‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 27 sur 60 · S»/7-i>, Liban et Palesline, 1 vol. Paris · texte numérisé non relu

S»/7-i>, Liban et Palesline, 1 vol. Paris

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La Révolution de 1908 produisit en Asie Mineure, de nême que dans tout l'Empire ottoman, une impression )rofonde faite de satisfaction et d'espérance. On vit en irménie, en Syrie^ dans le rétablissement de la constiution, le signe avant-coureur de réformes qui métraient fin aux exactions des pachas et donneraient aux liverses races une réelle indépendance. L'enthousiasme tait à son comble ; on célébrait àl'envi une ère nouvelle ; a jeunesse frémissait d'impatience, prête à faire les •remiers usages de la liberté. Mais les réformes se firent ttendre, l'insécurité resta générale, les progrès éconoaiques nuls, la centralisation excessive. Bref, le méconentement subsistait dans les masses. Les Arabes attenaient en effet des Turcs une politique de décentralisation généreuse et large ; la politique centralisatrice du iomité Union et Progrès les déçut. Ils se groupèrent lans une opposition irréductible contre la politique troite des Jeunes-Turcs. Dès l'annonce des défaites iirques de 1912, les impatiences de tous se donnèrent bre cours et les Musulmans arabes, jusqu'ici rapprohés des Turcs, parlèrent d'autonomie et d'indépenance, faisant alliance avec les Chrétiens. Il faut dire que depuis plusieurs années se manifestait armi les Arabes d'Asie Mineure un vaste mouvement de ■naissance. Les Arabes sont les maîtres de l'Asie occientale; ils dominent le golfe Persique et la mer Rouge, - plateaux d'Asie Mineure et les rivages de la Méditeriiiée; ils existaient bien avant l'arrivée des Turcs au XV^ fcle; les populations arabes ou arabisées de Syrie ' (aient musulmanes avant la conquête turque. La révoilion religieuse, que provoquèrent en Syrie les lieuteants du Prophète, eut lieu vers l'an 630. La langue du in se substitua aux idiomes locaux, au syro-chaldéen au grec ; lalangue arabe fut adoptée de façon générale,

mais la fusion de sang arabe ne fut pas absolument com* plète, sans qu'on pût déterminer exactement dans quelH proportion il subsistait par rapport à celui des autre races. Quoi qu'il en soit, le Turc est resté là-bas comm une sorte de fonctionnaire mal considéré par les habitant arabes du pays, mais exerçant assez facilement sa domî nation, par suite de la diversité qui subsiste entre lé races, entre les sectes, entre les religions. '

Le Padischah de Constantinople, qui a l'autorité reV gieuse sur tout TTslam, est bien l'héritier des ancieri Khalifes arabes du Caire, descendants du Prophète. C*ei Sélim 1" qui, lors de la conquête de l'Egypte (1517' s'empara du Khalifat et le transmit à ses successeur! Mais il est de race turque, sans parenté avec Mahome et suspect aux Arabes. Qu'un chérif de La Mecque i lève, revendique le Khalifat comme l'héritier du Prl phète, et voilà tout l'Islam en feu. C'est pourquoi \ question arabe est d'une importance capitale aux ye des Turcs.

Or, depuis 1884, les émirs de l'Arabie centrale et l'Yémen, se révoltent périodiquement contre leur d| mination abhorrée. Ceux-ci, à diverses reprises, ont i lancer de véritables expéditions fort meurtrières coni l'Yémen et le Hedjaz. Peu à peu, la nationattté arabe pris conscience d'elle-même. Le parti national arabe' son comité au Caire et sa propagande s'exerce par langue et la littérature. Celte renaissance se manifes tout particulièrement en Syrie, parce que c'est la par' la plus riche de la Turquie d'Asie, voisine de la côte par conséquent de l'Occident, et ouverte au progrès, sentiment de l'unité de la race arabe est si vif en S; que les querelles religieuses se sont apaisées et qu'Ara Chrétiens, Catholiques et Musulmans se sont unis un programme commun de revendications. Ces reT dications s'affirmèrent dès que les Syriens eurent co talé la faillite des promesses Jeunes-Turques, et les

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istres de Thrace et de Macédoine leur donnèrent, avec |as de force, l'espoir du succès.

Un fossé profond sépare donc aujourd'hui, en Syrie, |î Arabes des Turcs. Le Khalife, aux yeux des Arabes, l^BSt plus en état de défendre lïndépendance matérielle i morale de l'Islam. Par suite de ses récentes défaites, }a perdu son prestige de Commandeur des croyants et ême il a osé abandonner aux infidèles une province abe, la Tripolitaine. C'est ainsi que l'idée religieuse ne itient plus les Arabes dans l'orbite de Constantinople. ii, les faits s'unissent à l'histoire pour ruiner l'influence ligieuse des Sultans.

