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De muçaftr , hôte , comme hospitium de hospes

gagnent du terrain et s’étendent le long des grandes routes , ces coutumes primitives disparaissent. Cependant, à Constantinople, l'antique hospitalité existe encore. Que M. Crow 1 trouve Stamboul un séjour maussade pour lin gentleman, parce que l’on n’y dîne pas et que l’on n’y a pas de raouts comme à Londres , permis à lui ; mais interrogez le pauvre voyageur assuré de trouver en tout temps dans Stamboul un gîte et un repas frugal , tandis qu’à Londres il serait exposé à mourir de froid et de faim dans la rue , il sera d’un autre avis que M. Crow.

La charité des Osmanlis est simple comme leur piété. Il n’y eut jamais de peuple plus éloigné de l’ostentation. Quelle plus jolie maxime que celle contenue dans ce distique d’un de leurs poètes : « Que le torrent de votre libéralité s’échappe de vos mains sans que votre oreille en entende le bruit. »

De même que la religion a empreint toutes leurs institutions et seule est capable de les modifier , elle se mêle à l’exercice de toutes leurs vertus. Ce que nous appelons dogme , culte , obligation morale , conscience, loi écrite, se dit chez eux d’un même mot : religion. L’idée du devoir, sous toutes ses

t. Auteur d’un Voyage en Turquie publié récemment à Londres.

formes, n’est pas distincte de l’idée de Dieu ; tous leurs actes sont des actes religieux. Ils accomplissent un acte religieux en passant avec leurs femmes la nuit du vendredi \ comme en étant exacts aux cinq namaz et en mourant pour la défense de leur pays. Aussi n’y a-t-il de patriotisme véritable en Turquie que chez les vieux croyants. La jeune Turquie , qui fait profession d’athéisme , n’a pas le moindre souci de l’avenir du pays. Elle n’est préoccupée que d’elle-même. Je ne dis point que l’on ne puisse pas parvenir à la longue à substituer dans l’esprit des masses le mobile patriotique , tel qu’il existe chez nous , au mobile religieux; mais, avant que la Turquie ait accompli celte transformation, que sera-t-il advenu d’elle ? Et quand elle l'aura accomplie , sera-ce encore la Turquie ?

Voilà pourquoi, pendant que la crise dure encore , j’aimerais à retracer les principaux traits de ce type qui bientôt peut-être aura disparu de l’Europe. Osman aga en était un représentant fidèle , et c’était une des raisons qui me faisaient trouver tant de charmes dans son entretien.

Je ne sais s’il croyait fermement à la mission de

t. De là le nom même du vendredi, djouma, «jour de l’union.» (Voy. plus bas, p. 373.) Jamais un bon musulman ne s’affranchit de cette obligation , son harem fût-il rempli de jeunes esclaves fraîches comme Rachel , et sa femme fût-elle ridée tomme Sara

Mahomet ; mais il agissait en toute chose comme s’il eût été guidé par une foi sincère. La religion était véritablement pour lui la voie droite 1 ; les objections, les railleries, les clameurs, n’avaient point de prise sur lui : « Le chien aboie , disait-il , la caravane passe. »

Grave, réfléchi, il portait dans ses actions et dans ses discours une certaine lenteur. Cette lenteur, commune à tous les Turcs , ne ressemble en rien à la pesanteur d’esprit des Allemands, « qui se cotisent pour entendre un bon mot : » elle est plutôt une marque de leur dignité. Quoique moins spirituels que les Arabes et surtout que les Persans , les Osmanlis sont doués d’une finesse qu’ils doivent en partie à leurs habitudes d’observation, et cette finesse s’exprime souvent sous une forme vive et incisive. Cependant ils font plus de cas du simple bon sens que de l’esprit, et affectent de réfléchir longtemps avant de parler. Lorsque vous entamez une conversation avec un Turc, la plupart du temps votre interlocuteur a deviné votre pensée avant que vous ayez fini votre phrase ; cependant il se garde de formuler sur-le-champ sa réponse : il reste une minute ou deux à se caresser la barbe d’un air méditatif ; il craint de pa-

1 . Les musulmans se servent de cette expression , « la voie droite, > pour désigner l’islamisme.

raître se déterminer à la légère. Souvent même il se contentera de répondre de la tête , des yeux , de la main, qu’il ne remue jamais sans noblesse.

