‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure;Chapitre 124 sur 144 · élèves · texte numérisé non relu

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634 VH.AYET DE CONSTANTINOPLE

aux arméniens gréf^oriens, et du Prophète Èlie, aux grecs orthodoxes, situées à Yéni-mahallè, dit le « nouveau-quartier », ainsi nommé depuis des siècles. Dans ce même quartier, à Técole française de jeunes filles et de garçonnels, dirigée par les Filles de la Charilé, il y a une jolie chapelle publique.

Les protestants ont, dans le quartier voisin, un oratoire au collège américain de jeunes filles, et les israélites ont une synagogue dans leur quartier qu'on appelle D a g h- hammam^ située sur une colline, entre le quartier arménien de Sélamsiz et la caserne d'infanterie idjddiyè, bâtie lors de la création du nouveau corps du ni zam-dj édid AesWiié à remplacer les yénitchéti ou janissaires supprimés sous le sultan Mahmoud 11, en 1826.

Ces églises et chapelles n'ont rien de remarquable, sinon peutêtre l'église grecque pour son élégant clocher et son école, et la minuscule église catholique pour sa touchante pauvreté et son agréable jardinet.

iMais la plupart des mosquées sont de véritables chefs-d'œuvre d'architecture et d'ornementation ottomanes. On ne saurait se dispenser d'en décrire ici très succinctement du moins, quatre des plus belles, qui sont : Mihr ou Mâh Sultan djami-si ou Iskèlé djnmi'Si (la mosquée du débarcadère); Djami validé d/'édid; validé atiq djami si et Tchinili djami-si (la mosquée de faïence).

1** — Mihr ou Mah Sultan djami-si

Mihr ou Mâh Sultan djami-si (la mosquée de la Sultane Mihr ou Mâh, vulgairement Iskélè djami-si), est ainsi nommée parce qu'elle a été fondée en 945 de l'hég. (1548) par la princesse Mihr ou Mâh Sultan, fille de Sultan Suléimân el-Oanouni et femme de son grand vézir Rustem- Pacha.

Ce magnifique édifice à 2 minarets et 1 chèrêfè^ a pour annexes \ médressé (faculté de droit et de théologie), 1 école pour l'étude du Koran et 1 hospice ou imarèt avec des cuisines pour la nourriture gratuite des étudiants et des pauvres; il a été construit par maître Sinân, fondateur de la grande école d'architecture ottomane qui, pendant plusieurs siècles consécutifs,

enrichit la Turquie, les Indes et d'autres pays musulmans de nombreux chefs-d'œuvre religieux, civils et militaires. En effet, ce sont des élèves do ce maître illustre qui, sur Tinvitation de l'empereur Baber, se rendirent aux Indes où ils construisirent les imposantes et superbes forteresses de Dehli, d'Agra, de Lahore et de Cachemire.

Ce fut aussi un de ses élèves favoris, maître Yousout, qui éleva ces grands palais, ces mausolées sur lesquels sont fondées la célébrité et la réputation de splendeur des empereurs Mogols. Maître Sinàn, qui mourut à ilO ans, édifia sous trois règnes (Suléiman l^% Sélim II et Mourad 111), 73 mosquées, 49 mèsdjid (chapelles), 18 turbé (mausolées) au nombre desquels est le sien, 50 collèges et écoles {médressé)^ 7 écoles spéciales pour Tétude du Koran, 17 imarèt^ 3 hôpitaux, 7 aqueducs, 7 ponts, 27 palais tous disparus, 18 caravanséraï, 5 greniers d'abondance et 31 bains {hammam). Parmi tous ces édifices, devraient figurer de nombreuses fontaines monumentales qui n'ont pas été comptées par le maître, probablement parce qu'elles font partie intégrante des mosquées, des médressé^ des imarèt^ des palais et autres bâtiments principaux.

