‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure; (volume 2)Chapitre 69 sur 178 · SANDJAK D'AMARA · texte numérisé non relu

SANDJAK D'AMARA

.y limites. — Le sandjak d'Amara est silué au nord-est du vilayet de Bassorah. Il est limité au nord et à Test parla Perse; au sud-est par le merkez-sandjak de Bassorah; au sud-ouest par le sandjak de Munléfîk et à Touest par le vilayet de Bagdad.

Division administrative. — Il est divisé administrativement en 4 cazas et 4 nahiés, comme suit :

Merkez-caza d'Amara.

Gaza de Chatra-el-Amara.

— de Zobéir.

— de Doaéridj.

NAHIES

Ali-el-Charki. — AU-el-Gharbi. — El-Ezer. El-Zafra.

Division militaire . — Un détachement des troupes du nizam (armée active), composé de 300 hommes d'infanterie et de 50 de cavalerie, commandé par un bin-bachi {chef de bataillon) est caserne à Amara. Ce détachement fait partie du Vr corps d*armée, dont le quartier-général est à Bagdad.

Outre ces troupes régulières, il y a dans le sandjak d'Amara 50 zaptiés ou soldats de police et un régiment de chébané^ troupes spécialement destinées à poursuivre dans leurs marais les Arabes récalcitrants. Les zaptiés et chébané sont sous les

ordres directs des autorités locales, qui ne peuvent requérir les soldats du nizam qu'après en avoir référé au muchir de Bagdad.

Autorités civiles. — Le sandjak d'Amara est adnjinistré par le mulessarif, les 3 caïmakams des cazas de Châtra, de Zobéïret de Douéridj, el les trois mudirs des nahiés. Ces sept fonctionnaires sont assistés de conseils composés^ sous leur présidence, du naïb, des chefs de services principaux, el de membres pris en nombre égal dans chaque communauté.

Autorités religieuses. - - Les autorités religieuses du sandjak d'Amara soni, pour les musulmans sunnites, le ndib\ pour les chiytes, ce sont les muchetehed, les arifé et les moumens; les catholiques d'Amara ont le prêtre indigène, desservant leur petite chapelle en ruines; les sabéens dépendent de leur chéïk Yahia, qui réside à Souk-el-Ghïouk, dans le sandjak de Muntéfik, et les israélites de leurs rabbins.

Tribunaux. — Il y a deux tribunaux à Amara : el-bèdayèt qui juge les affaires civiles et de commerce, et el-dairé el-djéza qui juge au criminel. Tous deux sont présidés par le nàib et relèvent en cas d'appel de la cour de Bagdad. Ces tribunaux ne sont pas en grand crédit près des Arabes, qui ne reconnaissent leurs sentences que si elles leur sont favorables. D'ailleurs, les questions civiles dans les tribus sont décidées par les chélk ou les arifé^ et les questions religieuses par les moumens.

Population. — La population totale du sandjak d'Amara est de 150,000 habitants, comme suit :

Musulmans sunnites 6,050 ) ^^^ , ,

u 1 i */n/^AM47,0o0hab.

— chyites 141,000^ '

Catholiques , . . , . 600

Sabéens 1,400

Israélites 950 —

Total. . . 150,000 hab.

Celte population n'est pas fixe ; elle n'est pas non plus absolu-

ment flottante, puisque, à moins d'événements extraordinaires, elle ne sort pas en masse du sandjak et reste en totalité toujours à peu près la même; mais la plupart des localités sont tour à tour désertes ou peuplées. En effet, les tribus arabes passent tout entières à la suite de leurs cheïks, chaque fois qu'il plaît à ces derniers de changer de résidence, de l'un à l'autre de leurs moukatà'a ou cantons agricoles oîi elles ne font que camper.

On peut toutefois considérer comme habitants des régions d'Ali-el-Gharbi et d'Ali-el Gharki la grande tribu des Béni-Lam composée de 40 branches, et celle de el-Bou-deradj qui n'en a que 5. Le caza de Douéridj est habité par une petite branche des Béni-Lam et par la tribu el^Souaïd qui est composée de 13 branches. Quant au caza de Chattra, il est habité par la tribu el'Bou-Mohammed composée de iO branches, par celle de el- Soudan de 5 branches et celle de eUlzèrèdj également de 5 branches.

On verra ces mêmes tribus figurer plus loin dans les localités où elles possèdent de vastes cultures.

