L ÉTAT ROUMAIN
Parmi les groupes ethniques si bizarrement enchevêtré? i de Vienne à la mer Egée, il en est un, le plus nombreux, le mieux délimité, qui a gardé au cours des siècles sa personnalité. Les Roumains, qui habitent l'ancienmi grande Dacie, entre la Theiss, le Dniester et le Danube sont le produit de l'amalgame des Daces et des colons que Trajan y amena, vers l'an 106 ap. J. C.
Tandis que des tribus slaves occupaient la cuvette di Danube et de la Tisza, un peuple latin ou latinisé se maintenait dans les montagnes de la Transylvanie. Ai milieu de ces Roumains, à côté des Magyars qui vinren au IX** siècle, s'installèrent des tribus asiatiques, lei Szckels, petits-fils des Iluns d'Attila, et descendants de|| Turcs Kiptchak de l'armée de Gengiskhan.
Parmi ces Szekels, fondus avec les Magyars et quelque! colons saxons, les Roumains forment un groupe de sep! millions d'hommes en Moldavie et Valachie, tandis que prèf de quatre millions vivent en Hongrie et en Transylvani»' Malgré les controverses historiques (jui tendent à prou , ver que le peuple daco-roumain n'a pas, depuis l'origin \ et sans discontinuité, habité les régions situées au nord tl
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anube occupées aujourd'hui par lui, il faut dire que des •aces trop nombreuses de cette occupation se sont )nservées pour pouvoir en douter vraiment. C'est ainsi l'on trouve dans ces pays danubiens les descendants des )lons de Traj an gardant, malgré les chocs des invasions, s remous de peuples, la dévastation turque, les caractères slinctifs de la race, qui sont aussi les nôtres, puis(iue )rigineest commune.
I L'histoire de la Roumanie est celle d'une lutte )iniâtre, mais inégale, contre les Turcs, seule ou /ec les autres pays d'Orient. Dans les farouches .•mbats engagés contre l'invasion ottomane, brilirent les noms de Mircea-le-Vieux, Jean Corvin de ianiade, Vlad-1'Empaleur, Etienne-le-Grand, Jean-le-
rrible, Michel-le-Brave, qui se surpassèrent dans leur tance.
->uus voyons les Roumains prendre part à la fameuse
1 taille de Kossovo avec le prince Mircea, où les Turcs,
nl.irré leur infériorité numérique, remportèrent sur les
es alliées une des plus brillantes et des plus déci-
- victoires de l'histoire. Les Turcs en profitèrent pour ager la Valachie. Quelque temps après, .Mircea, é du roi de Hongrie Sigismond et des chevaliers frans que lui avait envoyés Charles VI, et qui étaient comndés par Philibert de IVoailles, Jean de Nevers, le
te d'Eu, le maréchal Boucicault, attaquait à nouveau Turcs à Nicopoli (1395). La bravoure des contingents imais et français ne put venir à bout du corps compact ''^ Janissaires, et Mircea dut se retirer; auparavant^ il
- eait aux envahisseurs une seconde défaite à Rovines, Mohamed prenait sa revanche, s'emparait, en 14H, itadelles du pays, Giurgin et Séverin, et soumettait
• lomination les provinces valaques.
ust un Roumain au service de la Hongrie, le voïvode d Transylvanie, régent du royaume de Hongrie, Jean C vin de Huniade, qui va continuer la lutte, en majorité
avec des troupes roumaines, contre le Turc, tandis qu( les successeurs de Mircea et de son frère Dan se disputen le trône de la Principauté. Il subit quelques échecs comme à Vanna, à Kossovo (1148), mais il vainqui Mahomed qui s'était avancé contre lui à la tête d'un orte armée. Avec le prince de Moravie, Étienne-le-Grand les dernières grandes luttes contre le Turc vont prendr fin. Il triomphait d'eux à Racova, où 45.000 Moldave taillèrent en pièces 100.000 Turcs. Après une série d revers et de succès, Étienne-le-Grand était parvenu à I contenir; mais des luttes intestines entre les Principaul' chrétiennes, hongroises, polonaises et moldaves h affaiblirent à ce point que bientôt les Ottomans soumo taient la Moldavie, comme auparavant la Valachie. ( provinces durent leur fournir d'importants tributs poi entretenir l'approvisionnement des armées.
Et cependant les Roumains n'avaient point perd conscience de leur valeur et devaient, avec Jean-le-Te;, rible et Michel-le-Brave, jeter les dernières lueurs c! leur héroïsme. Tour à tour les deux chefs des provinci] révoltées parvinrent à refouler les Turcs au-delà cj Danube, et même Michcl-lc-Brave leur infligea, près cj grand fleuve, une retentissante défaite.