La nomenclature détaillée des ouvrages de maître Sinân, écrite par lui-même, a été retrouvée par Son Altesse Edhèm Pacha, qui l'a publiée en 1873 dans un grand ouvrage in-folio en trois langues (turque, française et allemande), orné d'environ 172 planches (plans, élévations, coupes, ornementations, vitraux) auquel il a daigné collaborer en gardant l'anonyme, ainsi que Son Altesse Ahmed Véfik Pacha. Maître Sinân a bâti à Scutari 3 mosquées impériales avec leurs annexes, 3 médressé, 1 école pour l'étude du Koran\ 2 imarèt, 1 hôpital, 2 palais (malheureusement disparus), X bains [hammam) et 2 turbe (mausolées), celui de Chèmsi Pacha, dans le quartier de même nom, et celui de El-Hàrlji Pacha.

Dans le jardin de Mihroii Mâh Sultan djami-si reposent plusieurs illustres personnages ottomans, les uns sous de simples tombes ornées de sculptures, tels que le célèbre marin Sinân Pax:ha, mort en 961 et Sarï Baba Zddé Abd ur-Bahim Kdiserli ;

d*autres dans des sépultures de famille, tels qu'Osman-Bey, fils du grand vézir Rusfèm Pacha, inhumé lui-même dans la mosquée de Chèh-zâdé, à Stamboul, tandis que sa femme, la princesse Mik?' ou Md/iy morle en 964, est couchée à côté du sullan son père dans le splendide mausolée que matlre Sinân lui a élevé k la Suléimaniyè de Constanlinople, son plus beau chefd'œuvre après la Sélimiyè d'Andrinople.

En vertu d'une autorisation spéciale de S. M. I. le sullan Abd ul-Hamid II, et par les soins de ses enfants, le turbé de S. A. Edhèm Pacha, tombeau de famille où l'un de ses fils, Mustafa Bey, l'a rejoint, s'élève en ce moment dans ce même jardin de Mihr ou Mâh Sultan djami-si.

Les vastes greniers d'abondance auxquels on accède par une porte intérieure de la cour de la mosquée, et qui s'élèvent devant Ybnarèt qu'ils cachent à demi, ont été construits sous le règne de Sultan Sélim 111, vers 1800.

2"* — Djâmi Validé djédid

Cette mosquée, fondée et construite par Sultan Ahmed III, sur ses propres dessins, au nom de sa mère, la sultane Gulsoum timniêt'Oullah, en H 20 de Thég. (1708), est un chef-d'œuvre d'élégante simplicité, largement conçu, d'une exécution facile et dont la riche ornementation est tout à fait digne de l'auteur des belles fontaines du Bab-i Humayoun, à'Azab-kapou et de Topkané, trois merveilles de composition ornementale.

Djami Validé djédid possède trois autres modèles de ce genre d'architecture spéciale où Sullan Ahmed III n'avait point de rival : le châd-révârij fontaine pour les ablutions, placée dans la cour intérieure ou harem de cet édifice, devant la porte d'entrée principale de la nef; le tchèchmé, fontaine publique posée en applique sur le mur d'enceinte de la cour extérieure; et le sébi/y fontaine couverte annexée au turbé (mausolée) de la sultane Gulsoum, où des tasses de métal, incessamment remplies

d'une eau excellente, puisée au réservoir intérieur, sont attachées par des chaînettes à la grille ajourée qui garnit la façade du monument du côté de la rue, afin que les passants altérés viennent s'y rafraîchir.

Le sultan Ahmed III est aussi Tauteur de la grande fontaine carrée qui embellit la place située entre Téchelle du ferry-boat^ le ca^no des officiers, la poste aux chevaux et le grand escalier extérieur de lamosquée de Mihr ou Mâh Sultan. A par tir de celte fontaine, en suivant la rue du marché aux fruits jusqu'au grand qoullouq (poste militaire), en retour sur cette rue et sur la rue principale de la ville basse, à peine entre-t-on dans cette dernière rue que Ton voit se dresser majestueusement, à vingt pas de soi, Djami Validé djédid et le mausolée splendide élevé par Sultan Ahmed III à la sultane sa mère, morte sept ans après l'achèvement de la mosquée en II27 de l'hég. (1715 de J.-C), à Andrinople où elle accompagnait le souverain, qui fil transporter son corps k Sculari et le plaça dans un superbe sarcophage de marbre blanc admirablement sculpté. Elle y repose au milieu de ce turbé, ouvrage de son fils, sous un dôme de bronze doré supporté par des colonnes de porphyre rouge, de marbre vert antique et de granit jaune, dans un jardin de roses entouré d'une grille si bien ajourée, d'une composition si harmonieuse et si ingénieusement combinée, qu'il faut toucher cette grille de la main pour apercevoir qu'elle est faite de barreaux énormes et non pas de fils déliés comme ceux de la cage d'un oiseau chanteur.

