TRAGEDIA IN CINQ17E ATTI , TRAROTTA DAL FRAN'CESE
del maestro Scribe.
Le spectacle devait commencer par la Caméra a due letti (la Chambre à deux lits), commedia tutta da ridere, toujours del maestro Scribe.
On ne rentre guère du théâtre avant onze heures et demie ou minuit. Tous les vrais Osmanlis dorment à cette heure. Leurs habitudes casanières, leur paresse naturelle, qui se refuse à suivre pendant plusieurs heures le fil et le développement d’une intrigue, enfin l’arbitre universel, le Coran, tout concourt à les éloigner d’un divertissement qu’ils regardent d’ailleurs comme puéril.
Leur seule récréation extérieure est le cahvènè (café). Le rentier , le marchand , quand il a fermé sa boutique, l’artisan, dans les intervalles de son travail , le kaïkji et le liammal , en attendant la pratique, aiment à s’y arrêter un temps plus ou moins long pour fumer le tchibouk ou le narghilé en respirant le grand air et la fraîcheur.
L’ameublement des cafés est d’une simplicité extrême. 11 consiste en une sorte de hangar, garni en dehors d’escabeaux à siège de paille, hauts d’un pied et demi environ , et au dedans de bancs assez larges
qui sont adossés à la muraille tiennent lieu de sofas. Ces bancs, quelquefois recouverts d’une natte, sont surmontés de plusieurs rangées de tchibouks et de narghilés. Au fond, le fourneau et les divers ustensiles nécessaires à la préparation du café ; de chaque côté, un appareil dont il serait impossible de comprendre l’usage sans la vue d’une énorme paire de ciseaux et d’un grand plat à barbe appendus à côté en guise de trophée. En Turquie, tout kahvèdji est en même temps barbier de son état.
Entre un Turc. Il s’asseoit sur le sofa, à un endroit quelconque (cependant, si la place à l’angle de la fenêtre est libre, il la prend de préférence, parce que de là son œil plonge à loisir dans la rue ou sur la mer), tire de sa poche sa bourse à tabac, et bourre silencieusement son tchibouk. « Biratech ! du feu ! » Le cahvèdji accourt , tenant à l’extrémité d’une petite pincetle un charbon allumé qu’il assujettit avec soin sur le lulè. Quand sa pipe est bien allumée, le nouveau venu jette les yeux sur ses voisins , et, s’il aperçoit parmi eux quelques connaissances, il leur adresse d’abord un téména, ensuite il commence un de ces dialogues à la turque, coupés par des pauses qui durent quelquefois cinq minutes. Au bout d’une demi-heure ou trois quarts d’heure, après qu’il a humé sa tasse de café, accompagnée quelquefois d’un verre d’eau , il secoue
la cendre de son tchibouk , fait un second téména, se lève et sort de la salle , après avoir laissé à la place qu’il occupait sur le sofa une pièce de cinq paras1.
Quelle différence avec le luxe, l’éclat, l’animation, le brouhaha des cafés de nos boulevards! 11 m’est arrivé souvent de demeurer des heures dans un café où vingt personnes étaient assises, sans que le bruit d’une seule conversation retentît à mon oreille. Les hirondelles, qui avaient leurs nids suspendus aux solives du plafond, entraient et sortaient comme si la salle eût été déserte. Quelques habitués jouaient aux échecs ou aux dames, seuls jeux, avec le trictrac, qui soient tolérés par le Coran. Mais pas un mot n’était prononcé. On eût dit de ce club des Silencieux qui se forma a Londres vers la lin du dix-septième siècle, et qui avait adopté pour règle fondamentale de ne jamais ouvrir la bouche.
Cependant les cahvènès ne présentent pas toujours cet aspect paisible. Dans les temps de troubles et de grandes préoccupations politiques, ils deviennent le rendez-vous des nouvellistes et des mécontents. C’était là que les janissaires se rassemblaient et recrutaient leurs adhérents. Aussi jouent-ils un
1. Environ deux liants de notre monnaie. L’usage pour les Européens est de donner vingt paras ; mais , comme ils ne portent pas toujours leur tabac avec eux, le tchibouk ou le narghilé est compris dans cette rétribution.
grand rôle dans l’histoire des révolutions intérieures de Constantinople. Plusieurs khatti-chérifs ordonnèrent leur fermeture; mais ces khatti-chérils, dont la politique, plus que la religion , avait dicté les considérants , demeurèrent sans effet. Fermés, démolis même sous le règne de Mourad IV1, frère du malheureux Osman, les cafés furent rétablis sous son successeur Ibrahim.
