‹ La TurquieChapitre 34 sur 86 · août 1S · texte numérisé non relu

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changea son nom d'A'ali efendi en celui d'A'ali pacha. Phis tard il parut vouloir se séparer de la politique de Réchid , offrit plusieurs fois sa démission , et ne consentit à rester au ministère que par attachement pour la personne du grand vizir et dans la crainte de diminuer l'autorité déjà affaiblie du cabinet. Son passage au grand vizirat , en 1852, ne fut signalé par aucun incident remarquable, sinon par le rejet de l'emprunt ottoman , qui servit de prétexte à sa retraite. Sa santé débile et le manque d'énergie de son caractère le rendaient peu propre, d'ailleurs, à occuper ce poste; il fut remplacé par Méhémet-Ali.

Après un court séjour à Brousse en qualité de gouverneur général, A'ali pacha fut rappelé à Constantinoplc , où il fut nommé président du conseil du Tanzimat institué par le khatti-chérîf du 7 septembre dernier. Ce conseil, où figurent quatre ou cinq des principaux fonctionnaires de la Porto , a pour mission principale de rechercher les moyens d'arriver à- une application plus vigoureuse du tanzunat, tout en lui donnant de plus larges développements.

Chargé de nouveau du portefeuille des affaires étrangères * , par suite de l'élévation de Réchid au grand vizirat , A'ali pacha cumule aujourd'hui ces

. 23 novembre 1854.

deux importantes fonctions, qui paraissent audessus, sinon de sa capacité, du moins de ses forces physiques.

Peu d'hommes ont joué un aussi grand rôle, depuis la mort de Mahmoud, que le séraskier actuel, Riza pacha. L'origine de sa fortune semblerait extraordmaire partout ailleurs qu'en Turquie. Un jour (c'était, si je ne me trompe, vers la fin de 1825), le sultan Mahmoud, traversant le bazar égyptien^ à Constantinople , remarqua dans une boutique un jeune garçon d'une vingtaine d'années dont la physionomie heureuse et intelligente lui plut. Il s'arrêta et lui demailda son nom. Riza fut la réponse. « Eh bien donc, suivez-moi , Riza bey, » reprit le monarque. C'est ainsi que le jeune apprenti quitta son humble boutique pour le palais du sultan, dont il devint le favori. Sans avoir pris encore de part ostensible aux affaires , il passait déjà , en 1836 , pour l'on des personnages les plus riches de Constantinople. Après la mort de Mahmoud, sa fortune atteignit au comble, grâce à l'appui secret de la sultane mère, et pendant cinq années (de 1840 à 1846) il gouverna l'empûre en maître absolu. Il n'eût tenu qu'à lui, durant cet intervalle , d'épouser la plus

1 . Hissr tchartchi. On appelle ainsi le bazar où se vendent les drogues et les autres produits de l'Egypte et de TArabie.

jeune âœur du sultan , mariée plus lard à Méhémet-Ali; mais la crainte de déplaire à sa puissante protectrice lui fit refuser, dit-on, cette alliance, U cumulait les emplois de séraskier et de grand maréchal du palais {mabeîn muchiri). Si Riza lit servir trop souvent à des vues personnelles Tiiifluence que lui donnait sa position dans le palais , il rendit de notables services comme séraskier. La réorganisation de l'armée en 1843 et en 1844 fut tout entière son ouvrage.

Les causes de la disgrâce de Riza, qui arriva Tannée suivante, n'ont jamais été bien expliquées. Peut-être n'y en eut-il point d'autre que l'excès de sa fortune et les défiances semées dans l'esprit déjà ombrageux du jeune sultan. U fut démis eu même temps de ses deux emplois* et exilé à sa maison de campagne de Cadi-Keuï , sur le Bosphore, avec une pension de retraite de trente mille piastres par mois.

C'est là que j'eus l'honneur de lui être présenté «n 1852. Bien que, à cette époque, l'on con*mençàt à pressentir sa rentrée prochaine aux affaires , il affectait toujours une grande réswve dans ses relations avec le dehors , et notre entre*

1. Août 1845. — La charge de grand maréchal du palais fut supprimée àr la même époque , et le soin des affaires intérieures du mabeîn fut commis au premier chambellan du sultan, alors Hamid bey.

i7S LÀ TURQUIE ACTUELLE.

vue dut être accompagnée d'une sorte de mystère. La dignité singulière de ses manières , après ce que j'avais appris des commencements de sa fortune, m'eût frappé encore davantage si je n'eusse déjà eu l'occasion de remarquer l'air de grandeur que les idées religieuses des Osmanlis impriment à leur physionomie. Dix-huit mois après cette entrevue , Riza fut fait capitan-pacha* , puis séraskier en remplacement de Méhémet-Ali*.

Les trois personnages dont je viens de parler, Réchid, A'ali et Riza, composent avec les deux beaux-frères du sultan, Khalil et Ahmed-Féthi, et le cheikh-ul-islam actuel , Arif efendi, la portion influente du Divan. Arif efendi est un uléma de l'ordre des cazi-askers, qui remplissait la fonction de mufti du conseil lorsqu'il fut appelé à succéder à Arif-Hikmet bey dans le poste le plus élevé de l'empire après celui de grand vizir. Le nouveau cheikh-ul-islam ne m'est pas connu personnellement , mais on le dit non moins dévoué que son prédécesseur aux idées de progrès , avec plus de décision dans le caractère.

Les autres membres du Divan, si Ton en excepte le ministre du commerce, Moussa - Saféti pacha, qui passe pour la plus haute capacité finan-

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