Outre ces trois fontaines, la mosquée de Validé djédid a pour annexes un imarèt, (hospice et cuisines pour les étudiants pauvres), et une école primaire. Elle a deux minarets à deux chèrèfè ; toute une aile de l'édifice, aboutissant au turbé de la dultane mère, se compose du mahfil humdyoun (tribune impériale) et des appartements communiquant d'un côté à cette tribune et de l'autre au jardin du turbé.

3"" — Validé atiq djami

Validé dliq-djami est située sur les hauteurs de Sculari, au pied du quartier dit « Yéni-mahallè », habité par des grecs et des arméniens. De cette situation admirablement choisie, ainsi que celle en général de tous les édifices religieux des musulmans, la vue plonge sur une vaste étendue : le Bosphore, la merde Marmara, Stamboul, Galala et Péra.

Bâtie en 991 de Thég. (1584 de J--C.), par les soins de la princesse Noiir-Banou, mère de Sultan Mourad III et femme de Sultan Sélim II, celte mosquée n'avait d*abord qu'une coupole. Ce fut Pir Ali qui, plus tard ayant élé nommé procureur de celle fondation pieuse, modifia le plan primitif en y faisant ajouter deux dômes de chaque côté, soit cinq en totalité. Validé atiq djami a deux minarets à un chère fé,, un châd-révân et des cellules garnissant le pourtour de la cour. Ces diverses constructions ne sont pas de la même date que le reste de l'édifice ; leur forme indique une époque postérieure à Tannée 1730 de Tère chrétienne.

Quant à l'édifice primitif, œuvre de maître Sinàn dans sa vieillesse, la date de son achèvement est précisée par l'inscription que sa fondatrice a fait graver dans le mihrab\ on la traduit en français comme suit :

« Nour-Bdnou, femme très vertueuse, a décidé, dans sa bieuveillaDce, la constructiou de ce sauclaaire. Qu'elle est bonne Tintention qui a produit cet effet spécial et choisi ! Quel paradis céleste ! »

Le dernier vers, formé par les trois mots en italique de la fin, reproduit, suivant l'usage admis dans les inscriptions en vers turcs, cette date de 991 ; chaque lettre du vers ayant une valeur numérique connue, dont l'addition donne le total.

La coupole principale est soutenue par six arcades qui viennent s'appuyer sur un corps de bâtiment représentant en surface plane un carré parfait. De chaque côté àxxmihrâb^ point orienté vers La Mecque et vers lequel on se tourne pour faire la prière^

des plaques de faïence émaillée peinte sous couverte, sont disposées, à partir du sol jusqu'à la hauteur d'environ 3 mètres, de manière à former des tableaux de fleurs d'un dessin très-pur, d'une facture magistrale et d'un effet saisissant. Elles sont parfaitement conservées et comme neuves. Mais rien n'est plus beau que le curieux travail des plafonds des bas-côtés. Ces plafonds représentent à peu près l'aspect des riches reliures confectionnées avec tant d'heureuse patience par les « mudjèllid » de Constanlinople : des parties pleines recouvertes symétriquement de caissons formant un dessin régulier sont, ainsi que ces caissons, champlevées, guillochées, gravées, tantôt en creux, tantôt en relief, pour représenter une série de fleurs et d'ornements enchevêtrés dans un de ces beaux désordres, effet suprême de l'art. Et ce n'est là qu'une simple préparation ! Pardessus ce fond, des peintures du genre des laques japonaises recouvrent ce premier travail, le complètent par de riches et vives couleurs rehaussées de dorures, et en remplissent tous les vides. Montani Efendi, l'un des principaux décorateurs du Palais de Tchéragan, a exécuté en 1860, pour ce palais, des plafonds imités de ces anciens ouvrages turcs qui deviennent chaque jour de plus en plus rares, car les conservateurs des mosquées n'en prennent aucun soin et, souvent même, sous prétexte de propreté, les recouvrent de badigeon !

