Aujourd'hui bey de Tunis
LA TUXIsrK. 179
Tares en Syrie, détruisant les symjjathies populaires, accolant des i^pulations antipathiques, bref, désunissant par tous les moyens.
Un exemple : an sud des chotts, les Marzigues avaient depuis })lu8 d'un siècle pris une grande importance. Aussitôt l'administration beylicalede faire dégénérer une légère contestation entre les ]\Iarzigues de Douz et ceux d'El-Aouïna (relative à un terrain d'El-Bahira) en un procès qui dure depuis plus de trente ans devant le tribunal du Charûa. De l'aveu de l'administration indigène, ce différend n'avait été entretenu que pour emj)êcher les Marzigues unis de prendre une trop grande importance.
Cela était d'autant plus facile aux anciens gouvernants que le pays était, et est encore, si l'on y regarde d'un peu près, divisé en deux grands Çofs ou partis. Le Çof Cheddad, ou llassima (beylical), et le Çof Joussef, ou Bachia (qui tient pour le sultan de Constantinople). A peu d'exceptions près, les villes et la bourgeoisie sont Hassinia et les campagnes Bachia.
Ceci donné, les registres des impôts de cajntation étaient établis par çof et non par agglomération. En voici un exemple : le village de Bechri, dans le Nefzaoua, comptait soixante contribuables, dont ceux du Çof Hassinia figuraient sur le rôle de Kebilli et ceux du Çof Bachia sur le rôle de Telmine. Ce qui était le germe de mille rivalités et la consécration de la division. Pour comble, on avait placé les sédentaires sous un khalifat nomade, un certain Ali- ben-Mohammed-ben- Allègue, vrai coupeur de routes.
Dans l'organisation des khalifats du Nefzaoua, le gâchis était encore plus grand. On y a mis de l'ordre récemment.
Finalement, chaque tribu du sud agissait pour son compte, en égoïste. A ce point que, pour se garer contre les déprédations de Ben-Allègue, ils convinrent avec lui de laisser passer ses Djicks (raids de pillards) sans les signaler, alors qu'ils devaient couvrir les sédentaires du Nefzaoua. C'est ainsi qu'en 1885 deux bandes de coupeurs de routes des Ouled-Jacoub et des Ouled-Debbah purent traverser la ligne des douars des Marzigues et venir exécuter un coup de main sur l'oasis de Limaguès, et s'en retourner sans encombre.
Aujourd'hui ce déplorable état de choses a disparu et nos postes de Douz, de Douiret, de Médenine, qui donnent la main à Gabès, couvrent la Tunisie du côté du désert, et les oasis à moitié ruinées du Nefzaoua peuvent entrer dans une vie tranquille.
Le seul point critique pourrait être Nefta, encore dans des temps troublés seulement. Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur la carte pour voir que, par là seulement, le Djérid est abordable. Et nous n'y avons personne.
Je tenais à visiter la belle oasis de Nefta. Une bonne mule et un bon guide, et me voilà en route pour la grande ville maraboutique du Djérid. Au sortir de Tozeur, des vols d'hirondelles attirent mes regards. C'est donc là qu'elles viennent lorsqu'elles ont quitté l'Europe, les charmantes voyageuses ! Je les voyais en décembre, sillonnant le ciel bleu des oasis en poussant de petits cris aimables. Les hirondelles, comme les cigognes, quittent le nord de l'Afrique, Tunis ou Alger, en octobre, pour
descendre vers le désert, où les oasis donnent la vie perpétuelle aux bestioles dont elles se nourrissent.
Au bout de vingt minutes, je laissais à ma gauche les sources de l'oasis. De la route, on voit les palmiers au fond des ravins, avec des dunes envahissantes tout autour : on les domine. Sur les dunes se développent les grandes lignes du clayonnage établi par nos braves forestiers français pour la défense contre les sables mouvants.
La piste de Nefta est bonne, carrossable même, à travers des terrains arides, légèrement ondulés. D'assez nombreux troupeaux de moutons et de chèvres broutent les maigres broussailles et les pauvres graminées qui végètent sur le sol ingrat. A gauche,