‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure;Chapitre 40 sur 144 · GAZAS DU SANDJAK DE KUTAHIA · texte numérisé non relu

GAZAS DU SANDJAK DE KUTAHIA

MERKEZ-CAZA DE KUTAHIA

Orientation, limites. — Le merkez caza de Kulahia est situé au centre du sandjak de même nom. II est limité au nord, par le sandjak d'Erthogroul ; à Test, par le caza d'Eski-Chèhr et le sandjak de Kara-Hissar ; au sud, par les cazas de Ouchak et de Ghédos; et à l'ouest, par ce dernier, celui de Sémav et le merkez-sandjak de Brousse.

Population. — La population totale du mcrkez-caza de Kutahia est de 120,333 hab., comme suit :

Musulmans 112,976 hab.

Grecs orthodoxes 4,050

Arméniens grégoriens. . . . 2,553

— catholiques ... 754

Total. . . 120,333 hab.

Chef-lieu. — Kutahia, chef-lieu du sandjak et du merkezcazade même nom, ainsi que du nahié de Atraf-Ghèhr, est la résidence du mutessarif^ gouverneur. G'esl aussi le siège du quartier-général des troupes du sandjak, d'un archevêché grec orthodoxe et de deux évôchés arméniens, l'un grégorien et l'autre catholique ; des tribunaux du bédàièt (droit moderne) et

du chèr'i (droit musulman), d'un procureur général, d'un service d'ordre public, des bureaux de recensement, de recrutement et d'un dépôt militaire; d'une direction (mudiriet) de la Dette publique, d'une agence des forêts, de commissions de l'impôt foncier, des travaux publics, de l'instruction publique, de la statistique, et des émigrés ou réfugiés {mohadjir) de divers points de l'empire ottoman et de l'étranger; d'une station postale et télégraphique de service intérieur (langue turque), d'une municipalité dont 3 membres sont arméniens et un grec, d'une agence de la Régie des tabacs, etc., etc. Cette ville est située au pied d'un rocher escarpé de tous côtés, dans une plaine d'environ 22 kil. d'étendue et dont l'altitude, à Kulahia, est de 930 m. Kutabia est à 120 kil. sud-est de Brousse en ligne directe, à 55 kil. sud-ouest d'Eski-Chèhr, station du chemin de fer d'Anatolie à laquelle aucune route ne la relie directement, et qui, par ce fait, s'en trouve éloignée de près de 100 kil. en suivant les chaussées carrossables existantes; à 142 kil. nord-ouest d'Ouchak par la chaussée carrossable dont cette dernière ville est de ce côté le terminus actuel; et à 158 kil. nord-ouest de la limite des viîayets de Brousse et de Koniah par Kara-Hissar (roule carrossable de Brousse à Koniah et au-delà).

La population de la ville de Kutahia, comprise dans le chîCTre ci-dessus de celle du raerkez-caza, est de 22.266 hab., comme suit :

Musulmans

Grecs orthodoxes

Arméniens grégoriens . . . .

— catholiques . . . .

Total. .

Ecoles. — Les écoles de la ville et du merkez-caza de Kutahia, y compris celles du nabié de Atraf-Chèhr, sont au nombre de 192 dont 6 supérieures, 6 secondaires et 180 primaires, fréquentées par 2,495 garçons et 40 filles, comme suit :

Musulmans

66 médressés (facullé de droit

el théologie

2 lycées

Il 67 écoles primaires (garçons) (annexes aux mosquées) . .

1 école secondaire (garçons) Grecs orthodoxes. 1 école — (filles)

1 1 écoles primaires (garçons) Arméniens grégo-î 1 école secondaire — . .

riens ( l école primaire (garçons) .

Arméniens catho-\ 1 école secondaire (garçons) liques . . . .( 1 école primaire (garçons) .

192 écoles

ÉLÈVES

On compte dans la ville de Kulahia 23 mosquées à minarets, parmi lesquelles on distingue Oulou-Djami (la grande mosquée fondée par Mousa Tchélébi en 813 (1411) en Thonneur du sultan Bayazid (Bajazet P'') Ildirim, son père; la plupart des autres mosquées précitées, quoique bâties par les Seldjoukides, sont des constructions peu dignes d'intérêt. Il en est de même des 21 médresséj des 15 tekké (couvents de derviches) et du mevlévihané (couvent de derviches dits tourneurs) dus également à ces princes.

La ville possède en outre 2 belles bibliothèques publiques, 4 églises, 2 bézùstèn (bazars voûtés); 11 châdrécdn (sortes de fontaines publiques où des vases remplis d'eau fraîche sont tenus sans cesse àladisposition des passants, à titre des fondations pieuses); 1 hôpital; 2 pharmacies; 11 bains publics (hammam); 9 Affw ou hôtelleries, 1 grand bâtiment ancien pour dépôt militaire; 3 casernes, 1 château fort bâti par les byzantins ;1 konakou hôtel du gouvernement, 1 hôtel municipal, 1 belle école civile [mulkiyé) d'enseignement secondaire et plusieurs autres bâtiments

204 VILAYKT DE BROUSSE

scolaires assez bien conslruils, 30 fours publics, 6 tanneries, 1,368 boutiques, ateliers et magasins et 4,436 maisons.

L'aspect de Kutahia, assise au pied d'une haute colline escarpée, surmonté d'un château fort byzantin entouré d'une double enceinte de murailles flanquées de tours, au bord de la vaste plaine arrosée par le Poursak est celui d'une grande ville. On sait qu'en effet, sous les empereurs d'Orient qui la possédaient encore en 1071, c'était une place forte très importante. 11 en fut de même sous les princes Seldjoukides du Kermân qui en avaient fait leur capitale. Aujourd'hui encore ses nombreux minarets qui s'élancent vers le ciel du milieu des jardins des mosquées, ses grands faubourgs, la riante ceinture de maisons de campagne qui l'environnent et se confondent avec celles de la ville en prolongeant ainsi son étendue apparente, donnent à ses abords un air assez imposant.