Chef-lieu. — Amara, chef-lieu du sandjak et du merkezcaza de même nom, résidence officielle du mutessarif, gouverneur, et siège des autorités civiles, militaires, religieuses, des tribunaux et des divers services administratifs, est situé sur la rive gauche du Tigre, à 170 kilomètres en amont et au nordouest de Bassorah, à 100 kilomètres de Kourna, suivant la même orientation, à 300 kilomètres en aval et au sud-est de Bagdad, et à 50 kilomètres à l'ouest de la frontière persane.

Population. — Sa population, comprise dans le chiffre précité de celle du sandjak, est de 9,500 habitants, comme suit :

„ , ( Sunnites 4,400 ) ^ . . . , .

Musulmans, ir,, .. a aaa \ 7,000 hab.

( Ghyites 2,600 )

Gatholiques 600 j . aç.t.

Sabéens 1,000 ) ^'^^^

Israélites . 900 —

Total 9,500 hab.

Celte ville est de fondalion récente; elle ne date que d'une trentaine d'années. Jusqu'en 1860, toute la contrée qui forme aujourd'hui le sandjak d'Amara n'était qu*un désert où campaient les tribus arabes qui tantôt s'en partageaient et tantôt s'en disputaient la possession. Le gouvernement reconnaissait l'autorité de trois chéïk qui lui payaient un tribut et recevaient son investiture, représentée parle khildat^ qui consistait, pour le chéïk des muntéfiks, en une pelisse, un drapeau, un châle et une épée ; pour le chéïk des Zobéîd, en une pelisse, un châle et une selle brodée en argent; et pour le chéïk des Béni-Lam, en un drapeau, un châle et un aba broché et brodé en or. Ce dernier chéïk était le suzerain de tous ceux des autres tribus du sandjak d'Âmara et payait à la Sublime Porte en cette qualité un tribut insignifiant, tandis que son vassal Pessâl, chéik de la tribu de el-Bou-Mohammed^ dont le pouvoir s'étendait de Kourna à Ali-el-Gharbiy était autorisé par lui, moyennant une contribution plus que double, à rançonner tous les autres chefs de tribus et à frapper la navigation fluviale de taxes arbitraires, auxquelles se soumettait le commandant même du vapeur anglais la Comète qui faisait seul alors le service entre Bassorah et Bagdad.

A la mort de Pessâl, son fils Chïâh qui lui avait succédé, ayant eu avec son suzerain de graves différends que le gouvernement local ;essaya en vain d'apaiser pacifiquement, le gouverneur général du vilayet de Bagdad, dont dépendait alors le sandjak d'Amara, envoya, pour y rétablir Tordre, une armée sous le commandement de Mohammed bey-Diarbékirli. Celui-ci livra une grande bataille aux Arabes, les mit en déroute et les força de chercher un refuge dans leurs marais; puis, sur le lieu même de leur défaite, il bâtit nne grande caserne dans laquelle il installa un régiment de nizam. Autour de cette caserne, où il établit sa résidence en qualité de gouverneur, se groupèrent bientôt de nombreux émigrants de Bagdad et de Bassorah; la ville d'Amara fut ainsi fondée. On l'appelle encore aujourd'hui el-Ordou (le camp) en souvenir des circonstances de sa fondation.

 Texceplion des militaires et des employés du gouvernement, de quelques agents de maisons de commerce de Bassorah et de Bagdad et de deux ou trois négociants persans, les habitants d'Amara sont d'assez pauvres gens, gagnant péniblement leur vie en exerçant les métiers de maçon, de charpentier, etc., ou en vendant des comestibles aux passagers des bateaux à vapeur.

Les musulmans sunnites ont deux mosquées dans cette ville. Les musulmans chiytes en ont une, où les cérémonies de leur culte se font avec plus de pompe que partout ailleurs, car toutes les tribus du sandjak viennent y assister.

Gomme il a déjà été dit plus haut, les catholiques n'ont à Amara qu'une petite chapelle dans une maison qui tombe en ruines. Le prêtre indigène qui la desservait, se voyant sans abri et ne pouvant pourvoir à sa subsistance, a pris le parti de quitter la ville; mais le préfet des Carmes est en instance auprès du gouvernement, qui, sans doute, ne tardera pas à lui accorder Tautorisation qu'il sollicite de bâtir une église. Les sabéens ont une maison de prière, et les israélites une synagogue desservie par un rah1)in.

