‹ La Turquie et l'hellénisme contemporain;Chapitre 20 sur 29 · Ouvrage cité · texte numérisé non relu

Ouvrage cité

2. Dans le monde grec, l'école hellénique est une école primaire supérieure assez semblable aux Realschulen allemandes.

Écoles Écoles Écoles Écoles Nomb.

helléniques. primaires, élémentaires, de filles, des élèves.

Report : 12 49 23 5 3 716 Êvéché de Gortcha..

Gortcha 1 1 1 1 550

3 villages — 3 — — 92

Moschopolis 1 1 — 1 80

Èvéché de Vodena.

Yenidje Vardar 1 1 — i 270

Vodena 1 1 1 — 307

Giumenitza 4 1 — — 60

Gergeli — 1 1 — 76

Okhrida 1 1 ' — — • 210

Total : 5 361 élèves des deux sexes dans 111 écoles.

Durant les dix années suivantes, on peut juger de l'effort vraiment gigantesque de l'hellénisme macédonien, en comparant à ces chiffres de 1877 ceux que donne M. Kallostypis pour 1887. J'ai tout lieu de ne pas douter de leur exactitude, les ayant contrôlés pour le vilayet de Monastir et les ayant reconnus véridiques :

Directions

Bitolia Koshani

Gymnases 1 »

Écoles helléniques 20 7

Écoles primaires 58 14

Ecoles mutuelles 156 20

Écoles de filles 22 4

Écoles enfantines 27 4

Total.... 284 49*

Élèves 15 871 2 670

Soit un total de 333 écoles, peuplées de 18 541 élèves : en dix ans le nombre des écoles et celui des élèves a triplé. De 1887 à 1890, il semble qu'il y ait eu arrêt : on ne peut signaler que quelques écoles nouvelles dans le district de Gortcha, et une autre tentative plus

sérieuse vers le district d'Uskub, où neuf écoles ouvertes reçoivent aujourd'hui 400 élèves environ.

Et pour apprécier toute la valeur de l'effort, il faut bien tenir compte des véritables auteurs de cette propagande. Le Gouvernement grec et le Patriarcat ont contribué sans doute pour une part, mais une très faible part. Ce sont les communautés indigènes qui le plus souvent ont appelé et entretenu les maîtres d'école d'Athènes. Surtout, ce sont les Macédoniens enrichis par le commerce et établis à Gonstantinople, Alexandrie, Odessa ou Marseille, dans tout le monde méditerranéen, qui de leur argent ont travaillé au réveil, à l'éclairage (c'est le mot courant) de leurs compatriotes. Athènes, le plus souvent, soit par le Ministre des Affaires Étrangères, soit plutôt par l'Alliance pour la diffusion de la langue grecque (Syllogos pros Diadosin ton Hellenikôn Grammatôn), n'a fourni que le personnel. Le Patriarche et les Évêques n'ont abandonné que quelques biens meubles, immeubles et fonciers, une maigre portion des dîmes et des droits ecclésiastiques. C'est Tositzas du Caire, Averof d'Alexandrie, Stéphanos Zaphiropoulos de Marseille — pour ne citer que les tout grands bienfaiteurs — qui ont payé matériel, livres, professeurs, et souvent même la nourriture des élèves.

Chaque bourg de Macédoine porte inscrit au fronton de son école le nom de l'avocat, du capitaine marchand, du banquier ou du bacal, qui toute sa vie peina pour gagner une fortune dont son amour de la Race et de la Gloire ne lui laissa pas chercher d'autre emploi.

Il est certain que cet effort n'a pas été mal appliqué, que ces forces ne se sont pas dépensées à la poursuite de chimères. Les cartes patriotiques peuvent annexer toute la Macédoine à la Grèce future, de l'Olympe jusqu'à Kalkandelen et Uskub. Les gens sages, même en Grèce, pour mieux étreindre, n'embrassent point autant. Écoutez M. Kallostypis discuter les prétentions du Saint Exarchat sur toute la Macédoine : « Quoi! les villes suivantes sont Bulgares! je ne nomme que les villes pour ne pas défiler tous les villages, bourgs et hameaux! Schatista est Bulgare! et Anaselitza! et Grévena, Kastoria, Klisoura, Gortcha, Florina, Magarovo, Tirnavo, Bitolia, Kroutchovo, Moschopolis, Vodena, Naoussa, Karaferia, et Salonique! »