L'ancienne Cotyœiim, qui probablement occupait l'emplacement oùs'élèvent encore aujourd'hui les fortifications byzantines, remontait sans doute à une haute antiquité, car Suidas y place le lieu de naissance du grand fabuliste Ésope, mis à mort par les habitants de Delphes 500 ans avant notre ère. Elle est citée par Strabon au nombre des villes principales de la Phrygie Epîctète. On y trouve toutefois peu de restes de l'antiquité, à l'exception de fragments de sculptures encastrés dans les murs du château, et de deux lions en marbre, dont l'un, brisé et mutilé paraît appartenir à une bonne époque de l'art, tandis que l'autre, mieux conservé, est d'un fort mauvais travail. Parmi les restes intéressants de l'époque chrétienne, il faut citer une église byzantine ruinée, située au milieu de l'enceinte du château; les peintures qui la décorent méritent encore d'être vues. Dans un caveau, sous cette église, on a découvert un sarcophage de marbre blanc, parfaitement conservé, portant une inscription en langue grecque, d'une orthographe « horriblement défectueuse » dit M. Ch. Texier, qui en adonné la traduction comme suit :

« 5'^^/ endormi le serviteur de DieUj Grégoire^ protospathàire [impérial) et général (fAsie, le 31 août de la 10' indictioîi. Lan

6579. » Cette année-là, ajoute M. Ch. Texier, correspond à Tannée commune 1.071.

Quelques années après cette date, vers 1085, les Seldjoukides venaient de fonder l'Empire turc dit de Koniah ou des sultans de Roum et des princes de la même race régnaient à Kutahia devenue la capitale des émirs ou beys du Kermân. Une princesse de cette maison souveraine, fiancée à Bayazid, fils du sultan ottoman Mourad (Amurat I*'), apporta en dot au jeune prince en 1380, le jour où les fêtes de son mariage eurent lieu dans le palais impérial de Brousse, les clefs des villes de Sémav, de Gumuch, de Tavchanli et de Kutahia et les lui remit en présence des beys d'Aïdin, de Mentèché, de Kastambol, de Karaman, d'Édrenos, accourus à cette fête pour rendre hommage à leur suzerain.

En 1386, à la bataille de Koniah, Bayazid reçut de Tarmée ottomane enthousiasmée de sa brillante valeur le surnom d7/dérim (l'éclair). Kutahia était alors la métropole de la Phrygie. Mais en 1402, après la bataille d'Angora, elle fut prise et saccagée par Timour-Leng (Tamerlan); ses habitants furent emmenés et réduits en esclavage. Reprise par Mousa, l'un des fils de Bayazid, elle se releva sous les règnes de ses glorieux successeurs, redevint bientôt une des villes les plus fiorissantes de l'empire ottoman, auquel sa tranquille possession ne futplus désormais disputée, sauf le court espacedurant lequel, en 1833, Ibrahim Pacha, fils de Méhémet Ali , gouverneur général d'Egypte, alors révolté, s'y arrêta pour écouler les propositions de la diplomatie européenne.

Tandis qu'il perdait ainsi son temps en discussions stériles, il fut tout à coup forcé de battre en retraite sur Koniah. La ville de Kutahia recouvra alors la paix un instant troublée, et les autres contrées envahies ne tardèrent pas à être aussi évacuées.

206 YILAYET DE BROUSSE

NAHIES

Atraf-Chèhr. — La dénomination de Atraf-Chèhr signifie les alentours de la ville ; c'est pourquoi ce nahié, dont le chef-lieu est Kutahia, a été désigné sous ce dernier nom aux divers tableaux précités. Ces alentours, ainsi qu'il a été déjà dit, se confondent avec la ville elle-même et la font paraître beaucoup plus grande qu'elle ne l'est en effet. De plus, étant composés, du moins dans son voisinage immédiat, de jolies maisons de campagne et de jardins agréables, bien tenus, ils ajoutent tout leur charme au bel aspect du chef-lieu.

Toutefois, à mesure qu'on s'en éloigne du côté sud-ouesl en s'avançant vers les sources de VAtarnos-tchaï [Rhyndacus) ^ el les montagnes du caza de Ghédos où elles prennent naissance, le caractère du paysage se modifie profondément C'est à travers une plaine dénudée et en franchissant plusieurs crêtes schisteuses que Ton parvient à Tchavdar-Hissar, l'antique AlZANOl, Œzani^ dont les ruines s'étendent autour du village moderne et des 6 villages voisins bâtis sur les deux rives du fleuve. A cet endroit, la plaine de Kulahia ou plutôt le plateau d'CBEzani n'a pas moins de 1,085 m. d'altitude. On aperçoit plus haut, vers le sud, la chaîne du Mourad-dagh (Dindt/mène) qui court de l'est à l'ouest.

Les restes d'Œzani sont considérables et magnifiques; ils consistent principalement en un temple de marbre blanc qui s'élève sur une vaste terrasse et que l'on aperçoit de très loin; en deux ponts de marbre à cinq arches à plein cintre, avec des quais le long desquels s'étend une voie des tombeaux, où Ton admire de nombreux monuments richement ornés, ainsi que les parapets des quais, de sculptures fines et délicates portant le cachet d'une époque de transition entre l'art grec et l'art romain : on passe encore aujourd'hui V Atarnos-tchdi sur ces deux ponts. Le temple où se lisent un grand nombre d'inscriptions

nom l'indique. Egri-Guenz et son chef-lieu Émed sont des centres de Tinduslrie du tannage des cuirs et peaux. Keurèght et Virandj ik soxii des centres purement agricoles; on trouve dans plusieurs localités de toute cette contrée des restes d'antiquités grecques et romaines, mais ce qui la distingue surtout, sous le rapport des anciens édifices, c'est la multitude des mosquées et autres fondations pieuses des Seldjoukides et des premiers empereurs ottomans, qu'on y compte par centaines.