Les Roumains épuisés allaient subir, pendant plij de trois cents ans, la domination musulmane; leur br' voure ne devait se réveiller qu'au moment de la guer russo-turque (1877). Ils avaient beaucoup fait pour ce tenir l'invasion qui ne put, grâce à leur héroïque rési lance, franchir les plaines hongroises d'où elle aur. submergé l'Europe. Avant do conquérir la rcvanc définitive, il fallait que la nation, comprimée dans ? essor industriel et politique, reprit conscience d'ell môme, sortant du lourd sommeil où la plongeait la b; barie turque.
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Qui provoqua ce réveil de la nation roumaine? Il faut iire d'abord que les victoires des Russes sur les Turcs 9t le traité de Koutchouk-Kaïnardji vont améliorer le sort les Principautés roumaines. Elles sont placées sous le >rotectorat des Russes, ainsi que les Chrétiens orthodoxes d'Orient; les Roumains de Moldo-Valachie seront donc oustraits aux exactions turques.
L'Hétairie, qui va se constituer après 1814 pour déli- Vrer les Chrétiens de TEmpire, exerce son action dans les provinces, où Ypsilanti, qui sert en même temps la politique russe, se fait le champion de leurs revendications. Mais les Roumains se défient des Hétairistes, qui préf Tent, en se soulevant, se grouper autour d'un de leurs .uuncitoyens, Théodore Vladimiresco, leur promettant de les afTranchir des Phanariotes eux-mêmes. La révolte [n'aboutit pas, tandis que de leur côté les Hétairistes et Ypsilanti étaient vaincus par les Turcs. Quelques iiannées plus tard, les Roumains obtenaient, en 1826, au traité d'Ackermann, la confirmation des privilèges qui Jeur avaient été accordés par le Hatti-Chérif de 1802 et Lie traité de Bucarest (1812). Les Hospodars des Princi- ^pautés seraient choisis parmi des Boyards indigènes et ^ élus pour sept ans par les Divans locaux ; ils ne pourraient ^étre destitués sans l'assentiment de la Russie ; les impôts seraient réglés par les autorités du pays; la liberté commerciale des [Principautés ne serait pas entravée. ^ Puis le traité d'Andrinople (1829) reconnaissait l'indé- ^ pendance de la Grèce et du Monténégro ; en Moldavie et , en Valachie, les Hospodars seraient nommés à vie et non plus seulement élus pour sept ans? C'était là un grand pas vers l'indépendance.
Les provinces roumaines avaient perdu leurs princes
indigènes depuis 1716, époque à laquelle les Turcs nom-* mèrent des Phanariotes au gouvernement des Princi^ pautés pour mieux contenir les progrès de l'Autrichti dans les Karpathes. Sous leurs princes indigènes, ellcfl avaient toujours conservé leur langue, leurs traditions dd vie indépendante et leurs aspirations nationales. Mémi sous le gouvernement des Hospodars étrangers, Taristo^ cratie, jusqu'alors ignorante, s'ouvrit à la culture de* belles-lettres, et c'est ainsi qu'au XVIII^ siècle, avec Ni-f colas Mavrocordato, puis Alexandre Ypsilanti, non!< voyons les Roumains subir l'influence des idées fran-l çaises.
Les Grecs du Phanar, qui avaient obtenu des Turcsi les postes les plus importants dans les Principautés, qm avaient des secrétaires et des précepteurs français, ei parlaient couramment la langue diplomatique dutempj c'est-à-dire le français, furent les véhicules de la culture classique, et firent ainsi pénétrer chez les Roumain l'éducation et l'instruction françaises.
L'influence des Hospodars se manifestait en Moldoi Valachie et dans les Principautés situées dans la régioi du Bas-Danube, au sud et à l'est des Karpathes. Ces ré gions roumaines, tournées vers l'Orient, par suite de lew position géographique, étaient nécessairement exposée' aux influences qui en dérivaient.
Les Roumains d'au-delà des Karpathes, ceux de Tran sylvanie, avaient gardé la langue des colons et des solditi de Trajan, lorsqu'ils furent conquis par les Hongrois e convertis au catholicisme; leurs prêtres, venus à Rom» furent misànouvoauen contactavec la culture latine qu'il répandaientparmi leurs fidèles. Les ouvragesd'historien^ de philologues roumains au XVHI" siècle, de Samuel Kleir de Sinkaï, puis de Pierre Maior sur l'unité et l'origin latine des Roumains, affirmèrent les droits de la race, < lui enseignant tout ce qu'elle devait aux grandeur passées.