Les dépendances directes de Validé aiiq djami sont un médressé et une école primaire. Ses autres annexes, qui se composaient d'un imarèt^ d'un hôpital et d'un grand musâfir-hané (maison oti les hôtes et les voyageurs sont logés et nourris gratuitement) ont été affectées au service de Tarmée active, après être restées abandonnées durant quatorze ans.

L'entretien de cette mosquée et de ses annexes est assuré par les revenus du bain situé à proximité, d'un autre hammam, à façade ornée de colonnes de marbre de vert antique, situé également à Scutari, près de Vahdé-djédid, et d'un havouz-lou (piscine) situé à Vlanga, quartier de Stamboul habité par des Grecs.

La sultane Nour-Bânou^ morte dans l'année de l'achèvement

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aux arméniens grégoriens, el du Prophète Élie, aux grecs orlliodoxes, situées h Yéni-mn halle, dit le « nouveau-quartier », ainsi nomnié depuis dos siècles. Dans ce môme quartier, à Técole française de jeunes filles et de garçonnets, dirigée par les Filles de la Charité, il y a une jolie chapelle publique.

Les protestants ont. dans le quartier voisin, un oratoire au collège américain de jeunes filles, et les israélites ont une synagogue dans leur quartier qu'on appelle Daf/h-hammam, située sur une colline, entre le quartier arménien de Sélamsiz et la caserne d'infanterie idjddiyè, bâtie lors de la création du nouveau corps du n i zam-d/édid desiiué h remplacer les yénilchén ou janissaires supprimés sous le sultan Mahmoud II, en 1826.

Ces églises et chapelles n'ont rien de remarquable, sinon peutêtre l'église grecque pour son élégant clocher et son école, et la minuscule église catholique pour sa touchante pauvreté et son agréable jardinet.

Mais la plupart des mosquées sont de véritables chefs-d'œuvre d'architecture et d'ornementation ottomanes. On ne saurait se dispenser d'en décrire ici très succinctement du moins, quatre des plus belles, qui sont : Mihr ou Mdh Stillnn djami-si ou Iskèlé djami'si (la mosquée du débarcadère); Djami validé d/édid; validé aliq djami si et Tchinili djami-si (la mosquée de faïence).

1** — Mihr ou M ah Sultan djami-si

Mihr ou Mâh Sultan djami-si (la mosquée de la Sultane Mihr ou Màh, vulgairement Iskélè djami-si), est ainsi nommée parce qu'elle a été fondée en 945 de Thég. (1548) par la princesse Mihr ou Mâh Sultan, fille de Sultan Suléimân el-Oanouni et femme de son grand vézir Rustem- Pacha.

Ce magnifique édifice à 2 minarets et 1 chèrèfè, a pour annexes 1 médressé (faculté de droit et de théologie), 1 école pour l'étude du Koran et 1 hospice ou imarèt avec des cuisines pour la nourriture gratuite des étudiants et des pauvres; il a été construit par maître Sinân, fondateur de la grande école d'architecture ottomane qui, pendant plusieurs siècles consécutifs,

(1641) par le maître architecte Khodja Qasim , émule et compatriote de Tillustre maître Sinân, né comme lui en Albanie. Sa fondatrice est la sullditie Koulsoum Mâh-péikér, femme du sultan Ahmed !•' et mère des sultans Mourad IV et Ibrahim I", étranglée à la porte du Kouch-hané (volière) par les domestiques du serai, en 1651, sous le règne de son petit-fils, Sultan Mohammed IV. Pendant plus de quarante ans, celte princesse s^était signalée par un grand nombre de fondations pieuses, entre autres Validé Han, à Stamboul, dont les revenus assurent Tentretien de la petite mosquée située dans cet établissement^ ainsi que les mosquées à^ Anatoli-Qavaq et de Tchinilidjami à Sculari. C'est la sultane Koulsoum Mâh-péikér qui a créé les fonds qui subviennent encore aujourd'hui à l'envoi à la Mecque de 2 saqqd (porteurs d'eau) qui donnent à boire aux pèlerins et aux voyageurs et leur versent quelquefois de l'eau sucrée. Une de ses innovations est la réunion des imam et khdthib, le jour du départ du surrê^ pour lire un verset du Koran en présence du souverain, et elle a fondé également renvoi de présents aux deux Villes Saintes de la Mecque et de Médine. On lui doit Yéni-djami de Constanlinople, chefd'œuvre de ^Aorf/a ÇaA'i/w, commencée en 1074 (1663de J.-C), aux frais de cette princesse, et terminée en 1094 (1683) par sa rivale Ter khan atidjé sultane.

