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L'OASIS

Le sable est partout, le désert est immense, comme la mer. Comme la mer, il a ses tempêtes effroyables ; comme elle il a ses vagnes, les vagaes des sables mouvants. Il a ses fidèles, les grands coureurs nomades, qui font de réelles traversées. N'est-ce pas une traversée que ce trajet de six jours, pendant lequel un cavalier rapide ne trouve, par exemple, entre El-Oued et Rhadamès (ou Ghadamès)^ ni eau, ni arbre, ni abri d'aucune sorte ?

Après de longues et pénibles marches dans un pays nu, absolument nu, l'œil aperçoit enfin une ligne noire à l'horizon, au milieu des sables clairs, confuse d'abord dans les conches d'air qui tremblent sous l'action de la chaleur du soleil. Dans ce bouillonnement la ligne vacillante finit cependant par prendre consistance; les contours s'accentuent, le sommet de la bande sombre §e découpe eu franges. Ou distingue les têtes des plus grands palmiers. L'oasis se dessine enfin, dans le lointain encore. C'est déjà un encouragement pour le voyageur fatigué, fatigué surtout par la monotonie de la route, que seuls, heureusement encore, égayent des mirages étonnants qui font voir des lacs bleus, des forêts toufihes ou des châteaux, là où il n'y a qu'un sable uni, une touffe d'herbe ou quelques cailloux anguleux.

On approche, les palmiers s'élancent, grandissent, ils sont gigantesques. Les cavaliers qui passent le long de l'oasis paraissent minuscules à côté des arbres géants.

L'oasis naît autour de la source ; l'eau en est la fée créatrice. Qu'elle jaillisse au milieu des sables du désert, aussitôt une oasis se développe et s'étend conformément à l'importance de la source.

Sous le sol du Djérid, et c'est à peu près une loi générale, régnent des nappes souterraines; elles surgiésent là où elles trouvent une fissure dans la voûte d'argile imperméable qui les comprime. Obéissant à une pression fabuleuse, elles ont une force ascensionnelle qui les fait s'infiltrer dans les couches poreuses de la surface; en les traversant, elles les rongent et finissent par sourdre à fleur de terre. A leur sortie, elles affbuillent les bords et creusent des réservoirs plus ou moins importants, qui finissent par déborder et forment des ruisseaux qui vont se perdre dans le sable. Tout autour de cette émergence des sources souterraines la végétation se fait luxuriante.

L'homme a régularisé les efforts de la nature. Dès les temps les plus reculés, les sources ont été captées et les eaux ont été distribuées par lui : témoin ces canaux de grand appareil qui datent des Romains, voire même des Phéniciens.

Les })rocédés d'irrijjation actuellement mis en œuvre par les indigènes, si ingénieux qu'ils puissent paraître, sont bien loin d'atteindre la j>erfection. Cela est si vrai, que l'eau qui se perd à la sortie de l'oasis de Tozeur suffirait pour fertiliser encore plusieurs milliers d'hectares. Ce sera un jour l'œuvre de quelque compagnie financière, lorsque le chemin de fer aura tout au moins atteint Gafsa, et rendu possibles des expéditions de dattes non grevées par un transport interminable et nuisible, qui nécessite des triages successifs.

L'oasis est la preuve de l'extraordinaire fertilité du sable du désert dès que l'eau

Touaregii ou barrages de distributiox dks eaux dans les skhuias secondaires.

douce vient le mouiller. L'eau transforme en jardins paradisiaques des lieux inhabitables, qUe l'homme redoute et dont les animaux eux-mâmss s'éloignent avec terreur. L'homme du désert répète souvent cet éloquent dicton : « La goutte d'eau vaut une pièce d'or. »

Le débit des eaux des sources de Tozeur est colossal : il dépasse 700 litres à la seconde. Ces eaux sont réparties, dès leur sortie de terre, dans des canaux d'irrigation qui portent le nom de séguias. Lorsque les séguias principales arrivent au point où elles doivent se diviser en séguias secondaires qui irriguent les jardins, la division se fait au moyen de troncs de palmiers couchés en travers, qui ne laissent passer l'eau que suivant le calibre d'encoches taillées dans leur épaisseur. Ces encoches sont bouchées avec de la terre glaise. Lorsque l'heure de la distribution est arrivée, un gardien spécial donne le signal à coups de trompe et enlève le bouchage en terre. Aussitôt l'eau se précipite, mesurée par l'encoche, dans les séguias secondaires correspondantes.

La durée de l'irrigation est réglée au moyen d'une marmite percée d'un petit trou

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