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La révolution française, propagée surtout en Moldoialachie par les Grecs du Phanar, va surexciter s aspirations des Roumains. D'autre part, les conquêtes de Napoléon, ses projets de pénétration en i,^rient, éveilleront toutes les espérances de libération I prochaine que soutiendra bientôt le grand écrivain rou- I nain Radulescu.
î ; Des Principautés, on se rendra de plus en plus à Rome
i tour y achever les études classiques ; les Métropolitains
|ie Moldavie et de Valachie y enverront de jeunes bour-
jers roumains. Le roumain Georges Assaki ira chanter
Rome les origines de la race; à son retour, il fondera
- écoles dans le pays, un théâtre national, et sera aidé
is cette œuvre par la propagande du maître transyl-
ain, Georges Lazar. Ainsi se forme, parmi les héritiers
les colons de Trajan, l'idée de reconstituer la patrie pri-
nitive que célèbrent leurs écrivains, la Dacie; ils vont
ravailler pour la liberté et pour la grandeur de la patrie,
nséparables de l'unité de la race.
C'est ce programme que soutiendront avec talent et me ardeur bientôt couronnés de succès : l'historien (N'icolas Ralcesco, qui demande, dès 1838, l'union des principautés, et constitue, avec le transylvain Laurian, le recueil patriotique des vieilles chroniques moldo- .'alaques; Radulescu Héliade, Alexandre Basile qui, à :ravers les campagnes, collectionnent les vieilles jégendes, les souvenirs des ancêtres, et, dans la Sentinelle^ îélèbrent les mérites de la race roumaine, originaire de dôme; Balcesco et surtout Michel Gogalnitchearnu qui ipublie un livre de l'histoire de la Roumanie (1837), où il /ait déborder la race roumaine jusqu'au-delà delà Macédoine. Il avait étudié à Berlin, et l'érudition allemande iui avait permis de découvrir, dans la philologie et les sources profondes de l'histoire, les origines latines des Roumains.
Les Roumains, en subissant ainsi notre influence, nos
idées,, en étudiant leur passé, avaient appris à miei connaître leurs droits ; ils étaient, au milieu du XIX' siècl mûrs pour l'indépendance. L'occasion allait naître bient pour eux, à la faveur des ambitions et des rivalités eur péennes, de préparer, puis de constituer définitiveme;, leur unité politique.
D'abord, à la suite de la guerre de Crimée, au Congr. de Paris (28 février-P'" mars), on décrète l'abolition ( protectorat russe dans les Principautés; on efface 1 clauses des traités de Kaïnardji et d'Andrinople, et souveraineté ottomane est restaurée. Mais la Turquie 'Vi t-elle reprendre sur les provinces son ancien pouvoii Les a-t-on soustraites à l'influence russe pour les fai| retomber sous le joug pesant de la Porte, alors que 1 patriotes roumains réclament leur union dans l'indépe dance et que le Hospodar Stirbey adresse à Napoléon un mémoire pour les appuyer au nom des population^
Un instant, Napoléon III eut l'intention de demand la réunion des provinces sous un prince étranger, le û de Parme, mais les diplomates turcs firent une te* résistance à cette proposition qu'elle fut abandonnée qu'on décida de nommer des commissaires chargés recueillir les vœux des populations; les Hospodars q avaient encouragé les espérances roumaines étaient c reste suspects aux représentants des puissances. La que tion de la race roumaine, portée ainsi aux Congrès et laquelle les puissances n'étaient guère favorables, n dait l'adoption d'une solution d'ordre général suscept d'améliorer le sort des populations.
l'Autriche qui suivait attentivement le mouveme littéraire et politiciue roumain pour faire triompher revendications de la race, et qui craignait le retour
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5nements de 1848 par un phénomène de contrion, chercha par tous les moyens à entraver l'œuvre d Congrès de Paris. Elle va soutenir les Turcs dans
II r désir de réinstaller leur puissance dans les Principatés.
a Turquie et l'Autriche firent nommer, à la place des
1 spodars favorables aux Roumains, de simples fonc-
t nnaires chargés d'obtenir dans ces pays qui, pour la
pîmière fois, recevaient leur droit électoral, des votes
entraires à l'union des Principautés. L'Autriche, grâce
à es armées qui occupaient encore les deux provinces,
t.vaillait du reste les populations en conséquence.