L'ÉTAT GREC
Les Grecs furent, parmi les nationalités balkaniques, ■les premières, au début du XIX° siècle, à secouer le )i- musulman, en subissant l'influence des idées revo- [lionnaires venues de France. Ils avaient terriblement Jiffert delà mainmise des Turcs sur leur pays; partit c'était la ruine et la désolation. Leurs monuments, ins de leur glorieuse histoire, avaient subi les i ures des Ottomans plus que des siècles.
Tandis quils avaient dompté par leur civilisation 1 irs premiers vainqueurs, ils n'avaient pu dominer ) irs conquérants asiatiques ; entre ceux-ci et les Hél- 1 1' s, il n'y avait jamais eu le moindre rapprochement, ] fossé qui les séparait se creusait plus profond à me- ! re que s'écoulaient les années. L'administration hau-
ine et oppressive des Turcs, leur religion les sépa-
.ient des Grecs. Le raïa était sujet à toutes les hu-
iliations; la loi pénale était plus rigoureuse pour lui
jtie pour le Musulman, l'inipût était plus lourd. Dans
l'ur des opprimés couvait, avec le regret de l'anti-
i'- liberté, le désir de la reconquérir.
Ces aspirations, ce patriotisme, se conservaient surtout
r NKAU.
chez les Klephtes, les Armatoles, les moines et le membres du bas clergé, les marins. Les Klephtes habi talent la montagne; c'étaient des Grecs aux idées avei. tureuses qui vivaient de rançons et de pillage. Le Armatoles étaient aussi des montagnards qui, après avoi obtenu des Turcs le droit de donner la chasse ai Klephtes, s'unirent à ceux qu'ils devaient poursuivre > haine des Ottomans. Ainsi, dans les montagnes, se ce servaient les traditions de la liberté, c'est-à-dire, de patrie.
Egalement, les moines des puissants monastèr avaient gardé, par l'étude des vieux auteurs, les souv nirs du glorieux passé de la Grèce, par conséquent, . haine du Turc. Et le bas clergé, très pauvre, persécut des Musulmans, était animé aussi d'un vif patriotisme Enfin, les marins des villes, imprégnés, grâce à leui relations avec les nations occidentales, des idé modernes, détestaient le Turc. Leurs navires, souvei armés en corsaires, inquiètent et détruisent son con merce. C'est la religion qui cimente le patriotisme i tous en haine du Croissant et le tient en éveil. Ce ne so; pas des philosophes, mais des croyants, qui veulent 1 liberté de leur culte.
De plus, le vaste mouvement d'émancipation qui s'e manifesté en Europe, à la suite de notre Révolutioi devait pousser les Grecs à l'action. Ils virent dans n* principes de 1789 le droit pour les peuples de se sou traire au joug d'un gouvernement qui ne représenta pas le sentiment national. Bientôt cette influence se i sentir en Grèce par la formation d'associations et d ligues qui résumaient les espérances de la race. D'aboi] VHélairie^ fondée à Vienne par Rhigas en 1793, d l'Italie du nord en 1800, puis organisée à Odessa vers 181 s'est inspirée des doctrines de la Révolution françai et a, en môme temps, un caractère cosmopolite. S programme est l'expulsion des Turcs d'Europe pi
LETAT GREC
ion armée des Chrétiens et le soulèvement des natiotés. Ses chefs, Capo d'Istria, Ypsilanti, comptent la Russie, protectrice des orthodoxes, et sur tandre I*% pour reconstituer la patrie grecque. y avait aussi la société des Pliilomuses, fondée à ^nes, en 1814, sous le patronage de lord Guilford et iapo d'Istria, et composée surtout d'étrangers amis belles-lettres ; elle cherche à répandre Tinstruction •,que et à intéresser l'aristocratie et les souverains )péens à la cause de THellade.
"Bs Hétairistes auront un allié inattendu dans Ali de ^élen, pacha de Janina, massacreur des Souliotes ies Épirotes, qui allait servir la cause grecque en >oulevant contre les Turcs, désirant, dans ses prol'es albanaises, obtenir l'indépendance du pouvoir rai (1820).