Entièrement revêtue à l'intérieur et à l'extérieur de faïences à dessin bleu sur fond d'émail blanc et coiffée d'un toit à auvent {satchdq) de fine menuiserie dorée par places, laquée, ajourée en certains endroits, relevée en d'autres de découpures en relief peintes de vives couleurs, Tchïmli djami de Sculari est coquettement assise en haut d'un escalier formant piédestal, et dont la dernière marche dessine autour d'elle, de tous les côtés, un large palier. Un élégant minaret^ peu élevé comme elle, dépassant à peine en hauteur le mur d'enceinte, la surmonte; il n'a qu'un seiûchéréfé très simple.

Chose assez étrange, tandis que la petite mosquée semble avoir été strictement destinée, par le faible espace qu'elle occupe, au souverain seul, tout au plus accompagné de son vézir

et d'un serviteur, ses dépendances, assez nombreuses, sont très vastes. Les appartements impériaux, dont il faut sortir pour pénétrer dans le djam'i, après avoir traversé en quelques passa petite cour, ont nécessité, par leur étendue, un très grand développement (environ 1500 mètres) du mur d'enceinte qui ne contient, outre ces appartements et la mosquée, qu'un réservoir d'eau et un petit corps de garde suffisant à peine pour l'escouade de zabtiyè qui y est actuellement installée avec son caporal [oïi-bachï). Les autres dépendances, 1 grand jardin, 1 belle école, 2 fontaines publiques, 1 sébil, un bain (hammam) à deux dômes, sont situées de l'autre côté de l'étroite et longue rue qui sépare les jardins de l'école de ceux du palais. Le tout est situé sur une place ombragée de platanes trois fois séculaires, autour de laquelle deux fontaines coulent en murmurant, tandis qu'on entend par la porte entr'ouverte du bain le grésillement des jets d'eaux retombant en cascatelles dans le bassin de marbre blanc du djdmèkidn.

Population de la ville de Scutari. — La population de la ville de Scutari, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du IK" cercle municipal de Constantinople est, très approximativement, de 82,400 hab., comme suit :

HOMMBS FB1IMBS TOTAL

Musulmans 35.000 30.000 65.000 hab.

— Bulgares dits Pomak, et Tchèrkès . 1.300 200 1.500

Grecs orthodoxes 3.500 2.500 6.000

ArméDiciis grégoriens 4.000 3.000 7.000

— protestants 150 100 250

Catholiques (arméniens, grecs, latins). . . 150 100 250

Israélites 760 740 1.500

Tchinganè (Bohémiens, Coptes, etc.) ... 380 320 700

Étrangers 115 85 200

Total . . 45,355 37,045 82,400 hab.

Il y a à Scutari 12,200 maisons, 3,000 boutiques, 1 bézestèn ou marché voûté, 15 quartiers principaux, 26 tcharchi ou marchés en plein air; 215 chambres de vimdfir (hôtes et voyageurs en mission) 13 bains publics {hammam) et 6 bains

