‹ La Turquie en 1861Chapitre 24 sur 66 · IMPORTATION PAR NAVIRES · texte numérisé non relu

IMPORTATION PAR NAVIRES

Froment Seigle .

Mais . .

Orge. .

Sarrasin Avoine.

L’adoption de ce tarif entretiendrait dans nos entrepôts des stocks considérables et permanents, qui entreraient dans la consommation chaque fois que l’élévation des prix le permettrait.

L’importation étant permanente, on n’aurait plus à supporter les frets élevés qui se produisent tout à coup quand la récolte est mauvaise; les approvisionnements préexistants modéreraient l’exagération des prix qui a lieu invariablement.

En calculant le prix de revient des blés étrangers rendus au port de débarquement, on trouve que, pour qu’ils

par hectolitre , décime non compris.

puissent acquitter les droits que nous avons indiqués, il faut que le cours moyen du marché français soit beaucoup plus élevé que le cours moyen du blé français dans les années abondantes. Nous avons établi (page 149) que, de 1 H i8 à 1852, le prix moyen du blé en France a été de 15 fr. G22 l’hectolitre. Pendant ces cinq années de récoltes abondantes, l’exportation a excédé de beaucoup l'importation ; la baisse des prix ne provenait donc pas de l'introduction des blés étrangers. 11 est utile de démontrer que leur mise en consommation était impossible, pendant cette période, autrement qu’à perte.

La moyenne du prix d’achat du blé à Odessa a été (1) de fr. H. 15

Frais de transport rendu à Marseille (p. lui) 4.75

La moyenne du prix d’achat à Dantzick a été (2) de 17.33

F rais de transport rendu dans un port de la Manche (page 154) 3.75

La moyenne du prix d’achat à New-York a été (3) de 10.17

Frais de transport dans nos ports de l’Océan ou de la Manche (page 154) 4.50

(t) Enquête sur la révision do la législation des céréales, tome 111 , tableau 23.

(2) Enquête, etc., tableau 2 t.

(3) Enquête , etc., tableau 23.

Ces coûts supérieurs au prix moyen français n’auraient donné que de la perte.

Avec les droits que nous indiquons , on voit que l’inlroduction des blés étrangers ne sera possible que tout autant qu’il y aura insuffisance dans la production nationale. L’agriculture n’aura donc jamais à redouter une concurrence ruineuse.

L’amélioration que nous recherchons se produira par la suppression de l’échelle mobile.

Son existence arrête les opérations et empêche la formation des stocks dans les entrepôts ; le spéculateur étranger, ne connaissant pas exactement les droits exigibles h l’arrivée, n’expédie que lorsqu’il est notoire que la récolte est mauvaise. A ce moment, chacun veut expédier; alors les prix des grains et des frets montent parallèlement, et le cours reste cher jusqu'il la récolte suivante, si elle est boimc.

Signalonsune dernière réforme indispensable, en supposant même que l’on conserverait l’échelle mobile.

11 ne faut plus exonérer des droits de tonnage les navires étrangers porteurs de grains, quelque grands que soient les besoins de la France. Cette faveur crée une infériorité fâcheuse pour le pavillon français, qui reste soumis à ces droits dans les ports d’embarquement, el donne lieu souvent, à l’arrivée en France, à des abus préjudiciables au Trésor.

La question des céréales, dont l’agriculture, le commerce, la marine et le Gouvernement se préoccupent, est, nous croyons l’avoir prouvé, d’une solution facile ; il suffit, pour la juger, de la ramener sur le terrain des faits et des appréciations commerciales, dégagées de partialité.

En adoptant les mesures que nous proposons, on satisfera les divers intérêts ; leurs droits seront respectés, et l’approvisionnement de la France sera assuré.

Le remplacement de l’échelle mobile par des droits fixes permettra à la Turquie de diriger constamment ses céréales vers le marché français. Son agriculture, d’abord favorisée par l’abaissement progressif des droits d’exportation, plus tard par leur suppression totale, dont les produits cesseront d’être soumis, chez nous, à des taxes variables comme les cours, se développera graduellement.

L’accroissement de notre exportation, non- seulement en Turquie, mais chez les autres nations productrices de céréales, sera le résultat de cette réforme, que trente années d’expérience chèrement achetée nous forcent de ne plus ajourner. Le désir de donner satisfaction à des craintes exagérées ne saurait justifier la continuation d’un système qui maintient le prix du pain à un taux très élevé, et qui nous conduit à payer les blés le plus souvent en argent, au lieu de les payer en objets manufacturés, par des échanges constants établis sur des bases invariables.

Coton. — Le cotonnier est originaire de l’Orient. Quelques étoffes conservent encore les noms des villes asiatiques où l’art du tissage et de la fabrication du coton a été porté autrefois à un rare degré de perfection. Ces cités sont déchues ; leur splendeur manufacturière s’est évanouie : les ronces couvrent le sol où croissaient les cotonniers qui alimentaient leurs fabriques. L’Indoustan a su conserver cette richesse agricole : il livre en moyenne

annuelle cinq cent mille balles, dont un dixième s’exporte enChine, et le reste en Europe. La Turquie a été moins heureuse. Le cotonnier, qui seul aurait suffi à lui donner une grande prospérité commerciale, disparaissait presque complètement de son territoire, où il se développe pour ainsi dire sans culture, pendant que ses produits, ou leur manipulation, devenaient la source de la fortune, de la puissance politique môme d’autres pays producteurs ou manufacturiers. Le coton est la marchandise qui occupe le premier rang parmi les échanges européens et américains ; il provoque un mouvement d’affaires qui représente des milliards chaque année, et la Turquie est restée étrangère à ce développement d’activité qui a dépassé toutes les prévisions.

