‹ La Tunisie, pays de protectorat françaisChapitre 31 sur 76 · M A 1 13 O X 1) K L OASIS DE G A B E S · texte numérisé non relu

M A 1 13 O X 1) K L OASIS DE G A B E S

avait laissé dans son ancienne résidence du Nefzaoua (situé à l'extrême Sud) une négresse esclave. Cette femme étant allée demander protection à l'autorité militaire, le général Leclerc fit arrêter le propriétaire de l'esclave et ordonna une enquête, laquelle établit que le prévenu était coupable de simple négligence, et l'officier chargé de cette enquête concluait à l'abandon des poursuites, deux mois de prison préventive lui paraissant une panition suffisante. Le tribunal musulman n'en a pas moins coudamné l'accusé à deux mois de prison, ordonnant en outre la mise en liberté immédiate de l'esclave. Il y a mieux, une négresse, achetée en 1886, avait porté plainte contre son maître vers le milieu de l'année 1891. Celui-ci avait encore, conformément au décret de 1890, dix-huit jours pour procéder à l'affranchissement. Mais le tribunal musulman de l'Ouzara ne voulut pas attendre l'expiration du délai, et il condamna Mosbah-ben-M...T... à 400 piastres d'amende, en se fondant sur ce considérant que, au cours de l'enquête, le ^léwQim ri avait pas manifesté l'intention de libérer l'esclave.

FEMME DE OABÈS.

L'Onzara fit plus encore, en n'admettant pas que l'ancien maître et l'intermédiaire qui avait figuré à la vente pussent bénéficier de la non-rétroactivité du décret. Il les a condamnés à Tamende, à seule fin d'intimider les intermédiaires et ceux des habitants du Sud qui se montreraient peu empressés d'affranchir leurs esclaves.

Je crois inutile d'ajouter quoi que ce soit à ces décisions judiciaires pour démontrer que la Tunisie est une exception louable dans le monde musulman. Je n'hésite pas à déclarer ici que j'attribue absolument cet excellent état des esprits et des choses dans ce pays an régime même du protectorat, si heureusement mis an jour par M. Jules Cambon, si sagement et si judicieusement mis au point et perfectionné par M. Massicault pendant cinq années.

Nous n'avons pas imposé la civilisation européenne, nous l'avons juxtaposée aux mœurs et coutumes des indigènes. Nous leur avons ainsi donné l'exemple de pratiques d'équité, de justice et de morale dont peu à peu ils se rapprochent, les ayant comparées à l'état social défectueux dans lequel ils vivent. ^

Que, dans quelques contrées presque inhabitées de l'extrême Sud, encore parcourues par des tribus indisciplinées, il puisse se produire quelques abus, c'est possible; mais on peut afiirmer qu'il ne s'en produit plus de ce genre, dans le centre et dans le nord de la Tunisie, qu'ils ne soient immédiatement et sévèrement réprimés.

Mais que me voilà loin de l'oasis de Gabès !

Je lis dans plusieurs ouvrages que la concentration militaire qui existe à Gabès est mal choisie, et qu'elle serait mieux ])lacée près de la frontière tripolitaine, entre Zarzis et Kassar-Metameur. La critique n'est pas absolument exacte. De même qu'il a été déplorable qu'on ait concentré des approvisionnements considérables à Strasbourg et à Metz, où les Allemands en ont bénéficié dès nos premiers revers ; de même, ce serait une faute de porter, par exemple, la base d'opérations et le centre d'approvisionnements à Zarzis, c'est-à-dire sur la frontière même.

Gabès se trouve placé au centre d'un rayonnement en éventail, pouvant soutenir et ravitailler aussi bien la région des Acaras que le Nefzaoua, le Djerid et la région de Gafsa. Gabès est merveilleusement placé, à cheval sur les chotts, pouvant, avec une égale facilité, surveiller les rivages nord des mers de sel jusqu'à Nefta, et leurs rivages sud jusqu'à Kibelli etDebabcha. Gabès nous a coiUé beaucoup de jeunes soldats enlevés par la fièvre. On a trouvé comme palliatif de ne plus exposer à la mortalité que des soldats de bataillons d'Afrique, pour la pluimrt j^eu dignes d'intérêt. L'on vient de faire mieux: le bey vient de décréter d'utilité publique la dérivation de sources excellentes; comme l'eau est le principal véhicule de la meurtrière fièvre typhoïde, il est à penser que la mortalité, dans les camps de Gabès, sera bientôt ramenée à la normale.

Il y a aussi la question de l'assainissement de l'oued par le redressement de son lit. C'est là une très grosse et très intéressante question, faite pour tenter les capitaux. En jetant l'Oued-Gabès directement dans la mer, on augmenterait sa pente et l'on préviendrait en grande partie les envasements qui se découvrent à marée basse et occasionnent des fièvres. Dans tous les cas, le lit de la rivière serait éloigné du camp de plusieurs centaines de mètres. Enfin l'on gagnerait sur la rive droite de quoi doubler la surface à bâtir de la ville de Gabès-Port.

LA TUNISIE. gg

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