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habitants pour la Turquie, et celui de

3.800.000 pour l’Egypte, Tripoli et Tunis. D’après cette note, la Turquie d’Europe compterait 15,500,000 habitants ( y compris les provinces Danubiennes, évaluées à 4, 400,000), et la Turquie d’Asie 16,050,000. Ces chiffres nous paraissent exacts en ce qui concerne la population des provinces européennes ; mais nous croyons que ceux qui s’appliquent aux provinces vassales d’Afrique, ainsi qu’aux sujets ottomans directs d’Asie , sont trop faibles. Il nous paraît que l’on peut sans exagération porter à 30 millions le nombre total des sujets ottomans proprement dits.

Les conquérants ne se sont pas assimilé les races conquises; elles ont conservé leur caractère particulier, tel qu’elles l’avaient au jour de la conquête. Ces races, indépendamment de leur diversité, offrent des divisions marquées qui proviennent de leurs religions différentes.

Quoi qu’on ait dit du fanatisme des musulmans, les faits prouvent que leur tolérance religieuse a été au con-

traire on des moyens qui ont le plus contribué à consolider leur puissance.

On compte quatorze races distinctes : les Ottomans, les Grecs, les Arméniens, les Juifs, les Slaves, les Roumains, les Albanais, les Tartares, les Turcomans, les Syriens et les Chaldéens, les Druses, les Kurdes, les Tzingaris.

Les Ottomans descendent des tribus qui suivirent Othman en Asie Mineure, et qui plus tard, sous Mahomet II et ses successeurs, se répandirent en Europe. Chaque pays conquis conserva une partie de la race conquérante, préposée à sa garde.

Les Grecs sont issus des anciens sujets de l’empire d’Occident.

Les Arméniens ont été soumis à la fin du XIV' siècle, lorsque Léon VI perdit sa couronne.

Les Juifs sont venus principalement d’Espagne et du Portugal, chassés par les rigueurs de l’inquisition et surtout par l’édit de 1492. On sait que par cet édit Ferdinand et Isabelle ordonnèrent à tous les Juifs de sortir d’Espagne , en ne leur accordant qu’un délai de quatre mois. On évalue à un million le nombre des Juifs qui étaient alors établis en Espagne. Ces malheureux proscrits cherchèrent un refuge chez les peuples du bassin de la Méditerranée.

Les Slaves habitent les provinces Danubiennes et la Bulgarie. Leur origine est suffisamment connue.

Les Roumains, établis aussi dans les provinces Danubiennes, sont les descendants des colonies daciennes fondées par Trajan.

Les Albanais sont d’origine hellène ; ce sont les anciens Épirotes.

Les Tartares et les Turcomans proviennent des migrations venues des plateaux de l'Asie. Leur origine est kalmoucke.

Les Syriens, les Chaldéens, les Druses, sont, comme les Arabes, les enfants des peuplades ismaéliques.

Les Kurdes sont les restes des migrations indiennes.

Les Tzingaris représentent cette race métis, sans origine déterminée, connue sous le nom générique de Bohémiens. On troupe ce type répandu en Europe, en Asie , en Afrique, avec une uniformité physique et morale qui attend encore son explication.

Ces races variées fournissent des spécimens de toutes les religions, depuis le fétichisme et l’idolâtrie la plus profonde jusqu’à la morale la plus pure. Il serait impossible d’énumérer les croyances. •

Cinq divisions principales embrassent les religions de la majorité. Ce sont les musulmans , les grecs , les arméniens, les catholiques et les juifs.

Sans chercher à retracer l’histoire de ces croyances, il est nécessaire cependant de les expliquer, puisque ce qu’on est convenu d’appeler la protection religieuse est la source des difficultés que la Turquie rencontre dans ses rapports avec les puissances européennes.