En effet, cette gravité, cette lenteur qu’affectent les vieux Turcs, répand sur leur physionomie un cachet de distinction et de dignité naturelles, dont vous ne pouvez vous empêcher d’être frappé. Comme elles résultent moins de l’éducation que de l’équilibre constant des facultés, vous les retrouverez chez tous les individus indistinctement, petits ou grands , pauvres ou fortunés. Cet homme qui s’avance vers vous d’un pas lent et mesuré , sans tourner la tête à gauche ou à droite , est-ce un puissant aga, un riche marchand, un simple ouvrier vivant du travail de sa journée? Le mendiant lui-mêine garde vis-à-vis du public celte contenance calme et digne. Il reçoit votre aumône avec reconnaissance , mais il ne la sollicite jamais , et , même en la recevant , il ne se considère point comme votre inférieur. La bonne et la mauvaise fortune créent des distinctions, mais non des inégalités entre les hommes. Pauvres et riches accomplissent également la loi , les uns en se montrant résignés à leur sort , les autres en adoucissant les maux de leurs semblables.

Qu’un de ces accidents si communs en Turquie élève soudainement un homme au-dessus de sa condition , vous ne trouverez point en lui la morgue

et l’insolence de nos parvenus. Il ne cherche pas à jeter un voile sur son origine. Le baltadji devenu millionnaire parlera le premier, mais sans affectation, de sa hache et du bois qu’il a fendu. Il apporte dans ses rapports avec ses voisins la môme bienveillance, la môme discrétion, la môme politesse. Son élévation ne l’a ni surpris ni changé; sa chute n’altérera pas son humeur, et il rencontrera les mêmes égards, les mêmes respects de la part de ceux qui l’entourent.

Tel est l’effet de cette religion qui se définit ellemême résignation à Dieu ; résignation à Dieu et charité envers le prochain , car le Prophète lui-même a dit : « Le meilleur des hommes est celui qui se rend utile à ses semblables. »

Les Persans néanmoins diffèrent en beaucoup de points des Osmanlis. Ils n’ont ni leur dignité, ni leur réserve, ni leur honnêteté proverbiale. Vifs, spirituels , beaux parleurs , familiers , prompts à s’assimiler les mœurs et les usages des pays étrangers , ce sont les Français de l’Orient.

Plus clairvoyant ou moins obstiné que la plupart des Turcs que je rencontrais chez lui, Osman aga était agité de tristes pressentiments relativement à l’avenir de son pays. Il avait trop de pénétration pour ne pas calculer au juste la portée des réformes introduites de gré ou de force dans l’empire depuis vingt ans. Aussi aimait-il à se reporter.

par la pensée et par la conversation , aux temps passés, quoique la comparaison de l’ancienne splendeur des Osmanlis et de ce qu’il appelait leur décadence actuelle le rendit soucieux et morose. « Que voulez-vous ? me disait-il un jour ; à présent, quand le Christ veut fumer, c’est Mahomet qui va lui chercher du feu. » Je ne sais quelle impression auront faite sur lui les événements actuels. Peutêtre est-il mort ; mais, s’il vit encore, nul doute qu’ils n’aient ajouté à son humeur chagrine ; quelle que soit l’issue de la lutte engagée , il doit penser que l’Europe fera payer à la Turquie le prix de sa rançon. Et de fait, quelques sympathies que l’on ressente pour la vieille race d’Osman , il est vraisemblable que son heure a sonné : il faut que la Turquie se transforme , si elle veut être sauvée.

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