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Aujourd'Iiui contrôleur civil et vice-consul à Sousse

Kasbah, et le reste des troupes campa an dehors. On éloigna snrtont de la ville les nombreux goumiers algériens, dont on craignait les ardeurs « rasantes ».

Telle fut l'occupation de l'inexpugnable Kef.

Je ne i)ui8 parler du Kef sans présenter à mes lecteurs un Français qui y avait

LE KEF. — LA HUE DES MARCHANDS CONDUISANT A LA PORTE DES SOUKS, DOMINÉS PAR LA KASBAH.

passé les dix années antérieures à l'occupation, et qui a sa s'attirer et conserver jusqu'à ce jour l'estime et la confiance des indigènes.

M. Roy, aujourd'hui secrétaire général du gouvernement tunisien, est en Tunisie depuis 1865. Jusqu'en 1871, il fut successivement fonctionnaire des postes et télégraphes français à Tunis, à Bizerte et à Sousse. En 1871, il fut nommé au Kef, alors presque dépeuplé à la suite de la famine et du typhus de 1867, et par de terribles insurrections pendant lesquelles les ennemis vidaient sottement les silos de leurs adversaires et

jetaient les céréales an vent. Il ne restait que quelques notables et quelques marchands dans la ville dépeuplée et ruinée.

Mais le Kef, si bien situé à l'entrée des grandes vallées du centre, se remit assez vite, se repeuj)la et était redevenu une ville assez importante, lorsque M. Iloy, signalé par sa belle conduite dans les moments difficiles qu'il a traversés, et aussi à cause du grand crédit moral dont il jouit auprès des indigènes, fut choisi comme contrôleur civil et viceconsul de la circonscription du Kef. Cette nomination fut pour cette contrée un acte de bonne politique, et le Kef se développa vite sous la sage administration du nouveau contrôleur civil.

M. lioy a été l'ami intime d'un important personnage, mort depuis, et vénéré aujourd'hui comme marabout, de Sidi-Kaddour-el-Mizouni, chef de la confrérie des Quadria. M. Radenac, le contrôleur civil actuel, m'a présenté au fils adoptif et spirituel de ce grand saint. Pendant que nous savourions chez lui le kaoua, il nous chanta les louanges de Sidi-Roua (Roy)... que Dieu conserve à la Tunisie! M. Roy est si considéré dans le monde arabe, qu'il est resté en relations amicales avec le haut personnage quadria qui a la garde du tombeau de Sidi-Bou-Saïd, près de Carthage.

Il occupe aussi une grande place dans le monde archéologique, et son nom est très connu de l'Institut. De 1871 à son élévation au secrétariat général tunisien, M. Roy s'est appliqué à la recherche des antiquités, à la reconstitution par l'épigraphie et par les débris d'architecture de la physionomie et de l'histoire de cette partie de l'antique j^rovince Africa. Les fouilles qu'il a faites ont eu du retentissement dans le' monde savant, et le très riche musée du Kef, qui fut sa création, a été visité cent fois par des savants français, anglais, allemands et suisses, et étudié par eux. Il est relaté tout au long dans les remarquables travaux de MM. Gagnât et Saladin. Le musée du Kef a été disloqué pour apporter au grand musée du Bardo, fondé par M. Massicault sous le vocable du bey, l'appoint de ses richesses. M. Roy se trouvait, du reste, dans une situation merveilleuse, dans une ville remplie de vestiges romains et puniques, au milieu d'un pays couvert de ruines antiques.

Pendant la première guerre punique, les Carthaginois exilèrent à Sicca-Veneria les Mercenaires vaincus, après cette révolte épique si puissamment retracée dans la Salammbô de Flaubert. Tous ceux qui ont lu cette étonnante restitution d'une civilisation éloignée de vingt siècles se rappellent la marche des Mercenaires prisonniers à travers la plaine de la Medjerdah, racontée par le grand écrivain avec un prodigieux luxe de mise en scène et un incroyable éclat de coloris.

Nous savons aussi que Sicca-Veneria avait un certain renom littéraire à l'époque byzantine, que le rhéteur Arnobe y professait sous Dioclétien et qu'il y composa son ouvrage sur les Gentils.

Les basiliques dont on voit les restes et de nombreux écrits nous apprennent que le christianisme y fat en grand honneur pendant un temps.