GAZA D'ESKl-CllÈHR

Orientation, limites. — Le caza d'Eski-Ghëhr est situé à l'est du sandjak de Kutahia. Il est limité au nord et au nordouest, par le sandjak d'Erlhogroul ; à l'est, par le vilayet d'Angora: au sud, par le sandjak de Kara-Hissar et à l'ouest, par le merkez-sandjak de Kutahia.

Division administrative. — 11 n'a qu'un seul nahié, qui est Séyid-Ghâzi^ et contient 152 villages.

Population. — Sa population totale est de 67,074 hab. comme suit :

Musulmans 48,200 hab.

Grecs orthodoxes 12,700

Arméniens grégoriens .... 6,074

Israélites 100

Total. . . 67,074 hab.

Chef-lieu. — Eski-Ghèhr, chef-lieu du caza de ce nom, résidence du sous-gouverneur et siège de tous les services publics du district, est situé sur la rivière Poursak (ancien fleuve Thymbrius), à 792 m. d'altitude, par 28"7' de longitude et 39"43'de latitude, à 55 kil. nord-est de Kutahia en ligne directe, à 140 kil. sud-est de Brousse, et à 300 kil. envi-

STATISTIQUE DESCIUPTIVK 209

roD de Conslauliiiople (gare de llaïdar-Pacha). Celle ville, déjà importante par son commerce et ses productions, tend à acquérir un grand développement, par le fait de sa situation sur la ligne ferrée qui, de ce point, se dirige d'un côté sur Angora- Césarée, et de l'autre sur Kutahia, Kara-Hissar et Koniah. Elle est, par celte même ligne en communication directe avec la capitale, par Bilédjik et Ismidt, et sera bientôt aussi reliée à Smyrne par le prolongement du chemin de fer de Smyrne-

Kassaba-Kara-Hissar.

Le quartier musulman se déroule gracieusement sur le iiauc d'une colline dont le sommet ne dépasse guère 40 m. d'élévation. Au pied de cette colline commencent les quartiers chrétiens, — grecs et arméniens, — qui s'étendent librement dans la plaine jusqu'au Poursak qui laisse à gauche le quartier arménien et à droite le quartier grec. C'est dans ces quartiers que se trouve le tcharchi (bazar couvert) bien achalandé, près duquel se trouvent également les bains d'eaux thermales dont il est parlé page 4 1 .

La ville tend à s'étendre vers le nord, du côlé de la station du chemin de fer, qui est actuellement distante d'environ 100 m. et vers le nord-est où se forme un quartier de musulmans émigrés de la Roumélie. La rivière Poursak ^ assez volumineuse pendant l'hiver et au printemps, fait mouvoir quelques moulins et usines hydrauliques, et se dirige vers l'est pour rejoindre le Sakkaria^ à 150 kilom. environ, à peu près à mi-chemin entre Eski-Chèhr et Angora. Cette rivière forme sur son parcours des marais stagnants qui procurent des lièvres paludéennes dans ces contrées, principalement pendant les grandes chaleurs de l'été.

La population d'Eski-Chèhr est de 19,023 hab. répartis, par communautés, comme suit :

Musulmans 17,131 hab.

Grecs orthodoxes 1,147

Arméniens grégoriens . . . . 583

— catholiques . . . 132

Latins 30

Total . . . 19,023 hab.

IV ii

210 VILAYKT DE BROUSSE

A ce chiffre, il convient d'ajouter 3 à 400 habitants de population flottante, composée d'ouvriers grecs et italiens employés dans divers chantiers de construction, et d'ingénieurs et employés attachés à la compagnie du chemin de fer.

lly a à Eski-Chèhr, outre le konak ou hôtel du gouvernement et les dépôts militaires, 11 mosquées à minarets, 6 mesdjid ou oratoires musulmans, 3 niédressé (facultés de droit et théologie musulmans), 1 église grecque, 1 église arménienne, 1 chapelle catholique desservie par les Pères français de l'Assomption, 4 (ekké ou couvent de derviches, 3 pharmacies, 25 han ou hôtelleries, 4 hôtels-restaurants, dont 2 dans la ville et 2 à proximité de la station du chemin de fer, 4 bains publics d'eaux thermales, dont 3 pour les hommes et 1 pour les femmes, 26 tanneries, 700 boutiques et 30 magasins, parmi lesquels on compte 15 dépôts de céréales, 15 ateliers où Ton façonne la rnagnésite dite « écume de mer », 22 ateliers d'orfèverie, 4 confiseurs, 12 fabriques de poteries et de faïences, 1 dépôt de pétrole ; les débits de spiritueux sont au nombre de 25^ plus 5 fabriques de boissons alcooliques, 4 moulins hydrauliques et 4 moulins à vapeur, 5 casinos et 50 magasins de gros et de détail de style moderne ; une station télégraphique de service international (langue turque et française) etc., etc.

On compte dans la ville et le cazad'Eski-Ghèhr 133 écoles, de différents degrés d'enseignement, fréquentées par 2,008 élèves dont 1,790 garçons et 218 filles, comme suit :

ÉLÈVES

3 médressé (droit et théologie) avec 90

4 écoles secondaires 77

90 écoles primaires élémentaires

de gaiçons 1 ,000

., , l 22 écoles primaires de garçons. . . 490 Grecs orthodoxe.^.? . ^ j Su ^^..

(6 — — denlles .... 125

Arméniens grégo-^ , x i • • j

^ ^ ^ 4 écok»s primaires de tijarçons . . 67 riens { ^ °

129 A reporter 1,849

Musulmans . . . .