' président de VHétairie^ Ypsilanti, ayant l'appui . i (le Janina, en Macédoine, décida, en 1821, de frani le Pruth, de soulever les Principautés moldo-va-« ( l's, et de marcher sur Gonstantinople. En Épire et > l'-rée, des émissaires avaient préparé le soulèvement. 1 ne fut pas appuyé par les autres Chrétiens de ire, par les Serbes, les Grecs du Phanar, et lea lins qui préférèrent se grouper autour d'un de [S concitoyens, Théodore Vladimiresco, et ne voulurent combattre les Turcs. Ypsilanti écrasé s'enfuyait sur Brritoire autrichien (1821). Les souverains de l'Eu- >, réunis à Laybach, hostiles à tout mouvement naaliste, à leurs yeux révolutionnaire, se déclaraient rie Sultan contre VHétairie (1821). Combien pénible iborieux devait être l'enfantement de la liberté jque!
lexandre I" ne répondait pas aux appels désespérés
trlui lançait Ypsilanti. Cette prise d'armes dérangeait
inbinaisons politiques qu'il avait échafaudées avec
U.ernich, l'ennemi des revendications populaires,
désireux de prévenir une crise des Balkans. Le Tsar voulait pas fonder Tindépendance grecque sur principes de la Révolution : les Grecs devaient attend l'heure de la délivrance. Mais il était trop tard. Ali Janina, entraînant avec lui les Souliotes, partait guerre contre la Porte; en même temps les popu' tions de l'Épire et de la Morée proclamaient la révo à Patras, et les îles se soulevaient. Bientôt la Moi était libre, les Grecs étaient maîtres d'une par de la Roumélie et de plusieurs îles (juillet 1821). Devî ces défaites, le Sultan fit appel au fanatisme des Ma» mans, d'autant plus que la révolte était née de IN' thousiasme religieux : il fallait défendre le drape' du Prophète. La guerre sainte fut proclamée, et Mahmo l'inaugura par d'épouvantables massacres de Chréli(' à Stamboul et dans les provinces, qui firent plus pou) cause des Grecs que leurs victoires. Alexandre I", p tecteur des Chrétiens d'Orient, ne pouvait rester ins^ sible devant de tels excès. Il avait un devoir à re plir; il envoya un ultimatum à la Porte, lui demi dant de rebâtir les églises détruites, de protéger* religion chrétienne opprimée, de nommer des B' podars dans les Principautés. Et le Tsar s'adress' l'Autriche pour obtenir dans les Balkans le mandat celle-ci s'était octroyé pour combattre la révolt< Naples. Le prestige de la Russie en Orient lui faisait devoir d'agir.
En France, l'enthousiasme était à son comble en fai des Grecs, et le ministère Richelieu décidait d'équ: une escadre pour voler au secours des opprimés. Le! fit des propositions séduisantes à notre ambassac La Fcrronays : « Ouvrez un compas de Gibraltar Dardanelles, voyez ce qui est à votre convenance... < la Russie aujourd'hui que la France doit avoir con alliée. » (19 juillet 1821). Mais était-ce le moment de pa de conquête en Orient alors que sur le Rhin la Pn
l'état grec 133
|it inquiète de ces projets et que Metternich était prêt
es contrecarrer? Ce n'est pas en Orient qu'on effa-
lait les traités humiliants de 1815, comme les Fran-
s le désiraient. L'Angleterre du reste, ne semblait pas
orable aux projets du Tsar, et aux Conférences de
aovre, Metternich, en présence du ministre prussien
de Biilow, n'eût pas de peine à lui montrer que la
^rre ne semblait pas nécessaire; elle ne grandirait que
ussie. Devant les oppositions de la Prusse et de l'Au-
he, Alexandre hésitait à engager la guerre pour sou-
ir les Grecs. Or, la Turquie, le 14 décembre, répon-
taux réclamations de la Russie par une note qui ne
vait la satisfaire. Elle refusait la nomination
Hospodars et l'évacuation des Principautés par ses
upes, et ne donnait que des assurances vagues en ce
concernait la protection des Chrétiens. Les Grecs
reusement agissaient ; ils se proclamaient indépen-
IsàÉpidaure, le 13 janvier 1822, votaient une cons-
tion et élisaient Mavrocordato président du Conseil
cutif.