J'ai visité la si curieuse ville du Kef avec M. Radenac, qui fut l'adjoint de M. Roy et qui bénéficie, depuis qu'il est son successeur au contrôle du Kef, de l'influence acquise. Comme l'ancien chef auquel il a succédé, il est très aimé dans la contrée. Et déjà les

gens du caïdat qui résument l'occupation française dans ce mot : « Roy >, le seul nom que les gens du peuple connaissaient, y ajoutent celui de Radenac.

La ville du Kef, quoique repeuplée, n'a pas encore son plein de population; l'on y voit bien des ruines inhabitées, sur lesquelles poussent les chardons au feuillage découpé, les marguerites jaunes éclatantes de lumière dorée et le réséda sauvage qui pique ses hampes de couleur tendre dans l'intensité du ciel bleu, au faîte des murailles à demi écroulées.

Vue d'en haut, c'est une grande ville grise et pierreuse, dont se détachent les mosquées, les zaouïas et quelques maisons blanchies à la chaux.

De la porte voisine de la zaouïa des Quadria le panorama est très beau. La ville est couronnée au nord-ouest par les murailles jaunes de la Kasbah, qui lui font, sous le beau soleil, une couronne dorée. Vers le sud s'étendent les grandes plaines et les montagnes dont les plans successifs s'estompent de tous les tons de l'opale.

Du chemin qui se trouve au pied de la Kasbah, à l'ouest, la vue n'est pas moins pittoresque. Des aquarelles représentent la ville sous ces deux aspects.

La Kasbah et le Château sont reliés au mur d'enceinte et séparés du plateau de Ben-Smida, qui les domine, par un ravin de 600 mètres. On y a trouvé un canon fondu à Strasbourg le 6 septembre 1786, provenant sans doute de quelque navire échoué sur l'inclémente côte de la Khroumirie, où les pillards de mer et les forbans étaient jadis les maîtres, Tabarka étant leur base d'opération.

Du côté sud la ville semble perchée sur un rocher escarpé. Du côté nord, elle est dominée par le vaste plateau qui couronne la montagne. Comme elle est en amphithéâtre, son altitude varie entre 746 et 858 mètres. De grands bois d'oliviers s'étendent au pied de la ville. De presque tous les points, la vue s'étend sur un vaste panorama de montagnes qui se développe au delà de la plaine de Zouarine, au sud-ouest jusqu'au delà de Maktar et à la montagne de la Kessera, au sud-est jusqu'aux montagnes des environs de Tebessa, en Algérie.

Le Kef est tout entier bâti avec des matériaux anciens, et c'est encore une des mines les plus riches pour les recherches archéologiques. Les ruines de monuments antiques y sont très nombreuses.

Si M. Roy a fait des fouilles remarquables, il a fait plus encore, il a reconstitué les plans de tous les édifices anciens. Et si j'ouvre le rapport de M. Saladin sur sa mission officielle en Tunisie (1882-1883), je constate que presque tous les plans qui sont reproduits dans ce fascicule ont été communiqués par lui.

J'y vois le plan très compliqué d'une construction qui paraît avoir été les Thermes de Sicca-Veneria. Ce plan montre quatre salles voûtées à voûtes d'arête et de nombreux couloirs dont les voûtes en berceau sont appareillées avec le plus grand soin. Cet édifice est littéralement englobé dans des maisons arabes.

Le théâtre est relativement petit. Un chapiteau ionique donne le caractère du grand ordre de cet édifice, qui paraît dater du m® siècle.

Si le théâtre est petit, les citernes sont immenses. Situées hors de la ville, plus haut que la Kasbah, elles se composent de douze salles voûtées en berceau, longues de 2$ mètres et larges de 6 mètres, juxtaposées sur leurs grands côtés. Elles sont percées

à leur sommet de regards circulaires, et sur la façade sud de regards carrés pour l'arrivée de l'eau. Les murs qui les sépareut l'une de l'autre ont un mètre d'épaisseur et sont percés au milieu pour les mettre en communication entre elles. Ces citernes sont encore en très bon état, et plusieurs d'entre elles portent l'enduit qui les rendait étan elles.

Une source magnifique se trouve au milieu de la ville. On la nomme la Fontaine romaine. Captée dans le sol, son origine et ses proportions ont été exagérées par l'imagination par trop vive des indigènes. Ils racontent qu'un cavalier armé d'une lance peut circuler dans le canal qui conduit l'eau, tandis qu'un homme peut à peine s'y

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