STATlSTiyi'K DKSCIUPTIVK '211

ELEVES

Report., 129 Report., 1,849

. si école primaire de garçons. . 41

^^^'"' \ i - - (le filles ... 75

.... \ 1 école priuiaire de «j^argons. . 2.*>

Israeliles \ i rn 4w

1 — — de ulles ... 18

133 écoles 2,008

Dans les principaux villages du caza, on compte eucore bon nombre d'écoles élémenlai res tu rques desservies par les i/Tzâm des mosquées, ainsi que plusieurs écoles grecques et arméniennes.

Au mois d'octobre 1891, et sur le désir exprimé par des familles du personnel européen et des ouvriers employés à la construction et à l'exploitation du chemin de fer d'Analolie, des Pères français de Saint-Augustin de l'Assomption, s'établirent successivement à Ismidl, à Eski-Clièhr et à Koniah, pour donner des secours religieux et élever les enfanls. Des sœurs françaises du même ordre, s'installèrent dans les mêmes localités pour l'éducation des jeunes filles et les soins à donner aux malades.

L'école des Pères de l'Assomption d'Eski-Chèhr, d'après le tableau ci-dessus, comprend 41 élèves garçons, dont 16 européens, 20 arméniens catholiques, 3 arméniens grégoriens et 2 grecs. Celle des sœurs françaises, 75 petiles filles, dont 24 européennes, 34 arméniennes catholiques, 5 arméniennes grégoriennes, 5 grecques et 7 Israélites.

La fondation de la ville actuelle d'Eski-Chèhr remonte à la date delà destruction de Dorylée, que Ton place au xii* siècle de notre ère. Le nom d'Eski-Chèhr (ancienne ville) a été emprunté, par les habitants d'alors, aux ruines de Dorylée qui se voient encore, très imposantes, à 20 minutes au nord-est de la ville actuelle dans la plaine, et autour d'un mamelon isolé d'une trentaine de mètres de hauteur.

La fondation de Dorylée, ancienne Dorylœuin^ remonte à Tépoque des rois phrygiens; cette ville est citée par Démosthènes et par tous les auteurs de l'autiqui té . L'époque de sa plus

212 YILAYKT DK BROUSSK

grande prospérité fui celle des empereurs byzantins, qui 1 avaieul dolée de palais, de thermes magnifiques alimentées par les sources thermales existant encore à Eski-Chèhr, et autres édifices somptueux. Dorylée, ville superbe, jouissant d'un bon climat, d'eaux abondantes et salutaires, était alors un lieu de délices que les empereurs se plaisaient à habiter.

Au temps des croisades, Dorylée devint célèbre par la grande victoire remportée sur le sultan seldjoukide Kilidj-Arslan par Godefroy de Bouillon, le 1*" juillet 1097, dans les circonstances suivantes : Tandis que Tavant-garde des croisés, venue de Nicée à Dorylée, en deux jours de marche, se reposait dans la plaine, laissant les chevaux paître les hauts herbages et se rafraîchir aux eaux du Thymbrius^ elle se vit tout à coup enveloppée par cent mille cavaliers turcs qui accablèrent les croisés d'une grêle de traits. Après avoir combattu vaillamment pendant plusieurs heures et subi des pertes énormes, ils allaient enfin succomber sous le nombre, lorsque les enseignes de Godefroy apparurent sur les hauteurs. Ces troupes fraîches, qui composaient le centre et Tarrière-garde, n'eurent pas de peine à triompher delà cavalerie turque, harassée par un long combat. Promptement mise en déroute, elle s'enfuit en abandonnant au pillage d'immenses richesses, et ouvrant ainsi aux vainqueurs la route de Jérusalem.

Sous Manuel Comnène, après avoir été brûlée et saccagée par les Turcs seldjoukides, reprise et restaurée par cet empereur, Dorylée lui fut enfin enlevée vers 1176 par le sultan de Koniah. Les Seldjoukides abandonnèrent l'ancien site de Dorylée, qui ne renfermait plus que les imposantes ruines que des tranchées permettent d'admirer encore aujourd'hui, et se transportèrent à quelques minutes au sud, à proximité des sources thermales, où se trouve la ville d'Eski-Chèhr d'aujourd'hui.

Eski-Chèhr fut comprise, en 1240 de l'ère chrétienne, parmi les villes accordées à Erthogroul, père d'Osman, fondateur de la dynastie ottomane, à titre de fief des sultans de Koniah. Osman en reçut l'investiture à titre de prince^ en même temps que les insignes du commandement (un drapeau, un tambour et le

STATISTIQLE DKSCIIIPTIVK 213

loiif/h (queue de cheval), peu après la prise deKara Hissar^ sous Alà cd-Din le Grand, et depuis lors cette ville n'a jamais cessé d'appartenir à TEmpire ottoman.

de Séyid el-Ghâzi. — Séyid-el-giiazi, chef-lieu du nahié de même nom, est situé à 35 kil. sud-est d'Eski-Chèhr, près de la vallée de Nacoléia, où sont les tombeaux des anciens rois de Phrygie, parmi lesquels celui du roi Midas a fait plus particulièrement l'objet de Tadmiration enthousiaste et des discussions des archéologues. Il est connu dans le pays sous le nom lurc de Yazili'kaya^ qui signifie la « pierre écrite » ; ce nom lui a été donné à cause des inscriptions dont il est entièrement recouvert et qui, jusqu'aujourd'hui, n'ont pu ôfre complètement expliquées.

On croit, d'après une inscription rapportée de Seyid el-Ghâzi par le baron de Wolf, que celle ville est l'ancienne Prymnesia quoique M. Ch. Texiery ait trouvé en 1834 une inscription portant le nom de Nacoléia et que M. Bartli, de son côté, y ait également découvert deux autres inscriptions portant aussi le nom de cette même ville.