D'autre part, les Syriens se plaignent de l'administraon turque, qui n'a tenu aucune promesse de réformes, s a écartés des fonctions publiques, et va jusqu'à les 'iver de la jouissance paisible du sol natal, en instalnt dans les vilayets syriens les émigrés turcs chassés \) Thrace et de Macédoine. La domination turque deent d'autant plus intolérable aux Syriens qu'ils sont î plus en plus cultivés, grâce à la diffusion de l'insuction française. Un mouvement irrésistible entraine s Musulmans vers la culture de l'Occident, les éloigne un gouvernement trop souvent hostile à l'enseignelent. Voilà les raisons pour lesquelles les Musulmans, ui ont la force et le nombre et qui étaient jusqu'ici îfractaires à l'idée autonomiste, s'y sont ralliés plus u moins ouvertement ; ils ont créé la question syenne en prenant la tête du mouvement de décentraliition.

Ce mouvement revêt un caractère dangereux pour l'in- ^grité de l'Empire, parce que les Musulmans syriens ubissent la contagion de l'exemple. Non seulement les rabes de l'Yémen et du Hedjaz, héritiers du Khalifat, ombattent l'influence religieuse et politique de la Turuie, mais les Arabes d'Egypte ont conquis Tautonomie, 38 Musulmans d'Albanie ont obtenu des réformes de la

Turquie, avant la dernière guerre, et TEurope leur a oc ^ troyé l'indépendance en constituant un nouvel État i Les Musulmans de Syrie, influencés par les aspiration nationalistes qui se manifestaient autour d'eux, excé : dés des abus de la centralisation turque et de la mau vaise administration, manifestèrent bruyamment ler mécontentement et préparèrent un programme d réformes. C'est alors qu'à la fin de 1912, le gouverna ment de Klamil Pacha, sentant le danger, voulut prci dre les devants et invita le peuple de Syrie, par l'entr» mise des gouverneurs de province, à formuler ses désira «ic Les conseils laïques furent alors convoqués à Beyrouth une assemblée de 00 membres fut élue et nomma, ij 12 janvier 1913, une commission de 25 délégués qii élabora un programme de réformes. Sur ces entrefaites le gouvernement de Kiamil Pacha était renversé ; Ij gouvernement qui lui succéda prescrivit la dissoluUo de l'Assemblée générale des réformes et la fermetur, de son club (8 avril 1913). Une vive agitation suivie d troubles se produisit à Beyrouth. Les journaux parureij mr sur pages blanches, en guise de blâme, et l'assembl envoya une protestation au Grand Vizir.

Cette assemblée avait arrêté un programme de r formes revêtant un caractère officiel, par suite de Taul^ risation accordée par le gouvernement, tandis qu*0 février un comité, créé sur l'initiative des habitants, avait voté un également mais ayant au contraire caractère de revendications populaires. L'un et Taut du reste se différenciaient sur quelques points. Ilsass^^i; raient à la Syrie une large décentralisation qui confin à l'autonomie. Los questions intéressant la défense n tionale, la politique générale, le budget, etc., restaie soumises au gouvernement central ; celles relatives a intérêts du vilayetdépcndaient des fonctionnaires loca et des assemblées élues par les habitants. Le vali était représentant du pouvoir central, mais aussi il dev

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lécuter les décisions du « conseil général » élu parmi les ibitants, à raison de quinze membres musulmans et e quinze membres chrétiens pour toutes les affaires intérêt régional. Ce conseil était le véritable organe du Duvernement et avait Tinitiative de tous les actes de administration du vilayet. Il ne se réunissait qu'à cer- .ines époques de l'année, mais élisait une commission 3rmanente chargée du soin de contrôler l'exécution 3S mesures décidées. Des conseillers étrangers connaisint l'arabe, le turc, le français, devaient contrôler la olice, la justice, les travaux publics, les finances, etc. es municipalités seraient autonomes; la langue offielle, d'après les premiers projets, était le turc, mais après le second, Tarabe et le turc. Ces projets, surtout I projet populaire, qui prit le nom de programme de eyrouth, eurent un énorme retentissement en Syrie, en ^ypte et dans tout le monde arabe.

A la suite des troubles do Beyrouth, le gouvernement )mprit la nécessité d'agir et le vali de Beyrouth donna cture, le 5 juillet 1913, d'une nouvelle loi sur les layets, inspirée de notre loi sur les conseils généraux, li ne faisait que renforcer les pouvoirs des valis, res- ;rrer les liens rattachant les vilayets au pouvoir central, ■ restreindre les attributions du conseil général à une )mpétence purement financière. Ces mesures de centrasation étaient bien différentes de ce que réclamaient s Syriens ; elles furent jugées insuffisantes. Ceux-ci désirent d'autant plus de larges concessions qu'ils voyaient iie des provinces syriennes, le Liban, jouir de certains 'ivilèges.

