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GOLFE DE GABÈS. - SA FAUNE

On trouve dans le golfe de Gabès toutes les espèces pêchées sur les autres rivages méditerranéens; pourtant, dans la famille des Squales il se capture de temps en temps d’assez gros spécimens,

1. La palangrc e st une grande ligne d’un nombre considérable d'hameçons.

LES INDUSTRIES DES EUROPEENS EN TUNISIE

cc qui est très rare sur nos côtes; parmi ceux-ci, la roussette, espèce de requin de 0m,90 à l mètre de longueur, qui a la singulière propriété cl’ètre vivipare.

La série des Crustacés n’est représentée que par le crabe commun et la petite crevette; les autres espèces, telles que homards, langoustes, y sont totalement inconnues ; cela tient aux fonds, qui ne leur sont pas propices.

Il y a également peu de coquillages comestibles dans le golfe de Gabès ; pourtant les Kerkennah fournissent de belles et exquises clovisses. À signaler aussi un banc d'huîtres assez important à l’embouchure de l’Oued-Serrak. Un Français, M. Delber, de Bordeaux, a tenté, en 1883, un essai d’ostréiculture qui démontre la possibilité d’acclimater dans le golfe nos espèces d’Arcachon.

Les Kerkennah produisent encore un énorme coquillage, la Pinna nobilis, plus connue sous le nom de jambonneau, dont elle a la forme ; il y a des Pinnas qui atteignent O"1, 80 de longueur; elles adhèrent au sol par leur byssus, sorte de chanvre d’une belle couleur pourpre, que les Romains utilisaient pour confectionner leurs étoiles de luxe. La Pinna n’a aucune valeur commerciale; elle ne fournit qu’une nacre grossière, dont les armuriers indigènes se servent pour l’ornementation des armes.

É CONGES

De tout temps les éponges ont été pêchées dans le golfe de Gabès; nous n’entreprendrons pas de do nner la monographie de ces êtres singuliers, aujourd’hui classés dans le règne animal, et nous ne les considérerons ici que sous le rapport commercial.

On peut classer les éponges en trois sortes les plus employées : 1° l’éponge de toilette, la plus belle et, par conséquent, la plus chère; elle provient de l’archipel grec, des côtes de Syrie et de Tripolitaine ; elle se vend depuis 2 francs jusqu’à 25 francs la pièce, suivant la grosseur ; 2° l’éponge de ménage, qui se vend en gros en chapelets de 12, au prix de 15 à 30 francs le chapelet, et au détail de 2 à 4 francs la pièce; 3° l’éponge pour l’industrie. -

Les procédés de pêche varient avec la nature du fond, la profondeur de l’eau et la nationalité des pêcheurs. Les Arabes et les Siciliens se servent de la fo'ene ou trident; les Grecs pêchent à la drague et an scaphandre ; les indigènes de Djerba et des Kerkennah pêchent au plongeon.

Pêche à la fo'ene. — Tout le monde connaît cet instrument h plusieurs pointes emmanché à une perche de longueur variant avec le fond dans lequel on pêche; on peut se servir de cet instrument jusqu’à une profondeur de 15 mètres. Pour que cette pêche puisse se faire dans de bonnes conditions, il est indispensable qu’on puisse voir distinctement les éponges. Quand la mer est calme, rien n’est plus facile; mais dès qu elle se ride même légèrement, l’obscurité à travers l’onde devient complète. Il y a une vingtaine d’années, les pêcheurs versaient à la surface de l’eau quelques gouttes d’huile, qui s’étendaient en faisant une large tache, à travers laquelle ils suivaient et exploraient le fond; on a renoncé à ce système, assez dispendieux : aujourd’hui ou se sert d’un cylindre en fer-blanc de 30 centimètres de diamètre sur 50 à 60 de long, fermé à l’une de ses extrémités par un verre de vitre. Le pêcheur plonge cette extrémité dans l’eau clapoteuse et,

mettant sa tète à l’autre extrémité clu cylindre, il peut examiner tout à son aise le fond dans ses moindres détails. Pendant qu’il explore ainsi le fond, le rameur sous ses ordres conduit la barque. Dès qu’une éponge est aperçue, le pêcheur commande au rameur de s’arrêter ou de donner quelques coups de rame soit à droite, soit à gauche, de façon à amener la barque à peu près perpendiculairement au-dessus de l’éponge; il laisse alors descendre son trident, pique l’éponge, donne un tour de main pour la détacher et la ramène.

Ces pêcheurs, tfès adroits, arrivent à piquer l’éponge sur ses parois, épargnant ainsi la face, pour ne pas la déprécier.