Paris, le ministère ultra de M. de Villèle n'était pas s sympathique aux révolutionnaires de Grèce, et Pbxandre, abandonné par la Prusse et par la France, venait insensiblement aux idées de M. de Metternich; lljui dépêchait un de ses émissaires secrets, Tatischeff, ppeptant une guerre contre les révolutionnaires d'Esggne, et l'ouverture d'un Congrès pour examiner l'état d l'Europe. Auparavant, à Vienne (juillet 1825), le Tsar, ûplus en plus terrifié par le libéralisme qui envahissait ms les États d'Europe, se rencontrait avec Metternich ^semblait disposé maintenant à se payer en Grèce de ^tisfaclions illusoires. La Porte, en effet, acceptait «Wacuer les Principautés roumaines et d'y installer <|.ux Hospodars indigènes (1822), et donnait au Tsar des l;0messes vagues d'amélioration du sort des Grecs . Peni ni ce temps, les Grecs étaient battus à Peta, le Pélo-
ponése cerné par les troupes turques et menacé pan flotte égyptienne.
A Vérone (1822), les souverains déclaraient qu' étaient partout décidés à écraser la révolution là oùei; se rencontrerait, et refusaient aux Grecs de recevoirlei ambassade : la question grecque semblait enterrée,i principe de la légitimité l'emportait sur celui des natii nalités.
Or, un concours merveilleux de circonstances sau cette noble nation. D'abord, la révolte n'était pas étouÉRi et le Sultan ayant exercé dans Chio une répressii effroyable, ces massacres indignèrent l'Europe et euiti en Angleterre un profond retentissement. Canningi succédait à Londonderry; il n'avait pas le culte de Sainte-Alliance; il n'était ni libéral, ni conservateur, m? très anglais, cherchant partout l'intérêt de sa patn exploitant à son profit les idées d'émancipation et liberté qui se propageaient alors partout en Europe, secourant les Grecs, il en fera les obligés de l'Angletei et affermira son influence en Orient.
D'autre part, dans l'esprit d'Alexandre, un revirenw s'opérait, parce que la Porte n'avait rien accordé, ni nomination des Hospodars, ni un régime libéral en Gt& et le mouvement qui se produisait dans ces États, faveur des Grecs, l'impressionnait.
De même en France, l'opinion se prononçait de pi en plus pour les Grecs. Le philhellénisme, là, au bien qu'en Allemagne et en Angleterre, formait comités pour envoyer des armes, des munitions, l'argent aux insurgés; les femmes organisaient des fé de charité, des quêtes, des souscriptions, et Victor Hi) faisait paraître ses Orientales. Cependant le gouvernem) restait plus que tiède, et M. de Villèle, homme d'afTail et de chiffres, répondait, quand on lui parlait de la Grè a qu'il ne comprenait pas bien l'intérêt qu'on pouV" prendre ù cette localité ». Et pendant que le philhe -
Sme se développait, les Turcs, irrités des résistances 1; Grecs, faisaient appel aux Égyptiens et à Méhémet- \ pour triompher de la rébellion.
n s conférences, pour le règlement de la question l»rient, devaient s'ouvrir à Pétersbourg en 1824; on y tenterait un mémorandum du Tsar qui organisait en 'to trois Principautés sous son patronage. Ce n'était )j lindépendance, mais l'autonomie, et les Grecs déclarent cette concession insuffisante.