Après les massacres de 18G0 et l'intervention française 'i Syrie, une constitution particulière fut accordée au bansous la garantie des grandes puissances. On nomma 'a gouverneur chrétien ; on créa une gendarmerie locale, îs divisions administratives, un conseil formé de délélés de chaque religion; une organisation financière

autonome, ainsi que des douanes locales, furent attribuées^ct à celte province munie désormais d'importants privi-iii lèges. Il faut bien dire que la Porte ne les respecta pasttnt chaque gouverneur s'ingéniait à les retirer peu à peu au ii Liban, et les Maronites, enserrés dans leurs montagnes nu se plaignirent d'être dupés, d'être mis au même rang quG^i les autres populations de TEmpire. Les uns émigrèrenti^r d'autres envoyèrent aux puissances un mémoire dt •: revendications (1" juin 1912), joignant leurs protesta-é tions à celles des Syriens. Grâce à la France, celles-cé portèrent leurs fruits. Le 25 décembre 1912, on appre ir nait que les ambassadeurs des six puissances avaien ^ signé un programme de réformes pour améliorer 1; jn situation politique du Liban. On devait procéder à un» ^^ nouvelle estimation des propriétés immobilières, rem « forcer la gendarmerie, créer un tribunal de commerci au mont Liban et de nouveaux ports à Djounieh et ' îo Nebi-Younès, modifier la loi sur les élections de ^ membres de l'assemblée générale; le conseil adminii sï tratif de la Montagne serait élu en partie par les contrj ft buables et non plus nommé par les chefs de villages; k représentation des Maronites dans ce conseil serait rei ip( forcée et celui-ci aurait qualité pour préparer le budget | en réclamer la publication. C^était déjà un moyen ^ satisfaire aux vœux des populations, d'éviter ces émigri lions de Maronites, une des plaies du Liban. Mais i Turquie, là encore, reprit en sous main ce qu'elle avji( accordé, en administrant les ports elle-même et en dé(t dant que le budget serait élaboré suivant ses ressourci propres et non d'après celles du pays.

Le statut du Liban devait déterminer le statut syri quoique entre les deux pays la différence fut grande, p (jue le Liban faisait depuis un demi-siècle l'approntiss de la liberté; mais, comme lui, laSyrie voulait être dotée c mômes organismes. Après l'échec du comité de BeyrooJ les Syriens réformistes décidèrent de porter leurs reT

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ications sur un autre terrain et d'organiser à Paris un on^rés arabe. Au comité libanais de Paris, à la tête duuel se trouvait M. Chekri Ganem, étaient venues se )indre des délégations du comité de réformes de Beyouth, composé de quatre Musulmans : Zahraoui, Sélim i'élam, le cheik Tabbara et Moukhtar Bayhum, deux hrétiens, Klialil Zénié et le D"" Tabet, et du comité de écentralisation ottomane du Caire. A la suite de leurs élibérations, en mai 1913, on démontra, dans une série Je vœux, la nécessité d'assurer aux Arabes Texercice de îurs droits politiques, d'admettre la langue arabe omme langue officielle dans le pays, de mettre en igueur le programme de réformes de Beyrouth, qui 3posait sur ces deux grands principes : l'élargissement ■es attributions des conseils provinciaux et la coUaboïition des conseillers européens.

I Tout cet ensemble de mesures constituait un large Programme de décentralisation qui répondait aux vœux ■es Syriens, qui les associait à la direction des affaires t était directement contraire aux procédés de gouverementdes Jeunes-Turcs. La décentralisation devait être, 'n effet, poussée si loin que chaque région aurait son 'égime approprié. On ne légiférerait pas indistincteaent pour toute la Syrie ; on respecterait les mœurs, les raditions, les habitudes des diverses contrées ; le Liban vec Beyrouth devrait être séparé de la région de Damas, 4'Alep et de la Palestine, où l'élément arabe est mélangé (e Juifs. On a dit ainsi que la Syrie formerait comme fine fédération d'États dont chacun se développerait ibrement, suivant le programme de réformes de Beyoulh, sous la souveraineté du Sultane

Ce programme, aux yeux du gouvernement turc, cons- 'ituait des mesures extrêmes ; aussi voulut-il devancer

i. \oiT Bévue des Deux-Mondes^ 15 août 1913, p. 208, article de 'il. René Pinon :La réorganisation delà Turquie d'Asie.

ces aspirations légitimes en prenant de nouveau ei main la cause des réformes syriennes. Le 20 avril 1913i il manifestait son intention de travailler à la réorgani sation de la Turquie d'Asie avec la collaboration d'ins pecteurs étrangers, en divisant l'Empire en grandes zone d'inspection dont Tune serait constituée par les trois vi layets syriens de Beyrouth, Damas, Alep. Le 1" juillet le gouvernement communiquait un projet de loi créan des inspecteurs généraux indigènes et étrangers dans lei diverses zones de la Turquie d'Asie, ayant sous leurj ordres des inspecteurs pour la justice, la gendarmerie les travaux publics, l'agriculture. C'était déjà une pr^ mière mesure. Mais, en fait, aucune des réformes ac prouvées par le congrès arabe de Paris n'avait été réa lisée . Le gouvernement, pour calmer les passions arabes s'était contenté de nommer un certain nombre de pei sonnalités sénateurs de l'Empire, et promettait d'applj quer les réformes dans les pays arabes. Certains décla raient qu'il cherchait ainsi à séduire les principaux chel de l'opposition, ne voulant pas s'engager dans la voie de réformes définitives. i

Enfin, le gouvernement Jeune-Turc avait rintentio] d'étendre à la Syrie les réformes prévues pour l'Arm^ nie, proposées par la Russie, soumises aux ambassadeui et adoptées le 8 février 1014, comportant la créatio d'inspecteurs généraux étrangers, décidant que chaqu vilayet aura un conseil général élu par la populatioij présidé par le vali; ce conseil général discutera budget, les emprunts, etc.. et nommera un comité vilayet qui élaborera le programme des discussions conseil général.

