Ofeikov, p. 400 et suivantes
en Macédoine, elle ne commence qu'après 1273 et finit avant 1375. »
Il ne demeure donc plus à la Serbie comme fondement de ses droits que ces quatre-vingt-dix ans de domination , et le nom de son kral Stéphane Douschan.
M. Goptchewitch aurait dû s'en contenter. Le royaume de Stéphane Douschan pourrait suffire aux ambitions serbes : de la Save, il allait jusqu'aux golfes d'Arta et Lamia, et de l'Adriatique aux environs de Kawala. Stéphane s'intitulait à la vérité roi des Serbes, des Grecs, des Bulgares et des Albanais, avouant ainsi la survivance, entre ses frontières, de peuplades non serbes.
M. Goptchewitch, qui connaît l'histoire, tient un juste compte de cet aveu. Pour lui, les droits de la Serbie ne dépassent guère : à l'ouest, les monts d'Albanie, en laissant jusqu'à l'Adriatique une place aux Albanais de Stéphane; à l'est, le cours du Strouma, où commencent vers l'orient les Bulgares avoués; au sud, les Serbes n'apparaissent qu'avec des intermittences, dans les districts de Gortcha, Kastoria, Niausta et les Grecs peuvent revendiquer les contreforts de l'Olympe. Chacun retrouve ainsi sa place. Il reste acquis aux Serbes eux-mêmes à peu près tout le pays que nous appelons Macédoine et en outre une bonne part de la Thrace.
Il va sans dire que cet équitable partage du royaume de Douschan n'est point accepté par les Grecs, non plus que par les Bulgares. Les arguments philologique»
de M. Goptchewiteh n'ont convaincu personne. Les Bulgares ont entendu les Macédoniens prononcer graschdanin et non gradschanin-, idem, igrajem et non idemo, igramo; « le signe qui démontre le plus clairement la différence entre la langue bulgare et les autres 'angues slaves est l'article; à Scopia, Dibra, Okhrida, partout, on constate cette particularité1 ». Je renvoie le lecteur au livre de M. Ofeikov pour les coutumes, mœurs, usages, chants et cérémonies purement bulgares — et non serbes — de toute la Macédoine.
Au bout des contes, M. Ofeikov nous ramène à l'argument décisif : interrogez un Macédonien, il vous répondra : Ja sam Bougarin. Je suis Bulgare. Les Macédoniens slaves se disent Bulgares — et depuis un siècle se sont toujours dits Bulgares.
Dans l'assemblée réunie par le Patriarche en 1857, les Slaves orthodoxes de Bosnie et d'Herzégovine sont classés parmi les Serbes, mais tous ceux qui habitent au sud du Schar Dagh se proclament Bulgares.
Les Macédoniens de 1860 à 1870 ont été exilés, persécutés, mis à mort comme Bulgares.
Durant la dernière guerre russo-turque, une légion de Macédoniens formée en pleine Serbie, à Belgrade même, prit le nom de légion bulgare.
Durant la guerre serbo-bulgare, les volontaires macédoniens sont allés à Sofia et non à Belgrade.
Si les Macédoniens sont des Serbes, comment et pourquoi leur patriotisme a-t-il sommeillé si longtemps,
i. Ofeikov, p. 117.
même après la constitution d'une principauté serbe, et comment ne s'est-il éveillé qu'au contact de la patrie bulgare ?
Comment les Serbes eux-mêmes ont-ils tardé si longtemps à revendiquer leurs droits *?
Il est bien certain que les prétentions serbes sur toute la Macédoine ne datent que de quelques années. Jusqu'au congrès de Berlin, les Serbes parlaient de leurs frères de Bosnie ou d^Herzégovine, et du pays de Prizrend-Pristina qu'ils nommaient Vieille Serbie : ils donnaient comme limites à leur ambition l'Adriatique à l'ouest, le Schar Dagh et le Drin supérieur au sud. En un mot, la frontière bulgare tracée par le traité de San Stefano, de Katchanlik au Drin noir, semblait n'offusquer en rien les rêves les plus grandioses de la Serbie future. La conquête de la Macédoine par les imaginations serbes concorde avec la mainmise de l'Autriche sur la Bosnie et l'Herzégovine. Voulant sans doute se dédommager de cette perte imaginaire par une imaginaire annexion, les Serbes ont poussé leurs cartes bien loin au sud du Schar Dagh, jusqu'à l'Archipel, jusqu'aux monts de Thessalie. En échange de Fiume, Raguse et Cattaro irrévocablement perdues, ils ont en rêve pris Salonique.
a l'appui de ces revendications, la Serbie possède en Macédoine des consuls et des projets d'écoles. Depuis