‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 16 sur 60 · Pourquoi décidèrent-elles alors, en 1841, de l'en · texte numérisé non relu

Pourquoi décidèrent-elles alors, en 1841, de l'en

f aux Égyptiens et de la remettre aux Turcs? C'est

l'heure n'était pas venue où certaines puissances,

idéfendaient le principe de l'intégrité de l'Empire

tuan, consentiraient à y porter atteinte. Louis-Phi-

>3, très anti russe, n'était pas moins opposé que l'An-

E!rre à tout affaiblissement de la Turquie, désireux

eacer par un affront égal à l'égard de la Russie, celui

ille venait de lui infliger en la personne de son allié

é^met-Ali. D'où la convention des Détroits, destinée,

1} la pensée de ses auteurs, à consolider l'Empire turc

vii donnant la Crète. Et la Russie, contre laquelle on

" H de fortifier la Turquie, applaudissait à ce qui

té fait contre la Grèce!

{u'alors l'Europe était en partie excusable

a)ir à ce point méconnu les vœux unanimes des

i liotes : elle les ignorait. Mais de fréquentes insur-

MS n'allaient pas tarder à lui révéler la situation de

I -^uerre de Crimée ne devait pas être favorable à la La France et l'Angleterre s'armaient toujours

pour défendre Tintégrité de l'Empire ottoman, et notaD ment contre la Grèce qui désirait à ce moment s'unir la Russie dans l'espoir de dépecer la Turquie et ( prendre la Crète et la Macédoine. La France et VKul terre bloquaient le Pirée, et au Congrès de Paris q favorisait les Roumains etjles Serbes, la Grèce avj la douleur de ne rien obtenir.

Les Cretois décidèrent de résister. Ils se soulevai, en 1858, à la suite de la violation par le Sultan du Hat Houmayoum du 18 février 1836 qui accordait la libi. de conscience aux populations de l'île, et surtout 18G6 en proclamant leur annexion à la Grèce. Oin| Pacha avec une armée dévastait la Crète la soumettre (avril 1867). Les consuls de l'ile réclam au nom de l'humanité une enquête européenne. Quel allait être l'attitude des puissances? La France et* alors gouvernée par l'homme qui incarnait le princ des nationalités, et la Crète précisément l'invoquait Napoléon III avait voulu travailler en faveur des Crète il eût trouvé cette fois la Russie disposée à le soute; car elle cherchait à affaiblir l'Empire ottoman en fav santles diverses nationalités et au besoin la Grèce, p obtenir la révision de l'humiliant traité de Paris. dans l'intervalle avait eu lieu Sadowa; Napoléon se prochait de l'Autriche qui ne voulait pas d'agrandis ment de la Grèce et désirait avant tout le mainla du statu quo dans les Balkans. Et puis TAngleterre, al e fidèle du Sultan, était plus intransigeante que jamais la Conférence de Paris (janvier 1860), la Russie seule à défendre les Grecs. Par suite des intérêts opjdes puissances, la Crète restait encore soumise Turquie.

Cependant la Fronce avait fait une concession Russie et au principe des nationalités, en demain Tautonomie de l'ile, et grâce à cette heureuse influe la Porto, par le flrman du 8 janvier 1868, conférait

;Hois d'importants privilèges, en leur accordant un rlomont sous forme de conseil général, composé de ; rétiens et de Musulmans. L'île devait être administrée I un vali ou gouverneur général nommé par le rltan. Elle était divisée en Sandjaks ou arrondissements :nt les gouverneurs étaient moitié des Musulmans, [)itié des Chrétiens, tous nommés par le Sultan. Mais cet acte qui tenait compte de la présence dans l e de l'élément musulman et qui, en fait, lui assignait la [:3pondérance, en dépit de son infériorité numérique, [rut inacceptable aux Chrétiens. L'inverse se serait du rite produit si les Chrétiens avaient été les plus favo- [ es, comme cela devait avoir lieu plus tard. La question 5 compliquait donc; elle n'était pius seulement interfttionale, et nous touchons aux raisons profondes qui r t rendu le problème crétois un des plus délicats qui

Rien n'était plus difficile à appliquer que le flrman ( 1868, et rien n'était plus difficile à remplacer. Si la jépondérance était donnée aux Chrétiens, ils réclai?raient de suite Tannexion à leurs frères de Grèce, afin ' venir plus aisément à bout de l'élément musulman ' "ils exècrent. Si au contraire les Musulmans dominaient (ns l'île, ils demanderaient un rattachement plus étroit n'Empire ottoman pour les raisons diamétralement (posées. Voilà comment se posait le problème crétois ■ rs 1808 : les difficultés internationales précédemment

• [Misées se doublaient d'une lutte de races et d'une iierelle de religions.

