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RESEAU ROUTIER

Le mouvement commercial, qui, des extrémités les plus reculées de la province, converge vers les ports, est facilité par la création et le développement d’un réseau routier (fig. p. 35) digne d’exciter l’envie de nos colons français.

Les traités et les cartes de géographie antiques, notamment V Itinéraire d’Anlonin et la Table de Peutinger, documents d’une valeur inestimable qui se complètent l’un l’autre, nous tout connaître ce réseau dans presque tous ses détails.

D’ailleurs, il nous est souvent possible de contrôler sur place les renseignements qu ils nous fournissent: sur beaucoup de points de la Tunisie, surtout clans les pays de montagne, où il su II 1 1 de la rupture d’un ponceau pour interrompre la circulation sur de grands parcours, l’on retrouve au niveau du sol des tronçons de voies romaines, si bien conservés cpi ils pourraient encore servir

Ils permettent cl étudier clans tous ses détails la technique des ingénieurs romains, la construction des routes, leur tracé, leurs ouvrages d’art, de comparer l’importance relative des diverses artères.

§ 1 Colonnes milliaires.

Les colonnes milliaires, ces bornes kilométriques romaines, sont plus instructives que les nôtres : elles nous lournissent, pour ainsi dire, l’état civil des voies qu’elles jalonnent. Elles se dressent de distance en distance sur le bord de la route, parfois encore debout et encastrées clans le socle rectangulaire qui en assurait la stabilité et les maintenait verticales. L’inscription gravée sur la colonne donne au passant tous les renseignements dont il peut avoir besoin. Tout d’abord, le chillre des milles, indiquant, suivant les cas, la distance au point de départ, Carthage, ou à la ville voisine. 11 est généralement surmonté d’une dédicace impériale qui rappelle la date de la création de la voie, ou celle des travaux de réfection qu elle a subis. L’inscription fait parfois connaître, en outre, les cli llicultés qu d fallut surmonter pour construire la route à travers monts, marais et cours d eau, ou pour la réparer; elle clit par cpii ont été faits les travaux, par les soldats de la troisième légion auguste ou par les habitants de la région, et donne les noms des personnages, gouverneurs de la province ou magistrats municipaux, qui furent chargés d’en surveiller 1 exécution. Nous savons si la voie était de grande communication ou d’intérêt local, comprise ou non clans le réseau ollieiel de 1 empire, si c’est l’empereur ou les cités desservies par elle qui en ont fait les Irais, sur quels loncls ils ont été prélevés. Ce sont là des documents historiques de premier ordre, dont le nombre s’accroît tous les jours, et dont la découverte nous surprend parfois, en révélant 1 existence de routes insoupçonnées, qui traversaient des gorges sauvages et désertes aujourcl hui, ou chevauchaient des crêtes escarpées presque inaccessibles. Peu ii peu se complète la connaissance de ce réseau aux mailles si serrées que pas une bourgade n’était privée de voies de communication utilisables en tout temps.

§2. — Réseau des voies romaines.

Comme Rome pour le réseau routier de l’Europe, Carthage est en Afrique le principal point de départ des voies romaines qui s’étendent à l’ouest jusqu’à l’Océan, et qui, au sud, s’enfoncent jusqu’au cœur du Sahara.

C est cl abord la grande voie du littoral (fig. p. 35), qui utilisait probablement une ancienne route phénicienne et aboutissait a Iiippo lie g tu s (Bône), en passant par Bizerte, la vallée de l’Ouccl- Sedjnan, Thabarca et la Calle. Nous ignorons la date de sa construction, mais nous savons qu elle lut restaurée en 76, sous Vespasien, par le légat impérial Q. Egnatius Catus.

Luc autre voie se dirige également vers Iiippo Regius, mais en passant au milieu clés terres ; elle dessert la rive gauche de la Medjerdah, avec les grandes villes de Thuburbo Minus (Tébourba), Bu /la Regia (Souk-el-Kémis), Simitthu (Chemtou).

