‹ La Tunisie, pays de protectorat françaisChapitre 32 sur 76 · DJERBA · texte numérisé non relu

DJERBA

C'est la pins grande des îles de la côte tunisienne. Elle est citée par le vieil Homère. Hérodote, Polybe, Athénée et cent auteurs ont emboîté le pas au grand poète grec. Et tout cela à propos d'uu fruit.

On lit dans l' Odyssée (chant IX) :

« Ils (les compagnons d'Ulysse) partent et pénètrent dans le séjour des Lotophages, peuple tranquille qui ne leur dresse aucun piège mortel. Il leur présente le lotos, ses délices. Dès que mes guerriers ont porté à leurs lèvres ce fruit aussi doux que le miel, ils n'aspirent qu'à couler leurs jours chez ce peuple. Savourer le lotos est leur seul charme ; ils ont oublié jusqu'au nom de leur patrie. Je les arrache à cette terre, peu touché de leurs larmes ; je les entrave dans la flotte et j'ordonne à mes autres compagnons de voler dans nos vaisseaux rapides. »

Il faut vous dire que le sage Ulysse, roi d'Ithaque, trop pressé de rejoindre sa fidèle Pénélope, s'embarqua imprudemment aussitôt après la prise de Troie. Homère raconte les mésaventures de son héros et nous apprend que les vents contraires, au lieu de le pousser vers l'Épire, le jetèrent dans la direction du Sud, dans les eaux de la Petite Syrte, et le firent aborder à l'île que nous appelons aujourd'hui Djerba.

Je ne saurais vous dire quelle quantité d'encre a été répandue sur le papier pour déterminer le fruit séduisant qu'Homère appelle le lotos, dont il proclame les efiets extraordinaires, mais dont il a oublié de faire la description.

Sur cette omission les savants se sont mis en campagne... et ils la battent même encore sur ce chapitre-là. Les uns veulent que ce soit le jujubier sauvage, d'autres que ce soit une variété de dattes, d'autres le lagmi (vin de palmier), d'autres les racines macérées d'une plante... Que sais-je encore?

Le Brillât-Savarin ou, si vous voulez, le Monselet du m* siècle, un nommé Athénée, a été un peu plus explicite qu'Homère. Voici ce qu'il en dit (livre XIV, 6T) :

« Polybe décrit ainsi le lotos, qu'il a vu lui-même en Libye. C'est un arbrisseau; il est scabre et épineux, il a la feuille verte semblable à celle du rhamnos, mais plus large et d'un vert plus foncé. Tant par sa couleur que par sa grosseur, le fruit rappelle celui du myrte ; mais, plus tard, il se colore en pourpre et atteint la grosseur des olives rondes. Le noyau est très petit. Quand le fruit est mûr, ou le cueille. Ce qui est destiné aux esclaves est écrasé avec le noyau dans un vase; mais, pour les citoyens, l'opération a lieu après l'élimination du noyau. La substance ainsi préparée est con-

sommée, son goût rappelle celui de la figue ou de la datte, mais avec plus d'arôme. On en fabrique du vin on écrasant et macérant les fruits dans l'eau, ce qui rehausse leur saveur et donne au liquide le goût de l'hydromel. Ce vin se hoit sans eau, mais il ne se conserve pas au delà de six jours. Aussi n'en fabrique-t- on que de petites quantités destinées à la consommation immédiate. »

Si Homère s'est dispensé de décrire un fruit qu'il ne connaissait sans doute que par d'imparfaits récits de voyageurs, il a du moins tenu à fixer d'une façon immuable

Page 1