Ces revendications de la race arabe, des Musulmans des Chrétiens de Syrie, ({ui déterminent tous les projej de réorganisation, n'étaient pas sans danger pour la séc^ rite de l'Empire. Un mouvement séparatiste pouvait écl 1er d'un instant h l'autre, provoquer des incidents grav^

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t amener rintervention de l'Europe, car les grandes uissances ont des intérêts, des droits dans ce paradis lerveilleux qu'est la Turquie d'Asie.

Dix siècles d'histoire attachent la Syrie à la France, lu'on se rappelle l'admirable mouvement de prosélysme qui entraîna au XP siècle les Français vers l'Orient! )es multitudes entières portées par la foi, l'enthou- 'iasme, l'amour de l'inconnu, se dirigent vers l'Asie lineure; la première Croisade conquit la Syrie et Jérualem, et l'Empire latin d'Orient dura près de deux iècles. Au cours des Croisades, nous avions enfoncé )rofondément sur cette terre d'Asie le souvenir de la ^'ranco qui devait s'y maintenir comme une espérance, îomme un droit historique. Plus tard, grâce à notre ■.lliance avec la Turquie, nous obtenions, par les Capituations, le protectorat des catholiques français qui Voyageaient en Orient, et peu à peu nous en arrivions à )rotéger les missionnaires, les établissements religieux ^ît les Chrétiens de l'Empire qui se réclamaient de nous. Ainsi s'établissait, plutôt grâce à l'usage qu'aux textes, •aotre protectorat des catholiques d'Orient reconnu par le Saint-Siège et consacré par les traités internationaux, lié par une infinité de rapports à notre commerce et à notre diplomatie dans l'Empire ottoman. L'expédition de Bonaparte en Egypte et devant Saint-Jean d'Acre, notre intervention en 1839, en faveur d'Ibrahim, et en 1860, dans le Liban, affirmèrent à nouveau la puissance française, en Asie Mineure. C'est ainsi qu'en Orient, et particulièrement en Syrie, l'influence morale de la France avait grandi au cours des siècles. Elle s'est manifestée en Syrie par la création d'oeuvres diverses, d'entreprises économiques et commerciales, par nos capitaux, par notre langue elle-même.

Le protectorat que nous exerçons sur les Chrétieaai latins d'Orient et qui remonte aux Croisades et aux Capi<4 tulations, constitue une importante partie de l'influencd française. Nous avons un certain nombre de privilèges! de juridiction, de protection sur les Lieux-Saints et les écoles, quelle que soit la nationalité de ceux qui les dirigent; notre consul a seul le droit de paraître aux| cérémonies du Saint-Sépulcre avec Tépée au côté et led insignes de sa dignité. Ces privilèges furent menacés, à| la suite de la guerre de 1870, par la Russie, l'Italie et l'Allemagne, tandis que les Syriens, les habitants di Liban qui n'oubliaient pas ce que nous avions fait pouii eux en 1860, nous restaient fidèles. L'article 62 du trait de Berlin reconnaissait heureusement, en 1878, no droits spéciaux en Syrie et de manière officiellemeni juridique. Léon XÏII également, dans la circulaire d 22 mai 1886 et la lettre au cardinal Langénieux d 20 juillet 1898, confirmait les droits et les prérogative de la France.

Notre protectorat, conservé jalousement par le gouver nement français, était en plus soutenu en Orient par le soins de la propagande romaine qu'on a appelée le « gran ministère des missions catholiques » et qui procède pa tout l'univers à la restauration du culte, de sorte que grâce à elle, la Rome des papes peut se vanter d'avoi soumis à ses lois un empire plus grand que celui de Césars romains. Fidèle à ses traditions de grandeur imi périale, elle a répandu en Orient franciscains, jésuiteslj lazaristes. Ils n'étaient que quelques douzaines, au débuj du XIX*' siècle. Grâce aux edorts d'Eugène Borée, supé rieur général des missions du Levant, et de ses collabo ratcurs, des églises, des séminaires, des collèges, de écoles se fondaient de toutes parts, en Palestine, Bebeck, à Galata, à Antoura, à Beyrouth, à Smyrne, Damas, à Alep, etc. II y a aujourd'hui, en Palestine en Syrie, près de 2.400 missionnaires de tous ordres,

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{ans tout le Levant près de GO congrégations françaises, lent plus de 1.100 membres pour les sœurs de Saint- ^incent-de-Paul et plus de 1.000 pour les frères des :Coles chrétiennes.

\ Nous avons encore en Syrie, des hôpitaux, des dis- •ensaires, des orphelinats et enfin dos écoles qui sont n majorité aux mains des congrégations religieuses

ans le Levant, sans oublier les œuvres fondées là-bas ■ar ces missionnaires laïques^ ceux de V Alliance israëlite, ^e VA lliance française^ de la Mission laïque : en Orient, aïques et religieux n'ont qu'une pensée, servir la France.