de mer (en été) également publics, sans compter les hammam et bains de mer particuliers, très nombreux; 1300 jardins maraîchers, vergers et terrains vagues, dont plusieurs, do grande étendue, sont cultivés en blé et orge par les riverains, 1 jardin municipal, environ 50 jardins d'établissements publics tels que casinos, cafés, spectacles forains, etc., 565 cafés, 69 pharmacies, 100 drogueries, 400 herboristeries, 10 hôpitaux, parmi lesquels Thôpital municipal des aliénés qui est en grande réputation, celui des femmes, non moins renommé, fondé par la princesse égyptienne Zéineb-hanoum^ en son propre nom et au nom de son mari, Kiamil pacha ^ et Thôpital militaire de la caserne Sélimiyè; 2 théâtres, qui sont alternativement scènes comiques, tragiques, ou bien, plus souvent encore, cirques ou ménageries d'animaux féroces; 2 cimetières musulmans, sans compter ceux des mosquées où les inhumations n'ont lieu qu'en vertu d'autorisations spéciales, ni le biiytik-mézârlstân^ vérilable capitale des nécropoles, aussi peuplé que les plus grandes villes des vivants ; 1 cimetière catholique latin, sur lequel les protestants, ayant autrement disposé du terrain qui leur avait été assigné par la municipalité, empiètent fort souvent, i cimetière arménien, i cimetière grec, et enfin i grand cimetière israélite qui s'étend entre le quartier de Dagh-hammam à Scutari et le village de Kousiioundjouk qu'il rattache l'un à l'autre ; les 2 grandes casernes sélimiyè (cavalerie) et idjddiyè (infanterie), etc., etc.

Ecoles. — Les écoles du LV cercle municipal de Conslantinople (ville de Scutari et dépendances) sont au nombre de i 21 , dont 4 supérieures [tnëdressé) fréquentées par 8 étudiants [softa) et 2 spéciales, fréquentées par 194 jeunes filles; 18 secondaires fréquentées par 1,163 garçons et 434 jeunes filles, et 97 primaires et élémentaires fréquentées par 3,062 garçons et 1,291 fillettes, soit en totalité : 121 écoles, fréquentées par 6,152 élèves, dont 4,233garçons et 1,919 filles, comme suit :

secondaires de jeunes filles, ces divers établissements scolaires relèvent du minislère de la guerre. Ils sont tous entretenus entièrement par les soins et aux frais de leur ministère respectif.

Les établissements scolaires orthodoxes du xi' cercle ne sont qu'au nombre de 7, dont 3 à Kouskoundjouk et 4 à Scutari. Les 3 premiers sont : 1 école secondaire (gymnase) de 40 élèves, avec 2 maîtres; on y enseigne, outre le grec, les langues turque et française; 1 école primaire de garçons où Ton compte 120 élèves et 2 maîtres; et enfin 1 école primaire de filles, fondée en 1868 par la Société lrinie\ cette dernière est fréquentée par 150 petites filles, Tinstruction leur est donnée par 2 maîtres et 2 maîtresses. Les dépenses des 3 écoles grecques orthodoxes de Kouskoundjouk^ s'élèvent en moyenne à 200 livres turques, soit environ 4,600 fr. par an.

Les quatre établissements scolaires de la communauté grecque orthodoxe à Scutari sont : une école secondaire (gymnase) de 30 élèves avec un seul maître; une école primaire de garçons, à l'église du Prophète Élie, de 150 élèves et 2 maîtres; une école primaire de filles, de 120 élèves et 2 maîtresses, et un asile de 60 enfants avec une maîtresse. La dépense moyenne des 4 écoles grecques orthodoxes de Scutari, est estimée à 50,000 piastres par an, soit environ 1 1 ,500 fr.

Il est pourvu aux dépenses des établissements scolaires grecs orthodoxes du IX* cercle municipal de la ville de Constantinople, au moyen de subventions des églises de Saint- Pan taléon à Kouskoundjouk, et du Prophète Élie à Scutari, ainsi que de rarchevêque métropolitain de Chalcédoine et autres dons gracieux et aumônes spéciales.

La communauté arménienne possède, dans le IX* cercle, 15 écoles qui peuvent être réduites, en tant qu'édifices distincts, à 6 écoles mixtes qui ont été comptées deux fois, une pour les classes de garçons et une pour les classes de filles, plus les 2 écoles lierbh'idn (garçons) et Mezbouriân (filles) à Scutari, et celles de Hdigaziân dans la même ville, rue Sélamsiz.

Parmi ces écoles mixtes, les principales sont, à Scutari, celles d'Arnavoiididriy 54 garçons, 34 filles et 8 maîtres et maîtresses;

de Sainte-Croix [Surp-Khatch), 1 43 garçons, 1 20 filles el 22 maîtres et maîtresses; el à Kouskotmdjouk, celle de Lommvoritz, 27 garçons, 14 filles et 4 maîtres et maîtresses.

