‹ La Turquie et l'hellénisme contemporain;Chapitre 13 sur 29 · Traduct;on grecque de D. Koumarianos, Philippopolié · texte numérisé non relu

Traduct;on grecque de D. Koumarianos, Philippopolié

vernement bulgare, il peut être Considéré comme le manifeste officiel des demandes de l'exarchat.

« Tout notre avenir, est-il écrit à la page 3, gît dans la Macédoine, dans le réveil et le relèvement des Bulgares macédoniens... Sans la Macédoine, l'État bulgare et le Bulgarisme dans la péninsule des Balkans est sans signification, sans valeur. »

Et celte Macédoine va jusqu'aux frontières grecques actuelles, ne laissant guère à l'hellénisme, pour théâtres de ses luttes futures, que le massif de l'Olympe et peut-être la vallée de Koshani :

« Dans la Macédoine bulgare nous comptons (p. 100) Veria, Schatista et Gortcha. »

On veut bien reconnaître pourtant que, dans certains centres, les Slaves ont été détournés par la mauvaise compagnie, comme des enfants mineurs, et hellénisés, à Kastoria de ce côté du Vardar, à Salonique et Serres au delà (p. 18). Et pour la honte de l'Europe Jùi les tolère, du xixe siècle qui les voit, ces détournements continuent : « Salonique, Kastoria, Serres ont été hellénisés autrefois et presque entièrement; 4&ais en d'autres villes, si le grec n'a pas triomphé, la majorité des habitants, la jeunesse surtout, le préfère à la langue maternelle » (p. 28). Les deux meilleurs exemples sont Stromnitza dans la Thrace, Vodena en Macédoine, « ces villes qui ne comptent pas une âme grecque, et qui n'usent que de la langue et des écoles helléniques! » (p. 58-59) : « Prenez encore Serres ou Monastir; la population de ces villes était il y a quelques années bulgare et purement bulgare :

aujourd'hui, c'est par occasion seulement que dans leurs bazars on entend le slave, les jours où viennent les paysans du dehors. »

Toute la Macédoine occidentale, du Schar Dagh aux monts de Thessalie, est néanmoins bulgare, sauf Kastoria entièrement grecque, Monastir, Vodena, Florina à demi hellénisées (p. 38), et quelques chefs-lieux de sandjaks où le grec usurpe le rang de langue domestique parce que les jeunes femmes ont été élevées dans des écoles grecques (p. 29). La conclusion de Fauteur n'est pas très optimiste :

« Croyez-vous que les Bulgares l'emporteraient si par hasard la question macédonienne, mise sur le tapis, recevait aujourd'hui une solution radicale?... Les Macédoniens ne peuvent l'emporter, éviter le double péril d'une chute dans l'hellénisme ou d'un esclavage autrichien, qu'en prenant conscience d'eux-mêmes et de leurs devoirs... Or supposez qu'aujourd'hui les Bulgares de Macédoine aient à témoigner de leur bulgarisme! Ah! c'est un aveu amer et humiliant! mais il faut confesser que la majeure partie de la Bulgarie macédonienne n'a pas encore de conscience nationale, et si l'Europe permettait au peuple de Macédoine de choisir une patrie, je suis bien sûr que la majorité nous échapperait... A l'exception des sandjaks du nord, les autres populations sont toutes prêtes, sous la moindre pression, à déclarer, à signer qu'elles ne sont point bulgares, qu'elles veulent, qu'elles reconnaisent le Patriarcat, qu'elles préfèrent les écoles grecques, les professeurs grecs. Toutes les campagnes sont bulgares, mais toutes les villes, sauf dans le nord, sont grecques, et les campagnes se laissent inspirer et mener par les villes... »

Les craintes du patriote bulgare étaient sans doute partagées par le gouvernement de Sofia. Depuis 1885, la propagande bulgare a pris en Macédoine une vie intense. Aux écoles grecques qui s'étendaient partout et détournaient la jeunesse, garçons et filles, les Bulgares opposèrent leurs gymnases, leurs écoles enfantines, primaires et supérieures.

En 1885, on ne comptait guère plus de 150 établissements bulgares dans toute la Macédoine, dont :

Vilayet de Kossovo.

Vilayet de Monastir.

Écoles

Écoles

de garçons.

de filles.

En l'espace de quatre ans, 67 écoles nouvelles s'ouvrirent; et comme les Bulgares se croient bien sûrs des satndjaks du nord, tout leur effort s'est porté sur le vilayet de Monastir où ils possèdent aujourd'hui 117 écoles de garçons et 17 de filles. C'est dans les villes surtout qu'ils ont attaqué l'hellénisme : « Les campagnes et les femmes sont à nous; nous n'avons pas grand besoin d'écoles de filles ni d'écoles de hameaux », me disait un pope de l'Exarque. Mais pour la conquête ou la sauvegarde des citadins, ils ont ouvert : à Monastir, un gymnase avec internat, une école préparatoire au gymnase, une école primaire, six écoles enfantines, en tout neuf établissements; des écoles supérieures de garçons à Uskub, Prilip, Vêles, Vodena,

Okhrida, Resnia, Florina, Kitchevo, Dibra, Kalkandelen ; des écoles supérieures de filles à Vodena, Vêles, Uskub et Prilip. Ces diverses écoles supérieures réunissent, paraît-il, 700 à 800 garçons, et environ 150 filles *. C'est en elles que la Bulgarie met sa plus grande espérance; elle aura, pense-t-elle, cause gagnée quand la classe moyenne, le bazar, sera pour l'Exarque.

Le programme de ces écoles est plus étendu qu'on pourrait croire ; outre le catéchisme et l'histoire religieuse, commencement de toute instruction orientale, outre l'histoire de la Bulgarie et la géographie du bulgarisme, seconde espèce de dogmes presque aussi sacrés que les précédents, on y trouve la géographie et l'histoire générales, les éléments des sciences physiques et naturelles, l'étude de la langue turque et même quelques heures pour le français. Dans tout l'Orient, une école sans français ne serait point une école supérieure et encore moins une école à la mode.

Dans les bourgs, les écoles primaires sont ainsi réparties :

Page 1