A NKPTA. — LE RETOUR DE L'OASIS
Trois, l'instituteur et deux forestiers. Oh! les braves et vaillantes gens que ces isolés, ces modestes, qui représentent la France à Nefta.
Les habitants les respectent, et c'est tout. Mais ils tenaient à ce point nos trois compatriotes en quarantaine, qu'ils avaient souvent de la peine à se procurer des denrées chez des marchands fanatiques, qui ne voulaient pas vendre à des roumis.
Chose curieuse, l'instituteur ne peut parvenir à former un personnel scolaire d'enfants. C'est là une exception en Tunisie, où l'entraînement vers l'école française est extraordinaire. Mais si les enfants n'y viennent pas, on y voit venir des adultes qui font de rapides progrès. Ce sont des jeunes gens qui visent des fonctions et qui tiennent à apprendre notre langue. L'instituteur m'a raconté ce trait de mœurs : autant le travail manuel est en honneur dans la bourgeoisie de Tunis, autant il est dédaigné dans les oasis. Dès qu'un homme a des palmiers, il ne fait plus rien du tout ; il les fait soigner par des hhamès, et passe sa journée en lazzarone.
Comme l'instituteur faisait lire par un de ses élèves adultes une phrase française dans laquelle le travail était honoré, l'élève haussa les épaules d'un air de mépris.
— Tiens, dit-il au maître en prenant une datte et en la mangeant, voilà le vrai travail !
Avec une rare complaisance, l'instituteur me fit visiter cette ville désertique, composée de neuf quartiers bâtis sur des collines de sable. Il m'a conduit aux sources, qui sont bien le coin le plus curieux de l'oasis. Au fond d'un trou énorme, entouré de dunes arides hautes d'une cinquantaine de mètres, se voient les sources de l'oued, entourées de palmiers dont on domine les cimes. On les dirait placés dans une jardinière colossale. Cela est bien nommé : la Corbeille.
La veille de mon arrivée à Nefta, un meurtre avait été commis^ affaire de jalousie, m'a-t-on dit. Le meurtre commis avait ceci de particulier, que le meurtrier, après avoir tué sa victime d'un coup de fusil à bout portant, a cru devoir couper la gorge par surcroît, pour la saigner. Cet exemple n'est pas rare chez les Arabes.
Après avoir visité les deux caïds et parcouru les deux villes, qui forment ensemble une population de plus de 9,000 habitants, je visitai l'oasis, qui est peut-être la plus belle du monde : une pure merveille tropicale.
Ma visite s'est terminée à la maison forestière, située en dehors de l'oasis, vers les chotts, au milieu des dunes de sable. Les deux forestiers et la femme de l'un d'eux sont certes les derniers Européens sur la lisière du désert. Plus loin, jusqu'au Congo, jusqu'au Cap, c'est le continent des noirs.
J'ai reçu chez les forestiers de Nefta la plus cordiale hospitalité, et j'ai passé la nuit dans la chambre que M. Tellier, le vaillant inspecteur des forêts du Djérid, s'est réservée dans la maison des gardes.
Placés là, les forestiers sont sur leur champ de bataille, c'est-à-dire sur l'un des points de défense contre les sables envahissants. Ils dirigent les équipes d'Arabes qui exécutent les clayonnages. S'il est au monde des gens méritant toutes les sympathies de la France, ce sont bien ces modestes fonctionnaires qui forment l'extrême avant-garde de la civilisation, habitant, c'est le cas de le dire, aussi loin qu'il est possible d'habiter. A vingt mètres de leur maison, c'est le sable du désert : presque l'infini.
L'oasis qu'ils défendent si bien, ces modestes pionniers, contient près de 300,000 palmiers, et autant de figuiers, de limoniers, d'orangers, de grenadiers, de jujubiers, de citronniers, de poiriers, de pruniers, de pêchers, d'abricotiers, qui, tous, atteignent des proportions fabuleuses, inconnues pour leurs espèces, avec des troncs de deux et trois mètres de circonférence.