^a situation devenait pour eux de plus en plus grave. khémet-Ali débarquait en Morée; sa flotte joignait Iscadre turque; tout parut désespéré. Canning, qui 'joute l'intervention de la Russie en Grèce, essaie de uretarder en ofl'rant une médiation dont la base sera proclamation de la liberté grecque. Alexandre, pressé ir son peuple, ne vit pas d'autre moyen que d'accepter «projet d'une intervention diplomatique dont l'Angle-
r-' espérait tirer désormais tout le bénéfice. Sur ces ' refaites, le Tsar mourait en 1825.
'Autant Alexandre était hésitant, autant son frère, yjolas I", était un esprit ambitieux et énergique, iiime des questions sont en suspens avec les Turcs qui î»nt pas évacué les Principautés et molestent les navires Mses dans les Détroits, il leur adresse un ultimatum, le l mars 1826, demandant le rétablissement du statu quo lis les provinces danubiennes, Tenvoi d'une commisj<n pour traiter des différends qui résultaient du traité i Bucarest, la mise en liberté des otages serbes, et iVïtroi des institutions promises par ce même traité ; lisntendait régler seul sa querelle avec les Turcs. Que Jieenaient les plans de Canning devant une attitude Ksi ferme? La manière d'agir du Tsar prépa-
rait un démembrement de l'Empire et le principe de l'in tégrité avait fait son temps.
La Grèce était ravagée par les armées d'Ibrahim ; Miss longhi allait capituler; les discussions intestines afl blissaient la résistance. Canning, pour se concilier k Grecs, proposait sa médiation entre leur pays et TEmpir ottoman, et faisait nommer Stratford Canning,un de s cousins, à Constantinople, offrant à la Grèce, réduite à 1 Morée et aux îles, Tautonomie. D'autre part il envoy à Pétersbourg Wellington pour prévenir la guerre av la Turquie, et préparer une entente dans les affaii d'Orient. Le protocole, signé le A avril 1826, était ! premier accord diplomatique qui intervenait en Eure pour l'affranchissement de la Grèce. Celle-ci jouirait d l'autonomie, nommerait le chef du gouvernement, sai ratification de la Porte.
A Constantinople, où venait d'éclater la révolte d Janissaires, les envoyés du Tsar se montraient ph exigeants et négociaient bientôt le traité d'Ackermai du 7 octobre. Les privilèges de la Moldo-Valachie étaiei confirmés, les Hospodars seraient élus pour sept ans p; les Divans locaux, la Serbie recevrait la constit tion promise, les Russes auraient pleine liberté de co; mercer dans les mers et les ports ottomans.
Mais il fallait régler avec la Turquie la question grecqi et les Turcs restaient intransigeants, persuadés que Russie et l'Angleterre ne pourraient se mettre d'acc( pour lui imposer une solution. Heureusement la Fran< entraînée par l'opinion publique, allait se prononcer faveur de la Grèce, et Canning poussait M. de Vill dans cette voie afin de contrebalancer l'influence ru?^
Du reste, les Grecs étaient dans une situation dés( pérée : Athènes venait d'être prise (juin 1827). Londres, était- signé le traité réclamé par la Frac (6 juillet 1827), qui prévoyait l'emploi de mesures coei tives au cas où la Turquie ne voudrait pas reconnall
itonomie de la Grèce, et le 3 août, les ambassadeurs
puissances alliées adressaient à Constantinople une
e qui demandait un armistice, mais le Sultan refu-
de la recevoir. Le 20 octobre, avait lieu la bataille de
sarin et la flotte turco-égyptienne était anéantie.
