UNE VILLE ARABE DU SAHEL. — KALLA-KÉBIRA
passage du chenal qui sépare les îles Kerkenah de la côte. Ces bateaux seraient ainsi à l'abri des vents et des tempêtes.
La seule localité importante au sud-ouest de Mahdia est le gros bourg de Ksoures-Sef, situé à quinze kilomètres, entouré des beaux jardins aux cent puits des Ouled- Salah. C'est près de là que se trouvait le cap S>/llectum des Romains, le port le plus rapproché de l'importante ville de Tysdrus (El-DJcm), dont nous parlerons plus loin.
Le cap Kapoudiali, aussi appelé Kaz-KhaduJja, est à vingt-sept kilomètres au sud-est de Ksour-es-Sef. C'était Brachodes, surnommé Caput-Vada par les Romains. Bélisaire y débarqua, lorsqu'il vint combattre Gélimer, dernier roi des Vandales. Le général de Justinien occupa la presqu'île et s'y retrancha au moyen d'un large fossé. On y voit encore une tour, haute d'environ viugt mètres, dont les assises inférieures sont de construction romaine et dont la partie supérieure est sarrasine. L'accès en est difficile, l'entrée très petite et fort élevée au-dessus du sol.
Au sud du cap Kapoudiali, se trouve uu petit port de refu<;e pour le» bateaux de pêche; il serait facile d'y établir la gare terminus d^i cheuiiii de fer venant de Sousse, de Malidiaet de Ksour-es-Sef. (\^ serait l'emban-adèrf des bateaux e(»niniuni«iuant avec Sfax par le chenal; ou ferait gajruer plus de cent Uiloniètres sur le trajet ijui contourne les Kerkeuali, tel qu'il est pratiqué à
l'heure présente par les bateaux calant ~
plus de trois mètres.
La presqu'île de Kapoudiah renfermait une ville byzantine du nom de Justinianopolis. Il n'en reste plus trace.
Non loin de là, à trois kilomètres à l'ouest, au milieu d'oliviers magnifiques, ou voit le village arabe de Cliebbâ, véritable petite oasis au milieu d'une contrée aride et pierreuse. Un peu au sud de Chebbâ sont les ruines de l'antique Buspe ou Ruspae, où il y avait un évêque byzantin : episcopus ruspensis.
En 1884, le père Buliagiar, curé de Sfax, ayant été nommé évoque in partibus de Uuspe, dont le dernier titulaire avait été saint Fulgence, eut l'idée de visiter son chimérique diocèse et de rechercher la trace de l'ancienne basilique. Il ne découvrit qu'un chapiteau et une colonne ornés de croix byzantines, qui furent rapportés religieusement et placés dans les bas côtés de l'église de Sfax, alors en construction.
Au nord de Chebbâ se trouve le marabout de Sidi Abdallah, qui sert de point de reconnaissance en mer.
La route qui conduit à Sfax est assez bonne à partir de Chebbâ. Elle longe la côte et conduit (dix kilomètres) au Raz-Dzira. Ce cap est la suite d'une chaîne de petites collines, qui disparaissent en laissant à la surface de la mer une série d'îlots rocheux.
Au delà, le voyage par terre devient fastidieux, et je ne le conseillerais pas aux touristes. Il faut être archéologue endurci pour s'y aventurer.
Il y a deux routes de Raz-Dzira ou de Melloueche à Sfax, l'une suit les côtes, l'autre s'enfonce dans les terres. Toutes deux mesurent de cin(iuante-six à cinquantehuit kilomètres.
On rencontre en chemin le village des amandes El Lousa, où il n'existe presque plus d'amandiers; et, dans les terres, Djebeliana, entouré de beaux oliviers, de figuiers et d'amandiers.
ALOL'I. — .MARCHAND DK F IM A .\ 1» 1 .S K? A KALLA-SRIUA.
Plus loin, an bord de la mer, des ruines romaines que les Arabes appellent Sicli M" Sara et Koudiet-Bosfa ; elles ont peu d'importance. A vingt-six kilomètres de Melloneche, est situé le superbe marabout de Sidi Macklouf; on a découvert dans les environs des débris, byzantins que l'on croit être les restes à'Usilla. Les Arabes l'appellent Inc/nlla.
Le pays devient aride, il est semé de quelques maigres bouquets d'oliviers et cultivé deci, delà par des nomades de la tribu des Métellit. Il en est ainsi jusqu'au fameux marabout où les nègres de Sfax se rendent en pèlerinage. Le marabout des nègres, Sidi Mansour, vivait il y a deux siècles. Sa sépulture, à laquelle est adossé un caravansérail, est le rendez-vous des fidèles de couleur. A l'époque des pèlerinages, la réunion noire n'engendre pas la mélancolie.
A la pointe du promontoire, non loin du marabout, s'élève une vieille tour romaine dont la hauteur est d'un peu plus de douze mètres, et dont la circonférence en mesure vingt-huit. Cette tour (Bordj-sidi-Mansour') est d'assez bel appareil dans sa partie inférieure ; sa construction paraît remonter à l'époque byzantine.
Sidi Mansour est à treize ou quatorze kilomètres au nord de Sfax. Au delà, le chemin devient charmant et traverse des jardins touffus et de plantureux vergers fort bien cultivés.