‹ La Tunisie, pays de protectorat françaisChapitre 36 sur 76 · MOSQUÉE DE GAZIM (DJERBA · texte numérisé non relu

MOSQUÉE DE GAZIM (DJERBA

seigner. Houmt-Souk a été transformé par lui. Les rues ont reçu des noms et les

maisons des numéros, la voirie y est surveillée. J'y ai vu une place Cambon et une rue Massicault.

Ce chef-lieu compte de 500 à 600 habitants agglomérés, presque tous Européens, parmi lesquels une centaine d'indigènes à peine. Les rues sont irrégulières. II y a des souks couverts, où se font de grandes ventes d'étoffes et de couvertures le lundi et le jeudi, jours de marché. On voit deux grandes places à Houmt-Souk. L'une est celle du marché, entourée de fondouks. C'est là que, le jeudi, les campagnards apjwrtent leurs denrées. Sur l'autre s'élève une mosquée très pittoresque, recouverte d'une multitude de koubbas dominées par un minaret très élancé et très élevé, sujet d'une aquarelle.

Le port est relié à la ville par une belle route de 800 mètres, sur laquelle on avait eu la naïveté de planter des palmiers, dont pas un n'a poussé. Quand donc utiliserat-on le ricin sur les talus des voies ? Le ricin, qui pousse tout seul et très vite, permet de planter à son ombre les arbres qui doivent définitivement border la route.

Tout près de Houmt-Souk est le fameux Borclj-el-Kehirj encore debout, mais délabré, près duquel s'élevait le Bordj-el-liioiis, la pyramide dont j'ai déjà parlé, formée des têtes des soldats espagnols décapités par Dragut.

Les Djerbi — c'est ainsi que l'on appelle dans le pays les habitants de Djerba — sont en général de race carthaginoise, et leur langue ressemble à l'idiome berbère. 11 y a aussi parmi eux des descendants de Romains, de Vandales et de Grecs. Mais on y chercherait en vain des traces de sang arabe ou turc. Comme les gens du Zanzibar et du M'zab, ils font partie d'une secte qui admet le livre d'Ali, outre les quatre livres de Mahomet. C'est pour cela que les autres musulmans les appellent Kamsia (les cin-«* quièmes) et les considèrent comme des schismatiques {Kharedjites).

Autrefois hardis corsaires et grands trafiquants d'esclaves, ils sont devenus aujourd'hui des gens paisibles, qui sont cultivateurs, marins, tisserands ou potiers. Ces quatre professions se partagent l'île.

Cultivateurs, ils soignent bien leurs champs et leurs arbres. Leurs dattiers, de belle apparence, ne produisent, comme ceux du Kerkenah, que des fruits de médiocre qualité, entre autres la datte hlah, dont l'arbre est plus particulièrement afiecté à la production du lagmi (vin de i^almier). Il y a pins de 300,000 palmiers à Djerba.

On y compte encore plus d'oliviers, souvent de très grande taille, très vieux, et produisant un fruit excellent, dont l'huile est très renommée. Les oliviers de Djerba sont presque tous numérotés à la couleur rouge, et il est interdit d'en arracher un sans l'autorisation du caïd. L'huile de Djerba, quoique de haut goût à cause de sa fabrication défectueuse, est très recherchée par le commerce de Marseille, qui raffine les meilleures et qui transforme les autres en savons fins.

On ne compte pas moins de 360 macéras, ou huileries indigènes, sur le territoire de Djerba. Ces macéras ont cela de particulier qu'elles sont souterraines. Une aquarelle montre le chemin incliné qui conduit à l'une de ces cryptes industrielles.

Sa vue me rappelle un souvenir que Fou peut à juste titre qualifier de piquant.

Comme je manifestai le désir de la visiter, M. Hartmayer aj)pela un indigène qui en ouvrit la porte. C'était en avril ; le travail avait cessé depuis six semaines.

Nous pénétrâmes tons trois, et je pns examiner à l'aise l'installation de cette hnilerie, en tout semblable aux vieilles huileries arabes que j'ai déjà décrites.