^e Sultan, irrité, lança une proclamation contre la
ssie, l'éternelle ennemie de l'Empire. La riposte du
ir ne se fit pas attendre; il donna l'ordre d'occuper
1( Principautés. Puis un protocole était signé à
Indres, complétant le traité de 1826; un corps de
l upes françaises s'embarquerait à Toulon pour aller
c:uper la Morée (19 juillet 1828). D'autre part, la lutte
-î^irageait, dans le Caucase, entre la Porte et la Russie
jur que le Tsar ne réglât pas seul la question grecque,
-rleterre s'efforça d'obtenir des Turcs la reconnais-
s ice de l'indépendance grecque. Les puissances, à
I iidres, fixèrent les limites du nouvel État que la Tur- ( ie devrait reconnaître et qui comprendrait la Morée, 1' Cyclades et la Grèce continentale, jusqu'aux golfes (\rta et de Volo, avec une constitution monarchique et
II prince chrétien (22 mars 1829). Mais à Constantinople, Is Turcs refusaient d'accepter le protocole de Londres.
succès russes décidèrent du sort de l'Hellade. En ^s de victoires en Asie, la Roumélie était conquise, idrinople prise; l'aigle russe volait à proximité de jiistantinople.
Les Turcs signaient la paix d'Andrinople (14 sep-
iiibre 1829) qui confirmait les droits de la Moldavie,
î la Valachie, de la Serbie, donnait aux navires russes
! libre passage des Dardanelles, et à la Russie les places
Anapa, de Poti, d'Akhaltzick, d'Atzkom, d'Akhalkalaki,
i Asie Mineure. La Porte adhérait également au proto-
jle du 22 mars. La Conférence de Londres accordait au
ouvel État non plus l'autonomie, mais la pleine
-idépendance (3 février 1830). La Turquie subissait
iQ de ses plus graves démembrements, en laissant
se créer sur ses flancs une nation de vaillants naviga leurs et de hardis commerçants. « Cela ne peut durer disait Metternich^ et Wellington ajoutait : a II va falloi procéder au remplacement de la Porte; elle est frappé] à mort. ))
Il fallut trouver un souverain à la Grèce. Capo d'Istri^] qui avait présidé aux premières luttes de Tindépej dance, la gouverna deux ans, après le refus du prinç] Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, élu peu après rr des Belges. Après l'assassinat de Capo d'Istria, qui ava fait peser sur le pays un régime de violence, le princ Othon de Bavière devenait roi de Grèce, et, par le trait de Constantinople entre la Russie, la France, l'Angle terre et la Turquie, celle-ci reconnaissait la Grèce ( son nouveau roi (21 juillet 1832).
La Grèce moderne venait de naître, et la Turquie p» dait ainsi une de ses plus belles et de ses plus riche provinces.
Le roi Othon ne fut jamais populaire, quoiqu'il chei chat cependant, pour se concilier les sympathies dei nouvelle patrie, à flatter les revendications helléniques, satisfaire l'idéal national. Pendant la guerre de Crimée poussé par les chefs de partis, il se déclara contre l6 Turcs. Ce n'était guère le moment, et la Grèce dut subi Toccupation du Pirée par les flottes anglo-françaiseî' alors que les Grecs, déçus dans leurs espérances patrio tiques, en voulurent à Othon de ne pas les aroi réalisées. Sa situation devint intenable et, quelque années après, la révolution éclatait à Athènes (1862).
L'Angleterre et la Russie, qui avaient encouragé 1 révolution, cherchèrent à Pexploitor à leur profit, voi lant, l'une installer là-bas le duc de Leuchtenberj l'autre le fils de la reine Victoria, le prince Alfred. ?ovi
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urter l'influence russe, l'Angleterre céda aux Grecs les lonniennes, et le prince Alfred fut élu (1863). Mais reine Victoria ayant refusé la couronne pour son fils, mnee Georges de Danemark, neveu du roi de Dane- .rk, devint roi de Grèce.
les patriotes grecs avaient renversé la dynastie bava-
86, étrangère à leurs aspirations nationales. Le
aveau roi, au contraire, devait être le serviteur de la
mde idée qui visait à la réalisation de l'unité hellénique
fidée sur les doctrines de langue et de race, par Tan-
cxion des territoires grecs.
