêté, faute de ressources, et perdrait le peu qu’il aurait engagé. Tout ce qu’il peut faire, sera de prendre une petite métairie, aux termes accoutumés du métayage. Ce sera pour lui le premier échelon de la fortune : avec ses économies, il pourra plus tard louer une ferme, plus tard encore acheter de la terre.

Si toutefois ce colon, au lieu d’être seulement agriculteur, était un artisan, sachant bien son métier et y réalisant quelques jolis bénéfices, alors il pourrait adopter une autre combinaison. A

portée de la ville où il demeure, il pourrait acheter un morceau de terre, un ou deux hectares, et, à ses moments perdus, ayant au préalable appris ce qu'il convient, le planter en vigne, en arbres fruitiers, pièce par pièce, sans se hâter et sans demander l’assistance payée d’autrui. Il aurait alors sous la main un petit « bien » qui lui fournirait le vin, l’huile, les légumes, les fruits; ce serait une rente dans le présent et un capital dans l’avenir.

§ 2. — Cas du colon à capital moyen.

Ce premier colon est d’un type un peu exceptionnel. Le type le plus habituel sera le colon nettement agriculteur, disposant de capitaux plus considérables, et, outre qu’il travaillera de sa personne, pouvant employer des auxiliaires indigènes. Ses capitaux peuvent aller de 10.000 à 30.000 ou de 30.000 h 60.000, et ce sont là deux séries de chiffres qu’il est bon de distinguer.

1. Colon disposant de 10.000 à 30.000 francs. — Celui-là se fixera de préférence dans le nord de la Régence; il achètera un petit domaine de 30 à 60 hectares, y fera de la bonne agriculture française (à quelques variantes près) : céréales, élevage, vigne, etc. On a dressé le budget et le bilan d’un colon de cet ordre. M. Grandeau a donné ci-dessus des chiffres intéressants recueillis sur place, et, en Tunisie, un des colons les plus distingués, M. Trouillet, a fait un devis, qui semble être des plus exacts, pour cette catégorie d’agriculteurs.

2. Colon disposant de 30.000 à 60.000 francs. — Tout ce qui le différencie du précédent, c’est qu’d pourra, au lieu d’acheter un domaine de quelques dizaines d’hectares, prendre à enzel une vaste étendue de terre : 1.500, 1.000 hectares. 11 choisit alors certaines portions parmi les expositions les plus avantageuses et les meilleures qualités de terre, et sur ce qu’il se réserve (200 ou 300 hectares de terre) fait de l’exploitation directe. Le reste, il le loue à des khammès arabes. Il arrive par là à fixer sur son domaine une certaine quantité de travailleurs qu’il a toujours sous la main, et peut, quand le besoin se fait sentir, faire travailler à la journée sur la partie qu’il cultive lui-même. C’est là une conception extrêmement intéressante, qui met le colon en quotidienne relation avec l’indigène, lui donne une position sociale plus relevée et l’associe, de la façon la plus heureuse, à l’œuvre du protectorat : la pénétration des intérêts et l’union des individus.

§ 3. — Cas des colons à gros capitaux.

Outre Ces premiers types, dont les deux derniers fourniront certainement les gros contingents de la colonisation, la Tunisie comporte d’autres catégories de colons, et notamment ceux qui ont des capitaux à placer et veulent les employer dans l’agriculture. Ici encore il faut distinguer :

1. Colon capitaliste qui résidera dans la Régence. — La Tunisie possède quelques bons échantillons de ce genre. Le colon est suffisamment fourni de capitaux; il achète des terres, il en prend ii enzel ; il ne se cantonne pas seulement dans le Nord, il acquiert également des intérêts dans le Centre ou dans le Sud. Dans le Sahel, par exemple, il aura d’importantes étendues de terres a

LA COLONISATION AGRICOLE EN TUNISIE

oliviers, qu’il fera planter et cultiver par l'intermédiaire d’un m’gharci (bail à comptant). Dans le Nord, il aura quelque grosse exploitation, comportant à la fois : culture des céréales, élevage, vigne, et aussi, pourvu que le terrain s’y prête et qu’il ait de l’eau à portée, certaines cultures de luxe ou d’essai, qu’un colon moins riche ne peut pas se permettre, parce qu’elles ne sont pas aussi parfaitement connues, qu’elles exigent des expériences, n’ont, pas de débouché assuré et entraînent des risques ; je veux dire : la culture de l’oranger, du figuier, du caroubier, du citronnier, des primeurs. Pour tout cela il trouvera une main-d’œuvre abondante et déjà convenablement dressée.