Soudain notre guide poussa un cri perçant : Bcrgoud! heryoud l Les puces! les puces I II se sauva à toutes jambes et alla se rouler dans l'herbe. Revenus de notre première surprise, le contrôleur civil et moi nous nous vîmes envahis jusqu'à la ceinture par des myriades de puces. Nous avions des pantalons bnms... grouillants! Nous nous enfuîmes comme l'Arabe. Jamais je n'ai vu chose pareille. II fallut une demi-heure de marche dans les herbes et de secouements d'habits pour éliminer le plus gros d'une invasion, si rapide qu'en moins de cinq minutes les éclaireurs de l'armée ascendante parcouraient déjà nos cols de chemise, cherchant un point de pénétration leur permettant d'atteindre l'épiderme.

Ce que nous devions être comiques, sautant, gambadant, secouant nos effets, aidés par des indigènes accourus, cela n'est pas à dire !

Quant à l'Arabe qui nous avait guidés, il fut plus vigoureusement attaqué que nous, et plus douloureusement aussi, ayant les jambes nues.

Lorsque j'y pense, il me prend encore des envies de me gratter.

Djerba possède de beaux champs de vignes, plantés par les indigènes et très bien soignés. YHiadi {à^acel, miel) est le cépage favori. Il produit un vin blanc qui pourrait lutter avec les plus fins produits des côtes méditerranéennes, si l'on mettait plus de soins à la vinification et à la conservation du vin.

Djerba, renommée dans l'antiquité pour ses pourpres, n'a presque plus de teinturiers ; mais elle conserve des tisserands dont les travaux sont renommés au loin. On y fait des couvertures en laine et en laine et soie, rayées de couleurs vives, qui, suivant leurs dimensions, s'appellent yr^se/^'as ou botaria. Les tisserands de Djerba fabriquent des flanelles et des burnous rayés de soie et laine d'une grande finesse. Le développement des relations avec les Européens, qui recherchent ces beaux tissus, a amené la hausse et par conséquent le développement de ces fabrications. On fabrique des taleds — sortes d'écharpes dont se couvrent les juifs pendant les prières — qui sont d'une rare beauté comme tissu. Les métiers des tisserands se sont développés depuis trois ans. L'Exposition de 1889 a été un grand encouragement pour ces petits industriels. Aucun voyageur ne quitte la Tunisie sans emporter une couverture de Djerba. On trouve chez tous les nomades aisés, chez tous les fonctionnaires musulmans de l'intérieur et du sud, des couvertures de Djerba et de Gafsa, qui servent au couchage.

L'on voit des aflSeurements d'argile à poterie sur plusieurs points de la grande île. Cuite au four, cette terre a la propriété d'être à la fois résistante et très poreuse. Aussi la profession de potier est-elle très répandue à Djerba, notamment dans Iloumt- Galcda, dont il sera question plus loin.

Tous ceux qui ne sont ni cultivateurs ni potiers sont marins et pêcheurs. Les gens qui vivent de la mer sont nombreux, péchant des éponges et des poissons.

Les juifs sont confinés dans deux villages aux environs de Houmt-Souk. La. Petite Haraj de 600 habitants, n'en est qu'à deux kilomètres. A deux kilomètres plus loin

LA TUxNISIE.

se trouve la Grande Hara, qui u'a pas moins de 1,500 âmes. C'est là qu'est situé un lieu de pèlerinage Israélite fort en renom en Trijjolitaine et en Tunisie, la synagogue El Griba. Aux Hara, comme ailleurs, les populations Israélites pauvres sont quelque peu rebelles à la propreté, et le contrôleur civil a eu toutes les peines du monde à y introduire des règles de balayage et le numérotage des maisons.

Au delà de la Grande Hara la campagne est merveilleuse. Tous les chemins sont bordés de jardins bien cultivés. Grâce à mon hôte, j'ai pu en visiter un certain nombre.

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