‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 20 sur 60 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ituéeau centre de la Péninsule balkanique, entourée É.ous les États entre lesquels s'est démembrée cette 'unsule, communiquant avec la Grèce et ses lies par îSud, avec l'Albanie et le Monténégro du côté de (lest, avec la Serbie au Nord, la Bulgarie à l'Est, la l/.édoine était restée, avec Constantinople, le morceau tj'oi de l'Empire turc. Si la population, décimée parles ures, les brigandages ou l'exil plus ou moins volon- )ye, était très peu nombreuse, en revanche le pays bien usé, au climat tempéré, aux productions variées, était >Gptionnellement fertile. Et surtout il s'étendait sur la inde voie qui descend de l'Europe centrale par la B 6e de la Morava et conduit, vers l'Archipel, aux îles rhantées, à cette mer, berceau de la civilisation et Etre du grand commerce mondial. Aussi avait-elle été (jet des luttes entre la Perse et la Grèce, entre la Grèce Home, entre les légions d'Antoine et d'Octave, et les nées de Brulus et de Cassius. Puis, ses plaines avaient I inondées parles grandes invasions qui montaient de ^»ie vers l'Europe centrale et Vienne, faisant et défai- It les empires avec les Bulgares, avec les Serbes, avec

les Turcs. Là, enfin, pendant des siècles, la Chrétiei avait combattu l'Islam. Succombant d'abord, elle relevait ensuite avec les nationalités qui forment, a portes de la Macédoine, une ceinture de petits Éta Mais la Macédoine, devenue ainsi le carrefour de l'h toire du monde et le rendez-vous des races, aussi bi que celui des ambitions de l'Europe et de l'Asie, n'av' pu s'appartenir à elle-même, et le Turc éprouvait plus graves difficultés à la gouverner.

Si, en Grèce, en Roumanie, en Serbie, en Bulgai des populations ont lutté pour l'indépendance et se S( finalement émancipées, du moins elles appartenaient la même race, elles avaient les mêmes aspirations, communauté d'idées. En Macédoine, au contraire, viv» des peuples divers, sinon par leur religion, du mo. par leurs origines, leur langue, leurs ambitions, lei mœurs. La Macédoine est un mélange, un agrégat i Bulgares, de Serbes, de Grecs, de Valaques, de lui Ces populations vcuilaient se soustraire au joug Musulmans qui, depuis des siècles, les dominaient; d les luttes, les rivalités, les secousses qui ont ébranlé malheureux pays. L'Europe, comme dans toutes crises orientales, intervenait; les ambitions se faisai jour, et Téquilibre de la Péninsule n'en devenait ( plus instable.

La Macédoine — et il est devenu banal d'insister ce point — est donc une mosaïque de peuples, un enchç tremcnt de races, qui, toutes, visent à Tindépendi Son histoire se confond avec celle des populations l'habitent; mais il faut les bien connaître avant de voir apprécier leurs prétcmtions historiques et ethn( phiques, qui diffèrent si profondément les unes autres.

1 l'échec des réformes 175

Lie peuple, qui peut se réclamer en Macédoine des i anciens et des plus glorieux souvenirs, est inconiblement le Grec. Il n'est certes pas en majorité dans rois vilayets de Kossovo, Monastir, Salonique, qui jtituent la Macédoine, comme on l'admet généraleit, mais il se rappelle l'époque brillante où il dominait ays par les armes, où il l'avait civilisé et policé. Il roclame l'héritier de Philippe et d'Alexandre, de buace, fille de l'Hellénisme, qui répandit la culture îque dans les Balkans et initia les nations barbares et peuples slaves aux bienfaits de la civilisation. La

F:e fut un foyer de vie littéraire et de beauté classique, nd la barbarie subj ugua l'Orient, de l'Acropole montait ) ours la voix de ceux qui restaient épris d'idéal, 'nancipation, de liberté. Contre Tlslamisme envahisit, le Grec représentait la vraie religion : Chrétien et jilène étaient deux mots qui se confondaient. Dans leur ^je pour l'indépendance, les Grecs n'ont pas achevé r rêve national qui est de reconstituer l'Empire d'Alexrre ou celui de Byzance, de posséder, comme jadis, la des Balkans voisine de la mer. L'histoire et la tra- . leur en font un devoir. Voilà la « grande Idée » ^Is représentent, et pour qu'elle triomphe, ils en [ellentà la libre adhésion des peuples balkaniques; îrs revendications ne reposent pas tant sur des tories de race et sur Tethnographie que sur la puisice de l'Idée.

1 it cependant les Grecs sont très répandus en Macél<ae. Au nord de la Thessalie, ils ont le Roumlouk p|C Karaféria, Vodéna, sur les pentes de l'Olympe, la îilcidique, sauf le mont Athos qu'on a appelé le ybraltar russe » au milieu du pays grec. Sur les t|es, on parle grec, à Orfani, Cavalla, de même qu'à astantinople, où il y a 350.000 Grecs, à Salonique, à flnastir et jusqu'à Uskub et Sérès. Les communautés ficques font une active propagande en Macédoine,

créent de nombreuses écoles qui sont très prospèn répandent la langue et enseignent les prétentions c Grecs. Et ainsi chez tous cette conception se dévelop que la Macédoine jadis fut grecque, que les Turcs \\ enlevée aux Hellènes, etque ceux-ci parconséquentd vent la reprendre. Jusqu'en 1860, les seuls ennemis ct Turcs en Macédoine n'étaient-ils pas Grecs ou considér comme tels?

Mais les Grecs n'étaient plus les seuls à désirer l'émî cipation de la Macédonie, à revendiquer cette provir comme faisant partie de la grande nation hellène; avaient en face d'eux de redoutables rivaux, numériq* ment plus nombreux, les Slaves, représentés par d« branches principales, les Bulgares et les Serbes. Il } quelque soixante-dix ans à peine que les Slaves no sont connus par les travaux de Vie Karadjic, de Chafi jik, de Kollar, qui préconisaient la constitution à'\\ grande Slavie; les Bulgares le furent en particulier )| le livre de Cyprien Robert, qui exposait, en 1840, lej revendications à l'Europe.

Los Bulgares, qui sont des Slaves tartarisés ou ij Tartares slavisés, se sont déversés, venant du contint par le cours intérieur du Vardar, vers la cute grecql au IIP siècle de notre ère, presqu'en môme temps (| les Serbes qui étaient des Slaves purs et avec lesquels avaient les plus grandes ressemblances. Mais, ju9( quel point peut-on distinguer les Bulgares des Serbes, milieu des grandes invasions, et même de nos joui Où prendre leur origine bien exacte? Les Serbes ont envahi la Macédoine avec les Bulgares-, ou bien doil voir dans les anciens habitants do la Macédoine, au tel des invasions, des Bulgares i)roprement dits? ■' Certî

1. En ce sens : Ichircoff, Élude clhnographique sur les Slapt Macédoine, Paris 1908, p. 09.

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