2. Colon capitaliste qui ne réside pas dans la Régence. — Ce dernier colon ne peut pas se permettre tout ce qu’a essayé le précédent. Les cultures exposées à un aléa, qui exigent la présence constante du maître, où le « coulage » est le plus facile, lui sont interdites. Donc, à moins qu’il y ait un gérant de premier ordre, comme talent et comme honnêteté, point d’orangerie et point de primeurs. Seulement les cultures accoutumées : céréales et vigne, avec l’élevage, notamment celui du mouton, et aussi la culture de l’olivier. Et il emploiera, à son gré, soit des fermiers ou des métayers européens, soit des khammès ou des m’gharcia indigènes.

Voilà les diverses variétés de colons que la Tunisie doit prévoir et qu’elle peut recevoir, à son profit et au leur. Comme nous le disions en débutant, les renseignements qui précèdent n’ont que la valeur d’indications. Ceux qui seraient disposés à émigrer et à se fixer devront s’entourer de documents autrement précis et qu’il est difficile de rédiger d’avance, parce que les éléments en varient d’année en année et presque de mois en mois. Ils devront donc s’adresser soit à la Direction de fAg riculture, à Tunis, soit à l’Union coloniale française, à Paris.

Ajoutons ceci : tous ceux qui le pourront ne devront pas hésiter, avant de prendre un parti, à aller dans le pays, à voir de leurs yeux, à interroger les colons déjà établis, qui se feront un devoir de leur fournir tous les éclaircissements. Qu’ils ne redoutent pas la dépense du voyage ou la perte du temps : ce sera une économie de toutes façons.

Quant aux autres, quant à ceux dont les ressources sont limitées et qui n’osent pas prélever sur leur capital déjà modique les frais d’un voyage et d’un séjour d’études, ils rencontreront à Tunis l’accueil le plus bienveillant auprès de l’Administration, et surtout (puisque c.’est son rôle) auprès de la délégation de P Union coloniale française, laquelle a élargi son champ d’action et s’intitule « Comité des immigrants ». Ce comité lui fournira sur l’heure, ou dans le plus bref délai, tous les renseignements utiles, guidera leurs premiers pas dans la Régence et les recommandera à des personnes pleines de sollicitude et dignes de confiance, situées, s’il se peut, à proximité de leur futur établissement.

Telles sont les conditions économiques et sociales de la colonisation agricole dans la Tunisie. Nulle colonie n’est plus digne d’attirer les colons et mieux à même de les enrichir. Souhaitons à nos concitoyens d’en tirer parti et de ne pas laisser accaparer par des étrangers des terres aussi lcrtiles, sous un ciel aussi clément et si près de la France.

Josepi-i C ha illey-Be rt ,

Secrétaire général de l’Union coloniale française.

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LES INDUSTRIES DES INDIGÈNES EN TUNISIE

Nos artisans tunisiens sont constitués en un grand nombre de corporations : à la tête de chacune est placé un a min chargé de faire respecter les règles de l’art. Le règlement particulier ii chaque industrie est soumis par la corporation elle-même à la sanction du souverain. L’amin est élu par les intéressés, mais l’élection est ratifiée par S. A. le Bey. Seul ou entouré d’assesseurs, Yamin tranche en premier ressort les contestations relatives à l’art. A Tunis, oii l’organisation industrielle est complète, les amins sont placés sous F autorité du Cheik Médina (cheik de la cité), qui est en même temps président de la municipalité. Sous la présidence de ce magistrat, ils forment le tribunal de V Orf (tribunal de l’industrie), sorte de conseil des prud’hommes (qu’il 11e faut pas confondre avec le tribunal de commerce indigène, composé de Yamin du commerce et de dix assesseurs).

La corporation de Tunis la plus régulièrement organisée est celle des chaouachia, fabricants de bonnets rouges, dont Yamin est aussi, de droit, amin du commerce.

Citons encore au hasard : les moulineurs et tisserands de soie (tourna jia et heraïria ) ; les fabricants de burnous, de haïks, de foutus1, de bâts, de tamis; les teinturiers, les selliers, forgerons, serruriers, menuisiers, tonneliers, maçons, tanneurs, potiers, parfumeurs, orfèvres, bijoutiers, masseurs clés bains maures (hammamjia), etc., etc. 11 existe même une corporation de circonciseurs !

Nous allons étudier brièvement les industries les plus intéressantes.

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