‹ La Turquie et l'hellénisme contemporain;Chapitre 14 sur 29 · Écoles supérieures. Garçons. Filles · texte numérisé non relu

Écoles supérieures. Garçons. Filles

Uskub 150 15

Monastir 140 50

Prilip 100 30

Vodena 30 10

Vêles 80 30

Resnia 10

Florina 20

Dibra 5

Kalkandelen 20

Okhrida 80

Kitchevo 100

Garçons.

Filles.

Districts.

Écoles.

Élèves.

Écoles.

Élèves.

Yenidje-Vardar. .

Vodena

Dchouma

Uskub

Monastir

Prilip

Resnia

Kitchevo

Dibra

Okhrida

Florina

Kastoria

A prendre ces chiffres, voilà une armée déjà forte par le nombre. Mais la puissance du bulgarisme réside encore moins dans le nombre des écoles que dans la discipline qui unit militairement tout le personnel et pousse tous les efforts individuels vers le point utile et dans le moment nécessaire. La Macédoine a été divisée en quatre circonscriptions scolaires : Okhrida, Dibra, Vêles et Monastir. A la tête de chacune, un Chef des écoles, assisté d'un conseil, dirige les chefs et les conseils locaux des différents districts de la circonscription. Il relève lui-même du Chef des écoles de toute la Macédoine, du représentant de l'Exarque, directeur du gymnase bulgare à Salonique. C'est à Salonique que les chefs de circonscription adressent leurs demandes d'argent ou de professeurs. Le gymnase de Salonique fondé par un riche négociant bul-

gare, M. Geld, doit servir au recrutement du personnel pour toute la province. Dans chaque district les popes ou les représentants de l'Exarque choisissent donc une élite de jeunes gens que l'exarchat élève dans ce séminaire, qu'il transforme en Bulgares et qu'il renvoie évangéliser leurs concitoyens. D'après M. Goptchewitch, voici quelle était en 1888 la composition de ce gymnase :

Jeunes gens de Kastoria 27

— — de Prllip 25

— — d'Okhrida 24

— — d'Uskub 12

— — de Vodena 10

— — de Monastir 10

— — de Dibra 8

Les autres étaient des Bulgares de Thrace.

Si l'on compte : que dans ces diverses écoles professent 200 ou 250 maîtres ou maîtresses; que chacun d'eux est payé de 5 à 600 francs ; que les livres et souvent la nourriture sont fournis aux élèves; que pour n'avoir jamais de difficultés avec les autorités turques, il faut toujours laisser un peu d'argent dans les Konaks, on ne trouvera pas excessif le chiffre de 400000 francs que les Bulgares me donnaient à Monastir comme total annuel des dépenses bulgares en Macédoine. L'argent est, pour la plus grande part, tiré des biens ecclésiastiques, des revenus, des fondations que l'Exarchat possède dans la péninsule. Sofia contribue aussi, mais pour fort peu.

i98 LE COMBAT MACÉDONIEN

En même temps que les maîtres d'école dans les villes, le clergé travaillait dans toute la province. Les sièges d'Okhrida, d'Uskub et de Vêles n'avaient pas été occupés par des évêques bulgares. Mais dans ces trois circonscriptions, un grand nombre d'églises et de paroisses étaient aux mains des prêtres de l'Exarque. Des alphabets et des bibles slaves étaient partout distribués. Les Macédoniens reprenaient conscience d'eux-mêmes. Néanmoins les craintes du gouvernement bulgare n'avaient pas diminué. Depuis l'affaire rouméliote et la brouille avec la Russie, il sentait contre lui cette armée d'agents russes, qui jadis avaient bulgarisé la péninsule, et qui travaillent aujourd'hui à Prizrend pour les Serbes, dans le sud pour les Grecs, — et l'Autriche par ses consuls gagnait t chaque jour de nouveaux partisans.

M. Stambouloff essaya d'abord une entente avec le cabinet d'Athènes. Dans le courant de cette année 1890, le docteur Voulcowitch, agent de Bulgarie auprès de la Porte, fit un voyage en Grèce pour étudier l'administration grecque. On ne sait ce qu'il apprit dans ses entretiens avec les ministres hellènes. Mais, quand il rentra, on put sentir en Macédoine un nouvel afflux de prédicateurs bulgares.

Il y a deux mois (juillet 1890), Mgr Théodore, évêque de l'exarchat, venait dans le vilayet de Kossovo pour consacrer un certain nombre d'églises et pourvoir à la

vacance de quelques autres. Il apportait une lettre officielle, un bouyouroultou de recommandation pour le Vali, Eyoub-Pacha. Arrivé à Uskub, le prélat rencontra tant d'obstacles en travers de sa route et dans les rues mêmes de la ville, qu'à peine sur 44 églises qu'il devait bénir, en put-il consacrer une. La communauté grecque avait intrigué auprès du Vali, mis en mouvement toutes les choses turques, envoyé une protestation au Patriarche qui s'était plaint au Grand Vizir : le Vali invita l'évêque bulgare à retourner chez son Exarque...