Nous entretenons de nombreux hôpitaux, dont beauoup sont tenus par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul,

Smyrne, à JafTa, à Jérusalem, à Beyrouth, à Damas, le entre le plus fanatique de la Syrie, àBetlhéem, à Brousse, ^tc...; avec les dispensaires, ils soignent chaque année rès d'un million de malades.

De nombreuses écoles, de nombreux orphelinats franais répandent encore notre langue en Orient. Presque outes les congrégations religieuses dirigent des coles ou collèges qui sont les plus anciens, les plus rospères et comptent le plus d'élèves; elles possèdent i faculté de médecine de Beyrouth, qui, a dit le profeseur Pozzi, « poursuit une œuvre civilisatrice et patrioque. » Cette faculté, fondée en 1883 et dirigée par les îsuites, a réalisé toutes les espérances de ses promo- 3urs, Barthélémy Saint-Hilaire, Gambetta, Duclerc, ules Ferry. Elle avait 11 élèves à sa fondation, elle en a 50 aujourd'hui. Elle a lancé en 28 ans, à travers le londe, 480 médecins ou pharpiaciens qui sont allés artout exercer leur profession dans l'Empire ottoman, u Soudan, en Perse, au Tonkin.

A côté de ces écoles religieuses, s'élèvent des écoles lïques plus spécialement consacrées à l'enseignement Bcondaire ; collège Augier de Beyrouth, collège Osmanié, cole Velletas de Brousse, école de l'Alliance israëlite

de Damas, d'Alep, de Beyrouth. C'est ainsi que notrel influence intellectuelle se répand en Syrie, en mèmej temps que s'étend notre langue. Le Syrien, avide d'ins-' truction, très admirateur de notre littérature, de nos idées, de notre civilisation, préfère les écoles française à toutes les autres; aussi à Beyrouth, à Damas, à Alep on parle couramment le français.

A cette influence intellectuelle, il faut joindre rindu-j ence économique qui provient d'entreprises industrielle fondées grâce à nos capitaux, et dirigées par nos ingé nieurs. Telles sont la Régie générale des chemins d fer et travaux publics, celle du port de Beyrouth, des eau et du gaz de Beyrouth, des tramways libanais, du résea de routes de Syrie. Enfin, la France a la concession d presque toutes les lignes syriennes. Nous avons e Syrie 900 kilomètres de chemins de fer : la lign| Jaffa- Jérusalem, la ligne Beyrouth-Damas, avec so: prolongement Damas-Hauran, la ligne Rayak-Alep qui soude à la précédente à Rayak, passe par Homs et Hamaj et se prolonge sur Tripoli de Syrie vers la mer. D'après 1 conventions franco-turques du 10 avril 1914, nous avo] obtenu l'exploitation des ports de Jaffa, Caïffa, Tripoli Syrie ; nous devons exploiter une ligne de Rayak à Ramle sur le chemin de fer Jaffa-Jcrusalem, établissant un H entre toutes les lignes de Syrie jusqu'ici dispersées, uni: sant le Beyrouth-llauran avec le Jérusalem-Jaffa et pi tard avec le réseau égyptien, c'est-à-dire, le monde asi tique avec le continent africain. Notre total de lignes e Syrie passera ainsi de 900 kilomètres à plus de l.SOOkilc mètres. Ces lignes contribueront incontestablement développement économique de la Syrie. Mais il regrettable que nous n'ayons pas cherché à relier dir tement notre réseau syrien au chemin de fer de Bagd en construisant le Homs-Bagdad, tandis que les Allemaaj obtenaientlaconcession de la voiese dirigeant del'Ho Bagdad sur Alexandrctte (acte du u mars 1903), poU!

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établir un grand port commercial. Le dernier accord franco-allemand (22 février 1914) ne nous permit pas de revenir sur ces déplorables concessions.

« Nous avons à sauvegarder des centaines d'établissements français, disait M. Pichon, ministre des Affaires étrangères à la Chambre des Députés, le 17 mai 1909, à assurer la prépondérance de notre langue en Orient, à ^arantirnotre situation privilégiée, nos intérêts philantropiquesetpolitiques;je vous assure, Messieurs, que c'estune Ache à laquelle nous ne manquerons pas '. » Notre poli- ;ique n'avait pas toujours, en effet, dans le passé, tiré le neilleur profit possible de notre situation en Syrie; nos §coles, pour subsister, avaient besoin de plus larges subventions. Et cependant, il faut le dire, notre influence îurlespopulations syriennes reste considérable. L'amour les Syriens pour la France est toujours aussi vivace que adis. Ils ont donné unepreuve de leur fidélité, en 1870, juand ils voulurent nous envoyer 100.000 des leurs; en 1898, lors de la visite de Guillaume II qui fut accueilli sans lluminations etsans drapeaux, alors qu'à chacune de nos 'êtes nationales, tous les villages du Liban sont pavoises, ^a Syrie reste comme jadis en harmonie de relations, ridées, de confraternité avec nous. Aussi les Syriens s'ap- )uient-ils sur nous pour demander des réformes. Beau- ;oup font un grand rêve : se séparer de la Turquie et se •constituer en province autonome sous le drapeau français.