Séyid el-Ghâzi doit son nom actuel au tuvbé ou chapelle funéraire d'un saint musulman : Séyid el-Battàl el-Ghâzi, qui se voit dans un ancien tekké ou couvent de derviches ayant pour annexes, outre ce turbé, une belle mosquée à minarets et un imaret ou hospice pour les étudiants pauvres et autres. Le tombeau de Séyid el-Gh&zi est couvert de six magnifiques tapis tissés à la main et artistement brodés de soie et d'or et ornés de pierres fines. Il est entouré de six torchères provenant sans doute d'une église chrétienne, car elles portent en relief les images de Jésus- Christ et de la Sainte- Vierge. Le tekké et ses annexes sont des fondations pieuses de la mère de l'empereur seldjoukide Alil ed-Din le Grand. Elles ont été bâties sur les restes d'un couvent bvzantin.

Eaux minérales. — Les eaux thermales ferrugineuses de la ville d'Eski-Chèhr et celles du nahié de Séyid el-Ghâzi, non

214 VIÎ.AYET DE BROUSSE

moins salutaires et dont les diverses sources sont assez nombreuses, ont été décrites plus haut page 41.

Forêts, mines. — Il en est de même en ce qui concerne les importantes mines et minières, forêts du caza d'Eski-Chèhr (voir pages 16 et 24.)

Agriculture. — La production de la soie avait été longtemps assez négligée dans ce caza, k cause de l'ignorance des habitants relativement à Téducation du ver à soie; mais, depuis rétablissement de la station séricicole de Brousse et Tintroduclion du système Pasteur, les sériciculteurs ayant réussi à produire de bons cocons, se sont intéressés à celle branche de l'agriculture. Les nouvelles plantations s'élèvent en ce moment à 80,000 mûriers environ dans les environs d'Eski-Chèhr.

Les principales cultures sont celles du blé. de l'orge, du maïs, du millel, des pois, du pavot à opium, du coton, du tabac^ des melons, pastèques, raisins, poires, cerises et autres fruits et de toutes sortes d'excellents légumes.

Les fapis des sortes dites /tali, sedjadé et kilim* les étofTes de laine dites aha et chayak^ les toiles blanches et rayées du nahié de Séyid èl-Ghâzi sont très recherchées et méritent une mention toute spéciale.

Il se fait un grand trafic au bazar de la ville d'Eski-Chèhr. Les jours de marché, qui sont le mardi et le mercredi de chaque semaine, il y a foule à ce bazar ainsi qu'à celui de Séyid èl-Ghâzi. De plus, un pandïr ou foire ayant été institué par décret impérial, en 1890, pour une durée de 1.5 jours, chaque année, à partir du 21 septembre, a donné dès le principe de très beaux résultats et promet, par Taffluence énorme des commerçants qui augmente tous les ans, de donner bientôt un vaste essor au commerce du cazad'Eski-Chèhr et des vilayets voisins. Les facilités nouvelles offertes par le chemin de fer d'Anatolie, dont Eski-Chèhr est l'une des principales stations, ainsi que la ligne de Kulahia en construction, apporteront un stimulant précieux à l'activité de ce mouvement commercial en lui permettant une plus grande extension.

STATISTIQUE DESCHIPTIVR i15

GAZA D'OUCIIAK

., limites. — Le caza d'Ouchak est silué au sud-ouest du sandjak de Kulahia. II est limité au nord par le caza de Ghédos et le merkez-caza de Kutahia; à Test par le sandjak de Kard-Hissar; et au sud et à l'ouest parle vilayet de Smyrne (Aïdin).

administrative. — Il est divisé administrali- -vement en 3 nahiés qui sont : Ofichak, Banaz et Gheubek. On y compte 158 villages.

Population. — Sa population totale est de 76,269 hab. comme suit:

Musulmans 72,466 hab.

Grecs orthodoxes 2,384

Arméniens grégoriens . ... 1,419

Total. . . 76,269 hab.

Chef-lieu. — Ouchak, chef-lieu du caza de môme nom, résidence du cdimakain^ sous-gouverneur, quartier d'un bataillon de nizam (armée active) et des états-majors d*un demi-bataillon d'avant-garde (senf-imoukaddem) et d'un demi-bataillon d'arrière garde (senf-itali) de rédif (réserve), station télégraphique et postale de service international (langues turque et française) est située au pied d'une colline qui commande une vaste plaine s'étendant de Test à l'ouest et couverte de vignobles, de champs, de jardins cultivés en fruits et en légumes de toutes sortes. Elle est à 142 kil. sud-ouest de Kutahia^ chef-lieu du sandjak et h 362 kil. sud de Brousse, chef-lieu du vilayet, par les routes carrossables existantes. Ces deux longueurs de parcours représentent, pour ce qui concerne Kutahia, environ un tiers en plus de la distance réelle, et le triple quant à Brousse.

210 VIÎ.AYET DE imOUSSE

La population d'Oucliak, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du caza, esl de 13,08i hab. comme suit :

Musulmans 11,000 hab.

(irecs orthodoxes ...... 1,484

Arméniens grégoriens .... 600

Total. . . 13,084 hab.

Ecoles. - Les écoles de la ville el du caza d'Ouchak sont au nombre de 59, dont 2 supérieures, 1 secondaire el 53 primaires, fréquentées par 1,078 élèves dont 1,058 garçons el iO filles, comme suit :

ÉLÈVES

2 médressé 50

,, , il lycée 58

Musulmans. . . .J ^ { . . . , ,

]50 écoles pnmairs (annexes de

mosquées 850

^ ., j \ 3 écoles primaires (garçons) . 70

Grecs orthodoxes.} ^ ^ vLu \ >a

/ 2 — — (filles). . . 20

Arméniens grég. 1 — — (garçons) . 30

59 écoles 1,078

On compte à Ouchak 11 quartiers, 17 mosquées à minarets, 2 tekké ou couvents de derviches, 2 médressé (facultés de droit et théologie), 1 église grecque et 1 église arménienne, 4 bains publics, 2 bibhothèques publiques, 750 boutiques el magasins, 706 ateliers de tapis, 30 boulangeries, 2 casinos, 35 tanneries, 45 fontaines publiques, 20 cafés, 8 han ou hôtelleries, 2 corps de garde, 1 prison, 1 abattoir et 2,431 maisons.