Ecoles. — 11 y a dans la ville d' Amara 1 1 écoles fréquentées par 155 élèves, qui reçoivent de 14 professeurs un enseignement à divers degrés comme suit :

, ( ruchdiè (enseign. second.) . 25 élèves 4 maîtres

Musulmans ^ .. x i • • ^n a

( b écoles primaires 60 — 6 —

Cathohques 1 — 20 — 1 —

Sabéens . .1 — 15 — i —

Israélites. .2 — 35— 2 —

Totaux . 1 1 écoles 1 55 élèves 1 4 maîtres

Production agricole. — On estime, année moyenne, la production agricole du sandjak d' Amara comme suit :

Dattes 5,395 tonnes

Blé 38,475 —

Orge 23,085 —

Riz 30,780 —

Maïs 17,695 —

Millet 1,539 —

Mâche (sorte de lentille) . 1,539 —

Sésame 2,309 —

Coton 52 —

Graine de lin 9 —

Opium 1 —

Oranges 900 —

Citrons et limons 3,500 —

Abricots 1,000 —

Pommes 2,000 —

Coings 3,940 —

Grenades 8,500 —

Figues 11,000 —

Raisins 5,000 —

Mûres. 8,000 —

Total. . . 164,719 tonnes

Mines, forêts, faune. — Il n'y a point de mines connues dans ce sandjak. Toule cette contrée était jadis couverte de forêts^ où Ton rencontrait un grand nombre d'animaux carnassiers et du gibier de toute sorte. Les Arabes y chassaient le lion, qui ne se trouve plus aujourd'hui qu'au fond du désert. Le petit nombre de forêts peu importantes qui existent encore autour d'Amara et les animaux qui fréquentent le pays, sont énumérés dans les chapitres spéciaux du vilayet de Bassorah.

Salines, tabacs. — Les salines de Sérouth, d'Abou-Roba et de Béni-Malek, situées dans le sandjak d'Amara^ sont décrites au chapitre spécial du vilayet de Bassorah, de même que tout ce qui concerne le tabac.

Agriculture. — La grande fertilité du sol de cette contrée est très remarquable. Ses principales productions sont le riz, le blé, l'orge, le maïs, le millet, le sésame et cette espèce de lentille nommée « mâche » déjà citée. Le coton, le lin et lopium, cultivés d'abord avec succès, n'ont pas donné d'aussi bons résultats parla suite, des exigences fiscales prématurées ayant fait abandonner cette nouvelle branche de production agricole sur plusieurs points.

Dans la partie nord, c'est-à-dire à partir de la limite du vilayet de Bagdad jusqu'auprès d'Âmara, les grandes cultures sont celles du blé^ de Torge et du millet. Tous les autres moukataa du reste du sandjak sont exploités en rizières et en champs de maïs.

Les trois premières céréales susdites sont exploitées par les tribus Béni'Lam et el-Bou-deradj dans les moukatà^a suivants : 1 ^ A li-el' Gharbi ; 2^ eUChouhmè ; 3" eUChamiyèh ; 4° Nahr-Saad; 5° el'Seffah] Q"" el-Fellah-otiel-Denenai.

Les tribus arabes el^Bou-Mohammed, el-Souaîdy el-Soudnn et el'lzèrèdj exploitent en rizières et en champs de maïs, de sésame et de l'espèce de lentille dite « mâche », les moukatà'a situés sur leurs possessions, comme suit :

1^ el'Djehalla; 2° el-Bahaté; T el-Achou; 4° el-Chatt; S^iJ/ûdfar-el-Kébir; &" Madjar-el-Saghir*, V el'Mucherah\ %"" el-Oubédjeh\ 9^ el-Rouméli; 10« ei-Kassra; II"" el-Hafirè et el- Djouar.

Environ 50 canaux, grands et moyens, qui ne tarissent en aucun temps^ servent aux irrigations de toutes ces cultures, par le moyen de prises d'eau dont on estime le nombre à 240 pour les seules rizières. Le plus important de ces grands canaux est le Djèhahj qui passe près de la ville d'Âmara pour se déverser dans le Tigre en face du bourg de Châtra, après avoir donné naissance à plusieurs autres canaux importants, parmi lesquels on cite el-Mechra^ et avoir fourni aux irrigations des rizières 40 prises d'eau dans le seul moukatd'a de el-Djèhala. Les autres canaux, moins grands, fournissent aux irrigations des champs situés du côté opposé de la ville d'Amara, de sorte

qu'elle semble, ainsi entourée de toutes parts de nombreux cours d'eau, former une grande lie avec les vastes terrains qui Tenvironnenl.