• Mais des ambitions opposées se manifestent en Syrie .u détriment de nos droits légitimes pour les affaiblir et

1 C'est la raûme politique à laquelle M, Georges Leygues, comme 1. Pichon en 1909, demandait au gouvernement de se conformer n disant, le U Mars 1914, à la Chambre des dc'-putés : « La politique rançaise dans le bassin de la Méditerranée n'est pas une politique mbitieuse, mais elle ne peut être et ne sera pas une politique de enoncement. »

AULNEAU.

les restreindre. Le plus ancien rival que nous rencontrions en Syrie, c'est l'Anglais. Tous les professeurs de TÉgypte, depuis Ptolémée, ont cherché à dominer la Syrie pour conserver des débouchés vers TEuphrate et les Indes. Les Anglais sont d'autant plus attachés à cette politique traditionnelle qu'ils sont les maîtres de l'Inde ei veulent en défendre les approches. Ajoutons à cela que de nombreuxSyrienshabilentl'Égypte, y occupent de hautes positions dans l'administration et dans les affaires, qu'ils } rencontrent un gouvernement sage, tolérant et fort qu'ils admirent. Les Musulmans arabes d'Egypte veulent attirer à eux les Syriens, aidés de ce côté parles Musulmans émigrés d'Algérie qui peignent notre gouvernement souî de noires couleurs. Mais il ne faut pas que les Syriens si tournent vers l'Angleterre pour obtenir des réformes ; il doivent être soutenus exclusivement par la France qui seule, a des droits imprescriptibles à faire valoir en Syrie D'autres ambitions se sont fait jour en Syrie. Un peupli jeune, ardent, tard venu dans les conquêtes lointaine^ mais ambitieux et tenace, y suit une politique patient qui dresse en face des nôtres des intérêts déjà forljl Nous voulons parler des Allemands et de leur acti( en Asie Mineure et en Syrie . Il leur a fallu moii de 40 ans pour prendre pied dans ces contrée réservées jusqu'ici à notre influence, et où seules l'A' gleterre et la Russie menaçaient nos intérêts. Notre inl ence morale est certainement prépondérante; de méi notre langue, notre civilisation, notre culture délicî et raffinée sont préférées à la littérature germanique, à] Deustche Kullur. Les Allemands n'ont guère que 8 é( dans le vilayet de Beyrouth et 8 dans celui de Jérusaléfl avec 1.200 élèves, contre nous près de 500 écoles a^ 45.000 élèves; leurs hôpitaux, leurs dispensaires S( également moins nombreux que les nôtres, mais dt leurs progrès sont notables. A Alep, la plus ancienne (|| échelles françaises de Syrie, ils ont fondé une école ell

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dispensaire et voulaient y créer un camp d'instruction. Non seulement la dotation des écoles à l'étrangler avait été augmentée de 100.000 marks dans chacune des trois innées précédentes, mais elle bénéficiait d'un brusque iccroissement de 400.000 marks qui la portait à un milion et demi. De plus, de nouveaux crédits étaient demandés au Parlement pour renforcer la représentation consulaire allemande en Turquie d'Asie.

D'autre part, sur le marché syrien, leur concurrence 3St menaçante, parce que leurs commis voyageurs, plus aombreux, plus actifs, vendent de la marchandise à meileur marchéqui supplante la nôtre. Aussi importons-nous leux fois moins que l'Allemagne, alors que ses exportations sont de vingt fois supérieures. Le commerce allelaiand est soutenu par son pavillon représenté dans les ports syriens par les bateaux de la Deutsche Levante Linie^i^ àv ses Hablissements de crédit à Beyrouth, Alexandrette, Jaffa, lérusalem. Avec la concession du port d'Alexandrette, ievant faire concurrence à celui de Beyrouth, avec le chemin de fer qui le reliera au Bagdad, avec cette ligne ellemême, voie la plus directe entre l'Océan Indien et la Méditerranée, l'Allemagne maîtresse des avenues conduisant à la mer et de l'arrière-pays, exercera son hégémoaie économique sur la Syrie et la Mésopotamie.

Si l'on ajoute à ces manifestations commerciales de Qombreuses expériences de colonisation agricole en Palestine, à Jérusalem, Jaffa, Caïffa (colonies de Neuhardthoff avec 300 hectares, de Bet-Laum avec 703 hectares, de Waldheim avec 720 hectares), on se rendra un compte exact de l'activité des Allemands en Syrie qui indique sullisamment leurs ambitions politiques.

I 11 ne faut pas négliger non plus les tentatives des Italiens en Syrie, où leur politique prend une envergure ide plus en plus grande, déterminant une véritable poussée vers ce pays, cherchant à gagner notre clientèle catholique à la faveur de nos dissensions religieuses, et

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2i8 LA TURQUIE ET LA GUERRE

à se tailler là-bas une sphère d'influence. Certaines congrégations, dont les Carmes, les Salésiens, ont déserté notre protectorat pour demander celui du gouvernement italien qui, dans cette circonstance, marche d'accord avec le Vatican : ils ont même la « Custodie » de Terre-Sainte. En 1905, une convention, qualifiée par iM. Leygues, à la Chambre des députés^ le 11 mars 1904, de « détestable ». fut conclue entre le gouvernement français et le gouvernement italien en vertu de laquelle u chaque fois que lîl majorité du personnel des établissements français devej naititalienne,rétablissementlui-même devenait italien» C'est ainsi que nos établissements et écoles d'Orien| passeront entre les mains des Italiens.