Les maisons de la ville d'Ouchak étaient encore, il y a 60 ans, construites en briques crues, comme le constatent de nombreux récits de voyageurs européens. Aujourd'hui, pour la plupart, elles sont bâlies en bois, fort propres et mêmes élégantes. Par les soins de la municipalité, les rues ont été élargies et

STATISTIQUF: DESCniPTIVK 217

alignées. Bien que la rivière d'Ouchak affluent du Ghédù (Hermus) passe au milieu de cette ville, alimentée en outre par plusieurs sources d'excellente eau, la nécessité urgente d'une fourniture plus abondante se manifestait depuis longtemps, afin de satisfaire aux besoins des manufactures de tapis. I^a municipalité a largement comblé cette lacune au moyen d'une dérivation du Banaz-tchaï, affluent du Mendérès (Méandre) prise à 15 kil. d'Ouchak vei's l'est. Ce travail, dont la dépense totale n'a pas excédé 3,000 livres turques (70,000 fr.) a permis d'établir une distribution d'eau régulière et suffisante pour chaque maison de la ville et de créer 20 nouvelles fontaines publiques dans les rues d'Ouchak.

On reconnaît généralement le site de cette ville et les environs commeremplacementdel'ancienne ville phrygienned'A(7nowm, fondée par le roi Acmon et mentionnée par Cicéron. Dans une vallée située à quelques kilom. vers l'est, se trouve une vaste nécropole composée de chambres sépulcrales creusées dans le roc; beaucoup sont inaccessibles, mais quelques-unes de celles où l'on a pu pénétrer renferment des sarcophages. On considère cette nécropole comme celle d'Acmonia. Les nombreux fragments d'architecture antique, en marbre blanc, souvent découverts àOuchak, n'ont offert jusqu'aujourd'hui rien d'intéressant jour la science ou pour l'art.

Ahat-Keui {TrajanopoUs). — Les ruines de Trajanopolis ^nt été découvertes par Ilamilton au village de Ahat-Keuï «lépendance du nahié de Banaz, à 30 kil. est d'Ouchak.

Productions agricoles. — Les principaux produits du sol du caza d'Ouchak sont les céréales : le blé et l'orge, la vallo- Dée, l'opium, le sésame, le coton, le tabac, les raisins, les pommes, poires, melons, pastèques et autres fruits; la culture maraichère donne d'abondants et excellents résultats. La vigne, outre le raisin de table^ fournit à l'exportation des vins et des eaux-de-vie estimés. Les laines d'Ouchak sont recherchées.

Avant l'institution de la station séricicole de Brousse, le nahié

• 218 VUAYKT DK BROUSSK

de Gheubèk s'occupait seul de produire des cocons qu'il expédiait à Magnésie (Manissa); mais aujourd'hui, la sériciculture s'étend de plus en plus dans tout le caza.

Mines et minières, eaux minérales. — On cite dans le nahié de Banaz, h Bulgar-dagh, une mine d'amiante inexploitée, et près du chef-lieu, h Hammam-Boghaz des thermes deau sulfureuse.

Forêts, montagnes. — Les principales montagnes du cazad'Ouchak sont le Mourad-daff h {D\ndYmhne)el deux autres sommets de la même chaîne ; le Kézil-dagh et le Bulgar-dagh.

De superbes forAts, d'une superficie totale de 824 kil. carrés couvrent ces montagnes; les essences que Ton y rencontre, en peuplements plus ou moins considérables, sont le chêne, les pins et les sapins. Le manque de routes forestières rend impossible l'exploitation fructueuse de ces forêts, dont l'utilité est ainsi bornée aux services qu'elles rendent aux populations locales.

Le caza d'Ouchak est arrosé par un nombre infini de petits cours d'eau sans nom, affluents du Ghédis (Hermus) et du Mendèrès (iMéandre). Toutefois on peut citer parmi ces affluents une rivière assez considérable, le Banaz-tchai qui prend sa source au Kézil'dag/i^ chaînon du mont Dindymène, au nord du caza qu'il parcourt en entier, pour aller, à sa limite sud, se jeter dans le Méandre.

Industrie. — Les produits de l'industrie lapissière d'Où chak jouissent avec raison, sous le nom de « tapis de Smyrne », d'une réputation universelle. Tout ce qui concerne leur fabrication et le commerce dont ils sont l'objet se trouve au chapitre spécial du vilayet de Smyrne, tome III, page 406.

Après ces produits hors ligne, on peut citer ceux delà tannerie, de la cordonnerie, de la coutellerie, de l'orfèvrerie, et les costumes confectionnés h l'usage du pays, tous objets d'un important commerce.

Gommeroe. — On estime, en dehors du commerce dos

STATISTIQUE DESClUPTIVi: 219

lapis, Tcxportation annuelle du caza d'Ouchak, en moyenne, comme suit :

Exportation :

Céréales 18o,0(»0 heclol.

Coton 449,032 kilog.

Laine 192,442 —

Opium 30,251 —

Raisins frais 1,385,585 —

Vallonée 2,373,453 —

Importation. — I/imporlation dans le caza d'Ouchak consiste en manufactures, sucre, café, épices, pétrole et divers.

La valeur totale de Texporfation, en exceptant les tapis, est

estimée à 150,000 livres turques.

Celle de l'imporlalion à 80,000 —

Mouvement total (approximatif) . . . 230,000 livres turques.

environ 5,280,000 fr.