Mais de la Grèce, constituée par le traité de Londres [ 3 février 1830, restaient séparées une partie de la ^ cédoine, qui fut grecque, l'Épire, comprise dans l Ibanie, les îles de la mer Egée, dont la grande île de [ndie, et les îles des côtes d'Asie Mineure. Ces terril ros avaient conservé l'esprit et la langue helléques, et TefTort des Grecs devait tendre, pendant quatrengts ans, à leur réunion à la mère patrie. Il y avait Eisiun irrédentisme hellénique comme un irrédentisme i lien et serbe, et d'autant plus frappant que la Grèce I constituait dans l'ensemble que la plus petite partie (venue indépendante, environ 2.600.000, sur un total ( 7 millions d'habitants.
'Pendant le XIX° siècle et les premières années du XX% jsqu'àla guerre balkanique, chaque fraction de l'helléisme lutta pour atteindre l'idéal des patriotes grecs. Le ÎQS bel exemple de cet effort continu est donné par la '.été qui combattit, avec opiniâtreté, pour s'unir à la «•èce et conquérir l'indépendance. Un historique rapidede question crétoisc montrera mieux à quel point les Grecs ut profondément enracinée au cœur, avec les souvenirs <j) leur grandeur passée, la foi invincible en un avenir îparateur qui donnera à la race ses satisfactions légion es.
C'est à la Macédoine qu'on peut le mieux comparer Crète, mais s'il y a des analogies dans la situation de c deux pays, — cartons les deux étaient également sourol à la Turquie, — les dissemblances abondent. La Macédoiii» était peuplée de Musulmans et de nationalités diverse^ d'où les querelles de races qui déchiraient cette malhe.j reuse province, et l'Europe, ne sachant à qui la confiu avait pris le parti de la laisser aux Turcs, en décida j qu'elle ne serait ni grecque, ni serbe, ni bulgare. Mais^ Crète au contraire est peuplée exclusivement de Grecj S'il y a des Turcs, ils ont quitté l'île depuis longtemps même les Musulmans, (jui constituent un quart envir de la population totale, parlent grec et sont peut-être race aussi pure que les Hellènes du royaume. Du reste,i Crète a subi moins de transformations que les autr|| parties de la Péninsule, et à plus forte raison que Macédoine. Si un Grec des temps héroïques revenait Crète, il se croirait encore au sein des mêmes comi triotes, dévoués à leurs demi-dieux, Cadmos et Europe, gouvernés par le légendaire Minos, l'homme aux C€|| vierges!
Du reste, si la Crète a appartenu aux Turcs, c'est pl| récemment, plus superficiellement que les provinces l'Empire. Les Vénitiens ont possédé la Canée jusque] 1645, et Candie jusqu'en 1669, et même, au début XVIII" siècle, Grabonsa, la Sude etSpinalonga. LesTur^ appelés par les indigènes, furent alors les seuls maîln| mais ils disparurent peu à peu devant les émeutes su( sives, et l'île ne fut plus habitée que par des Cretois, uns musulmans, les autres en majorité chrétiens. Il tû du reste dire que l'île ne fut jamais absolument conqu|| par les Turcs, et les Chrétiens ont toujours conservé dl les montagnes une certaine autonomie.
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']n 182i, lors des guerres de l'Indépendance, la Crète pisait aux mains de TÉgypte qui la conservait jusqu'en 1 tl. Si l'Egypte était une puissance ottomane, du moins tî différait essentiellement de la Turquie, car elle était p. s libérale. Méhémet avait faitduTanzimâtune réalité, e 1 semble que les Cretois se soient assez bien accom- D'dés du régime égyptien, au point qu'ils virent avec r:ret le retour de la domination turque. C'est en tout c , depuis 1841, que les révoltes sévirent en Crète à l'at endémique. 11 serait trop long de les énumérer : lil, 1852, 18G6, et notamment celle de 1896, à la suite d laquelle l'Europe prit la Crète en dépôt, en nommant L Haut-Commissaire. La Crète avait son parlement et 51 iTOUvernement propres, mais elle ne jouissait que cme indépendance nominale, car elle faisait toujours frtie intégrante de l'Empire ottoman.
