Kelid ul bahr
2. En turc, Tchanaq Kalè, « la forteresse des Poteries, » à cause <le la poterie grossière qui se fabrique de temps immémorial aux Dardanelles , et dont la plus grande partie s’expédie à Constantinople.
quelques années, sir Stratford Canning, aujourd’hui lord Redcliffe, revenant d’une excursion dans l’Archipel , se trouvait en vue des châteaux , lorsque , par une de ces boutades auxquelles Son Excellence est sujette, il fit hisser le grand pavillon d’Angleterre, et annonça l’intention de passer outre. Un coup de canon tiré à poudre du château d’Asie rappela la corvette à l’observation des règlements. La corvette força de vapeur. Un second coup de canon logea un boulet dans un des tambours. Cette fois, Son Excellence trouva que la plaisanterie avait duré assez longtemps ; au commandement de Stop! la corvette s’arrêta; et, tandis qu’un officier du bord remplissait à terre les formalités d’usage , l’ambassadeur, en grand uniforme , allait faire une visite de courtoisie au pacha des Dardanelles, qu’il complimenta sur la justesse du tir de ses artilleurs.
Ce pacha est sous la dépendance immédiate du grand-maître de l’artillerie., commandant en chef des détroits et de toutes les forteresses de l’empire. Les consuls et vice-consuls étrangers ont aussi leur résidence aux Dardanelles. Depuis que Constantinople est devenu le centre du commerce du Levant (c’était jadis Smyrne), le nombre de ces agents s’est beaucoup accru , et la plupart des États qui entretiennent des relations avec la Turquie , l’Angleterre , la France , l’Autriche , la
LES DARDANELLES
Russie, la Grèce, la Sardaigne, les Deux-Siciles, la Belgique , sont représentés aujourd’hui aux Dardanelles.
Un peu plus loin , à l’endroit où la côte d’Asie projette vers l’Europe la pointe de Nagara, le canal se resserre de nouveau. Cet endroit est doublement célèbre dans l’histoire et dans la légende. Là Xerxès construisit le pont de bateaux par où ses troupes passèrent d’Asie en Europe ; là périt Léandre englouti par ces flots qui l’avaient porté tant de fois dans les bras de son amante.
Léandre , conduit par l’amour,
En nageant disait aux orages :
c Laissez-moi gagner les rivages ,
« Ne me noyez qu’à mon retour. »
La largeur de l’Hellespont entre Abydos et Sestos n’était que de sept stades , au dire de Pline ; mais la force du courant triple et quadruple la distance. Aussi l’érudition moderne révoqua-t-elle en doute l’authenticité de la légende, jusqu’à ce qu’en 1811, le 20 juin , jour mémorable dans la vie du grand poète, lord Bvron, ayant traversé le détroit à la nage , en présence de nombreux témoins , à l’endroit même où Léandre avait péri , donnât raison aux anciens.
La beauté des rives des Dardanelles n’est point à comparer à celle des rives du Bosphore. Celle d’Eu-
rope est en général aride et peu cultivée. Du côté de l’Asie apparaissent de distance en distance des. villages groupés d’une manière pittoresque et entourés de riches vignobles, des collines boisées flanquées de nombreux troupeaux de chèvres , des vallées arrosées par de frais ruisseaux. Les bords de ces ruisseaux sont peuplés de grues qui paissent le gazon par troupes , tandis que quelques-unes , perchées en sentinelles sur le faîte de maisons et des minarets, frappent l’air par intervalles d’un bruit sec et monotone semblable au choc des castagnettes. Les grues sont les oiseaux sacrés de l’Orient. Leurs migrations lointaines, leurs mystérieux appels, le triangle fantastique qu’elles décrivent dans leur vol, éveillent je ne sais quoi de superstitieux dans l’esprit des peuples. Souvent , lorsque vous parcourez à cheval les steppes de la Moldo-Valachie, vous voyez tout à coup une ombre mobile se dessiner sur le vert assombri de la plaine. Ce sont leurs caravanes aériennes qui passent au-dessus de votre tète ; elles se dirigent d’un vol rapide vers le midi, tandis que, voyageur comme elles, vous courez vers le nord de toute la vitesse de votre cheval et vous vous croisez ainsi avec elles, mais à des distances incommensurables.
Cette côte est aussi la plus riche en souvenirs historiques. A quelques milles au-dessus des Dardanelles se trouvent les ruines de Lampsaque , ou
LES DARDANELLES. fj
plutôt l’emplacement que la tradition assigne à ces mines ; car rien dans le bourg moderne de Lampsaki n’indique la trace de l’ancienne cité adonnée au culte de Vénus Mérétrix.
Non loin de là apparaît le joli village de Tchardaq, avec son donjon* bâti à l’extrémité d’un promontoire et servant de fanal pour indiquer l’entrée du détroit aux navires venant de la Propontide ; puis, sur la rive opposée, Gallipoli, l’ancienne Callipolis : et presque aussitôt l’on débouche dans la mer de Marmara.
Gallipoli joue un rôle important dans l’histoire militaire des Ottomans. C’est par là qu’ils firent leur première apparition en Europe, et la prise de cette place marqua la première étape de cette marche triomphante qui devait les porter, en moins d’un siècle, des rives de l’Hellespont jusque sous les murs de Vienne.
Ici nous trouvons, comme au berceau de tous les peuples, la légende mêlée à l’histoire.
C’était en 1357. Moins d’un siècle s’était écoulé depuis l’arrivée des Ottomans dans l'Asie Mineure , et déjà ils avaient poussé leurs conquêtes jusqu’à la mer. Le successeur d’Othman, Orkhan, régnait à Brousse. L’aîné de ses fds, Suleïman, gouvernait au nom de son père l’ancienne Mysie, dont faisait