Aussi le firman de 1868 fut-il abandonné parles Musull'ansetles Chrétiens; aussitôt que signé, il devint lettre Jorte. Au moment de la crise des Balkans de 1876, les

• étois voulurent exiger l'exécution des conventions de

lULNEAU. 10

LA TURQUIE ET LA GUfclRRE

1868, augmentées de privilèges nouveaux. Leurs pétitioBij furent repoussées et ils prirent les armes en proclamai leur réunion à la Grèce. Mais au Congrès de Berlin, le] puissances reculèrent encore devant les solutions rad cales et se contentèrent de vagues promesses ; elles stip j lèrent de la Turquie «qu'elle appliquerait scrupuleusemeij à l'ile le règlement organique de 1868, en y apporta); les modifications qui seraient jugées équitables» (art.îîj L'imprécision des termes de cet article permettait à Turquie d'éluder tous les engagements pris. Elle coj naissait du reste les divergences de vues des puissancej Si la Russie poursuivait alors sa politique de 1868 cherchait à affaiblir les Turcs, l'Angleterre était enc( fidèle au dogme de l'intégrité de l'Empire ottoman] l'Allemagne la soutenait dans cette voie, afin de diminn} l'influence de la Russie dans les Balkans. Cependî l'Angleterre, sous l'impression des idées libérales, int cédait près de la Porte en faveur des Cretois, et une ce vention, conclue le 30 octobre 1878, et connue sousi nom de Pacte de Halépa, donnait en partie satisfacti| aux vœux des insurgés, qui s'engageaient devant consuls européens à respecter le firman de 18G8 légèi ment amélioré. On étendait les attributions de l'Assel blée générale qui était composée de -49 Chrétiens! de 31 Musulmans, et on lui donnait le droit d'élaboi les lois nouvelles. Le vali ou gouverneur général et nommé pour cinq ans, et était assisté d'un mouchavii adjoint chrétien.

Si ces réformes satisfaisaient les Cretois, elles ne 1^ suffisaient pas, car ils voulaient l'annexion à la Gréjl Au moment où les puissances étaient réunies en 11 Constantinople, pour régler la question des frontière! Grèce \ les Candiotes firent parvenir leur vœux k la C|

1 . Certains hommes politiques turcs, au lieu d'accorder à la Gj les rcclificatious de frontières qu'elle rt^clamait du côté de la' doiue, proposèrent de lui donner Candie. L'Angleterre s'y énergiquemcnt : Candie ne devait pas appartenir à la Grèce«

J3nce, mais on ne tint pas compte de leurs desiderata. ,*s des troubles qui survinrent en Grèce en 1885, leurs • érances se réveillèrent à nouveau, et ils manifestèrent -lemment leurs désirs d'annexion.

)e leur côté, les Musulmans de l'île n'étaient pas satis-

< des concessions faites aux Chrétiens en 1878, et ouverneurs généraux s'empressèrent de violer les

,i ements pris. Il existait donc de part et d'autre un

l d'hostilité qui devait amener fatalement des conflits. î 1888, éclata un soulèvement dans l'île; Abd-ul- Md promulgait le firman du 1" décembre 1889 et l'ogeait les concessions faites antérieurement, en resîignant les pouvoirs de l'Assemblée générale et en lamentant ceux du gouverneur nommé par la Porte.

.iB nouveau firman fut loin de calmer les colères et les viennes des Chrétiens. Ils n'attendaient qu'une occasion 3ar se soulever. Lors des massacres d'Arménie, les IHois demandèrent le retour au Pacte de Halépa et à ,rrs anciens privilèges (1895). L'insurrection gagna l'île :it entière et le gouvernement hellénique menaça d'in- ;• venir. La situation était tellement grave que les pissances demandèrent au Sultan de faire des concesî'ns, et celui-ci, par le firman duo mai 1895, accordait 36 nouvelle Constitution à la Crète : un chrétien, Kara- L îodory Pacha, était nommé au gouvernement de l'île.