D'où provenait cette situation anormale de la Crète? [' pourquoi ni l'Europe, ni la Turquie, n'avaient-elles [rmis, à aucun moment, le rattachement de l'île à la e? Pour quelles raisons, malgré les vœux réitérés [S populations Cretoises, l'annexion à la Grèce n'avaiti.e pu s'opérer jusque-là?
«Les Turcs voulaient conserver la Crète. Sa position ^ns la Méditerranée, au confluent des routes commerliles d'Afrique et d'Asie, est exceptionnelle, et toute lissance qui a détenu le commerce du Levant a dû issurer la possession de Candie. Venise avait fortifié 'le; elle avait bâti toute une série de castelli aux prinpaux points de débarquement, et l'on voit encore en 'ète, de nos jours, plusieurs des forteresses vénitiennes, ais si les Turcs tenaient à la possession de Candie, ce est pas tant à cause de sa situation stratégique, que irce qu'ils voulaient défendre les intérêts des Musul-
mans de l'île; or, les Turcs ne consentaient que difficïïf mentàabandonnner leurs droits, et à plus forte raisonceu de leurs coreligionnaires. Toutefois ils n'avaient pas et les seuls à s'opposer à l'annexion de Candie par la GrèC' Les grandes puissances elles-mêmes l'avaient toujour refusée. Il y avait donc d'abord des raisons d'ordre inter national qui expliquaient la situation spéciale de la CrèUi A la suite de la guerre de l'Indépendance, l'Europe euti s'occuper de Tile de Candie, notamment en 1829, an Conférences de Londres, pour déterminer l'étendue d| la Grèce (Protocole du 3 février 4830). Il est inutile 4| rappeler comment, à cette époque, l'Angleterre, la France la Russie, l'Autriche et la Prusse, refusèrent d'englobej la Crète dans le royaume du roi Othon. Déjà l'Angleterni pour les motifs qui allaient subsister jusqu'à la fia d XIX" siècle, continuant à appliquer les idées de Pitt, étai^ décidée à maintenir l'intégrité de l'Empire ottoman, afî d'en faire une barrière contre les progrès de la Russie Navarin était pour elle un événement fâcheux : Wellina ton trouvait qu'on faisait la Grèce trop grande en adjoiij gnant à la Morée une partie de la Péninsule.
La Russie elle-même n'était pas aussi favorable à laGrèc que l'Angleterre le supposait, et, plutôt que de consentil à la favoriser trop, préférait conserver l'Empire ottomaB C'est que la Grèce est à cette époque, pour la RussU une rivale redoutable. La « grande idée » s'oppose dire^ tement aux rêves panslavistes, et un Empire byzanti; indépendant ne peut convenir aux héritiers de Pierre 1^ pourtant défenseurs de l'orthodoxie. Les Grecs du resl avaient manifesté maintes fois leurs répugnances pour tutelle moscovite.
De son côté, l'Autriche est loin de vouloir protégerl^ races opprimées. C'est Mellernich qui est allé cherche les Égyptiens pour les lancer contre les Grecs; il fui négociateur du traité entre le Sultan et le pacha d'Égypi qui obtenait la Crète pour prix de son concours.
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uant à la Prusse et à la France, leur attitude, en cette bnstance, était plus qu'équivoque et devait le rester (r ainsi dire jusqu'à la fin de la crise. Il est assez feux de voir, pour ne parler que de la France, et dé- ;able de constater que ses aspirations généreuses, t^s de la Révolution de 1789, aient été, soit par suite fcirconstances, soit à cause des engagements exté- (rsplus ou moins adroitement conclus par le gouvertent, paralysées et rendues inefficaces. Bien des Fran- [ pourtant avaient combattu avec ardeur dans les [S des Grecs, mais la cause de la Grèce paraissait une te libérale et à ce titre était vue d'un mauvais œil
-Touvernement des Bourbons.
le nouvelle occasion s'offrait bientôt à la France et
autres puissances de modifier la situation de la