La moitié de Texporlalion, c'est-à-dire ce qui est h destination (le l'étranger et l'importation qui en provient tout entière sont faites par Smyrne et englobées dans le mouvement commercial de cette place. Les transports entre Ouchak et la station de Tchivril, située à 77 kil. sud-est de cette ville, sont effectués par caravane, car il n'existe aucune route. A cette station, terminus actuel du chemin de fer d'Aïdin, les marchandises sont, suivant le cas, chargées pour Smyrne ou débarquées pour Ouchak.

Le prolongement du chemin de fer de Smyrne-Kassaba, jusqu'à Kara-Hissar, passant par Ouchak, donnera à cette ville une grande importance.

220 VII.AYET DK BROUSSE

CAZA DE GHÉDOS

Orientation, limites. — Le caza de Ghédos est situé à Touest, du sandjak de Rulahia. Il est limité : au nord-est, par le morkez-caza de Kutahia; au sud-est, par le caza d'Ouchak; au sud-ouest, par le vilayel de Smyrne; et, au nord-ouost, parle caza de Sémav.

Division administrative. — Ce caza n'a point de nahié. On y compte 76 villages.

Population. — Sa population totale esl do 40,764 hab. musulmans.

Chef-lieu. — Ghédos, chef-lieu du caza, résidence du càimakam^ sous-gouverneur, est le siège des services administratifs du caza. (l est situé à 77 kil. sud-ouest de Kutahia, par une roule carrosable, et à 39 kil. nord d'Ouchak, terminus actuel de celte même route du côté du sud. La population de Ghédos, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du caza, esl de 5,926 hab., tous musulmans.

La ville de Ghédos est arrosée par le Gfiédn (Hermus) dont la source est peu éloignée vers Test , on le traverse sur un pont byzantin d'une seule arche en ogive pour aller rejoindre Tancien chemin des caravanes de Smyrne. Les rochers qui dominent la ville et les montagnes voisines sont volcaniques; leur teinte noire uniforme se distingue à peine de celle des maisons, bâties en argile prise auprès du lac voisin, dans la vallée. On dislingue encore sur un rocher pointu que les habitants nomment Katè (la forteresse) quelques traces d'un ancien château et les escaliers taillés dans le roc qui y conduisaient. On pense qu'à cet endroit s'élevait jadis l'acropole de Cadiy antique ville macédonienne qui, sous la domination byzantine, devint le siège d'un évêché.

STATJSTIOUK DKSCaiFTlVE '22i

On ue Irouve pas d^aaliquités à Ghédos, à l'exception de deux statues sans tête, encastrées dans les assises du pont, et qui représentent un personnage consulaire et une matrone romaine.

On compte k Ghédos 4 mosquées à minarets, 2 médressé^ 1 imaret ou hospice d'étudiants pauvres, 2 bains publics (hammam) 2 han ou hôtelleries, etc.

Dans celle ville et les villages du caza, il existe 31 écoles toutes musulmanes, dont 1 médresséj et 30 annexes de mosquées. Le nombre des élèves du lycée n'est pas couuu; le médressé est fréquenté par 20 étudiants et les écoles primaires par 815 enfants, soit un total de 835 élèves, auxquels on peut ajouter pour le lycée de la ville de Ghédos 30 à 40 jeunes garçons, ce qui donnerait pour total général approximatif un chiffre d'environ 900 élèves.

CMb'Hané est, après Ghédos, le centre le plus peuplé du caza; on y compte 2,221 hab., tous musulmans; trois bourgs voisins qui dépendent de celui-ci ont ensemble 3,107 hab. appartenant à cette même communauté.

Production agricole. — La vallée de Ghédos, très fertile, est cultivée avec soin et couverte d'une abondante végétation. Les produits principaux sont : le blé, l'orge, le seigle, l'avoine, le mais, le millet, les fèves, haricots, pois chiches et lentilles; le lin, le coton, l'opium le sésame, le tabac, le vin, l'huile d'olives, le chanvre, le miel et la cire; le raisin et les autres fruits divers; la vallonée et autres récoltes forestières; les cocons et la soie grège; la laine et le poil de chèvre mohair (tiftik), etc., etc.

Forêts. ~ Les forêts, peuplées exclusivement de chênes^ sont au nombre de 4, d'une superficie totale de 917 kil. carrés. Faute de roules forestières, leur exploitation n'a pas d'autre objet que les besoins de la consommation locale.

GAZA DE SÉMAV

Orientation, limites. — Le caza de Sémav est situé à l'ouest du sandjak de Kutahia. 11 est limité : au nord, par le merkez-sandjakde Brousse; à Test, par le merkez- caza de Kutahia; au sud, par le caza de Ghédosel le vilayet de Smyrne; etàTouest, parle sandjak de Karassi et le merkez-sandjak de Brousse.

Division administrative. — 11 est administrativement divisé eu 2 nahiés qui sont Sémac et Dagh-Ardi^ et l'on y compte 125 villages.

Population. — Sa population totale est de 37,877 hab., tous musulmans.

Chef-lieu. — Sémav, chef-lieu du caza, résidence du caïmakam, sous-gouverneur^ est située à 132 kil. ouest de Kutahia, et à 176 kilom. sud de Brousse, par des sentiers de caravanes qui sont encore aujourd'hui les seules voies de communication entre ces deux villes. Bientôt Sémav y sera relié par un embranchement carrosable encours de construction sur Ghédos, de 35 kil. de longueur vers Test.

La population de celle ville, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du caza, est de 5,485 hab., tous musulmans.

11 y a à Sémav une station postale et télégraphique de service intérieur (langue turque) ; une caserne et un dépôt militaire occupés par les états-majors d'un demi-balaillon de Tavantgarde et d'un demi -bataillon de Tarrière-garde du rédif (réserve) On compte dans celte ville : 9 mosquées à minarets, 3 mesdjid (oratoires), 4 rnédresséy 1 iekké ou couvent de derviches, 1 ancienne église non convertie en mosquée, 2 bains publics, 5 han ou hôtelleries, 20 tanneries, 8 fours publics, 2 grands magasins et 380 boutiques, 2 teintureries, 9 cafés, un konak ou hôlel du gouvernement, uu hôlel municipal et 1>097 maisons.

