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2, 30 janvier 1854.
eière de la Turquie, sont relégués tout à fait sur le second plan , et appartiennent plus à Tadrainistration qu*à la politique. Ce sont Chéfik bey, ministre des jfinances, Izzet pacha, ministre de la police, et Kiamil pacha, président du conseil d'État*.
Le nouveau gendre du sultan , Âli-Ghalib paclia , nouvellement promu ministre de l'hôtel des monnaies et intendant de la liste civile, fait également partie du conseil des ministres. Mais c'est un trop jeune homme pour qu'on puisse faire autre chose que de mentionner son nom.
En revanche, nous trouvons en dehors du cabinet les noms de trois personnages qui doivent être comptés parmi les sommités poUliques de la Turquie.
Le premier est l'ancien grand vizir Méhémet- Kibrisli, originaire, comme l'indique son surnom de Kibrisli , de l'île de Crète , et que l'on a vu ambiissadeur à Londres, delà fm de 1848 à la fin de de 1850.
C'est un homme qui entre à peine dans la maturité de l'âge. Son oncle , trésorier de Mahmoud , l'ayant fait venir presque enfant à Constantinople , il entra comme sous-lieutenant dans la garde , au sortir des pages. Quelques mois après , le sultan , qui l'avait distingué, l'envoya en France pour y compléter son
J. Novembre et décembre 1854.
éducation militaire. Méhémet passa plusieurs années à Paris et à Metz, servit pendant quelqae temps , avec le grade de capitaine , dans un régiment de dragons français , passa de là en Angleterre, puis en Allemagne, et revint ensuite (1839) dans sa patrie, où il fut fait colonel. Trois ans après , il fut promu général de brigade et chargé du commandement de l'École militaire, dont il fat le principal organisateur.
Des dissentiments avec le ministère de cette époque amenèrent son éloignement de la capitale. Il fut nommé gouverneur de la province de Saint-Jean d'Acre, puis de Jérusalem. L'année suivante (1847), il devint gouverneur de Belgrade avec le grade de général de division. Nommé, vers la fin de 1848, ambassadeur à Londres , il demeura dans cette ca* pi taie pendant toute la durée des négociations relatives aux réfugiés hongrois et polonais. Celte question était à peine résolue, que la nouvelle de rinsurrection d'Alep (octobre 1850) précipita la Porte dans un nouvel embarras. Méhémet se trouvait alors en congé à Constantinople. Le sultan le lit appeler et le nomma gouverneur général d'Alep, avec le litre de muchir.
Il ne fallait pas moi us que l'énergique décision de Méhémet pour mener à bien cette mission délicate. L'Europe chrétienne , qui s'était si profondément émue à la nouvelle du massacre d'Alep , et
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avait crié au réveil do vieux fanatisme musulman, conrmiença à se rassurer en apprenant les détails du combat que Méhémet livra auy rebelles, et dans lequel six cents musulmans périrent pour venger la mort d'une quinzaine de chrétiens.
L'insurrection d'Alep avait des ramifications dans le Liban, où les montagnards montraient une répugnance invincible à se soumettre au recrutement. Tout le Hauran était en armes. La présence de Méhémet n'était plus aussi nécessaire à Alep. Nommé commandant en chef de l'armée d'Arabie, il marcha contre les rebelles , les dispersa, et fit partout exécuter la loi.
Appelé à Constantinople peu après l'arrivée du prince Menschikoff , il prit une part active aux délibérations des grands conseils qui se tinrent à cette époque , et fut un des plus chauds partisans de la résistance à tout prix. Lorsque la rupture devint inévitable, il fut mis à la tète du pachalik d'Andrinople, qui , placé au centre des i)opulations grecques de la Roumélie , acquérait une très-grande importance par la possibilité d'un soulèvement. Or Méhémet-Kibrisli n'est pas seulement un bon général, c'est un habile metteur en scène ; ce qui prête à l'elTet ne lui déplaît pas. Doué d'une parole entraînante , il connaît l'art de frapper à propos les yeux et l'imagination des peuples. Quelques jours après son arrivée, il convoqua, suivant l'usage, les
autorités et les notables d'Ândrinople pour assister a la lecture du firman d'investiture. Plus de quarante mille spectateurs, musulmans , chrétiens, israélites, s'étaient joints à la réunion officielle. Après la lecture du firman, le nouveau gouverneur prit la parole. Il commença par rappeler aux Grecs et aux autres raïas les bienfaits dont ils jouissaient depuis le tanzimal ; puis s'adressant aux enfants du Prophète et leur rappelant ce beau précepte de leur religion, qui leur dit en parlant des raîas : Leur vie est voire \ie , leurs biens sont vos biens , leur honneur votre honneur.... Si donc, continua- t-il , un seul cheveu tombait de la tète d'un raïa, si une épingle qui lui appartient était égarée , s'il avait à soufirir d'une parole , d'un geste , d'un regard de mépris, nous en serions responsables devant Dieu.» Et, se tournant vers le mufti et les imans qui étaient présents : « Vous qui êtes les docteurs de ia loi , reprit- il , dites-le vous-mêmes , sont-ce les «commandements de notre loi, sont-ce les pré^ ceptes de notre religion ?
— Oui, répondirent-ils tous, ce sont les commandements de la loi , ce sont les préceptes de la religion musulmane.
— Ainsi, poursuivit Méhémet, c'est pour nous un devoir, un devoir religieux, de protéger et d'aimer les raïas. Nos cultes sont différents; mais si, obéissant à la voix de leur conscience, tandis que nous
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nous rendons pour prier à la mosquée , les chrétiens vont à Téglise et les juifs à la synagogue, nous n'en sommes pas moins tous, juife, clirétiens et musulmans , les serviteurs du Dieu unique, les sujets» c*estrà-dire les enfants du même souverain , c'est-à-dire que nous sommes tous frères. »
U serait difficile de rendre l'enthousiasme produit par cette allocution. Les actes du nouveau gou* vemeur répondirent à ses paroles , et , malgré les efforts et les intrigues des agents russes , la tranquillité ne fiit pas troublée un seul instant dans son gouvernement.
Six mois après S Riza pacha ayant été nommé séraskier , Méhémet-Kibrisli lui succéda en qualité de ministre de la marine, et passa de là d" juin) au grand vizirat, où il a été remplacé nouvellement par Réchid.
En août 18Ô2, lorsque A'ali pacha quitta les affaires étrangères pour devenir grand vizir , il lit nommer à sa place un homme qui s'était fait un nom dans la politique et dans les lettres. Fuad efendi, poëte lui-même, appartient à une famille de poètes. U eut pour oncle cet Lszet efendi plus connu sous le nom d'Izzet moUa, le Monli ottoman. Izzet, qui mourut à Constantinople il y a une quinzaine d'années, s'était d'abord fait connaître par un