Les forestiers sont chargés des observations météorologiques et, en l'été de 1890, leur thermomètre a marqué un peu plus de 52 degrés! Quels étés ils ont à subir I
Le jour où il me sera dit que les forestiers reçoivent une récompense quelconque après deux années de service dans le sud, j'applaudirai à cet acte de justice.
Nefta est le dernier réduit du fanatisme et de la superstition. Ville maraboutique, elle se prétendait exempte de maintes charges publiques, et entre autres de la conscription militaire. L'on avait ce spectacle d'une population absolument rebelle
h l'obi igation du service militaire, fournissant, par contre, d'assez nombreux remplaçants militaires, dont pas mal de déserteurs, entre parenthèses.
L'audace des fanatiques était telle, qu'ils défiaient en quelque sorte le gouvernement beylical de leur imposer cette charge. Ils en étaient arrivés à faire intervenir le grand saint Sidi-Bon-Ali, très vénéré dans la contrée. Suivant eux, il était apparu dans la mosquée, pour déclarer que jamais on n'oserait imj)oser le service militaire à Nefta. Cette comédie, qui venait d'avoir lieu lorsque je visitai Nefta, devait avoir sa riposte immédiate. En avril 1891, le tirage au sort a désigné les conscrits de Nefta: les fanatiques n'ont pas pipé et Sidi-Bou-Ali en a été pour son apparition.
La ville antique, aujourd'hui ensevelie sous des dunes de sable, était plus rapprochée des chotts que la Nefta actuelle.
Nefta, située comme Tozeur sur l'isthme qui sépare le Ckott-el-Rharsa du Chottel-DJéridj mais tout à fait en avant-garde du côté du désert, était naguère fort exposée aux incursions des tribus pillardes du Sahara. Aujourd'hui cette région est couverte par notre influence morale; mais rien n'empêcherait dans un moment d'effervescence le retour de pareilles incursions, car les troupes les plus rapprochées sont à Gafsa, à environ cent dix kilomètres, c'est-à-dire à trois jours de marche.
Lorsque l'on envisage l'abandon relatif dans lequel se trouvent Nefta et Tozeur, on reste confondu. Il suffirait cependant d'un détachement d'une trentaine de spahis et de quelques fantassins, bien retranchés à Nefta, pour commander cette passe ouverte à tous les coupeurs de routes du Sahara et pour couvrir le Djérid tout entier.
Pour ainsi dire située sur les rives du grand Chott-Djérid, au débouché de l'isthme qui sépare les deux chotts, Nefta portait dans le temps le nom de Mersa-el-Sahara (porte du désert) ou encore de Bab-el-Djêrid (porte du Djérid). Ces noms ne sont-ils pas de véritables indications stratégiques?
Le retour de Nefta à Tozeur m'a charmé. Les chotts étaient resplendissants. L'atmosphère était à ce point limpide que l'on distinguait les dunes du Nefzaoua, de couleur d'améthyste, du côté de Kebilli. Et quels mirages sont apparus à mes yeux émerveillés !
Je restai encore deux jours à Tozeur, faisant de délicieuses promenades dans l'oasis, guidé par M. du Paty, qui connaît son Djérid sur le bout des doigts, et visitant la ville.
Tozeur est très pittoresque ; des oueds intérieurs offrent de ravissants tableaux, animés par des lavandières, comme au pied de la mosquée de Sidi-Ghelab, au minaret penché ^
Beaucoup de maisons ont des façades délicatement ornées. Les briques disposées en relief composent de ravissants dessins géométriques, qui forment des panneaux ressemblant à des tapis monochromes. La pureté de ces dessins et l'ingéniosité des combinaisons se conservent par tradition, car elles sont bien au-dessus du niveau artistique des populations actuelles.
1. Une aquarelle représente cette mosquée: à ce point en renom, qu'il y vient des pèlerins depuis Tunis.
De Tozeiir au groupe d'oasis du caïdat d\El-Oudiane il n'y a qu'une dizaiue de kilomètres.
