CONSOMMATION
EXPORTATION
Ocqvr»
de Tente.
Piastres
Ocques
Ocques
Thcssalie
Macédoine
Asie Mineure. . .
Tarsous
Damas , Naplouse , S.-Jean-d'Acre.
Chypre
Ces chiffres , mis en regard de la marche ascendante de la production et de l’exportation des États-Unis , démontrent combien il est urgent que la Turquie modifie le régime qui a engendré et qui maintient cette situation.
L’exagération des charges que le fisc a accumulées sur la culture a banni peu à peu le cotonnier du sol ottoman : l’impôt foncier, la dîme, le droit d’exportation, auxquels s’ajoutent les frais résultant delà difficulté des transports, ont rendu impossible la concurrence avec les États-Unis, où les impôts fonciers sont modérés, les droits de sortie nuis , et les moyens de transport poussés à la dernière perfection.
Les événements politiques qui viennent de provoquer la séparation des États à esclaves qui faisaient partie de l’Union, permettent à la Turquie de sortir de l’infériorité déplorable où elle se trouve. Placée aux portes de l’Europe, elle peut, si elle veut, devenir de suite un des principaux pays producteurs de coton. Mais pour cela, il faut
qu’elle prenne une décision prompte, qu’elle mette les circonstances à profit sans perdre un jour. Après l’affranchissement des esclaves, qui paraît ne pouvoir être ajourné, ou la paix entre les Etats du Nord et ceux du Sud, lorsque les choses reprendront leur cours ordinaire aux États-Unis, il serait trop tard. Il faut que l’Union américaine se trouve alors en présence de la production ottomane organisée, des négociants habitués à spéculer chez elle, et des manufacturiers familiarisés avec la consommation de ses produits. Le cotonnier est un arbuste qui croît vite, et des champs immenses peuvent livrer leurs produits à l’industrie européenne longtemps avant que la crise américaine, même en la supposant passagère, permette aux plantations de l’Union de recommencer sérieusement la concurrence.
Les mesures qu’il nous paraît convenable d’adopter pour arriver à ce résultat sont :
1° Suppression de l’impôt de la dîme sur les cotons récoltés, quelle que soit leur destination ultérieure;
2° Exportation libre, soit de province à province, soit à l’étranger, des cotons récoltés dans les provinces d’Europe et d’Asie ;
3° Exemption de toute espèce d’impôts, pendant dix ans, en faveur des terres en friche ou incultes qui seront affectées aux plantations de cotonniers (I);
4° Obligation pour les Tartares, ou autres immigrants auxquels le Gouvernement concède gratuitement des
(1) Cette exemption d’impôts ne diminuera pas les recettes de l’État, puisque ces terres abandonnées ne lui rapportent rien actuellement ; il profitera au contraire, par ailleurs , de cet accroissement de la fortune publique.
terr es , de planter en cotonniers un quart au moins des terres concédées , toutes les fois que cette culture sera possible ;
5° S’efforcer de donner les concessions des terrains appartenant à l’État le plus possible en Asie Mineure et dans les îles, à proximité des ports d’embarquement, afin de diminuer les frais de transport ;
6° Obliger les concessionnaires à entretenir les routes qui relieront les centres agricoles aux ports d’embarquement ;
7° Etudier les modes d’encouragement à donner aux grands propriétaires qui, sur leurs propriétés, développeraient la culture du cotonnier. On pourrait dire, par exemple, que chaque dizaine de dénums appropriée à la culture du cotonnier donnerait lieu pendant un certain nombre d’années à une diminution d’impôts qui irait croissant, de façon à ce que, plus il y aurait de dénums plantés en cotonniers, moins il y aurait à payer par dénum producteur de coton. Cette différence dans les recettes serait plus que compensée par les droits qu’acquitteraient, à l’entrée, les marchandises qui seraient importées en échange de l’accroissement de l’exportation.
Si ces mesures sont appliquées, la culture du cotonnier se développera très promptement, et la Turquie vendra à l’Europe la plus grande partie du coton, de môme qu’elle lui vendrait , si elle reformait l’assiette et la perception de l’impôt, la plus grande partie des céréales, du tabac, des soies et des alizaris.
Tabac. — Cette plante est cultivée partout où l’élévation de la température le permet. On trouve le tabac ,
dans les provinces d’Europe , sur les terrains d’alluvion des rivières Maritza, Morava, Vardar, Indje-Kararou , etc. Les produits de Larissa, de la Tlirace méridionale, d’Arta , sont les plus estimés. Un huitième des terres labourables de la Macédoine est affecté à cette culture, qui fait vivre vingt mille familles.
En Asie Mineure, Magnésie, Pergame, Samsoun, fournissent des qualités très estimées.
La Palestine donne du tabac de qualité inférieure ; une partie est vendue à l’Égypte, le reste se consomme sur les lieux.