Ces écoles relèvent pour la presque totalité du patriarcat grégorien, et sont appelées « écoles nationales » . Elles sont dirigées par des prêtres ou archiprêlres. Leurs ressources sont en tout semblables à celle que s'est créée la communauté grecque orthodoxe.

L'école catholique de Scutari est tenue par les Filles de la Charité. Elle est mixte, à classes séparées dans la même maison, les unes pour les garçons, tous externes, et les autres pour les filles parmi lesquelles beaucoup sont pensionnaires. Pour les externes, et c'est le plus grand nombre, les prix d'écolage sont extrêmement réduits ; plusieurs même sont admis gratuitement. L'enseignement général est primaire et exclusivement français ; les livres classiques sont ceux des « Frères de la Doctrine chrétienne ». L'enseignement du grec moderne est facultatif.

Deux nouvelles écoles viennent d'être ouvertes à Scutari , l'une musulmane, dans la ville basse, l'autre catholique, tout en haut de Sélamsiz.

La première est une école secondaire de filles (externat), « ènâch ruchdiê mvktébi ». Elle est située dans le quartier Atlamatachi, à Bulbul-dèrèsi. Environ 30 jeunes filles et fillettes la fréquentent assidûment depuis le mois de novembre 1894.

La seconde est une école primaire gratuite de garçons, dont la population cathoHque de Scutari avait grand besoin depuis longtemps. En effet, l'unique école catholique existante au IX« cercle jusqu'ici était celle des « Filles de la Charité ». Cette école était, faute d'autres, divisée en 3 sections: 1 pensionnat (internat secondaire), 1 externat primaire de fillettes et garçonnets; et 1 école élémentaire où les bébés, filles et garçons, apprenaient ensemble à épeler et à réciter les rudiments du catéchisme. Or, les garçonnets de l'externat mixte s'y trouvaient déplacés en grandissant. Plusieurs atteignaient l'âge de quinze ans sans avoir terminé leurs études. Fallait-il les renvoyer en cet état?

Les « petits frères de Marie » ont tranché la question en venant fonder à Yéni-mahallè,prèsdugrand y^w^o/deSélamsîzetdans le voisinage de l'école des « Filles de la Charité », un établissement scolaire dans lequel ils ont reçu, dès le jour de son ouverture, le 27 nov. 1894, les 45 garçonnets de l'externat primaire des bonnes religieuses, qui se sont empressées de les leur envoyer. L'établissement des Filles de la Charité de Scutari ne comprend donc plus actuellement qu'une école de filles , divisée en internat secondaire et externat primaire, à laquelle est annexée une école élémentaire mixte, où les petits garçons ne sont plus admis passé cinq ans.

L'école des /)^//A9 frères de 3/ârr/> est actuellement un externat, où l'instruction est primaire et gratuite en principe. Plus tard, s'il y a lieu, agrandissant leur programme d'enseignement, ils transformeront cet externat en collège.

Ils pourront, dès à présent, si on le leur demande, donner des leçons d'italien et d'anglais, mais l'instruction générale est basée sur le français. Quant aux langues du pays, il va sans dire qu'elles feront l'objet de cours réguliers. Le nombre des frères, professeurs à Scutari, est de quatre ; sept suives petits /réres de Marie sont attachés depuis plusieurs mois au personnel enseignant du collège des prêtres de la mission, communément dits ce Pères Lazaristes », k Saint-Benoît de Galata, pour l'instruction spéciale: géométrie, dessin, etc.

A Scutari, dans le quartier Sélamsiz^ rue Ekmékdji-hachi^ une nombreuse mission américaine (environ 10 maîtresses et 10 maîtres, avec plusieurs domestiques appartenant à la mission et quelques vigoureux gardiens indigènes), a établi depuis un certain nombre d'années 1 collège-pensionnat (filles et garçons) très prospère, fréquenté par 30 garçons et 200 filles. Cet établissement a été compté deux fois 6u tableau qui précède ainsi qu'au tableau général des écoles du « cordon d'Asie », une fois pour les filles et une fois pour les garçons. Un bon enseignement secondaire y est donné aux élèves des deux sexes, protestants et arméniens grégoriens^ par environ la moitié des missionnaires. L'autre moitié part à cheval, chaque

matin Jusqu'au bateau et de là jusqu'au pont de Galata-Stamboul [Kara-ketn — Emin-ewiu) pour se disperser ensuite de divers côtés, et revient de même chaque soir, les dimanches exceptés.