Le caïdat d'El-Oudiane est un chapelet de six villages situés en ligne au nord-ouest de l'oasis. C'est d'abord De- (jache^ où réside le caïd qui m'a donné l'hospitalité dans la maison des hôtes. Puis Zaouiet-el-Arab, Zergane, Oulad-Majed, Kriz et Seddada.
Ces villages prospères doivent à leur intelligent caïd de véritables innovations. C'est ainsi qu'il a fait extraire de la pierre de taille qu'il tient à la disposition de ses administrés au prix d'extraction, les encourageant ainsi à remplacer par des murs en pierre ces fragiles murs en terre qui s'écoulent dans les rues, fondus par les grandes pluies. Ce
PLACE nu VIIjLAftE DE DEUACHK ( E L-0 U D I A N E).
même caïd a développé dans l'oasis la culture des orangers, des mandariniers et des pêchers qui y était à peu près inconnue et qui y réussit merveilleusement. Du haut de son observatoire de Degache, il peut, armé de sa lôngue-vue, observer la traversée du chott.
Le village de Kriz est l'amorce ilu fameux Trik-el-Oudiane (chemin de l'Ondiane), qui traverse le Chott-Djérid et atterrit sur les côtes du Nefzaoua, à Debabcha *.
La mirifique croûte saline qui donne au chott ses aspects brillants et métal-
LABOUREUn DANS LES RÉGIONS DÉSERTIQUES.
liques n'est pas accessible sur les rives. Il y a entre elle et la terre ferme une zonp de boues jaunâtres dans lesquelles on risquerait de voir disparaître chevaux et cavaliers. Ce sont les terres délayées par toutes les eaux de sources qui s'écoulent des oasis dans les chotts. Cette vase salifère a une consistance particulière : de marne très fine, délayée dans une eau saturée de soude et de magnésie, sa densité est telle que les particules terreuses y restent en suspension. M. Henry a fait baliser avec soin ce terrible chemin du chott; et le voici praticable, lorsque des pluies diluviennes n'ont pas recouvert et parfois dissous en partie la croûte saline qui doit porter les caravanes.
Il n'en était pas de même lorsque M. Tissot, le très savant diplomate, a reconnu le Djérid en 1857. Les dangers courus par sa caravane n'existent pour ainsi dire plus.
1. Le trik Tozeria est beaucoup plus long et à peu près impraticable.
Je me vois donc, i)Our émouvoir quelque peu mes lecteurs, dans l'obligation de citer deux pages du journal de Charles Tissot :
A sept heures et demie, nous quittons Degache pour descendre vers le cliott, dont la surface brille à l'horizon comme un lac de plomb fondu. Pendant une demi-heure nous traversons une plaine vaseuse entrecoupée de bourpiets de tamaris et de hautes herbes. Bientôt toute végétation disparaît, et les eltlorescences salines qui recouvrent le sol sablonneux nous apprennent que nous avons dépassé la limite des hautes eaux de la Sebka. Là commence le danger. Un cavalier Merzoughi prend la tête de la colonne, en nous recommandant de mettre nos pas dans ses pas. Kangés en file indienne, nous suivons notre guide, qui n'avance qu'avec précaution. Nos chevaux eux-mêmes semblent comprendre le i)éril et flairent de temps en temps le sol avec inquiétude.
Aux vases mélangées de sel succède bientôt une croûte saline de plus en plus épaisse, dure et transparente comme du verre de bouteille et résonnant à certains endroits sous les pieds de nos montm-es, comme le sol de la Solfatara de Naples. Un puits béant, dont l'ouverture montre une eau verte et profonde, nous permet de nous rendre compte de ce singulier terrain; la croûte sur laquelle nous cheminons n'a qu'une épaisseur de quelques pouces et recouvre un abîme que nous essayons en vain de sonder. Un sac à balles, qui nous sert de sonde, disparaît avec toutes les cordes que nous ajustons bout à bout, sans que nous trouvions le fond. Une crevasse que nous rencontrons un peu plus loin sur notre droite ne contient que quatre ou cinq pieds d'eau; mais au-dessous de cette nappe liquide dorment ces vases mouvantes que la tradition assigne comme tombeau à tant de caravanes. C'est près de cet endroit que, lors de mon premier séjoiu' au Djérid, un cavalier du goum de Tozeur fut englouti avec sa monture. Ses compagnons essayèrent de sonder l'abîme où il avait disparu, au moyen de vingt baguettes de fusil attachées bout fi bout ; pas plus que la nôtre, cette sonde improvisée n'atteignit le fond.