La voie de pénétration la plus importante est celle qu’achevèrent, en 123, sous le règne de 1 empereur Hadrien, les troupes de l’armée d’Afrique, dirigées parleur légat, pour relier Carthage a 1 hevesle (fébessa), la capitale civile de l'Afrique à la capitale militaire. Cette grande artère,

Grcwè par A. Simon, 12, ru&ïïïccle/- -Paris

CARTE MONUMENTALE ET ROUTIÈRE DE LA TUNISIE ROMAINE (p. 28 et SUiv.).

(Pour la correspondance des lieux, comparez cette carte ù la carte politique actuelle que représente la figure de la p. 51.)

longue de 197 milles, soit 275 kilomètres environ, est l’objet des constantes préoccupations tics empereurs : Caracalla, Macrin, Maximin, Gordien, Philippe, Decius, Gallus et Volusianus, Aurelianus, Taeitus, Probus, Dioclétien, Constant, Julien, 14 empereurs en 250 ans, et d’autres encore peut-être que nous ignorons, la font réparer en tout ou en partie; elle sert jusqu’aux derniers temps de l’occujfation byzantine. Son importance économique est aussi grande que sou intérêt stratégique : voie naturelle, elle dessert les régions les plus fertiles, les plus peuplées de la Tunisie, qu’elle traverse en diagonale par Membressa (Medjez-el-Bab), Ticliilla (Testour), Thignica (Aïn- Tounga), Tliubursicum Bure (Téboursouk), Sicca Vcncria (le Ivcf), Âlthiburus (Medeina), Ammsedara (Ilaidra).

Enfin, une quatrième voie sur le littoral, au sud de Carthage, coupant le cap Bon, touche à Puppul (Souk-el-Abiod), à Hadrum'ete (Sousse), aux villes du Sahel, des oasis côtières, et se prolonge ensuite jusqu’à Tripoli et Leplis Magna (Lebda) sur une longueur de 823 kilomètres, tandis que les rives méridionales îles chotts sont desservies par une ligne qui aboutit à Tacape (Gabès). D’autres routes croisant les premières complètent le réseau de grande communication.

Quant aux innombrables chemins d’intérêt local qui s’intercalent entre ces grandes voies, allant d’une ville à l’autre, desservant des bourgades, des hameaux, des fermes, il faut renoncer à les énumérer ici. Sur la carte routière de la Tunisie antique, chaque ville un peu importante apparaît comme une étoile qui rayonne dans toutes les directions. La création de nouveaux centres amène celle de nouvelles routes; en même temps on améliore les anciennes, on rectifie les tracés défectueux; en 217, sous Macrin, on ouvre une ligne directe d Inuca (Enchir Rekba) à Tunis (Enehir Djemel), à seule lin d’abréger de 4 milles la distance qui séparait ces deux villages, déjà desservis par un autre chemin.

§ 3. — Travaux d’art relatifs aux routes.

Routes et chaussées traversent souvent des pays très accidentés qui nécessitent de nombreux travaux d’art. Dans les terrains argileux et mouvants, sur le bord des ravins alfoudlés par les eaux, les voies sont protégées par des murs de soutènement. Des fossés de drainage les garantissent contre le ruissellement, des ponceaux livrent passage aux moindres ruisseaux que croise la route. Des ponts sont jetés sur les torrents et les fleuves (fig. p. 37). Quelques-uns subsistent presque intacts ; tels sont le pont de l’Oued-Djilf, près de Foum-el-Afrit, ou celui de l’Oued-Beja, sur lequel passait la voie de Carthage (fig. p. 38).

L’entretien de tous ces travaux publics est assuré soit par l’administration impériale, soit par les communes. Les réfections sont fréquentes, comme le prouvent les inscriptions des bornes milliaires. En outre, tout est prévu pour faciliter la circulation des hommes et des marchandises, des courriers et du roulage. De distance en distance, des citernes publiques, analogues à nos sebbalas, alimentent des abreuvoirs pour les bêtes de trait et pour les troupeaux. Des hôtelleries ( tabernæ ), •pie protègent dans le Sud îles postes fortifiés, offrent la nuit leur abri aux voyageurs.

LES GRANDS TRAVAUX DES ROMAINS EN TUNISIE

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