Les musulmans sont les sectateurs de Mahomet ; leur règle religieuse est le Koran. Les Ottomans, les Kurdes, les Turcomans, les Arabes et la plupart des Albanais appartiennent à cette croyance. On évalue leur nombre à dix-huit millions environ, dont six millions en Europe. Les Ottomans sont de la secte d’Omar, schisme qui s’est

produit dans l’islamisme la 30' année de l’hégire. Les provinces possèdent des mahométans de la secte d’Ali, qui est dominante en Perse. Les sectateurs d’Ali considèrent Omar comme ayant usurpé le califat.

Le Koran n’est contraire ni au progrès, ni aux réformes, ni à l’existence parallèle du christianisme. Il est écrit :

« Ne revêtez pas la vérité de la robe du mensonge ; « ne cachez point la vérité quand vous la connaissez.

« Observez exactement la prière , faites l’aumône et u courbez-vous avec tant d’autres qui se courbent devant « moi (I). »

« La vertu ne consiste point en ce que vous tourniez « vos visages du côté du levant ou du couchant : ver— « tueux sont ceux qui croient en Dieu et au jour dernier, « aux anges et au livre, et aux prophètes; qui donnent « pour l’amour de Dieu des secours à leurs proches et « aux orphelins , aux pauvres et aux voyageurs, et à ceux « qui demandent; qui rachètent les captifs , qui obser- « vent la prière, qui font l’aumône, remplissent les en- « gagements qu’ils contractent, se montrent patients « dans les temps durs et dans les temps de violences.

« Ceux-là sont justes et craignent le Seigneur (2). »

Le texte du Koran contient des maximes sur lesquelles on peut s’appuyer pour accomplir toutes les réformes sans froisser le dogme, comme conséquences même de la loi religieuse.

Les grecs: cette désignation ne s’applique pas à la

(1) Koran, chap. II , La Vache, v. 39 et 40. Traduction de M. Kasimirski.

(2) Koran, chap. II, La Vache, v. t72.

race grecque proprement dite, sujette de l’empire ottoman. On comprend, sous le nom de grecs, sans distinction d’origine, les chrétiens qui relèvent du patriarche de Constantinople, qui pratiquent le rite dont il est le chef, qui, par ces causes, sont placés sous la juridiction civile et religieuse de ce patriarche . Leur nombre s’élève à treize millions environ. On les rencontre disséminés sur tous les points de l’empire ; ils habitent surtout les villes de commerce. Les îles de l’Archipel sont presque entièrement peuplées de grecs.

Les grecs sont intelligents, rusés, entreprenants jusqu’à la témérité , vaniteux , dépensiers , aimant le luxe , dévorés de la soif du gain ; ils sont peu scrupuleux sur le choix des moyens, d’une loyauté douteuse; leur intérêt est leur seul guide. Depuis la conquête, ils ont su conserver la plus grande partie du commerce.

L’Eglise grecque se divise en trois communions ou églises séparées (1) :

L’Église orthodoxe ou gréco-russe ,

L’Église chaldéenne ou nestorienne ,

L’Église eutychéenne ou monophysite. Celle-ci se subdivise en arméniens, en syriens-jacobites, en coptes et en abyssiniens.

Le schisme grec s’est séparé de Rome au IX* siècle.

Pendant les premiers âges du christianisme, les noms d’Église grecque et d’Église latine n’indiquaient que les deux langues principales de la grande famille chrétienne. Saint Pierre, premier pape, s’était réservé l’autorité sur

(1) L’Eglise bulgare , qui faisait partie du schisme grec , tend à s'en séparer aujourd’hui et à rentrer sous le giron de Rome. La scission ■vient de recevoir un commencement d’exécution.

l’Eglise entière; mais, prenant plus spécialement la direction des fidèles de l’Occident, il créa en Orient deux patriarcats : l’un fut établi à Alexandrie, l’autre à Antioche. Le christianisme s’étant répandu sur l’Europe et l’Asie, ayant converti les empereurs et les rois, ayant placé les peuples sous la domination spirituelle du pape résidant à Rome , les trois divisions établies par saint Pierre se trouvèrent trop étendues; il fallut augmenter leur nombre. L’Orient et l’Occident furent divisés-, en exarchats, en archevêchés et en évêchés. Alors Byzance n’était que le siège d’un petit évêché dépendant de l’exarchat d’Héraclée. Constantinople devenant la capitale d’un vaste empire, son évêché prit une importance immense, et l’évêque, résidant auprès des empereurs byzantins, acquit une puissante influence. Malgré les empiétements incessants des évêques de Constantinople sur l’autorité ecclésiastique supérieure de Rome , le pape conserva sa suprématie et resta, jusqu’au IX' siècle, le chef de la chrétienté.