La Syrie livre au commerce d’excellentes variétés. Aux environs de Saïda, on récolte 2,500,000 kil. Les produits de Gubal et de Batoun sont renommés : la première qualité de ces localités, toujours chère, est peu abondante ; elle se consomme presque en totalité en Syrie. On récolte, en outre, environ 40,000 kil. d’une qualité un peu inférieure , qui vaut de 2 fr. à 2 fr. 25 le kil. , et 60,000 kil. d’une qualité ordinaire, valant 1 fr. 25. La qualité dépend surtout de l’engrais. Le meilleur tabac provient des terres où l’on a laissé séjourner des troupeaux. L’arrosage accroît la quantité de la récolte, mais il nuit à sa qualité. A Latakié , localité renommée pour la supériorité de ses tabacs, on trouve l’espèce dite Abou- Riha ( père de la bonne odeur) , dont on recueille environ 100,000 kil.
La variété des espèces fournit aux besoins énormes de la population ottomane, et donne lieu à une exportation qui progresse depuis quelques années. La Turquie vendrait à l’Europe toutes les qualités qu’elle recherche, si la culture était plus étendue et surtout mieux soignée.
L’exportation a donné :
Kil. Fr. Ktl. Fr. KU. Fr.
France 127,363 178 388 307,138 827,114 1,163.363 1,690 066
Angleterre (1) . . 138,816 927,200 703,593 1,286,775 » »
Garance alizaris (2). — Parmi les végétaux dont le concours, utile dans le travail industriel, a de tout temps attiré le commerce européen sur les rivages du Levant, les alizaris, ou racines de garance, méritent une mention spéciale. L’exportation de cette racine tinctoriale forme un des aliments les plus actifs du commerce de l’Asie.
La garance du Levant jouit d’une réputation trop immémoriale pour qu’il soit besoin d’énumérer ses titres. Déjà, à l’époque fort reculée où prospérait l’industrie manufacturière de l’Orient, le marchand levantin étalait
(1) Les quantités et les valeurs que nous indiquons sont toutes extraites du recueil intitulé : Anniuil slatement of the trade and navigation of the United Kingdom witk foreign counlries and Brilish possessions in the year 1858.
Nous avons pris pour la réduction en unités françaises :
Le tonneau de mer (20 qx). . . . 1,013 kil. 910
Le quintal cvvt (112 livres). ... 50 — 797
La livre (1 6 onces) » — 153
Le quarter 290 litres 750
Le boisseau (8 gallons) ..... 36 — 347
La livre sterling 25 francs.
(2) Nous donnons pour la garance, ainsi que pour l'opium et les laines, des extraits de plusieurs rapports remarquables adressés à M. le ministre du commerce en Belgique, en 1859, par M. J. Jooris, chargé d’affaires ad intérim de Belgique à Constantinople. Voir Becueil consulaire publié en exécution de l'arrêté royal du 13 novembre 1835, tome V, l le partie.
avec orgueil , dans les foires de l’Europe , les couleurs éclatantes du beau rouge d’Andrinople , qui brillaient à la fois sur les tapis de Smyrne , sur les tissus de soie de l’Asie Mineure ou de Syrie , sur les cotonnades de Thessalie ou de Macédoine. Les villes de Larissa en Thessalie, et de Saïda en Syrie, étaient renommées pour leurs belles teintureries. De nos jours, les manufactures du Levant ont décliné de leur ancienne splendeur : le tissage à la mécanique a écrasé , par le bas prix de ses fabrications, le travail sur le métier, plus lent et plus coûteux. Dès lors , la consommation locale de la garance a considérablement diminué, pour faire place à l’exportation , qui a souffert à son tour à mesure que la chimie a substitué les couleurs métalliques, moins coûteuses, aux couleurs végétales , plus durables , mais d’un prix plus élevé. L’industrie du Levant a suivi la voie commune : les tapis de Smyrne et les étoffes du pays se ressentent déjà de cette innovation fatale à l’éclat et à la durée des couleurs. La diminution de l’emploi et de l’exportation de la garance a eu un effet désastreux sur la culture de cette racine; il n’en existe plus de traces dans la Thessalie et la Macédoine , pays où elle prospérait autrefois.
Elle s’est conservée à Smyrne, en Syrie et à Chypre. Le principal marché de l’exportation de la garance est la ville de Smyrne ; il se fait également quelques transactions à Beyrouth ; mais une grande partie de la récolte de Caramanie, de Syrie, de Chypre même, est expédiée à Smyrne, où on la charge pour l’Europe. La culture de la garance a suivi une marche descendante à peu près semblable à celle du coton.
La garance se trouve principalement aux environs de
Smyrne, Magnésie et Kirkugach. Le village de Bakir, près de cette ville, produit la qualité la plus estimée. La culture tend à se relever depuis plusieurs années ; la récolte, qui était de 40,000 balles (132 ocques à la balle), s'élève maintenant à plus de 60,000 balles, soit7,920,000 ocques.
Les qualités se classent dans l’ordre suivant :