Après les conquêtes chimériques, voilà les vraies revendications. Toutes les villes que vient d'énumérer l'auteur, sont comprises au sud d'une droite tracée de Gortcha au Vardar par Florina et Vodena; seules, Bitolia, Tirnavo et Kroutchovo dépassent vers le nord. Une ligne brisée, ayant Monastir pour sommet et allant par Gortcha s'appuyer au Pinde et par Vodena au Vardar, représente le front d'attaque de l'hellénisme vers le nord; et c'est dans ces limites que la propagande scolaire a remué tout le terrain. Les écoles d'Uskub, enfants perdus de la grande armée, ne doivent servir aujourd'hui qu'à ennuyer l'ennemi dans ses terres et demain qu'à fournir un thème de négo-

ciations, une matière d'échange si quelque coin d'hellénisme tombait aux mains du Bulgare.

Mais, appliquée au point utile, une force peut encore être mal dirigée. La propagande grecque vit matériellement dans les innombrables comités locaux, que les communautés helléniques chargent de surveiller leurs écoles : l'inspiration vient de deux sources, de Constantinople et d'Athènes. Le Patriarche et ses représentants, les évêques, chefs religieux, ont seuls de par les lois turques le droit d'ouvrir et de gouverner des écoles chrétiennes. Les consuls grecs, dispensateurs de l'argent, représentants de la Race, du Syllogos d'Athènes et des bienfaiteurs étrangers, ont le pouvoir effectif.

Ces deux puissances alliées, amies intimes le plus souvent, ont parfois de malheureuses rivalités. Jamais, si Ton compare la propagande grecque à sa rivale bulgare, il n'est possible de retrouver dans celle-là l'organisation militaire, la discipline immédiate et indiscutée de celle-ci. Le clergé fanatique et les consuls .autoritaires n'ont pas tiré de la lutte contre le Bulgare tous les avantages que l'amitié des populations devait leur assurer. Un petit fait entre mille est survenu avant-hier, ici même, juste à temps pour nous éclairer.

Personne à Monastir, sauf peut-être les autorités, n'a la naïveté de confier ses lettres à la poste turque. Une lettre met tant de mois à traverser les cabinets clairs ou noirs! et les postiers, tant de jours à rejoindre le chemin de fer de Salonique! Chrétiens ou Musul-

mans, tous les négociants chargent un ami en partance, un charretier, de porter leurs lettres à Salonique, ou de les jeter à la boîte de Gradsko, la gare voisine , à douze heures d'ici... L'autorité turque, jalouse de son monopole, a fait saisir et condamner les porteurs. Un compromis est intervenu. Le colportage des lettres est toléré désormais, pourvu que toute lettre soit affranchie au départ, et que le timbre soit oblitéré par le bureau de Monastir. C'est, comme on voit, un système de poste économique : le gouvernement ne fournit que le timbre, les particuliers pourvoient au transport.

L'archevêque de Monastir envoyait donc avant-hier tout son courrier à la poste pour faire oblitérer ses timbres. L'employé — un Byzantin élevé à la franque — arrêta une enveloppe trop lourde adressée au Patriarche et affranchie d'un seul port. Le directeur, plus zélé et plus turc, brisa le cachet pour voir un peu quels papiers pesaient si lourd... L'enveloppe contenait deux lettres, l'une pour le Patriarche, l'autre pour le premier ministre grec, M. Tricoupis. Dans celle-ci, l'archevêque demandait la révocation immédiate du consul grec, un « athée, un traître, un vendu, un catholique ». Le consul grec, Corfiote de descendance italienne, comme son nom de Fontana l'indique, est un des agents les plus instruits et les plus corrects que dans mes nombreux voyages à travers l'hellénisme j'aie encore trouvés au service du roi Georges ; mais il est catholique! Reconnaître le Pape! faire le signe de croix de gauche à droite! Dieu ne préfère-t-il pas

les Turcs aux Catholiques? Pour l'archevêque c'est une question douteuse. Et l'avenir de l'orthodoxie était aux mains d'un catholique !... Monseigneur , mandé au Konak , a été menacé d'un procès de haute trahison. Fonctionnaire public, il entretenait une correspondance avec une puissance étrangère... On parle de 500 livres turques que l'archevêque de Monastir aurait prié S. E. le Vali de distribuer en bonnes œuvres.

