L'EMPIRE OTTOMAN POUVAIT-IL SE RENOVER
ielte révolution était à la fois libérale et nationaliste, mant satisfaction aux aspirations des partisans d'une isiitution et à celles des nationalités chrétiennes. Les omans auraient désormais le bénéfice d'institutions résentatives comme en Europe, c'est-à-dire la liberté itique. La Constitution proclamait l'égalité entre tous sujets de l'Empire, quelle que fût leur race, quelle j 3 fût leur religion. L'article 8 de la Constitution disait : iTous les sujets de l'Empire sont indistinctement loelés Ottomans, quelle que soit la religion qu'ils pro- >sent. » L'article 17 : « Ils sont tous égaux devant la ». Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs enle pays sans préjudice de ce qui concerne la reli- . » Elle effaçait ainsi les principes sur lesquels était .' l'État ottoman, qui reposait désormais sur un iine nouveau. Cependant Mahomet avait proclamé que [i vainqueurs seraient tout-puissants dans l'Empire, qils devraient le service militaire et ne paieraient que J5 taxes déterminées; les vaincus, les Chrétiens paiement des impôts spéciaux et ne seraient pas astreints Bit service militaire, d'où l'inégalité entre ces deux caté- ^ries de sujets ottomans. L'organisation religieuse était B effet à la base même de la vie politique, le pasteur r igieux était le chef de la communauté. En proclamant ainsi l'égalité des races et en déclarant ' ' la race chrétienne serait indépendante, la Turquie Nulait empêcher toute intervention étrangère qui E lait précisément manifestée, à maintes reprises, pour Biiver les Chrétiens de l'oppression musulmane. I-Ainsi cette réforme semblait la plus profonde de toutes. Il: Turquie, dégagée des influences et des pressions de 1 urope, mettrait elle-même en valeur ses richesses, i,velopperait l'état économique du pays, construirait
des routes, des chemins de fer; les finances en seraie améliorées. Les luttes de races qui paralysaient la vie l'Empire disparaissant, tous travailleraient à la grande de la patrie. C'était bien, comme on l'a dit, une i nouvelle : la Turquie allait se régénérer. De rAlbai; jusqu'au Gange, au nom des grandes idées de liber d'égalité des peuples, des religions, des classes, to, tressaillaient d'espérance, avaient confiance dans grande œuvre qui se préparait. Ivresse des cœu illusion des esprits ! Les Turcs croyaient à la fratern, universelle, à la puissance des idées qui venaient France et nous avaient permis jadis de nous rénover de dominer l'Europe. Ils avaient la foi!
Qu'étaient les Jeunes-Turcs? Ils ne formaient qu'i| minorité dans le pays, les uns civils, les autres mi taires, n'ayant pas l'expérience des affaires, ayant p« la plupart vécu en France, en Allemagne. Fort inte gents, ils s'étaient assimilés, mais trop hâtivement, éléments de la culture occidentale. Ils arrivaient au p voir, l'esprit farci de théories et de conceptions p< tiques. Ils supposaient que le seul fait de pouvoir appliquer leur tiendrait lieu de méthode de gouverj ment. Or, l'absence de cette méthode allait vicier 1| système à sa base même. On ne s'improvise pas g vernant, et on ne saurait régenter brusquement un pi sans tenir compte des traditions et des mœurs df peuple soumis, durant des siècles, à des concepli^ toutes différentes.
Cette jeunesse présomptueuse, inexpérimentée, é évidemment remplie des meilleures intentions; les m taires étaient des patriotes ardents, quoique peu cultii tous étaient pénétrés de la grandeur de l'Islam. En rt nérant le pays, ils voulaient défendre la race et iP
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mer son antique puissance. Dans l'Europe corrompue d W siècle, le peuple turc est vertueux, a des énergies qu'alors inutilisées, et que le pouvoir néglige; il n'y [)as de chef. Le Sultan gouverne pour lui, pour sa lille, et non pour l'Empire; avec un pouvoir fort, itralisé^ toutes les forces seront groupées et dirigées is une même voie, la prospérité du monde islamique. Vez ces immenses richesses qui permettent à tant de ctionnaires de vivre dans le luxe, et dans les procès, ces richesses naturelles qui pourraient être ployées, accrues I Quel magnifique pays neuf à exploi- ! Les brasseurs d'affaires, les courtiers d'Europe p.irraient lancer leurs combinaisons alléchantes dans c; nouveaux domaines.