Les écoles Israélites du IX* cercle sont au nombre de 5, dont 3 à Kouskoundjouk et 2 à Scutari. Les trois premières sont une école secondaire de 150 garçons fondée, dirigée et entretenue par V Alliance Israélite et 2 écoles primaires, Tune de 1 ?0 garçons et l'autre de 45 filles, appartenant à la communauté israélite de Kouskoundjouk. Les deux secondes sont deux écoles primaires, l'une de 55 garçons et Tautre de 22 filles, appartenant à la communauté israélite de Scutari. Ces deux écoles sont situées dans le quartier de Dagh-haminam. Les écoles primaires des communautés de Scutari et de Kouskoundjouk sont entretenues au moyen de divers prix d'écolage proportionnés aux ressources de chacun ; elles reçoivent aussi quelques dons gracieux de riches Israélites. L'enseignement y est donné avec soin par d'assez bons maîtres et maltresses.

Quant à l'école de 1' a Alliance israélite », elle est absolument conforme aux établissements de même degré, en France.

Historique. — Selon la tradition grecque, rapportée par ÉJienne de Byzance, le nom de Chrysopolis que portait Scutari dans l'antiquité, lui a été donné en commémoration de Chryséis, fils d'Agamemnon et de Chryséis (1280-1270 av. J.-C.) qui, pour fuir la persécution d'.^îgisle et de Clytemnestre, se retira, dit-il, en ce lieu, y mourut et y eut sa sépulture. D'un autre côté, sous l'empire des Perses, du temps de Darius, fils d'Hystaspe (521-485 av. J.-C), cette ville était le lieu de centralisation des tribus perses dans la presqu'île, et plus tard, après la conquête athénienne, Alcibiade (450404 av. J.-C.) fit entourer de murs cette même ville et en fit à son tour une place où était versé l'argent des dîmes payé par tous les navires qui venaient du Pont-Euxin. Ces faits justifient assez le nom de « ville cTor » pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en chercher d'autre explication. Quant au nom actuel à'Uskudar^ M. de Ilammer pense que c'est un mot de l'ancienne langue perse, signifiant « mes

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et d'un serviteur, ses dépendances, assez nombreuses, sont très vastes. Les appartements impériaux, dont il faut sortir pour pénétrer dans le djami, après avoir traversé en quelques pas sa petite cour, ont nécessité, par leur étendue, un très grand développement (environ 1500 mètres) du mur d'enceinte qui ne contient, outre ces appartements et la mosquée, qu'un réservoir d'eau et un petit corps de garde suffisant à peine pour l'escouade de zabtiyè qui y est actuellement installée avec son caporal [on-bachï). Les autres dépendances, 1 grand jardin, 1 belle école, 2 fontaines publiques, 1 sébil, un bain [hammam) à deux dômes, sont situées de l'autre côté de l'étroite et longue rue qui sépare les jardins de l'école de ceux du palais. Le tout est situé sur une place ombragée de platanes trois fois séculaires, autour de laquelle deux fontaines coulent en murmurant, tandis qu'on entend par la porte entr'ouverle du bain le grésillement des jets d'eaux retombant en cascatelles dans le bassin de marbre blanc du djdmèkidn.

Population de la ville de Scutari. — La population de la ville de Scutari, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du LV cercle municipal de Constantinople est, très approximativement, de 82,400 hab., comme suit :

HOMMBS FEMIIBS TOTAL

Musulmans

— Bulgares dits Pomak, et Tcherkes .

Grecs orthodoxes

Ariiiéuieiis grégoriens

— protestants

Catholiques (arméniens, grecs, latins). . .

Israélites

Tchinganè (Bohémiens, Coptes, etc.) . . . Etrangers

Total . .

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