L'autorité turque exploite ainsi, et très souvent, les rivalités des chefs de l'hellénisme. Combien de cinq cents livres dont Monseigneur eût trouvé un meilleur emploi dans les écoles que dans les Konaks!

Les torts sont presque toujours du côté du clergé. La dure leçon du schisme bulgare n'a pas guéri le Phanar de son amour exagéré de For ni de son fanatique formalisme. Les témoins oculaires prétendent cependant que ces vices ont notablement diminué durant ces quinze années dernières : l'ignorance du bas clergé est allée s'amoindrissant. Il faut, en effet, reconnaître les efforts du Patriarche pour l'instruction de ses prêtres. Une école hiératique (séminaire), fondée à Monastir et peuplée de 42 élèves, fournit la Macédoine de popes, très savants, si l'on songe aux prêtres et aux moines d'autrefois : on connaît la belle réponse d'un moine à Pouqueville cherchant des manuscrits dans la bibliothèque d'un couvent : « Nous avons brûlé toutes les paperasses de ces Juifs d'Hellènes. »

Quels que soient les torts du clergé, le personnel consulaire n'est pas à l'abri de tout reproche. Toute

nomination à un emploi publie étant en Grèce affaire de parti, le corps consulaire n'est recruté que parmi les commatarques (chefs de parti) du Ministre au pouvoir. Ces consuls, éphémères comme leurs protecteurs, souvent sans grande moralité, plus souvent encore sans habileté, sont presque toujours sans habitude de leur métier, sans tradition, sans savoir-faire. Apathiques ou trop zélés suivant leur tempérament, ils ne laissent que trop d'occasions au Turc d'intervenir dans leurs affaires, soit qu'ils n'aient pas la conscience et le souci de leurs privilèges, soit qu'en les dépassant ils fournissent à l'autorité turque un prétexte plausible de remontrances. On vient de saisir à Kastoria chez l'agent grec toute une caisse de correspondances (c'est du moins ce que Ton racontait ce soir au Konak du Vali ; en tenant compte de la distance entre Monastir et Kastoria, nous réduirons cette caisse à un paquet de lettres), et un plan détaillé d'une conjuration idéale que, par des fonds à trouver, on susciterait parmi les beys de Gortcha. Le Vali ne vendrait pas au poids de l'or cette trouvaille! Le Grec ingénieux expliquait tout au long quel pappas et quel maître d'école, quel bacal et quel muletier étaient ou n'étaient pas dignes de confiance. Voici donc entre les mains de Son Excellence une liste complète des agents de l'hellénisme; au moindre soupçon ou au premier besoin d'argent on pourra utilement la consulter. La propagande hellénique devra donc être fort prudente désormais dans tout ce canton. Et ceci n'est point d'un exemple isolé. Par toute la Macédoine, les Grecs en

faisant beaucoup de besogne avaient aussi fait beaucoup de bruit. Le Turc était en défiance. La dernière révolte Cretoise, survenant pour légitimer ses soupçons, Ta mis dans une sourde rage. L'hellénisme en sentira longtemps les effets. Vainqueur de la Crète, le Turc a perdu toute modération envers le Grec qu'il croit abandonné de l'Europe.

Hier, entre Européens, nous nous entretenions de cette révoltecrétoise et des espérances semées à travers tout l'hellénisme par le mariage du prince héritier de Grèce avec une sœur du Grand Empereur : l'appui allemand et autrichien enlevé au Bulgare, c'était le triomphe à courte échéance; l'hellénisme, dans Ja joie, attendait l'union de la Crète comme gage de la Nouvelle Alliance... L'Allemand s'est dérobé, la Crète est. soumise.

Le mystère, qui entoure les choses Cretoises, a produit une impression très profonde sur les Grecs, ennemis par curiosité et par crainte de l'inconnu. Cette première habileté du Turc à expédier dans le silence une besogne nécessaire, leur a imposé. Puis sa rapidité dans l'accomplissement même de cette besogne les a surpris. Quand on annonça le départ des troupes turques vers la Crète, les cafés grecs s'amusèrent beaucoup d'une aussi bonne plaisanterie : des Turcs rassemblés, vêtus, armés, et naviguant, et s'en allant affronter les Cretois! De fait les vaisseaux

turcs, un peu à l'aventure, cognèrent à toutes les îles de l'Archipel. Mais ils arrivèrent. Ensuite on parla de troupes révoltées, de gouverneur abandonné. Un mois plus tard, sans que Ton sût trop comment, les Cretois, les plus pallikares de tous les Grecs, étaient domptés.