Couché à plat ventre sur le bord de la crevasse, je puise un peu d'eau pour la goûter; elle me paraît plus amère que celle de l'Océan; la main dont je me suis servi est im])régnée d'un sel blanc; un vase de terre poreuse que je remplis ne tarde pas à se couvrir d'une épaisse couche de sel.
A neuf heures et demie, nous trouvons allongé sur la route le cadavre d'une femme. La pauvre créature est évidemment morte de fatigue. Couchée sur le flanc droit, un bras replié sous sa tête, l'autre appuyé sur le sol, la moit l'a surprise au moment où elle faisait un dernier effort pour se relever.
Nous marchons toujours, et les montagnes de l'Oudiane, que nous laissons derrière nous, s'abaissent de plus en plus à l'horizon. En face, à droite, à gauche, le chott déploie, aussi loin que la vue peut s'étendre, rébloiiissante immensité de sa nappe d'argent. La chaleur étouffante déveloi)pée par la réverbération du soleil, les hallucinations du mirage, le contraste étrange d'un sol de neige et d'un ciel de feu, tout, jusqu'à ce lac solide et ce terrain mouvant, me donne une sorte de vertige. Il me semble par moments que nous cheminons dans une de ces planètes où les lois de notre monde sont suspendues ou renversées.
A dix heures et demie, nous rencontrons les premières marques : ce sont de simples pierres fichées dans la croûte saline. Elles n'ont pas plus de quarante à cinquante centimètres de hauteur; mais, grandies par le mirage, elles s'aperçoivent à de très grandes distances. L'intervalle qui les sépare est en moyenne de cinq à six cents mètres. Elles portent, dans le dialecte local, le nom de gmari (au singulier, (/mira). Je n'aperçois pas les troncs des palmiers dont ])arlent les auteurs arabes. Notre guide confesse (jue la voirie du lac est fort négligée. Les oueda ou troncs de palmiers ont disparu et la rangée de pierres est elle-même fort incomplète. Quelques-unes sont provisoirement remplacées par des ossements de chameaux.
Dix heures trente-sept, nous nous engageons dans une vaste nappe d'eau qui couvre la croûte saline : nos chevaux ont de l'eau jusqu'au paturon pendant quelques minutes; bientôt la profondeur augmente, et sur certains points nos montures en ont jusqu'au poitrail. Notre guide s'arrête à chaque instant, interroge l'horizon, cherclie à deviner la route et fait parfois des à droite ou des à gauche que rien ne motive en apparence. Le danger est extrême, et il me l'explique : lavée et en ])artie dissoute, la couche de sel peut à chaque instant s'effondrer sous nos pas. La nappe liquide que nous traversons offre un courant prononcé du nord-est au sud-est.
A midi trente, à quatre ou cinq cents mètres de la trente-deuxième gmari, nous atteignons une plateforme circulaire, d'une vingtaine de i)as de diamètre, qui s'élève de deux o>i trois pieds au-dessus du niveau de la Sebkra. Elle est située à peu ])rès à égale distance des deux rives du lac, ce qui lui a fait donner par les indigènes le nom A'El-Menzof. On l'appelle aussi Djehel-el-Melah, la montagne de sel.
LA TUNISIK. 187
Cinq ou six blocs de pierre superposés, mais qui de loin, par l'effet du mirage, apparaissent comme une fïigantesque pyramide, l'annoncent au voyageur et forment un signal correspondant ave<" une pyramide semblable dressce sur la cime du Djebel-Toumiat, au dessus de l'oasis de Kriz. Ces deux pjintM de repère indiquent la direction générale de la route.
C'est au Menzof que, parvenues à la moitié de leur dangereuse traversée, les caravanes font balte ou passent la nuit. A «piatre heures trente, nous atteignons enfin la rive méridionale du lac et les dunes de la Sebkra.
