L .V GRANDE MOSQUÉE DE H 0 U M T - S O U K
verdoyante; à l'ouest, c'est le continent, dont les falaises sont battues par les flots. Au loin, dans le bleu, les montagnes des Matmata.
Le D''Estrées stoppa dans le chenal et envoya un coup de canon pour prévenir les gens qui devaient apporter dans leur loude les trésors d'archéologie en question.
Peu après, nous vîmes une grande voile se détacher de la rive d'Adjim et s'avancer vers nous. Au bout d'une demi-heure, la loude accostait le D'EstrêeSj minuscule à côté du géant. La mer était d'huile à l'abri des côtes.
Bientôt apparut sur le pont du navire un grand gaillard, visage bistré, cheveux grisonnants, — l'idéal d'une tête de corsaire pour un peintre, — portant le turban et la gandoura des bourgeois tunisiens. Il salua profondément le commandant et le conduisit à tribord pour lui montrer les pierres qu'il apportait dans son bateau. Puis il redescendit et fit apporter de belles dorades, dont il fit hommage au bord.
Cette politesse faite, on se mit à hisser les documents archéologiques annoncés.
A la vérité, ils ne valaient pas la peine prise et le charbon brûlé pour les chercher. Ici, je me plais à constater l'amélioration que l'adjonction d'un dessinateur de premier
ordre, Eugène Sadoux, graveur de talent et bon photographe aussi, apportera au service technique des antiquités. Il suffira désormais de relever les objets qui ne valent pas le transport, de les laisser sur place, abrités an besoin, et de ne porter au musée du Bardo que les pièces essentielles.
Vers trois heures, je fis mes adieux au commandant et aux officiers dnD'Estrées,
PAYSANNE ET FKMME DE DJBRBA.
et je m'embarquai sur la loude. Aussitôt la voile déployée, le patron me fit asseoir sur des sacs. Ses deux hommes et lui se couchèrent ensuite au fond du bateau pour faire une sieste agrémentée d'une foule de cigarettes.
Nous cinglâmes ainsi, mollement, vers l'île célébrée par le grand Homère. La brise était faible, et souvent la voile tombait le long du mât comme une loque. Nous n'avions pas 1,500 mètres à parcourir, et nous mîmes plus d'une heure. Mais je n'eus pas à m'en plaindre. La lumière était merveilleuse et l'atmosphère d'une pureté
que l'on constate rarement en Europe. Je voyais à l'arrière 'les hautes falaises de Tarfel-Bjorf, la pointe du promontoire qui s'avance vers l'île, et, à l'arrière-plan, se détachant en silhouette, le pic des Matmata (525 mètres) vers le nord, et, presqu'en face, le Djehel-Toujane, qui s'élève à 760 mètres. Comme le soleil inclinait déjà vers l'horizon, ces montagnes étaient empourprées.
Vers cinq heures, nous débarquions au port de pêcheurs de Houmt-Adjim, où quelques maisons sont groupées à côté d'un petit fortin espagnol en assez bon état. A quelques centaines de mètres, dans les terres, je voyais les premières maisons du village d'Adjim, de 1,500 habitants. Ce serait, suivant les savants, l'ancienne Tipasa.
Le patron de la loude me conduisit à son domicile, une petite maison proprette, à laquelle on accède par un escalier en pierre extérieur. Quand il m'eut installé dans la principale pièce du premier étage, il m'exprima dans son sabir le plus expressif combien il était lieureux et honoré de m'avoir pour hôte. Je lui demandai, dans une langue cousine du sabir, aussi fantaisiste que facile à comprendre, quel était son nom ? Il chercha dans un tiroir de table et me présenta une carte imprimée en caractères gothiques :
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