>tte réorganisation de l'Empire, cette utilisation Dilleure de ses forces devront comporter d'autres fi^ormes : développer les écoles, secourir les indigents, ihner aux Turcs le sentiment de leur force en leur dant confiance, en réorganisant et fortifiant l'armée, otte, pour les défendre contre les ennemis du dehors, réformes s'appliqueraient donc à la glorification de ce turque. De là, la tendance vers laquelle ils inclinent vite : « Gouverner en Turc et pour les seuls Ires ». Les peuples des autres communautés étaient Jrace inférieure et ils le leur firent sentir, tout en pro- ;.mant qu'ils voulaient leur bonheur à tous. |Les Jeunes-Turcs s'illusionnaient beaucoup sur les ■ihesses de l'Empire. Tout n'était que façade, les terres s.ient appauvries, dévastées par l'incurie et la conquête /omane; la découverte et l'exploitation des richesses :lurelles demandaient des capitaux immenses. Ce Hait plus là le nouveau monde inexploité, livrant toque jour à l'homme qui travaille des richesses nou- ^ies. Ici au contraire, tout avait été creusé, fouillé, fié pendant plus de douze siècles I ^es finances et l'administration de l'Empire servirent
d'abord à améliorer les régions turques; les comm naulés furent seules favorisées en ce qui cencernait l, subventions aux hôpitaux et aux écoles et les dégrè' ments d'impôts; d'où le mécontentement, la révol parce que les Chrétiens des différentes races virent q seuls les Musulmans bénéficiaient du nouveau régime.
Au début, les membres du comité Union et Progii s'entourèrent bien des conseils des Vieux-Turcs expéi mentes, des fonctionnaires en place, mais les idi étaient trop différentes et la bonne entente ne fut qudj courte durée. Et puis le Comité, pour imposer ses dj trines et sa politique, dut avoir recours, comme t<| régime à ses débuts, à la force. On ne crée rien sans lence. En 1909, il y eut de «nombreuses pendaisoE Constantinople; la loi martiale, l'état de siège régnai, dans la capitale. Bref, le Comité, en gouvernant, fut ab lutiste et despotique, de sorte que l'omnipotence d| seul homme comme Abd-ul-Hamid fut remplacée parci de plusieurs, par le gouvernement dictatorial d'un pa.^ Cette dictature du Comité Union et Progrès amen;! faillite de sa politique. Le parlement lui fut soumis^ travail parlementaire était contrôlé, dirigé par le Coiii Le souverain, Mahomet V, régnait en droit et ne gou' • nait pas en fait, ou plutôt il ne gouvernait que par 1 tremise du Comité, seul inspirateur des actes et mesures à prendre.
C'est ainsi que le parlement fut impuissant. En lil, il n'avait pas encore voté la loi militaire, la loi î8 Vilayets, la révision de la Constitution. Au sein a Comité éclataient fréquemment des querelles dues rivalités de clans; entre l'élément civil et l'élément i taire, représenté par Mahmoud Chefket, bien des di^ timents existaient. Mahmoud Chefket était tout-pui> et son veto était absolu; do là naquirent des diflici entre lui et les autres membres du Comité, et influence en sortit diminuée.
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e Comité surveillait étroitement tous les actes de ministration. Chaque fonctionnaire n'avait aucune iative propre; seules de mystérieuses instructions du voir central imposaient l'attitude à prendre. Or, it une erreur que de gouverner de façon identique ai populations aussi différentes que celles qui composent l'Empire, sans tenir compte des besoins qui varient avec chaque région. Avec de telles méthodes et si ri de réalisations, il devenait certain, au bout de quel- - mois, que les Jeunes-Turcs ne réussiraient pas à t nsformer subitement des siècles d'inégalités et d'opsion. Leurs illusions, leur incompétence devaient 1 entraîner bientôt à de lourdes fautes.
kinsi la révolution Jeune-Turque n'avait pas tenu les
omesses qu'elle avait faites. A cet égard, la Turquie se
t)uvait au même point qu'aux époques précédentes.
'ms avons vu que le Tanzimât avait totalement échoué,
que chaque charte de réformes énumérait des abus
ai n'avaient pas disparu et annonçait leur suppression
fochaine. Lors de la dernière révolution, n'avait-on pas
ifirmé que les sujets de l'Empire ne jouissaient point
;s libertés civiles et politiques auxquelles ils avaient
oit, ni de l'égalité devant la loi qui devait leur être
surée? Qu'en avait-il donc été des promesses de
tilim III, Mahmoud II, Abd-ul-Medjid, Abd-ul-Aziz?