En 857, Photius, patriarche de Constantinople, seooua l’autorité papale. A la contestation du droit de suprématie hiérarchique Photius ajouta une question de dogme : il accusal’Eglise latine d’hérésie. Photius, condamné parle pape et les conciles, fut enfermé dans un couvent de l’Arménie, où il mourut. Les ferments de discorde qu’il avait semés ne disparurent pas avec lui. Les évêques de Constantinople continuèrent à s’efforcer de s’affranchir de l’autorité de Rome, et en 1093 la séparation définitive des deux Eglises fut accomplie.

Les Russes s’étant convertis au christianisme en 957,

leur évêque, résidant à Kiew, se trouvait sous la juridiction du patriarche de Constantinople. Cette Eglise suivit l’exemple de Constantinople, et partagea son schisme. Deux fois le clergé russe est revenu se ranger sous l’obédience directe de Rome ; mais ces actes de soumission ont été de courte durée : il’est retourné au patriarche de Constantinople. Au XVI e siècle, le patriarche russe se déclara indépendant à son tour : le patriarcat de Kiew fut créé, et subsista jusqu’à 1721, époque où Pierre le Grand le supprima, le remplaça par un synode chargé d’administrer le temporel, et mit l’autorité spirituelle aux mains desczars, qui, depuis, sont les chefs, les papes, de la religion russe.

Les tendances de la Russie à posséder Constantinople sontpuissamment servies par cette domination spirituelle; les czars se posent toujours comme les protecteurs naturels des grecs schismatiques , qu’ils prétendent, sans que cela soit complètement exact, être leurs coreligionnaires sujets ottomans. Les puissances européennes oublient trop souvent que les patriarches de Constantinople et les membres de ce clergé nombreux répandu dans tout l’Empire ne sont presque que les créatures, les agents serviles, de la Russie, souyent même ses missionnaires politiques salariés.

La constitution de la Grèce en royaume a amené un nouveau démembrement de l’Eglise d’Occident. L’Eglise hellène a proclamé son indépendance, et, comme en Russie, le souverain est son chef spirituel.

L’Eglise orthodoxe ou gréco-russe se compose actuellement de trois groupes ayant à peu près la même foi reli-

gieuse, représentant trois nationalités : les Grecs, sujets ottomans, dont le chef spirituel est le putriarche de Constantinople ; les Russes, dont le chef spirituel est le czar, et les Hellènes, dont le chef spirituel est le roi de Grèce.

L’Eglise chaldéenne ou nestorienne suit la doctrine de Nestorius; ce schisme s’est produit en 428. Il admet deux natures et deux personnes en Jésus-Christ.

L’Eglise eutychéenne, fondée par l’archimandrite Eutychès, vers l’époque où le schisme nestorien prit naissance, n’admet qu’une seule personne et une seule nature en Jésus-Christ. Cette doctrine est suivie principalement en Egypte, en Abyssinie, et par les coptes. Cette secte est celle des monophysites.

L’Eglise arménienne s’est formée lorsque le schisme d’Eutychès se produisit : le nom d’un peuple qui n’a plus de patrie est devenu le nom d’une croyance. Les arméniens repoussèrent la doctrine d’Eutychès; mais ils pensèrent que le concile de Chalcédoine, en la condamnant, était tombé dans les erreurs de Nestorius. En 596, ils se séparèrent entièrement de Rome. L’Eglise arménienne a aujourd’hui plusieurs autres croyances en désaccord avec le dogme catholique romain.