Restait la conclusion, où le Grec espérait sa revanche ordinaire : le Turc mystifié ne gagnerait rien à être le maître, car l'Europe imposerait au Sultan l'amnistie des rebelles et la garantie des privilèges. Le fîrman dit d'amnistie stupéfia. Que le Turc fût assez adroit pour mettre les Cretois au secret, qu'il fût assez fort pour les réduire, passe! mais qu'il fût assez retors pour rédiger un fîrman d'amnistie qui n'amnistiait personne, un firman de garantie qui supprimait tous les privilèges, cela dépassait — et de l'infini — les plus pessimistes des suppositions.

On ne saurait trop insister sur cette révolution cré» toise et sur l'état d'esprit qu'elle a créé dans tout l'hellénisme : surtout, on ne saurait en exagérer l'importance pour l'avenir de l'hellénisme macédonien.

L'hellénisme, en effet, n'est point une œuvre de matière, ni un produit de la nature. Les autres nations ont été créées, presque malgré elles, par le hasard, le climat, la force extérieure des hommes et des choses. L'hellénisme se crée lui-même ; c'est une œuvre d'esprit, et la moins matérielle des œuvres humaines. Prenons l'exemple de la Macédoine.

M. Kallostypis nous parle d'Hellènes hellénophones et d'Hellènes albanophones, vlachophones ou bulgarophones, c'est-à-dire d'Hellènes ne parlant que grec et d'Hellènes parlant aussi albanais, valaque ou bulgare. Kroutchovo est vlachophone, Gortcha est albanophone et Vodena bulgarophone. Sur quatre Hellènes macédoniens, trois au moins sont des Albanais, des Valaques ou des Bulgares, et pourtant tous quatre sont des Hellènes. Je me suis demandé bien souvent comment définir ces Hellènes, où trouver le signalement exact qui les fera reconnaître entre vingt Turcs, Bulgares, Juifs, Serbes ou Arméniens non hellénisés?

Le costume ne saurait être un bon guide. La blanche fustanelle et les belles cnémides ne sont plus de mode que chez les paysans : l'Hellène citadin demande, comme notre ami Eustatios, aux Nouveautés et Confections de Vienne ses complets bruns ou gris quadrillés de jaune ou de noir. Par contre, les Albanais Toskes balancent leurs fustanelles sur toutes les routes, de Prévéza à Durazzo... Le type physique, le nez droit continuant sans cassure la ligne droite du front, est un bon critérium pour les statues, mais non pour les personnes. Ce n'est pas que dans un bal athénien on ne pût cueillir quelques têtes de déesses antiques; mais les portraits des anciens nous montrent qu'autrefois ce type n'était, comme aujourd'hui, que l'exception... La langue? La ville d'Adalia, en Asie Mineure, est composée de deux quartiers : dans le castro, les Chrétiens ne parlent guère que turc et se disent Hellènes; au dehors, des Turcs, des-

cendants des Turcs Moraïtes qui durant la révolution de 1820 s'enfuirent de Coron et de Modon, ne parlent que grec. De même les Hellènes de Zelachovo, à Test du Vardar, sont, dit M. Kallostypis, Turcophones1. D'ailleurs, au bazar, Arméniens, Juifs, Turcs et Francs, sans être Hellènes, parlent grec à Smyrne, k Constantinople, àSalonique... Pour la religion, toute l'orthodoxie ne se réclame pas de l'hellénisme, et, en dehors de l'orthodoxie, les catholiques de Naxos et de Gorfou sont de purs Hellènes; et même, je connais des Musulmans aussi Hellènes que bien des Moraïtes. J'avoue que ces derniers sont un peu des oiseaux rares ; mais je pourrais citer tels agas d'Épire et tels médecins des îles ou d'Asie Mineure, dont il m'est difficile pourtant de fournir les noms au gouvernement turc.

