‹ La Turquie et l'hellénisme contemporain;Chapitre 3 sur 29 · DE LA DEUXIEME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIEME ÉDITION

L'accueil fait à ce livre permet d'en donner aujourd'hui une seconde édition.

Durant ces derniers mois, les événements d'Arménie ont un peu détourné l'attention de la Turquie européenne, où pourtant la situation n'est pas moins grave. Tout se tient dans la question d'Orient. Les concessions faites cm promises aux Arméniens rendront plus pressantes les demandes des autres chrétiens de l'Empire. Les Bulgares surtout semblent ouverts à de nouveaux espoirs et disposés à une* politique d'action. Déjà, au cours de l'été dernier, des bandes franchissant la frontière avaient pénétre en pleine Turquie; i 200 volontaires étaient arrivés jusqu'à Sérès : la bonhomie turque les Tamena, sans trop de violence, aux premiers postes de Roumélie. On doit prévoir de pareilles incursions pour le printemps prochain. La loterie des SS. Cyrille et Méthode a mis une somme assez forte entre les mains du comité de Sofia. La bonne volonté de certaines puissances et la tolérance de certaines autres ont paru quelquefois acquises, et, si le grand protecteur d'autrefois n'a pas encore rendu son amitié à la Bulgarie reDentante, la conversion du prince Boris à l'ortho-

doxie lui pourrait être une occasion ou un prétexte de clémence. Jamais les rêves de Grande-Bulgarie n'ont hanté plus de cerveaux.

Il semble bien qu'à Gonstantinople on ait prévu certains événements. Le choix d'Halil-Rifat-Pacha comme grandvizir ne peut avoir d'autre sens. Ce vieillard, très peu versé dans les choses d'Europe, dont il ne parle aucune langue, n'avait d'autres titres que son expérience des choses de Macédoine et de Roumélie. Vali de Widdin, de Salonique, puis de Monastir, il avait eu à réprimer plus d'une tentative ouverte ou cachée : son dernier gouvernement surtout lui avait fourni l'occasion d'intervenir vigoureusement dans les affaires albanaises. Il semble bien aussi que le recul de la diplomatie anglaise dans les affaires d'Arménie ait eu la même cause : on a senti à Londres que l'agitation ne se bornerait pas à l'Asie Mineure et que, si l'on ne voulait pas la dissolution de la Turquie, il fallait laisser à la Porte toute liberté d'action et de défense.

Depuis trois ans, qu'a paru ce livre, la situation s'est un peu modifiée en Thrace, à Test du Vardar. Les Bulgares y ont porté toute leur propagande. Une émigration continue, bien qu'à peine visible, a beaucoup affaibli les centres de populations turque et musulmane. Les échecs en Crète, les dissensions politiques du royaume grec, surtout le déplorable état de ses finances, ont entravé et découM.gé l'action de l'hellénisme. De ce côté, les Bulgares semblent avoir fait des progrès sérieux.

Mais en Macédoine, à l'ouest du Vardar, il ne semble pas que la marche ait été parallèle. Malgré l'obtention de bérats et l'établissement d'évêques bulgares, la propagande a été moins active, et les adversaires se sont mieux défendus. Les positions respectives ont en somme fort peu changé. Seule, l'action serbe, prise d'un renouveau, s'est montrée dans les districts du Nord. L'action italienne aussi, très active en Albanie, a parfois dépassé le Pinde. Mais ce ne sont là qu'agitations souterraines qu'il est difficile de

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saisir d'ensemble et déjuger de loin; les résultats d'ailleurs n'en ont pas été grands. Depuis trois ans, la Macédoine a peu changé.

L'auteur n'a donc pas cru devoir modifier sa première édition. Les journaux d'Athènes lui ayant violemment reproché son mishellénisme, ceux de Sofia son dévouement à l'idée grecque et ceux de Bucarest son manque de patriotisme latin, il croit avoir tenu la balance à peu près égale entre les divers prétendants. Son livre a été interdit à Constantinople, sans doute à cause de l'idée fondamentale que seul le maintien du Turc en Macédoine peut assurer l'existence et les droits de chacun : malgré cette interdiction, son opinion n'a pas changé.

Janvier 1896.

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