Les catholiques sont les chrétiens de toutes les nationalités religieuses qui reconnaissent l’autorité de Rome; quelques-unes nomment leurs évêques, n’admettent pas le célibat du clergé comme obligatoire, appartiennent à des rites reconnus par le saint-siège. Parmi ces nationalités on distingue les arméniens unis, les grecs unis ou melkistes, les chaldéens et syriens unis et les maronites.

Les maronites forment une sorte de secte créée vers

la fin du VI e siècle par Maroun. Ils habitent, presque indépendants et se gouvernant eux-mêmes, les montagnes du Liban ; ils payent un tribut annuel de vasselage au pacha de Tripoli. Ils relèvent de Rome au spirituel ; ils reconnaissent l’autorité du pape, mais ils nomment leur patriarche par voie d’élection. Les prêtres se marient; le mariage ne leur est permis qu'avec une fille; il leur est défendu d’épouser une veuve et de se remarier lorsqu’ils deviennent veufs. Il existe chez eux des couvents d’hommes et des couvents de femmes très nombreux. Les maronites sont surtout connus en Europe à cause de leurs dissensions avec les druses.

Les druses sont à la religion mahométane ce que les maronites sont à la religion catholique. Ces deux peuples, divisés par des haines profondes , ayant cependant entre eux de très grandes affinités, ne sont que des sectaires. La religion des druses est un composé de mahométisme et de préjugés locaux.

Au commencement du XVII e siècle, alors que Fackred-Dyn, chef des druses, eut conquis une partie de la Syrie, que la Turquie prit ombrage de sa force, on voulut retrouver chez les druses les descendants d’une colonie de Francs fondée par des croisés venus avec le comte de Dreux, qui aurait donné son nom aux Druses. Fackred-Dyn, qui était allé à Florence solliciter l’appui des Médicis, se garda bien de dissiper cette erreur. L’illusion européenne ne dura pas longtemps. Le chef druse revenu en Syrie fut vaincu, livré par trahison, conduit à Constantinople et étranglé en 1635 par ordre d’Amurath IV. Avec lui s’est évanouie la puissance des druses.

Ce ne sont plus que des bandes indisciplinées, qui ensanglantent souvent le Liban. Les massacres de Syrie et l’occupation de cette province par l’armée française , qui eu a été la conséquence , viennent d’appeler de nouveau l’attention de l’Europe sur les deux races turbulentes du Liban. La différence des croyances est le prétexte bien plus que la cause véritable de leurs luttes séculaires.

C’est chez les druses qu’habita pendant plus de trente ans la nièce de Pitt, lady Esther Stanhope, fdle de lord Chatham. Elle quitta l’Angleterre sans motif connu, et fixa sa retraite sur le sommet du Liban, à Dgioun, dans un château solitaire presque inaccessible. L’étude de l’astrologie arabe, de la chiromancie, de l’art de la divination, jointe à la solitude et à la contemplation, surexcita au plus haut degré son esprit exalté, déjà rempli de l’illuminisme européen. Cette femme exerça une influence énorme sur les Arabes, qu’elle dominait autant par sa dignité personnelle, son regard imposant, son courage, que par ses facultés intellectuelles, si propres à frapper les imaginations orientales. Lady Esther Stanhope pratiquait un culte tenant à toutes les religions, emprunté à toutes les croyances. C’est peut-être la seule personne européenne qui ait connu le secret mystique des druses, qui, quoique considérés comme mahométans, ne pratiquent aucune des coutumes indiquées par le Koran et adorent un veau.

Les juifs ne peuvent donner lieu à aucune explication. Leur croyance et leur culte sont ce qu’ils sont partout.

D’après un document fourni à M. Ubicini par S. E. Ahmed Vefik Effendi, ancien ambassadeur de la Sublime

Porte à Paris, la population sujette ottomane se répartit en Europe et dans les îles comme suit (1) :

Musulmans 5,910,000

Grecs (arméniens non compris). 9,650,000

Catholiques 650,000

Juifs 60,000

Tzingaris 80,000

M. Ubicini, en classant la population totale de Terrnpire par religion, l’évalue comme suit :

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