L'hellénisme n'est donc pas l'ensemble des fustanelles, ni des nez droits, ni des hellénophones, ni des orthodoxes. En somme, un Hellène ne porte aucun signe apparent de sa nationalité, et le seul critérium que j'aie pu découvrir encore, est la réponse « je suis Hellène » qu'aux premières questions un Hellène ne manquera pas de faire. Le Bulgare ou le Serbe fondent leurs nations sur des théories de race ou de religion : l'Hellène n'en appelle qu'à sa libre adhésion. C'est d'une étude toute moderne que cette nation en croissance, s'agrandissant non d'après les usages anciens, par les violences des guerres et les coups d'épées

i. Ouvrage cité, p. 68.

des hommes providentiels ou par l'apport mécanique des hasards, du voisinage et des circonstances, mais suivant la dernière formule philosophique en quelque sorte, par la conquête des esprits et le libre consentement des individus. L'hellénisme mérite bien le nom de Grande Idée en ce qu'il n'est que la résultante des idées individuelles, et que, pour être Hellène, il suffit, par-dessus toutes les différences matérielles, de croire «n ridée, d'espérer en l'Idée, de vivre en l'Idée.

Cette œuvre humaine a la beauté d'une œuvre d'art, mais elle en a aussi toute la fragilité. Reposant sur la seule volonté des individus, toutes les fluctuations, tous les caprices des individus la déforment. Les défaites morales atteignent l'hellénisme plus vivement que les pertes matérielles. Et quand survient le malheur, les plus graves de ses effets sont les dissensions, les querelles, les défections qu'entraîne le découragement.

"Le malheur crétois a eu pour premier résultat de creuser un schisme entre deux fractions de l'hellénisme macédonien. Les Hellènes vlachophones ont douté de la Grande Idée, et, quittant l'hellénisme, ils cherchent ailleurs où porter leur foi. Ce matin, chez les Lazarites français, nous avons rencontré Apostolo Margariti, l'Apostolo dont nous parlaient avec mystère les Valaques de Dchouraî Nous savons les Choses valaques, nous avons lu le précieux « Thirje mi Kombin Sqipetar ».

La Grande Valachie. — Apostolo Margariti. — Valaques et Albanais. — Les Lazaristes. — Valaques et Catholiques.

Gomme les Grecs, les Serbes et les Bulgares, les Valaques ont leurs droits historiques sur la Macédoine. Leurs titres de propriété sont anciens et nombreux, et leurs ancêtres putatifs plus nombreux encore; chaque auteur leur invente une filiation nouvelle.

Les Valaques eux-mêmes ont varié dans leurs prétentions. A la recherche d'un père, ils en ont successivement trouvé plusieurs, tous aussi vraisemblables les uns que les autres. Il y a cent ans, l'Europe leur avait appris qu'ils descendaient des vaincus de Pharsale et de Philippes, ou des vainqueurs, établis en colons par César et Auguste après leurs victoires civiles.

Pouqueville f hésitait entre cette première opinion et la légende rapportée par un auteur byzantin, Kinnamos, d'après laquelle des émigrations italiennes, fuyant devant les Barbares, auraient passé TAdria-

i. Pouqueville, Voyage de la Grècet t. II, p. 327-337.

BÉRÀRD. 14

tique, et d'Otrante, Bari, Foggia, abordé aux côtes albanaises. Jusqu'au Pinde et jusqu'au Vardar, le commerce et surtout les habitudes pastorales — les migrations qu'exige chaque hiver et chaque été l'élevage des moutons — auraient disséminé ces familles latines.

Thunmann * et Finlay * découvrirent ensuite à nos Valaques une plus lointaine origine : ils étaient les fils des Thraces, les représentants des races aborigènes antérieures à l'hellénisme, et que les colonies athéniennes ou mégariennes, puis les conquêtes d'Alexandre et de ses successeurs avaient repoussées dans les monts. Soumises autrefois par les Hellènes de Macédoine, ces tribus n'auraient pas néanmoins cessé d'exister. Elles auraient accueilli les Romains en libérateurs et, soit par affinité, soit par reconnaissance, auraient accepté leur langue et leurs mœurs. La Thrace, d'ailleurs, pays d'esclavage dépeuplé par la chasse à l'homme et province frontière, aurait attiré de nombreux colons romains. Au sud du Danube, une Valachie aurait existé dès le temps des premiers Empereurs.

Par malheur, les recherches d'Albert Dumont ont prouvé qu'au second siècle de notre ère la Thrace était entièrement grecque : dans les vallées les plus reculées, Dumont trouva des inscriptions grecques; les inscriptions latines n'apparaissent que par accident, sur quelque tombe isolée de soldat ou de colon romains.

1. Thunmann, Untersuchungen ùber die ôstlichen Vôlker, p. 323.

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