Le lendemain matin, j'ai i)arcouru l'oasis d'El-Oudiaiie jn-ndunt pivs d'nne heure. De grands oliviers et d'autres arbres fruitiers remjdissent l'espace sons les hauts palmiers, oi'i les oiseaux chantaient de tontes parts. Les bruits du village arrivaient jusqu'à moi. Quelle promenade délicieuse !
A huit heures j'étais à cheval. L'étape devait être longue (cinquante-cinq à soixante kilomètres), elle n'a pas été non plus exempte de péripéties.
M. Henry m'avait donné comme guide un spahi nègre, homme excellent, très prévenant, qui avait été le brosseur d'un des capitaines du 4* régiment de spahis à Sfax. Si j'eus à me louer de son zèle et de son dévouement, il n'en a pas été de même de sa valeur comme guide ; car, dès le début de la journée, après que nous eûmes dépassé les villages de Kriz et de Seddada et la source principale de l'oasis, il m'engagea, presque contre mon gré, dans un dédale de chemins rocheux, à peu près impraticables, où nous perdions du temps, tout en risquant de nous y casser le cou. Et cependant, sur notre gauche, des caravanes de chameaux avaient suivi la vraie piste. Il avait voulu, le malheureux, abréger par une traverse dont on lui avait parlé, mais qui lui était inconnue. Fatigués déjà, nous arrivâmes à midi au Bordj-Tarfaouï que mes lecteurs connaissent déjà. Je ne permis qu'une halte de trois quarts d'heure, car nous avions encore trente kilomètres à parcourir avant la tombée de la nuit.
Je pris bien mon orientation sur un bouquet de tamaris (jue j'avais reconnu en allant à Tozeur. Quoique nous fussions au 31 décembre, le thermomètre marquait 29 degrés, les insectes et les moucherons voltigeaient autour de nous, les lézards étaient hors de leurs trous, se chauffant au soleil ou parcourant rapidement les buttes de sable: c'était une vraie journée de printemps. Devant moi, mon grand diable de spahi noir ne cessait de chanter des mélopées nasillardes.
Je marchais ainsi avec entière confiance, lorsque, par hasard, je jetai les yeux sur la terre. Pas une trace de bête, pas une empreinte de pied humain ! Je restai confondu. Quoi ! mon guide avait pu perdre une piste en plaine, large de deux kilomètres. Je l'appelai, lui montrant le sable vierge de toute trace d'être vivant autre que celles des gerboises, des serpents et des lézards qui y avaient dessiné des lignes enchevêtrées comme des arabesques. Où étions-nous? J'envoyai le spahi sur la gauche. Il fit un temps de galop et revint sans avoir trouvé de piste à cinq cents mètres : même résultat négatif à droite. Que faire ? où en étions-nous de notre course, alors que la nuit allait bientôt tomber subitement sur nous, sans crépuscule ?
Je fis marcher vers le nord, certain de rencontrer en un point quelconque le grand oued de Gafsa, qui va sensiblement du nord-est au sud-ouest. Le soleil allait se coucher, lorsque je reconnus que nous étions au milieu des inextricables dunes qui forment les contreforts du Djebel-Jellahia. Nous nous étions fourvoyés à droite, à plu-
sieurs kilomètres. Je gravis péniblement une dune élevée pour reconnaître le pays ; des dunes, partout des dunes ! derrière lesquelles le soleil se concliait comme un immense globe de feu daus un ciel éclatant. En d'autres circonstances j'eusse admiré, mais l'inquiétude m'avait fortement refroidi à l'endroit des beautés de la nature.
La nuit était venue, aussitôt le soleil disparu. Nuit éclairée encore par les dernières rougeurs de l'occident, mais bientôt noire, étant sans lune. Je fis mettre pied à terre. Quelle marche ce fut ! Le spahi, le muletier et moi, nous roulions tour à tour
PW^^tT^jsîv;^^
SWj?^é--S8'>.^y^^»»?*-;S':'^^^^