La prompte réponse des Bulgares fut cette étrange note de M. Stranski, ministre bulgare des affaires étrangères, à M. Voulcowitch, agent de Bulgarie à Gonstantinople (4-16 juillet 1890), cette note d'allures dégagées où le gouvernement de Sofia rappelait : comment depuis cinq ans il avait été le modèle des vassaux, et la Porte le pire des suzerains; comment la Principauté avait toujours rempli ses obligations internationales et ses devoirs envers la cour suzeraine, et comment cette cour s'était soustraite à toutes les charges de la suzeraineté; la Porte avait mal agi : 1° en ne reconnaissant pas elle-même et en ne faisant pas reconnaître par l'Europe le prince élu, le prince légitime, Ferdinand de Cobourg; 2° en ne soutenant en aucune occasion l'Exarque bulgare, alors que 28 muftis musulmans recevaient du gouvernement princier un traitement régulier et généreux. Et pour finir, cette conclusion où le vassal montrait à nu son respect du suzerain : « Si la Porte ne veut rien faire,

le gouvernement princier se trouverait, à son grand regret, obligé de chercher dans ses propres forces le moyen de sortir d'une situation pleine d'incertitudes et de dangers... »

En communiquant cette Note, M. Voulcowitch ajouta que le gouvernement princier ne chercherait pas dans ses propres forces le moyen, etc.. 1° si le prince Ferdinand était reconnu; 2° si les bérats étaient accordés aux évêques bulgares de Samakovo, Vêles, Uskub et Okhrida. Il promit d'ailleurs que, si quelqu'un en Europe blâmait cette justice rendue par le Sultan à ses fidèles Bulgares, le gouvernement princier serait tout disposé à signer une alliance offensive et défensive avec son bien-aimé Suzerain.

Les journaux d'Europe ont raconté par le menu les intrigues et contre-intrigues russes, autrichiennes, allemandes et anglaises autour de la Note bulgare. Pour ne point offenser la Russie, la Porte ne reconnaît pas le prince de Cobourg ; — pour contenter l'Autriche et les Bulgares, accordera-t-elle ces fameux bérats? ne sont-ils pas accordés déjà?

Dans le bazar d'Okhrida que nous avons traversé l'autre jour, les hommes attendent toujours pour tirer leurs fusils, les femmes pour brûler l'encens, les enfants pour jeter les fleurs, les diacres pour allumer les cierges. Viendra-t-il cet archevêque? Le Khani de Monastir se remplit de popes, venus au-devant de Sa Béatitude et qui parlent de descendre vers Salonique et Constantinople.

Une grande théorie. — Histoire serbe de la Macédoine- Inertie des Serbes. — La proie pour l'ombre.

Si le hasard n'avait mis à Résilia, en travers de notre route, le pope Stoian Kristitch, nous aurions traversé la Macédoine sans nous douter que la Serbie y avait des partisans, des écoles, une propagande. Il existe à Monastir un consul que toute la ville connaît, que toute la ville aime, que toute la ville salue d'un sourire, M. le consul de Serbie! Quand on annonça au Vali l'arrivée de ce consul : « Nous avions ici trois partis (Bulgares, Grecs et Valaques) qui dépensaient chacun 100 livres par mois; nous en aurons maintenant quatre », répondit le Turc satisfait. Le Vali s'était trompé. Le consul serbe n'a jamais dépensé 100 livres par mois pour lui ni pour sa cause : « C'est un très honnête homme et la Serbie une très honnête monarchie; mais ils viennent à la quatorzième heure », nous disait le consul grec en jetant dédaigneusement le bout de sa cigarette éteinte.

Ce n'est donc pas aux Macédoniens qu'il faut demander des renseignements sur les Serbes de Macédoine,

et l'Europe les ignorait, quand M. Goptchewitch i fut chargé de nous les faire connaître.

M. Goptchewitch, durant la guerre serbo-bulgare, avait, de cœur, pris parti pour les Bulgares et même écrit pour les Bulgares un livre sur la Bulgarie et la Roumélie orientale. Mais un jour qu'assis devant sa table M. Goptchewitch pensait aux peuples do Macédoine, à son livre de la Roumélie, si partial pour les Bulgares, à son autre livre de « L'Albanie supérieure et ses ligues », si partial pour les Albanais, un inconnu vint lui proposer de le conduire en Macédoine et de lui prouver sur le terrain, que tous ses prétendus Bulgares et Albanais étaient Serbes, parlaient serbe, rêvaient d'être Serbes un jour...

M. Goptchewitch accepta le voyage et c'est au retour qu'il put écrire en in-quarto, son volume de « La Macédoine et la Vieille Serbie » pour répudier ses erreurs passées.

Le récit du voyage lui-même occupe la première moitié de l'ouvrage. M. Goptchewitch, de Belgrade à Salonique, de Salonique à Dibra, a sillonné toute la Macédoine. Il est obligé d'en convenir : il n'a rencontré que des Serbes. Pour nous convaincre nous-mêmes, il a photographié en dix villes différentes dix ou douze Macédoniens qui n'ont d'ailleurs aucun trait de res-

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