•laque fois, les réformes n'avaient produit que des
^:sultats médiocres. Lorsque la charte de Gulhané
it promulguée, la Turquie venait de subir la défaite
f3 Nézib, et l'intervention européenne était décidée
ontre l'armée d'Ibrahim Pacha. Au lendemain du
atti-Humayoun de 185G, on voyait se créer la Rou-
lanie moderne. Comme corollaire de ce Hatti-
umayoun, la loi des Vilayets de 1864 ne semblait guère
donner de résultats appréciables, puisque, dans années de 1874 à 1877, éclataient des troubles di les Balkans. La Constitution de 1876 était suivie de guerre de 1877, prélude de démembrements impu tants dans l'Empire. Le plan de réformes de 1897 et élaboré au moment où se décidait l'autonomie de' Crète, qui était déjà un démembrement de TEmpi' Après les réformes de 1908-1909, on voit éclater la cente guerre des Balkans.
Ces réformes effectuées par les Sultans et lei ministres l'avaient été en somme sous la pression t circonstances, à la veille d'événements graves, conul d'ultimes concessions pour les prévenir, et après ni intervention européenne, toujours nécessaire. Impu! sants, ils accordaient des libertés à leurs sujets, non S'I lement pour endormir leur confiance, mais aussi p(l s'attirer les bonnes grâces de l'Europe, et particulièl ment de la France.
On avait cessé de considérer, vers le milieu XIX'' siècle, la monarchie des Osmanlis comme une pu sance asiatique; on lui avait accordé les avantaj du droit public moderne : la Turquie était devenue grand Ëtat européen. C'était plutôt une fiction. Le gime de l'arbitraire asiatique subsistait dans les mœil et par conséquent dans les institutions qui n'en sont d le reflet. L'intervention ne pouvait disparaître, car Chrétiens n'étaient pas mieux traités qu'auparavant, Osmanlis ne semblant conclure avec eux que destrÔT^ L'intervention se répétait donc et la Turquie casai ainsi de participer aux bienfaits de la communal européenne des États. Le Tanzimât n'avait pas do^ les résultats qu'on en attendait, le pouvoir cent no réalisant pas les réformes sociales, ne s'assil lant pas les peuples chrétiens, ignorant leurs besol La Turquie disait à l'Europe : « Laissoz-moi faire, je 1 réformerai seule. Donnez aux réformes que j'introd
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emps de s'accomplir. Ce sont vos interventions répés qui soulèvent les races en leur laissant trop d'esr. » Et les Chrétiens à leur tour de dire : c Les réformes at été inscrites que sur le papier; en réalité les inéités subsistent, la situation anormale pour nous se intientj nous sommes toujours les « infidèles. » Les irts, les secousses, les massacres se répétaient donc, et irope à nouveau devait intervenir. Qui était responle? En apparence, c'était un cercle vicieux. En réalité, fanzimât échouait et le peuple turc, l'État ottoman ne ï ransformaient pas. Les réformes arrivaient trop tard ; le le gardait toujours ses prétentions de classe diriçmte et conquérante, considérant les Chrétiens comme is raïas avec sa doctrine immuable du Coran; il PtJtait réfractaire à toute fusion avec l'élément chrél^, c'est-à-dire, avec les autres populations de la Péninl^e, et opposé à toute culture européenne. Comment les nationalités pouvaient-elles obtenir i si la satisfaction légitime de leurs droits ? Comprit seraient-elles tout au moins respectées dans ,'mpire? Est-ce que vraiment la Turquie ne pouvait pas jréformer elle-même? On avait pu espérer maintes fois },elle donnerait aux populations des satisfactions légii^es, et on avait des raisons de croire, d'après les promisses qu'elle avait faites, que ces réformes seraient l'.ordées au moment voulu. L'effort tenté par les Jeunes- Ircs était le dernier espoir de la Turquie libérale. Nous ions vu que cet effort devait échouer. Le récit des évé- [pents qui se sont déroulés, ces années passées,, en !^.cédoine, en Albanie, en Syrie, en Arménie, montrera ^core mieux combien les efforts tour à tour essayés [jfvaient produit que des résultats insuffisants. Ainsi la ise qui était née au XVIP siècle, qui avait grandi depuis, [|;Vait bientôt s'aggraver; les réformes ne suffiraient ijas à enrayer le mouvement qui se précipitait. La ferre Italo-Turque allait éclater, donnant le signal du
grand démembrement de TEmpire. Quel régime ser assez fort pour ressusciter un État qui s'écroula Les événements mêmes travaillaient contre les Jeun» Turcs. Étaient-ils incapables désormais? Peu imporl ils seraient certainement impuissants.