Il existe encore à Smyrne de vieux négociants qui se rappellent avoir vu ce port expédier annuellement 50,000 balles provenant des contrées voisines , où la culture, délaissée aujourd’hui, ne fournit, faute de soins, que des qualités défectueuses, et, par suite très peu estimées (1).

Il y a quarante ans, on révoquait en doute les avantages que pouvait présenter la culture du cotonnier ; on croyait que laproduction dépasserait toujours lademande. Cette production s’est accrue au delà de tout ce qu’on

(1) En 1838 , le port de Smyrne a exporté :

Coton en laine 19,117 qx.

Coton filé. . . . 3,423

Le coton en laine est vendu principalement à l’Autriche et à la France ; les ports turcs reçoivent à peu près 1 / 6 du coton en laine et la totalité du coton filé.

aurait osé rêver, et les besoins de la consommation ont grandi comme elle.

La production totale connue du coton, dans les cinq parties du monde, a été (1858) de 11,484,462 balles , et la consommation de 10,952,636.

L’Amérique du Nord est arrivée à avoir le monopole de la vente du coton. C’est elle qui approvisionne l’Europe.

En 1784, l’Amérique du Nord envoya pour la première fois du coton en Angleterre. Il fut saisi à la douane de Liverpool comme expédition frauduleuse : l’Amérique anglaise, d’après le fisc, ne .produisait pas de coton. L’année 1785 vit arriver 5 b. par trois navires; 1786, 6 b. par deux navires ; 1 787, 109 b. par cinq navires ; 1788, 282b. par six navires ; en 1859-60(1), les États- Unis ont produit 4,675,770b., sur lesquelles3,773,256 ont été expédiées dans les pays étrangers (2).

L’Europe achète du coton partout ; mais la production des autres pays est insignifiante, comparée à celle des

(1) Aux Etats-Unis, l’année commerciale commence le 1 er septembre.

(2) l.a récolte do 1859-60 a été de 4,675,770 b.

Les stocks existants dans les ports du Sud et du

Nord au l or septembre 1859 étaient de 149,237 b.

sur lesquelles 3,773,256 b. ont été exportées,

978,043 consommées.

4,751,299 b. représentent l’exportation et la consommation américaine de 1859-60.

Les chiffres ci-dessus sont extraits des bulletins commerciaux et industriels publiés par le Monde commercial, livraisons 1 et 7.

États-Unis, qui peut être évaluée aux trois quarts des récoltes totales des contrées productrices.

L’importance que la culture du cotonnier a acquise , l’influence que ses produits exercent et exerceront de plus en plus sur les rapports commerciaux et politiques des peuples , méritent d’appeler très sérieusement l’attention du Gouvernement ottoman. Le coton fait la force des États-Unis; il leur permet, sans marine militaire, sans escadres, sans armée, de braver l’Angleterre qui les jalouse : en un demi-siècle il les a rendus puissance politique et commerciale de premier ordre.

Le développement que pourraient recevoir les plantations de cotonniers dans les vastes territoires de l’empire ottoman, sol natal de cet arbuste , où il donnerait d’excellentes qualités avec quelques soins intelligents, rendrait à la Turquie l’activité, la richesse, la force.

Le prix de revient à bon marché est la condition fondamentale de l’accroissement de l’exportation et des bénéfices. Pendant que la liberté faisait prospérer l’agriculture aux États-Unis, le régime oppressif la détruisait en Turquie : l’exagération des taxes locales, les exigences abusives des fermiers collecteurs d’impôts, la difficulté des transports, concouraient ensemble à ce triste résultat. La France et l’Angleterre admettant les cotons en franchise, quelle que soit leur origine, la Turquie ne peut attendre que d’elle-méme une amélioration à cet état de choses. Ce sont les réformes intérieures qu’elle accomplira qui feront renaître la culture du cotonnier chez elle, et la mettront à même de lutter avec les autres pays producteurs.

Les provinces ottomanes n’exportent plus de coton en

Angleterre ; les documents commerciaux ont cessé d’indiquer le chiffre des envois , devenus trop faibles pour mériter une mention spéciale.

L’exportation à destination de France continue. Nous avons reçu (1) :

Kit. Fr.

958,579 valant 1,725,442 261,581 418,530

Les provinces européennes où la culture existe sont : les plaines de la Thessalie, de la Macédoine, les bassins de Sérés, de Melenik, et l’ile de Candie (ancienne Crète).

La Macédoine, qui, au commencement de notre siècle, expédiait 4 millions de kilogrammes, n’exporte maintenant que 2 millions.

La production de l’Asie Mineure et des îles, un peu plus forte, livre à l’industrie cinq qualités :

La 4" comprend les cotons de Souboudja et d’Aïdin ;

La 2' ceux de Kirek-Agadjé;

La 3' ceux de Canaba;

La 4 e ceux de Kinck et de Pcrgame ;

La 5' ceux de Magnésie, qui sont les moins appréciés.

(1) Les quantités et les valeurs que nous donnons sont extraites des Tableaux généraux du commerce de la France avec les colonies et les pays étrangers , années 1857, 1858 et 1859. Les valeurs non désignées sont des valeurs actuelles.

En 1857 En 1858 En 1859

La production ottomane totale et la consommation locale sont approximativement :

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