En 1828, le sultan Mahmoud renouvela la tentative. La terrible journée de l’Etmeïdan n’en avait pas fini avec l’indomptable milice. Morta la bestia, morto il veneno, disent les Italiens. Mais cette fois le venin avait infesté la nation tout entière : puis le dragon lui-mème n’était pas tout à fait mort ; ses tronçons dispersés remuaient çà et là. L’agitation partait des cafés , rendez-vous ordinaire des derviches et des partisans secrets de la milice dont un firman avait interdit de prononcer même le nom. Ce fut alors que Mahmoud ordonna leur fermeture en masse. Les conteurs ambulants, dont les récits servaient de prétexte aux rassemblements, furent enveloppés dans la môme proscription. Qu’arriva-t-il ? les deux ou trois mille cafés de Constantinople se transformèrent comme par enchantement en boutiques de barbiers. On ne voyait partout qu’Osmanlis occupés
à se faire raser la tête. Mais, au fond de l’appartement, une boiserie à peine dissimulée donnait accès dans un cabinet qui servait de refuge aux fumeurs et aux buveurs de café. La police ferma les yeux , et peu à peu l’ordonnance tomba en désuétude.
J’ai évalué à plusieurs milliers le nombre des cafés de Constantinople , et je ne pense pas m’être trompé. Vous ne faites pas cinquante pas dans un quartier quelconque sans en rencontrer un. Sur les places, aux abords des bazars et des mosquées, sur les quais, ils se suivent à la file. Dans la campagne, vous ne voyez nulle part un joli site , un kiosque bâti sur le penchant d’une colline, une nappe de gazon au bord d’une petite rivière , à l’extrémité d’un promontoire une touffe de marronniers ou de platanes, qu’en même temps ne s’offre à vous un cahvènè en plein air, où les promeneurs trouvent , avec leur liqueur favorite, l’ombre et la fraîcheur. J’v ai rencontré des pachas et des personnages du plus haut rang, tandis que les cafés de l’intérieur des villes ne sont fréquentés , en général , que par les gens du peuple.
Mais c’est surtout pendant le ramazan et à l’époque des deux bairams que les cahvènès offrent l’aspect le plus animé. Le ramazan est à la fois le carême et le carnaval des Turcs, carême pendant le jour « depuis l’instant où l’on commence à distinguer un fil noir d’avec un fil blanc, » cama-
:îJÜ LA TURQUIE ACTUELLE.
val durant le reste des vingt-quatre heures. C’est alors qu’à l’abstinence forcée de la journée , abstinence qui va jusqu’à la privation , non-seulement du manger et du boire, mais encore de la pipe et des parfums (les plus fervents se font môme scrupule d’avaler leur salive), succèdent comme par enchantement les réjouissances et les orgies nocturnes. Les mosquées sont illuminées; les rues, désertes d’ordinaire après le coucher du soleil, s’emplissent de promeneurs; la plupart des boutiques, celles du moins qui fournissent les denrées nécessaires à la consommation, tels que les boulangeries, les épiceries, les rôtisseries, etc., restent ouvertes. Dans les * cafés et sur les places publiques, les musiciens et les chanteurs ambulants, les baladins, les danseurs, les meddah ou conteurs, les karagueuz (ombres chinoises), attirent autour d’eux des groupes nombreux de spectateurs et d’auditeurs.
Les danseurs sont de jeunes Grecs qui, la tète ornée du fez écarlate à houppe d’or, la chevelure parfumée et flottant sur les épaules, les sourcils et les cils des paupières teints en noir, exécutent en chantant des figures lascives. Le nombre de ces êtres dégradés a beaucoup diminué à Constantinople depuis quelques années , et on ne les trouve plus guère que dans les tavernes de Galala, affermées la plupart par des Grecs. Leur costume féminin, leur figure tout à fait imberbe, le fard
île leurs joues indiquent aux passants leur profession , que la langue flétrit d’un terme injurieux.
Les musiciens et les chanteurs, qui vont par troupes de six ou huit , sont indifféremment mahométans, chrétiens ou juifs. Les mômes individus chantent et s’accompagnent soit du violon et de la guitare , soit de la flûte ou d’une sorte de sifflet de Pan appelé neïh et très-répandu chez les Turcs.
Les meddah, qui rappellent par leur profession les anciens trouvères, sont Turcs. Ils choisissent de préférence, pour exercer leurs talents, les cafés les mieux achalandés. La séance commence ordinairement une heure après le coucher du soleil. Point de billets d’entrée ; les premiers venus remplissent la salle; le reste des spectateurs se tient en dehors , debout ou sur des escabeaux. Le khodja 1 (les meddah sont tous décorés de ce titre), assis derrière une petite table , sur une estrade élevée d’un pied au-dessus du niveau de la salle, dans l’angle le plus rapproché de la rue, afin d’être entendu plus aisément de tous les assistants, et la main droite armée d’un petit bâton, ouvre la séance. Ce sont en général de beaux hommes, à la figure expressive, à la voix forte et sonore, aux gestes aisés et gracieux. Il débute par une courte apologie du sultan régnant , accompa-