I. L’église aux Poissoas
Il n’y a pas une église, pas un couvent grec en Turquie, qui ne possède une merveille de ce genre, autorisée de môme par quelque légende. Ici , c’est un ayasma , ou source miraculeuse , qui préserve du mauvais œil ; là quelque sainte relique qui guérit les femmes de la stérilité. Tous les saints font journellement des miracles , toujours par l’entremise du papas ou du caloyer , depuis hagios Charalambos (saint Roch), qui préserve de la peste, jusqu’à hagia Varvara (sainte Barbe), qui procure des maris aux jeunes fdles.
Les Grecs sont fermement persuadés de la réalité de ces miracles , de môme qu’ils accordent une foi implicite aux prédictions qui leur montrent sans cesse , depuis quatre cents ans , Constantinople à la veille de retourner entre les mains des orthodoxes. On sait quel rôle important ces prophéties qu’ont entretenues habilement les Russes , et que l’on a tenté de renouveler dernièrement , ont joué dans le soulèvement de la Morée , en 1770 , et durant la guerre de l’Indépendance. L’une d’elles annonçait que Constantinople devait tomber au pouvoir d’une nation « à la chevelure blonde. » Une autre , non moins populaire, attribuée au moine Agathangelos, prédisait la délivrance pour le milieu de l’année 1 854 , après une période révolue de quatre siècles.
Cette année 1854 marquera, en effet, dans les
CONSTANTINOPLE
fastes de l’Orient , mais non pas par le renversement de la domination turque. La Turquie a montré qu’elle n’était pas disposée à céder la place à la nation « à la chevelure blonde , » et , d’ailleurs , la France et l’Angleterre sont là pour la maintenir sur son terrain.
Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.