‹ La Turquie et l'hellénisme contemporain;Chapitre 19 sur 29 · Dentu · texte numérisé non relu

Dentu

pas moins envahissante, on le voit, que la conquête bulgare.

Je n'ai pas besoin de rappeler ici de quels droits philosophiques, archéologiques et religieux, les Grecs appuient leurs prétentions, — les Grecs, petits-fils de Philippe et d'Alexandre, neveux de Rome et fils de Byzance. Je regrette autant que M. Kallostypis « que la mort prématurée d'Alexandre ait ruiné l'unité de son empire et dissipé son rêve idéal d'un royaume universel et d'une fraternité humaine ». Mais laissons Héraklidès, Perdiccas, Philippe, Alexandre et leurs successeurs; ils n'ont plus grande influence en Macédoine. D'autant que les Bulgares ont découvert une histoire plus ancienne où la Macédoine était slave avant cette première conquête grecque : M. Bielovski en rapprochant le nom des Lekhs (Linchitae des Chroniqueurs latins) de celui de Lyncestes, peuple de Macédoine, est arrivé à cette découverte *. Personne n'igndre que Lekhs est le seul nom que les Slaves se soient jamais donnés entre eux.

Mais les Grecs, malgré leur amour de l'éloquence et de la chicane, sont beaucoup trop pratiques pour se payer de mots et de droits historiques. La Macédoine était à leurs pères : pour l'avoir eux-mêmes, ils ont compris qu'il fallait la conquérir, tout au moins la défendre.

i. Viquesnel, Voyage dans la Turquie d'Europe, appendice, I, p. 486; — Kallostypis, p. 44.

« L'édifice granitique de l'hellénisme macédonien a bien été ébranlé par les secousses de l'Encelade barbare, mais il a toujours survécu même au tourbillon que de l'Orient le Turc déchaîné poussa vers l'Europe. Nous avons admiré dans la Macédoine la puissance de production, nous avons admiré son harmonie géographique et son importance militaire, nous avons admiré son art et sa grandeur dans les œuvres de la guerre et de la paix, nous avons admiré *... »

M. Kallostypis admire encore sa courageuse résistance aux violences des peuples barbarophones et finit par admirer, ce qui nous importe ici, son amour de l'instruction, — de l'instruction hellénique, s'entend.

« La Macédoine est la digne fille d'Aristote : gymnases complets, écoles primaires, séminaires, écoles de filles, demi-gymnases, écoles helléniques, démotiques, enfantines, mutuelles, versent le vin brillant des lettres, des grandes villes aux moindres hameaux. »

Entre Aristote, pourtant, et mon ami Joanni Lagopati, le didaskale de Monastir, M. Kallostypis est bien obligé de reconnaître une interruption, un trou noir où, durant trois siècles, l'instruction hellénique n'est distribuée à la Macédoine que par quelques écoles de couvents et de cathédrales, derniers refuges contre la fureur turque. Et ces écoles elles-mêmes n'avaient d'hellénique que la langue enseignée.

La première école véritablement hellénique date d'un siècle et demi. Elle fut ouverte à Koshani vers 1740,

i. Kallostypis, p. 55.

LE COMBAT MACEDONIEN

par Eugenios Voulgaris, aux frais des riches marchands koshanites établis à Pest. Les legs patriotiques dotèrent cette école de revenus nombreux, surtout d'une bibliothèque qui aujourd'hui encore passe pour la plus riche de la Macédoine. Eugenios Voulgaris, « le grand didascale de la Race », le traducteur en hexamètres et en langue homérique de l'Enéide, resta trois ans à Koshani. Il forma tout un personnel enseignant qui dès 1745 avait peuplé d'écoles Schatista, Serres, Naousa, Karaferia, Salonique : la Grèce propre n'avait alors que deux écoles rudimentaires à Dimitzana dans la Morée, et Athènes.

De 1745 jusqu'à nos jours, chaque année a vu s'étendre ce réseau scolaire. En 1877, M. Edward Stanford * donnait à la fin de sa brochure le tableau suivant :

Évêché de Kastoria,

Écoles Écoles Écoles Écoles

helléniques (2). primaires, élémentaires, de filles.

Grevena et Kastoria.

Sisamion

Schatista

Dans 32 villages

Évêché de Pelagonia.

Monastir et environs.

Prilip

Magarovo

Kitchovo

Nicopolis

Évêché de Velussa . . .

A reporter :

Nomb.

des élèves.

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