Les Italiens multiplient aussi les sacrifices pour com truire des écoles, des hôpitaux, des dispensaires ei] Asie Mineure et les subventionnent largement. Ill ont acheté à Saleh, faubourg de Damas, un terrain dj 7.000 hectares pour la colonisation agricole. Un group] italien a obtenu la concession d'une voie ferrée reliî le port d'Adalia, à mi-chemin sur la côte, entre Rhod< et Chypre, à Bourdour, à 150 kilomètres dans Tinte rieur. Cette construction de ligne, compensation l'évacuation des Sporades qu'elle détient actuellemenj serait, aux yeux de l'Italie, l'amorce de projets pli vastes en Asie Mineure.

Nous ne parlerons que pour mémoire des ambitioi russes. Si elles existent encore en Palestine, aux Lieu;] Saints, elles sont moins ardentes en Asie Mineure depuj l'entente de 1911 avec l'Allemagne au sujet du Bagdaj Les intérêts de la Russie se sont concentrés dans nord de l'Anatolie où elle veut protéger sa frontii terrestre; néanmoins, tout projet de partage en Turqi d'Asie ne pourrait se réaliser sans son consentement.

Ce bref examen de la question syrienne nous a peri de voir quelles répugnances le gouvernement turc éproj vait à accorder les réformes demandées, puisque c'ét

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en somme, à la veille de la guerre, qu'il en comprenait enfin la nécessité. Mais n'était-ce pas trop tard déjà pour calmer en Asie Mineure les passions surexcitées, pour prévenir un partage de la Syrie entre les puissances européennes qui avaient là-bas, comme nous l'avons vru, de tels appétits et interviendraient si le conflit éclatait entre Arabes et Turcs?

11 est une autre contrée d'Asie, l'Arménie, où le Turc ne se pressa guère de donner aux populations les satisfactions légitimes qu'elles réclamaient.

Les Arméniens sont sujets de trois Empires : LaRussie, la Turquie, la Perse. Ils sont restés chrétiens, au milieu des populations islamiques, convertis jadis par Saint- Grégoire rilluminateur. Ils ne forment nulle part la majorité, étant mélangés aux tribus Kurdes soumises à la religion du Prophète, vivant dédîmes et d'impositions de toute nature et surtout de pillage. Dans l'Arménie ou Géorgie qui déborde jusqu'en Caucasie russe, dominée parle mont Ararat, s'étendantvers la Mésopotamie, vers a Cappadoce et la Perse, sillonnée par les vallées du Tigre, de l'Euphrate, de TAraxe, il y aurait environ 3.000.000 d'Arméniens répartis entre les trois Empires \ L'Arménie turque, qui seule nous intéresse ici, comprend les six vilayets de Sivas, Erzeroum, Bitlis, Van, Diarbékir, Mamouret-El-Aziz, avec une population de 5.381.535 dont 62 p. 100 de Musulmans (3.891.889 contre 1.385.027 Chrétiens) *. Dans cette population se confon-

' i. L. de Contenson. Les Réformes en Turquie d'Asie. — Paris. Pion, 1913, p. 10.

2. Vital Cuinet. — Turquie d'Asie, Syrie^ Libarif Palestine. —

: Paris, Leroux 1896. — D'après une autre statistique de source arroéoienne, l'Arménie turque, limitée au massif arménien, en y englobant les six vilayets, ne comprendrait que 2.615.000 habitants.

dent avec les Arméniens, des Turcs, des Kurdes, des catholiques, des protestants, des israélites, et, comme les Arméniens ne sont pas la majorité, il y a une question arménienne qui met en cause les droits de la race.

L'Arménie a résisté aux révolutions et aux guerres qui affligeaient l'Empire, et ses souffrances Tout obligée à présenter des revendications. Les Arméniens constituent une race nombreuse, énergique, tenace et persévérante, et ont été jadis, dans les luttes de Byzance d'héroïques guerriers. Laborieux, intelligent, l'Armé nien, par ses qualités intellecluelles très développées ses idées politiques et sociales proches de celles de l'Occident, forme une race à part au milieu des popula lions turques, pour ainsi dire supérieure, et qui s'es maintenue avec sonoriginalité distincte, avec ses qualités propres. Elle a gardé ses mœurs, ses occupations, sa vie agricole et pastorale. Et cependant l'Arménie fut le champ clos des luttes entre les Persans et les Turcs ravagée, razziée en temps de paix comme en temps d( guerre.

Les Arméniens ont leur église h part qui se distingae de l'église grecque et latine, leur pontife, le Catholico^ d'Etchmiadzin, leurs prêtres mariés, leurs monastèrei vénérés, leurs écoles, et il y a parmi eux des Arménien^ qui relèvent directement de Rome.