\ leur tour, les Musulmans protestèrent. Ils déclaraient [r'avec une majorité chrétienne à l'assemblée et un vali crétien, leurs droits ne seraient plus sauvegardés. Le CTiité musulman de la Canée fit appel à la résistance : c'fut la guerre civile. Vainement les puissances échan- ' 'i'^nt des notes avec la Turquie, élaborant des projets iormes(25aoùt, 28décembre 1896,27 janvier 1897); 1 crise devenait de plus en plus violente.

Ces événements démontraient quelles étaient les causes (S iasurrections Cretoises, quelle était la difiîculté pour 1 urope de satisfaire également les deux parties en pré-

sence.Ce qui favorisait l'une, naturellement devait méco tenter Tautre. Les faits qui suivirent sont trop conn pour que nous insistions davantage.

En février 1897, la Crète était remise en dépôt aux pu sances par le Sultan. Les troupes grecques etles troup turques se retiraient ; l'Europe renvoyait les garniso turques qui protégeaient la minorité musulmane do elle voulait assurer désormais la sécurité. Au printem de 1898, l'Allemagne et l'Autriche s'étant détachées groupe des puissances qui avaient reçu l'île en dép l'Angleterre, la France, la Russie et l'Italie la prenait sous leur protection pour veiller au maintien de Tord] empêcher le retour des hostilités entre Chrétiens et 1 sulmans : c'était cette pensée qui motivait leur attitu nouvelle. Le 23 novembre, le prince Georges de Grt était nommé Haut-Commissaire, puis on élaborait u Constitution (23 avril 1899), dont l'article Importait q «la Crète, avec les îlots adjacents, constituerait un t jouissant d'une autonomie complète, dans les conditk établies par les quatre grandes puissances », puis on or nisait une gendarmerie locale. Mais le prince Georges beau déployer la plus grande habileté, il ne put fa accepter complètement la situation créée par les pu sances. Le dilemne restait le môme.

Malgré le caractère libéral de la Constitution, l'uni était impossible entre Chrétiens et Musulmans par su do leurs aspirations. L'attitude des puissances, en dé des changements survenus dans la situation inter tionale, était quelque peu hostile à la Crète, et vai ment, chaque année, le Prince réclamait auprès i chancelleries l'union de l'ile au royaume de Grèce, i Cretois, disait-il notamment en 1904, étaient las d, tendre etmcnaçaientde brusquer les choses ; la préseï des troupes internationales devenues inutiles leur c saitune impression d'agacement. « Pour éviter de9d| cultes toujours croissantes, et qui deviendront biemi

l'état grec 140

liirmontables, il n'y a qu'une seule solution : l'union • l'île à la Grèce*.» L'Angleterre, sous l'empire des iionstances, avait bien abandonné le do^me fameux de ilégrité de l'Empire ottoman, mais il avait été repris par . Ipmagne appuyée sur la Triplice, et l'alliance francone s'était manifestée que dans le sens du maintien u qiio.

t'vant les difficultés nombreuses qu'il rencontrait, le at-Commissaire démissionnait en 190G, et était reml:é par M. Zaïmis, ancien ministre de Grèce, désigné l'c fois par le roi, après accord avec les quatre puiss protectrices.

la suite de la révolution J eune-Turque, de l'annexion ta Bosnie-Herzégovine, de la déclaration d'indépenîce bulgare, la Crète, le 15 octobre 1908, proclamait c annexion à la mère-patrie. Elle constituait un gou- Eiement provisoire, les tribunaux rendaient la justice nom du roi de Grèce, les lettres étaient affranchies ycdes timbres grecs. La Crète semblait avoir conquis enitivement son indépendance.

e plus, dès 190G, les puissances avaient substitué à lendarmerie italienne qui faisait la police de File, une lice locale encadrée par d'anciens officiers grecs, en imettant le retrait des contingents internationaux. En i 1908, les puissances protectrices, entre lesquelles 5.ente, depuis les rapprochements anglo-russe et 'î'co-italien, était plus étroite que jamais, prenaient pragement de retirer leurs troupes à la fin de juillet si le calme régnait dans l'île.

s puissances avaient reconnu que les Cretois mériint les faveurs de l'Europe. Elles venaient de décider ■ 'rait des troupes internationales qui étaient rems par des stationnaires dans les eaux Cretoises, -ément parce que le « calme régnait dans l'île ».