Elève des bestiaux. — On évalue en moyenne la production annuelle du sandjak d'Amara en bestiaux des races bovine, chevaline, asine, camélienne et ovine, comme suit :

LOCAUTÉS

Bœufs et vaches.

TOTAUX par

LOCAUTÉS

Amara et environs

Cazns de Chattra et de Zo-j béïr : trihu de el-BoU'\ Mohammed •

CazA de Douéridj, tribu :» des] Béni-Lam et el-Bou-Dé-\ radj

Totaux db la race bovuib .

Totaux par racbs

Total généra

On doit répéter ici que tous ces chiffres sont des minima^ surtout en ce qui concerne les races bovine et ovine. Les bestiaux des tribus nomades n'ont pas pu y être compris; on ne saurait évaluer leur multitude. C'est principalement chez les Béni'Lam que les négociants de Bagdad viennent acheter la laine fine et moelleuse si avantageusement connue dans le commerce sous le nom de cette tribu, et que fournissent les moutons de race cheffâl élevés dans les gras pâturages du Tib et de Douéridj. Le beurre que les Béni-Lam font du lait des brebis de cette belle race n'est pas moins renommé. C'est aussi chez eux que l'on trouve les meilleurs chameaux djoudi et les plus belles vaches resiakié exportées en Egypte par les négociants de Mossoul.

Fleuves, rivières. — Il n'y a rien à ajouter à ce qui a été dit au chapitre spécial du vilayet de Bassorah.

Lacs, marais. — En ce qui concerne les marais du sandjak d'Anaara, décrits également plus haut dans le chapitre spécial de ce même vilayet, et dont les principaux s'étendent du nord-ouest au sud-est, depuis la ville turque d'Amara jusqu'à la ville persane de Havizèh, sur une longueur de i05 kilomètres environ, on doit mentionner ici les services que rend au gouvernement local la milice des chébané. Montés sur les petites barques nommées machehouf^ les soldats de cette milice circulent avec facilité dans ces contrées marécageuses et y poursuivent les Arabes insoumis. Dans les cas de soulèvements où des expéditions militaires plus importantes deviennent nécessaires^ on leur adjoint des soldats du nizam, auxquels ils servent de guides. Ce sont ces chébané qui rendent le plus de services aux autorités du sandjak. Ils forment seuls les garnisons des petits forts échelonnés sur les bords du Tigre^ d'Amara à el- Ezer, pour protéger la navigation fluviale et assurer la libre circulation des voyageurs sur les routes avoisinantes. Us font aussi le service de la poste dans tout le sandjak d'Amara.

Routes, transports, montagnes, etc. — Tout ce qui a rapport à ces divers titres se trouve plus haut dans les chapitres spéciaux du vilayet de Bassorah.

Industrie. — Il en est de même pour ce qui concerne les produits industriels du sandjak d'Amara.

Exportation. — Les articles d'exportation du sandjak d'Amara sont principalement les céréales, blé, orge, millet, mâche, sésame, et surtout le riz non décortiqué, les laines et les peaux de moutons, de vaches et de buffles, le beurre, etc., pour Bagdad ou Bassorah suivant la convenance des prix. Environ 30,000 moutons et un grand nombre de bœufs et de vaches sont dirigés annuellement de ce sandjak sur Mossoul, la Syrie

et l'Egypte, et bien que des essais d'exportation de buffles récemment tentés surSivas n'aient pas bien réussi, on lésa renouvelés sur Mossoul et Diarbékir avec espoir de succès.

Importation. — Les articles d'importation consistent, outre les marchandises persanes ci-dessus énumérées, en café, sucre, drogues, ustensiles de cuisines, tels que grands chaudrons, grands plats de cuivre, etc. ; quincaillerie, toiles grossières, vêtements arabes, aba, etc., confectionnés à Bagdad avec des étoffes de soie ou de coton de Damas et des Indes, et enfin des yachmaks^ sortes de foulards de soie ou de coton pour voiles de femmes. Tous ces articles viennent de Bagdad et de Bassorah et sont à l'usage des Arabes, qui les échangeaient encore il y a quelques années contre leurs propres produits, genre de trafic abandonné par les négociants des villes et qui n'a plus lieu que dans les campements des tribus.

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