‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 14 sur 60 · L*ÉTAT ROUMAIN · texte numérisé non relu

L*ÉTAT ROUMAIN

ier 1859) ; et l'Europe n'osaplus contrecarrer la volonté

ut un peuple. Le nouvel Hospodar Taffirma davantage

re en prenant le titre de Prince de Roumanie que le

n lui reconnut bientôt (1861) : il pouvait déclarer

«la nation roumaine était fondée ».

s premières années du nouveau Principat furent

piles, car le Prince avait de nombreux abus à réfor-

, D'abord il voulut libérer son pays des restes de la

ination phanariote ; elle s'était perpétuée par la pos-

)n,au profit des églises grecques d'Orient, de vastes

s-fonds qu'il décida de séculariser. Il chercha aussi

olir les privilèges de classes, à établir Tégalité poli-

BetsociaIe,àémanciper la classe paysanne. Il entra en

avec les privilégiés, les Boyards, qui lui en voulurent

)rt. Il décida de réviser la loi électorale, imposée au

par la convention de Paris et qui confiait ses desti-

à une seule classe, celle des grands propriétaires,

tablissant le sufîrage universel. Suivant l'exemple de

Iprotecteur Napoléon III, il modifia, par voie de plébi-

, la constitution prévue par la convention de Paris

éra les réformes qu'il désirait, en se faisant conférer

sorte de dictature nationale. Grâce à l'influence de

oléonlll, il eut la chance de voir la conférence des

i)assadeurs, réunis à Paris, reconnaître les modifica-

iks apportées par le coup d'État dans la constitution

[|pays, qui obtenait ainsi le droit de se réformer lui-

i-ne.

pis la revanche des Boyards ne tarda pas. Couza avait 1& trop de ses créatures dans les administrations, disfe les finances, ce fut le prétexte qui, le 21 février 1866, jiéclatcr un complot; Couza, saisi, la nuit, dans son fiis, dut abdiquer. La cause de l'influence française en ^imanie perdait un de ses meilleurs soutiens. Il avait Ifoduitdans son pays notre législation en faisant traduire f> codes et en les promulguant, il avait adopté le Même do la comptabilité française, fait instruire l'ar-

mée par des officiers français, organisé les p< et les télégraphes, suivant le système français somme, le nouvelÉtatroumain, œuvre de la France, s'e çait deTimiter dans toutes ses plus heureuses man tations, sans compter dans les arts, dans la littéra» dans les sciences.

Aussi, après le coup d'État de 1866, offrit-il la ronne à un prince à demi-français, au frère du ro Belges, le comte de Flandre. Napoléon leur désigm autre souverain, provoquant ainsi le refus du comli Flandre; en souvenir des amitiés contractées en .^ magne, il leur indiqua un prince allemand, le fils (i| du prince Charles-Antoine de Hohenzollern qui accc^ Le chef de la maison des Hohenzollern, le roi de Pn hésitait à donner son acceptation, mais Napoléon ap chaudement sa candidature, car il voyait en lui un p: 4 apparenté à sa propre maison, comme descendaidi Napoléon I" par la princesse Murât, sa grand'i C'est ainsi qu'une dynastie prussienne s'installa en manie avec la complicité inconsciente du souverain .. çais (22 mai 1867).

La couronne placée sur la tête de Charles 1" sign aux yeux des Roumains, l'indépendance complète môme temps l'acheminement vers Tidéal nation réunion de tous les Roumains du Danube, y cou ceux de Transylvanie, de Bukovine, sous le n sceptre.

Voilà donc un nouvel État, formé d'une nation i soumise par la Turquie, qui s'est créé dans le doBf; qui lui appartenait. Celait encore un démembreme l'Empire ottoman qui s'opérait ainsi.

Dix ans après, une occasion lui était offerte dt quérir, par des victoires sur l'ennemi séculaire, la s raineté royale. La guerre venait d'éclater entre la 11 et la Turquie, et le 24 avril, les troupes russes ; traient en Roumanie, après avoir franchi le Danub a

l'état roumain 125

;eant vers le gros des forces turques ; les Roumains avaient livré passage ; ils ne tardèrent pas à les et prirent les armes contre leur ennemi séculaire, ait quelle part importante eurent les armées rouies dans l'abandon, par les Turcs, du siège de Plevna décida, ainsi que leur victoire à Slivnitza, de la fori de la guerre ; les Roumains et les Russes victose répandirent dans les plaines d'Andrinople. traité de San Stefano, la Roumanie ne recevait pas a Russie, signataire du traité, d'aussi grands avan- 9 que la Bulgarie libérée, de la mer Noire à la édoine. Il semblait que ses services n'étaient appréciés comme ils auraient dû Tetre, puisla Roumanie était contrainte d'échanger la Bessae contre la Dobroudja — pays de marais — qu'elle vait; en revanche elle obtenait une indépendance plète. Le traité de Berlin confirma ces stipulations en iint Silistrie aux Roumains.

