Goptchewitch, Macédonien und Alt Serbien, p
reste est le compte de ces droits historiques et philologiques qui nous ont si longtemps retenus. Ce livre donne un tableau très exact du mouvement serbe en Macédoine, beaucoup de paroles et pas d'actes : au sud du Schar Dagh, rien; au nord, des consuls et des paperasses. Nous venons donc trop tard en Macédoine : les Serbes macédoniens ne sont plus, et le pope Stoian reste seul de son espèce, fossile témoin d'une époque disparue. L'avenir sera-t-il plus clément aux Serbes? Une résurrection est-elle possible? Ces 101 écoles se rouvriront-elles quelque jour?...
Les Bulgares se sont bornés très longtemps aux limites septentrionales que leur donnait le traité de San Stefano. Mais, voyant la Serbie élever des désirs sur leur Macédoine, ils se sont crus libres de tout engagement envers ces frères perfides. Les communautés slaves qui bordent le chemin de fer d'Uskub à Pristina commencent à être sollicitées par eux. Quelques maîtres d'école bulgares ont franchi le Schar Dagh ; quelques paroisses ont demandé leur réunion à l'exarchat. Si l'Exarque obtient le bérat pour son évêque d'Uskub, il est vraisemblable que le bulgarisme fera de rapides conquêtes vers le nord, et la Serbie, pour l'ombre de la grande Macédoine, aura quitté la proie certaine de la Vieille Serbie.
11 faut ajoutera l'excuse des Serbes,qu'ils se rendent bien compte de leur impuissance personnelle en Macédoine, et qu'ils espèrent tout le succès d'un secours étranger. Depuis la brouille survenue entre Saint- Pétersbourg et Sofia, les consuls et les agents russes
encouragent les prétentions serbes; en haine du Bulgare, le Patriarcat tourne volontiers vers Belgrade les espérances des orthodoxes de la Vieille Serbie. L'appui des Russes et Pentente avec le Grec apparaissent aux Serbes comme les deux gages de leur victoire. Le Bulgare n'attend rien que de lui-même, de son Église, de sa propagande et de ses écoles. Les Serbes, ayant prouvé par l'histoire et la philologie que les Macédoniens doivent être Serbes, se reposent. Le Bulgare travaille, et de ce lent travail opiniâtre qui fait dire au proverbe : « Le Bulgare chasse le lièvre sur son araba et finit par le prendre ». De quel côté sera le succès? La réponse pour moi ne saurait être douteuse, et j'en reviens toujours à ces trois mots slaves appris dans ma traversée de Macédoine : Ja sam Bougarin. Les Slaves macédoniens se disent Bulgares : Strouga est bulgare, Okhrida bulgare, et bulgare aussi Resnia. Le vilayet de Kossovo peut encore être un champ de lutte entre Bulgares et Serbes; mais, dans le vilayet de Monastir, les Bulgares savent bien qu'ils n'ont plus qu'un ennemi, et cet ennemi, c'est l'Hellène.
Aristote. — Les écoles grecques. — Évoques et consuls. Les bienfaiteurs. — L'Hellène et l'Idée.
« Pantelante durant cinq cents ans sur le Caucase de l'esclavage, l'Heliade n'a puisé sa force qu'en l'espérance de ce renouveau national, qu'annonçait la vaillante poésie populaire et que prépara la lutte sur terre et sur mer des héros de notre sang. Sept ans de sublimes combats élevèrent ce premier abri de la vie nationale, notre Grèce libre, que l'heureuse royauté de Votre vénéré Père agrandit des Sept Iles et de. la Thessalie. Mais le rêve national reste aux trois quarts inachevé. L'Heliade esclave encore, et surtout la Macédoine, a les yeux sur Votre Royaume... Puisse l'Hellénisme, qui fête aujourd'hui dans la joie cette date mémorable, voir par vous l'accomplissement de ses intimes désirs et puisse la Grande Idée rencontrer en vous, notre Diadoque adoré, son prêtre et son hiérophante. »
C'est en ces termes que Jean Kallostypis dédiait au Diadoque (prince héritier) Constantin de Grèce son livre de la Macédoine *, à l'occasion de la majorité du prince. L'auteur écrivait pour satisfaire sa conscience, pour remplir un devoir. Il connaissait l'ignorance de
i. Joannou Kallostypi, Makedonia, Athènes, Vilberg, 1886.
ses compatriotes touchant les choses macédoniennes» Il voulait y remédier :
« Dans notre singulier pays, nous avons l'habitude de parler et d'écrire sur beaucoup de belles et utiles choses, mais aussi de ne traiter à temps aucune des plus importantes questions et surtout de ne rien connaître à fond de ce que nous écrivons d'une plume si rapide... Nous parlons de la guerre, nous écrivons sur la Macédoine, nous tonnons sur le péril national, nous sommes merveilleux d'orgueil sur nos droits héréditaires... La Macédoine, disons-nous, est le cœur de l'hellénisme... La Macédoine est en danger... Sans Macédoine, point d'Hellade, ni grande, ni petite. — Ces nobles prédications font grand honneur, sans doute, à l'écrivain, à l'orateur; elles prouvent surtout notre faconde. — Oui, la Macédoine est vraiment le fondement de THellade unie et grande, la Macédoine est le boulevard de la liberté grecque, le gage de son avenir. Mais si vous cherchez la source de tant d'éloquentes tirades, les chiffres, les faits que contiennent ces patriotiques phrases, vous le verrez, plus lumineusement l'intérieur de l'Afrique ou le fond de la Polynésie est connu de nous, que les contrées helléniques, aux portes de ce royaume *. »
M. Kallostypis offre donc à ses concitoyens une étude économique, géographique, historique et ethnologique de la Macédoine.
Voyons d'abord ce que réclament de la Macédoine les patriotiques orateurs et les cartes patriotiques.
i. Kallostypis, p. 7, 8.
Nous prendrons ensuite l'étude de M. Kallostypis pour être renseignés sur l'état actuel et sur l'avenir du combat macédonien.
La Carte Ethnologique de la Turquie d'Europe et de la Grèce, publiée en 1876 à Londres par Edward Stanford, et traduite en français f, m'a été donnée par le Syllogos des Études Grecques d'Athènes comme la carte officielle en quelque sorte des réclamations helléniques : l'Hellade future y contient toute la Macédoine jusqu'à une ligne presque droite, allant de Strouga à Katchanlik sur le Vardar, puis rejoignant par Kustendil le Balkan et le suivant jusqu'à la mer Noire.
Le traité de Berlin et la révolution rouméliote auraient donc fortement écorné le patrimoine grec. Les Grecs eux-mêmes ont un peu rabattu de leurs prétentions. Dans la Carte des Pays Helléniques dressée par Kiepert sur la demande et aux frais du bienfaiteur StéphanosZaphiropoulos et sur les données du Syllogos des Études Grecques (Berlin, Reisen, 1881), la frontière rêvée quitte le Drin un peu au nord de Strouga et rejoint le Vardar à Vêles en passant par Kroutchevo. Le bassin de Prizrend- Pristina resterait donc en dehors de l'Hellade future. Mais ce bassin est pour les Grecs peuplé d'Albanais, de frères en Pélasgos l'ancêtre commun, d'alliés sinon de compatriotes, et les espérances slaves ne doivent guère dépasser Pristina et Novibazar. La conquête grecque en Macédoine n'est