Voir : André Tardieu. Questions diplomatiques de l'année 1914,

Dès le 30 octobre, du reste^ les consuls avaient décla que les puissances ne seraient pas éloignées de cons dérer comme possible l'union de Candie avec la Grée « si Tordre était maintenu, et si d'autre part la sécuri de la population musulmane était assurée. »

Le gouvernement crétois, dans une proclamatî* adressée le 17 juin 1909 à la population de l'île, à s< tour, disait:

Les puissances protectrices, qui ont pris sous leurhaii' protection notre patrie en y maintenant leurs troupes pe dant dix ans, n'ont pas cessé d'envisager notre question dl un esprit qui ne soit pas contraire au pas pris l'an dernier^ pas dont nous avons espéré qu'il nous donnerait la soluti que comportent seuls les grands sacrifices et les luttes si humaines qu'a soutenues depuis tant d'années le peuple c tois, petit sans doute, mais plein de confiance dans la jusl de sa cause...

Les puissances n'ont pas comme naguère formelleiiK désavoué notre initiative; bien au contraire, elles Vi tolérée. Elles n'en sont pas restées là; mais par une note leurs représentants auprès de nous, elles nous ont conflr qu'elles envisageaient avec bienveillance notre question qu'elles posaient seulement cette condition que Tordre assuré ainsi que la sécurité de nos concitoyens mi mans...

Bien que, au reste, la justice de notre cause monte ji qu'au ciel, bien que les questions préliminaires au rèf ment de notre sort aient reçu solution et bien que nous ayi l'assurance de la bienveillance des puissances, nous i^ avons pas moins tenu à observer strictement les teri) qu'elles nous avaient fixés comme condition à leur bieûf lance.

Nous n'avons pas cru devoir douter un moment qu"^ solution favorable serait donnée à notre question, d'aul plus (jue toutes les considérations importantes s'accordei la conseiller; nous ne nous sommes pas laiss(^s agiter des bruits et des dires absolument contraires aux intérôl notre cause.

l'état grec 151

Pour toutes les raisons susdites, il convient que nous con-

;mions à conserver tout notre sang-froid et à attendre avec

i|jiième tranquillité et la même constance la sentence des

^ndes puissances, confiants dans la justice de notre cause,

■Qs la logique des choses, dans les promesses et dans la

nveillance des puissances; bienveillance dont nous avons

maintes fois jusqu'à cette heure à nous louer, bienveil-

oe qui ne nous manquera pas dans les conjonctures pré-

îites qui en ont été en quelque sorte l'objet.

Vous ne pensons pas nécessaire de vous rappeler que le

[.intien de la tranquillité et de Tordre et la sauvegarde de

[5 concitoyens musulmans dans l'avenir comme dans le

[^3sent, c'est là tout notre programme poUtique. Pour le

r,.te, ayons confiance en la justice de notre cause et dans la

L'nveillance efficace des puissances dont découlera l'heu-

Sise solution de notre question.

Egalement, M. Vénizélos, membre du gouvernement (bvisoire, déclarait, dans une interview reproduite par i Temps^ du 13 juillet :

tes Cretois ont entièrement rempli les conditions et ils

rendent avec confiance la décision de l'Europe. Puisque, en

eet, depuis onze ans, la Turquie, dépourvue définitivement

d toute autorité sur l'île, ne conserve qu'un droit de suze-

rneté nominale, puisque, d'autre part, les puissances,

cccord avec le gouvernement crétois, et en dehors de toute

ii'mixtion ottomane, n'ont cessé de régler et de compléter le

Btut politique du pays, en créant à la Crète des liens de

pis en plus étroits avec la Grèce, elles pourraient parfaite-

int aujourd'hui, sans outrepasser les limites qu'elles ont

alignées depuis onze ans à leur propre autorité, décider que

lîCrète sera gouvernée comme province du royaume hellé-

tfjue, en envoyant ses représentants siéger à la Chambre

Mie. Seule la suppression du drapeau flottant sur l'îlot de

ide porterait atteinte à la suzeraineté nominale du

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