le roi de Roumanie, qu'il s'appelle Charles ou Ferdipd l", est, aux yeux de ses sujets, le roi des Roulins, c'est-à-dire^ de tous les enfants de la même race. Les Roumains, en effet, sont sujets d'un empire voisin, bnpire austro-hongrois, et veulent y conserver leur istence, tandis que l'élément hongrois tend à les sorber. L'un est puissant et veut s'étendre, l'autre de talité plus faible, inférieur en nombre, lutte contre l'élé- ?nt roumain pour le faire disparaître au profit des Maars. Les Roumains sont l'élément le plus nombreux rés les Magyars, 3 millions 300.000 contre 7 millions, les autres nationalités: Allemands, Serbes, Slovaques, itliènes, Croates, seraient promptement absorbées, celte diirue était renversée. Les Hongrois ont un intérêt imordial à conserver avec eux les Roumains, sinon la

Hongrie sortirait affaiblie d'un tel démembrement. H' donc lutte opiniâtre, lutte pour l'existence, aussi 1 du côté magyar, pour conserver l'élément roum* que du côté roumain pour se libérer de l'oppres! magyare. Les Roumains, dont la conscience nationale s puissamment réveillée depuis le milieu du XIX*' siè' combattent la dénationalisation qui les menace.

En Bessarabie, l'élément roumain est évidema' menacé de russification, et la politique des Tsars cher à absorber les paysans de ce pays. Mais depuis qu' Russie est entrée dans la voie constitutionnelle, ell modifié sesméthodes de gouvernement, elle s'est moni plus tolérante, plus libérale à l'égard des Roumains espèrent conserver leurs privilèges de race.

Depuis la conquête magyare, les Roumains des p' d'outre-monts ont cherché à recouvrer les droits donll jouissaient aux temps d'Étienne-le-Saint, d'où les révo) sanglantes qui, en 1324, en 1437, en 1514, en 1600, en 1' et en 1818, ensanglantèrent le pays. En 1848, lorsque Hongrois veulent incorporer la Transylvanie, les R mains se révoltent et la conlrée est mise à feu el sang. Les Roumains restèrent sujets des Habsboi jusqu'en 1867^ où, à la suite du pacte d'union, il décidé qu'ils feraient partie du royaume hongrois, début, le gouvernement hongrois, encore faible, animé de bienveillance envers les nationalités^ mais f à peu la politique de magyarisation à outrance est i: posée de force aux populations roumaines, qui doi?^ parler la langue hongroise. Le sentiment national l persécuté dans ses manifestations les plus évident). Dans les écoles, le hongrois est la langue officielle, 1» noms des localités deviennent magyars, la justice, l'adr • nistration sont magyares; les Roumains sont exclus la vie publi(jue. La liberté de la presse est violée pai condamnations politiques répétées pour des délits ii pûtes aux journalistes. La liberté de réunion est entrav

l'état roumain 127

aies refus d'autorisation d'assemblées ou des dissolues abusives. Les Roumains de Hongrie sont en butte int de tracasseries, de vexations politiques que ^ous la domination autrichienne, la Lombardie ou létie. Du reste, la volonté du peuple ne peut se [ l'ster avec indépendance : le suffrage universel -le pas en Hongrie et les circonscriptions électosont ainsi disposées que la majorité hongroise tl prédominante.

toutes les protestations des Roumains qui demandent luction de la langue nationale dans Tadministraansles écoles, qui désirent une loi électorale repolir le suffrage universel, les Hongrois au contraire iiplient les lois oppressives pour comprimer les nances séparatistes. Mais plus on cherche à les iidre, à les étouffer, plus les Roumains rêvent de * parer de leurs oppresseurs. La nation aspire à réa- 'union des membres épars de la grande famille . iine. Par les journaux, par les revues, par des irs en Roumanie et à l'étranger, les Roumains, plusieurs années déjà, demandent que leurs j^x soient accomplis. Ceux de Transylvanie, du Maravesh, de la Crishana, d'une partie du Banat et de la lovine veulent conserver leur « unité de culture inteltaelle » et rester une nation libre. Peuple de paysans i.ces, car la noblesse avait été magj'arisée, ils ont psé aux agissements hongrois la patience de la race. ^e roi Charles P"", dont la politique était dévouée à 'riple Alliance, ne les encouragea pas ouvertement ^i leurs aspirations irrédentistes; mais le gouvernent de Bucarest est néanmoins impuissant à empôi' toutes communications de pensées, d'idées entre I peuples si voisins. 11 faut reconnaître cependant line réunion pacifique de ces populations sous le ne sceptre est impossible, quelle que soit la violence ours désirs; les Hongrois ne peuvent faire le sacri-

fice de leurs territoires roumains. Une solution bruU la guerre en un mot, est seule capable de libérer, profit des Roumains, leurs frères de Hongrie; al les revendications nationales auraient les satisfacti< légitimes qu'elles attendent par l'application du princ des nationalités. Puissent les Roumains entendre delà des monts la voix de leurs frères opprimés I

Page 1