STATISTIQUK DKSCKIPTIVE '2^:3

Les écoles de la ville el du caza de Sémav sont au nombre de 38, toutes annexes de mosquées, fréquentées par 904 élèves.

On reconnaît généralement, d'après Ilamilton, l'emplacement de l'ancienne Synnaus à Sémav, située à 5 kil. sud de la rive orientale du lac qui porte son nom ; et, suivant la même autorité, on place les ruines d'Aucyre de Phrygie à l'extrémité opposée du même lac, au village actuel de Kilissé, près de la gorge d'où le Sémav-sou (Maceslus) s'échappe du lac en cascades.

Ces deux anciennes villes existaient encore à l'époque byzantine ; elles furent alors le siège de deux évêchés réunis ensuite en un seul. L'époque et les causes de leur destruction sont restées jusqu'ici inconnues.

La description du lac de Sémav se trouve plus haut, page 76.

Bail, chef-lieu du nahié de Dagh-Ardi, est situé à 25 kilom. nord de Sémav et à 88 kil. ouest de Kutahia, au milieu de belles forêts à l'ombre desquelles se cachent les 48 villages dépendants de ce nahié dont la population totale, est de 5,21 5 hab. compris dans le chiffre ci-dessus de celle du caza de Sémav.

Cette population, exclusivement forestière, a pour unique industrie le débit, en poutres, planches et autres bois de construction, des chênes et des pins jaunes qui peuplent les deux forêts du caza sur une étendue de 619 kil. carrés.

Production agricole. — A l'exception des habitants du nahié de Dagh-Ardi, la population du caza de Sémav s'occupe principalement de la culture du sol, dont la production, très abondante, est de même nature que celle des autres cazas précédemment décrits.

Production industrielle. — Outre l'industrie des bois de construction, celles du tannage des cuirs et peaux et de la teinturerie sont activement pratiquées et donnent des produits fort estimés à l'usage du pays.

SANDJAK DE KARA-HISSAR

Orientation, limites. — Le saudjak de Kat-a-Hissar est situé au sud-est du vilayel de Brousse, par 2Vt de longitude et 37''40' et 39*^20 de latitude. Il est limité : au nord, par le sandjak de Kutahia ; à Test, par le vilayet d'Angora; au sud-est, par le vilayet deKoniah, à Touest, par le vilayet de Smyrne (Aïdio); et, au nord-ouest^ par le sandjak de Kutahia.

Superficie. — Sa superficie totale est de 16.700 kil. carrés.

administrative. — Il est divisé administratif vemeul en 4 cazas et 8 nahiés, comprenant en totalité 437 villages, comme suit :

CAZ\S

NAHIES

VILLAOE^

KARA-HlS^AIi-SAIIIIt

Bolvadin

SaDdikli

Azmyt>(chef lieu Mou^lidjc

^Saiis uahiës)

1 Bolvadin. 2 Ishaqlu

1 Saudikli. 2 Chéiklu. 3 Ghéiklcr. 4 Tèzkiri. 1 A/.izïyé. 2 Khanbardjiu

^ Cazas

8 Nahiès

militaire. — Les états-majors de deux bataillons de rédi/ {vésev\e) Fun d'avant-garde [moukaddem) , Tautre d'arrière-garde [taH)^ résident à Tèzkiri, nahié du caza de Sau-

dikli. Il y a à Bolvadin, chef-lieu du caza de même nom, un capitaine et un lieutenant d'avant-garde et un capitaine et un lieutenant d'arrière-garde de la réserve ainsi qu'à Ishaqlu, nahié de ce même caza. Dans le caza d'Aziziyé résident deux lieutenants d'avant-garde et un capitaine et un licuteuant île la réserve. A Kara-Hissar il n'y a point de contingent ni d'étal-major de l'armée, soit active, soit de la réserve ; mais seulement des zablies (soldats de police) commandés par un chef de bataillon [tabour-agassî).

Services administratifs. — Les services administratifs du sandjak de Kara-Hissar sont les mêmes que ceux des autres sandjaks énumérés plus haut, au chapitre spécial du vilayet.

Dette publique. — Les receltes et dépenses de TAdministration des revenus concédés à la Dette publique ottomane, dans le sandjak de Kara-Hissar, ont été, du 1*'' mars 1891 au 29 février 1892, comme suit :

Dime des tabacs 367 piastres

Sel 1,915

Recettes .^Spiritueux 7,046

Timbre 165,306

Divers (nouveaux revenus .... 18,445

Total des recettes 193,089

Dépenses (appointements, frais) 27,104

Revenu net. . . . 165,985 piastres

soit environ 38,150 fr.

Régie des tabacs. — La Régie coïntéressée des tabacs a dans le sandjak de Kara-Hissar une direction [mudirlik] dont le siège est au chef-lieu ; une agence secondaire [mémouriet)^ dans le caza d'Aziziyé, et un dépôt à Ishaqlu, nahié du caza de Bolvadin.

Postes et télégraphes. — Il n'y a dans ce sandjak que

2 slalions télégraphiques, l'une à Kara-Hissar et l'autre à Sandikli; toutes deux sont de service intérieur (correspondance en langue turque).

.. — La population totale du sandjak de Kara- Hissar est de 256,961 hab. Ce total, réparti par cazas, est représenté comme suit :

GAZAS

ORECS orthodu&es

ARMKNIKNS grégoriens

TOTAUX par

GAZAS

Kara-Hissar

Bolvadin

Sandikli

Aziriyé .

Totaux par communautés . . .

rOTAL GÉNÉRAL

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