La foène est l’engin le plus généralement employé par tous les pêcheurs du monde.

Pêche à la drague ou gangava. — Cet engin, qui ressemble beaucoup à notre drague, se compose d’un cadre dont trois côtés sont en bois; le quatrième est une forte barre de fer rond. Ce cadre, muni d’un filet en forme de poche, est fixé à un gros câble amarré au bateau.

Le mode d’emploi de la gangava est des plus simples : on la coule à la mer, et la barre de

fer qui la borde d’un côté vient tout naturellement reposer sur le fond; le bateau est mis en marche et traîne derrière lui l’engin, qui détache au passage les éponges, que le filet reçoit. Dès que le filet est plein, ce que l’on reconnaît aisément au ralentissement de la marche du bateau, on remonte l’appareil à l’aide d’un treuil disposé pour cela à l’avant; on le vide de tout ce qu’il contient, éponges, coquillages, cailloux, etc., jusqu’il de gros poissons; on procède au triage et on recommence la même opération.

Ce système a le grave inconvénient de ravager les bancs d’éponges, en détruisant celles qu’on 11e prend pas. Il a été longtemps mis en interdit, avec beaucoup de raison, par le gouvernement turc; le gouvernement tunisien en a décrété depuis plus de cinq ans la prohibition pendant les mois de mars, avril et mai, époque probable de la reproduction de l’espèce, et en vue de sa conservation.

Pêche au scaphandre. — Importé en Tunisie par M. de Nayrouse, il y a une vingtaine d’années, le scaphandre est trop connu pour qu’il soit nécessaire d’en faire la description; la pêche au scaphandre nécessite de grands capitaux; elle n’est pas également exercée sans d’énormes difficultés, par suite des exigences des plongeurs, qui ne se mettent pas en mer sans avoir reçu une avance d’au moins 2.500 francs chacun; ensuite, s’il arrive que l’un, des leurs soit blessé par un requin, ils refusent de continuer à plonger au même endroit; de même que si, les tubes s’entortillant dans des madrépores,, le plongeur est asphyxié, les autres cessent alors tout travail.

Tous ces accidents, joints au prix élevé de l’appareil, empêchent d’en généraliser l’emploi.

Pêche au plongeon. — Cette méthode n’est employée que dans des fonds de 4 à 5 mètres, et par les Kerkenniens et les Djerbiens. Les plongeurs se réunissent par 4 ou 5 sur le même bateau; chacun d’eux, armé d’un poignard pour se défendre contre les requins, est pourvu d’un filet qu’il attache à sa ceinture et dans lequel il met les éponges pêchées; ccs hommes plongent à tour de rôle.

LES INDUSTRIES DES EUROPÉENS EN TUNISIE

Importance de la pêche des éponges. — Cette industrie, qui assure l’existence d’un millier de pêcheurs indigènes, de 700 Grecs et de 800 Siciliens, provoque un mouvement de 1.500.000 francs sur le marché de Sfax, somme dont les trois quarts sont dépensés dans le pays.

Les droits de pêche des éponges rapportent an gouvernement une centaine de mille francs annuellement; la douane et les masoulats perçoivent soixante à quatre-vingt mille francs sur les produits consommés par les pêcheurs. Enfin, les éponges, soumises à un droit de sortie de 0 fr. 37 par kilo, donnent, pour cent mille kilos exportés, trente-sept mille francs au Trésor.

On voit par ces chiffres la source de revenus que cette pêche procure à la Tunisie; on voit aussi combien il importe qu’on s’intéresse à la conserver; mais, pour cela, il convient d’édicter une réglementation résolument protectrice : il faudrait, avant tout, qu’on se livrât sur l’éponge, sur son mode de reproduction, l’époque probable de sa naissance, le temps qu’elle met pour devenir adulte, etc., etc., à des études sérieuses, et que ces études fussent faites sur place par des zoologistes.

Il n’y a pas que le golfe de Gabès où les pêcheurs se livrent à la pèche des éponges; depuis trois ans la baie de Mahédia fournit une espèce qui se vend de 14 à 15 francs le kilo. De l’avis des professionnels, Mahédia est appelée à un grand avenir, et, d’après eux, serait mieux située que Sfax pour cette pèche, qui, actuellement, procure sur le marché de Mahédia un mouvement de trois cent mille francs. Si un groupe de capitalistes entreprenait de créer en cette région un centre de pêche des éponges, nul doute qu’en y obtenant lui-même le succès, il y créerait la richesse.

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