‹ La Tunisie, pays de protectorat françaisChapitre 50 sur 76 · Chez Challemel, à Paris · texte numérisé non relu

Chez Challemel, à Paris

Vibiaims. En 148, l'illustre géographe alexandrin Ptolémée appelle Tozeur Tigouj^oç. En 393, les Tables dites de a Peutinger » la nomment T/iusuro. En 435, les Vandales occupent le Djérid, et Tozeur dépend des ducs de Gafsa en 442. En 533, Tozeur appartient à Tempercur Justinieu. En 640, on la voit aux mains des Berbères. En 047, lors de leur iiremière invasion, les Arabes pillent les oasis. En 689, Hassan-ben-Naféel-Karschi, conquérant et destructeur de Carthage, occupe définitivement le Djérid, qui suit alors les diverses pliases de l'occupation sarrasine. En 840, on donne à Tozeur le nom de CastlUa.

En 1050, seule de toutes les villes du Djérid, Tozeur possède encore une colonie

Mickdeî-, jc. ^

LES JIÉHARA.

chrétienne qui payait un impôt de capitation. On y voyait encore des églises chrétiennes au XI v" siècle. Je ne puis, à mon grand regret, suivre M. du Paty de Clam dans des fastes chronologiques qui ont souvent la valeur et l'intérêt de pages d'histoire.

Les Français ont occupé Tozeur en 1882 et y ont établi un bureau de renseignements. En 1884, on a créé le contrôle civil du Djérid à Gafsa; en 1885, la recette des postes et télégraphes. En 1887, le siège du contrôle a été porté de Gafsa à Tozeur, et l'on y a créé une justice de paix; en 1888, on y a institué une commission municipale et, en 1890, un bureau de douanes réorganisées.

Depuis que nous occupons cette ville, les luttes fratricides des deux Cofs (partis), qui l'ensanglantaient, ont cessé et la paix règne à Tozeur.

La ville était jadis divisée en deax caïdats ennemis, celui des Oulcd-el-Hadef et celni des Zebda.

La dernière aiganule entre ces frères ennemis remonte à 1865. Elle fut longne et acharnée. Chose inouïe, un mur percé de meurtrières séparait les deux parties hostiles

de la ville, et l'on se fusillait ainsi.

Les Ouled-el-Hadef avaient l'habitude d'aller saluer le chef des Ramania de Nefta, qui venait tous les mois à la zouïa des Ouled- Sidi-Habid, située à 200 mètres de Tozeur.

Or, le 10 du mois de Moharem 1282, ils furent attaqués par les

Zebda durant cette procession. Ceux qui s'échappèrent coururent aux armes, et le quartier général des Ouled-Hadef fut établi au Dar-el-Bey (où est actuellement le contrôle), c'est-à-dire à moins de 100 mètres du quartier général des Zebda, placé derrière le mur de séparation.

La lutte, qui dura six jours, ne fut pas ardente et se borna à des criailleries, et à des apostrophes agrémentées de quelques coups de fusil, mais sans résultat important. Les notables de Nefta étant intervenus, elle cessa, mais pour peu de temps. Elle reprit,

CARAVAXK ENTRK TOZEUR BT NKPTA. CARAVANE D'aLPATIBRS.

plus vive, quatre jours après, des renforts étant venus aux Zebda, des Ouled-Sleraa, de Debebcha et de Kebilli. Se trouvant en force, ils se rendirent aux sources de l'Oued- Méchera, qui alimentait leurs adversaires, et ils en détournèrent le cours en jetant les eaux dans le Chott. Puis ils gardèrent cette ligne des eaux en y échelonnant 1,600 hommes.

Réduits à boire de l'eau saumâtre, les Ouled-Hadef envoyèrent leur chef Hadj- Khalil-ben-Chadly, en parlementaire auprès des Zebda. Ceux-ci répondirent qu'ils rendraient l'eau si leurs adversaires leur livraient 40 jeunes filles. (.%adly, ayant échoué, organisa les forces des Ouled-Hadef, avec les secours venus des Maamer, des Ouled-Yaya et des petits villages des oasis. Il réunit ainsi 300 fantassins qui se portèrent sur la lisière de l'oasis, tandis que 40 cavaliers tournaient les Zebda, en suivant la butte sablonneuse. Cette manœuvre surprit les 1,600 gardiens des sources, qui abandonnèrent la place. Il y eut 80 morts dans ce combat, qui a duré de quatre heures au coucher du soleil, le 7 juillet 1865.

Après leur défaite, les Zebda reçurent de nouveau la visite du chef des Ouled- Hadef, qui leur proposa d'abattre le mur de séparation et de vivre en frères.

Trois mois après, S. A. le prince Ali^, bey du camp, étant en tournée de recouvrements d'impôts avec 3,000 hommes, infligea à chaque fraction une amende de 250,000 piastres. Mais, seuls, les Ouled-Hadef eurent à la payer et cinquante-trois d'entre eux furent conduits dans les prisons de Tunis. Quant aux Zebda, qui avaient, comme l'on dit, le kasnadar (premier ministre) dans la manche, ils ne payèrent rien et ne furent pas inquiétés. L'acte de justice d'Ali bey resta ainsi lettre morte.

A ce propos, qu'il me soit permis de parler de cette vieille politique turque, dont la formule unique, dans ses rapports avec les sujets ou tributaires de l'empire ottoman, se résume en trois mots : c( Diviser pour régner ».

J'en ai vu un exemple terrible en Syrie, où j'ai été peu après les massacres de Damas et de Dar-el-Kamer. Par des oppositions d'intérêts et des rivalités soigneusement entretenues, les pachas turcs étaient parvenus à faire massacrer les chrétiens par les Druses, qu'ils ont massacrés et bannis à leur tour, avec l'approbation naïve des Anglais et des Français venus au secours des chrétiens. De cette façon, les Turcs s'étaient débarrassés de deux forces qui, l'une et l'autre, devenaient inquiétantes. Les divisions intestines sont les grands moyens des gouvernements affaiblis.

En s'afFranchissant des Turcs, les beys de Tunis s'empressèrent d'imiter leurs procédés politiques. Vous allez en juger.

Jadis le gouvernement des beys, sans force, incapable de dompter les Kroumirs, si soumis aujourd'hui, n'avait d'action réelle que pendant le temps pendant lequel le bey du camp parcourait le pays avec une colonne de 4,000 à 6,000 soldats pour recueillir les impôts. La colonne partie, tout retombait dans un noir gâchis, dont l'exaction et la concussion étaient la base. Dans cet état politique, les gouvernements beylicaux qui se sont succédé jusqu'à l'occupation française procédaient exactement comme les

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