Pour se libérer du joug des Kurdes musulmans, lel Arméniens se tournent de bonne heure vers le proteè| teur des Chrétiens, le Tsar. Déjà, sous Pierre le Gran ils exposent leurs revendications. Catherine II d'abo puis Nicolas I" promcltenl à l'Arménie l'indépendanc et il la suite du traité de Tourkhmantchaï (1820), qui donne TArménic jusqu'à l'Araxe, la Russie organis l'Arménie en province séparée. L'Arménie apprécie 1 bienfaits des tsars. Plusieurs do ses dignitaires son comhh'S de faveurs à la cour de Pétersbourg, tandis qu'; certains autres veulent se libérer du joug moscovil'

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aussi bien que du joug turc, conquérir l'autonomie, .garder leur langue, leur église, pour ne devenir ni orthodoxes, ni russes, ni musulmans, ni turcs.

De 1830 à 1830, l'Arménie obtient cependant, grâce aux efforts de la Russie, puis de la France, de grands avantages pour son église •,les Arménienscatholiques qui relevaient directement de Rome, avec un patriarche et un synode à ^Constantinople, étaient protégés par la France. : L'influence de la Révolution française s'était manifestée len Asie Mineure comme en Orient, et les populations arméniennes demandaient ajuste titre un gouvernement i tolérant et des réformes, sinon l'indépendance. Ce mou- I vement libéral prit surtout de l'extension parmi la Jeune- ! Arménie qui se pénétrait davantage de la culture occi- :,dentale. Déjà cette poussée libérale avait abouti, en 1839^ à la création auprès du patriarche de Constantinople, chef officiel de l'Arménie, d'un conseil laïque pour surveiller les affaires civiles et d'un conseil ecclésiastique pour les affaires spirituelles. Mais le peuple n'avait, avec cette organisation mi-lhéocratique, mi-laïque, aucune part dans le gouvernement; aussi la jeunesse d'Arménie, après 1848, poussa-t-elle énergiquement vers la création d'un régime plus démocratique. La constitution de 1860, ratifiée par la Porte, le 17 mars 1863, établissait le suffrage universel et l'élection à toutes les charges, instituant à Constantinople une Assemblée nationale arménienne de 400 membres, élue pour 10 ans, qui devait contrôler l'administration; le pouvoir était confié au Catholkos assisté ,de deux conseils, l'un religieux, l'autre laïque, nommés par l'Assemblée nationale. Puis, l'instructionétait assurée parla création d'écoles ot la langne arménienne remise en honneur ; « les traditions et la foi de l'église nationale grégorienne » seraient ainsi conservées.

La Porte, par une politique sage, essaya de gagner la confiance et la sympathie des Arméniens, sans doute pour qu'ils ne soient pas attirés du côté de la

Russie. Tandis que cette puissance cherchait à se les assimiler, la Porte leur donnait plus d'indépendance. C'est ainsi qu'elle utilisait, pour les besoins de l'Empire, les qualités remarquables des Arméniens en leur accor- i dant d'importantes fonctions : « Le sabre aux Albanais, | disait-on en Turquie, la plume aux Arméniens. » (

Mais pour l'Arménie comme pour les autres provinces ; de l'Empire, trop d'obstacles s'opposaient à l'établissement d'un régime sage, tolérant, respectueux des libertés, j L'administration restait vexatoire, oppressive, accablant d'impôts les populations ; les Kurdes gardaient leurs prétentions, pillaient, se livraient à leurs fantaisies habituelles à l'égard des Chrétiens considérés par eux comme des sujets inférieurs.

Pendant plusieurs années, les Arméniens supportèrent ces vexations de la part des Kurdes. Vint la guerre de 1877 qui amena en Arménie des excès encore plui graves. Le Patriarche s'adressa à la Porte, exposant la| situation pitoyable de la nation, demandant la garanti des propriétés, la suppression des redevances dues au Aghas, le respect des églises et des monastères ^L Porte se contenta défaire des promesses. Au moment d l'arrivée des Russes, une explosion de fanatisme musul man éclata; aussi, au traité de San Stefano, la RussH faisait-elle spécifier que « la Sublime Porte s'engageait^ réaliser sans plus de retard les améliorations et les r formes exigées par les besoins locaux dans les province| habitées par les Arméniens, et à y garantir leur sécuri contre les Kurdes et les Circassiens. » Et de son cô l'Angleterre, craignant que la Russie, en intervenaBjj seule en faveur de l'Arménie, n'en tirât de trop grO| bénéfices et ne cherchât plus tard à profiter des servie rendus pour la placer sous son protectorat, obtint, p la convention du 4 juin 1878, de la Porte, qu'elle « intr

i. V. Victor Bérard. — La VoliLiqiœ du Sullan. — Paris, Co| lin 1900, p. 143 et suiv.

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uisît dans ses possessions d'Asie Mineure toutes les 'istitutions propres à y relever l'état des populations hrétiennes et musulmanes ^ ». Alors le Turc, pour ne ■as sa laisser devancer par les Russes et les Anglais, 'engageait, par l'article 61 du traité de Berlin qui reproluisait l'article 1" du traité de San Stefano, à donner •.ux populations arméniennes les réformes nécessaires, .e sort des Arméniens était ainsi placé sous la sauve- ;arde de l'Europe dont la Porte acceptait le contrôle jCt ); laquelle elle promettait des rapports périodiques. Mais le même que dans l'Empire ottoman la politique réfornatrice de Midhat-Pacha était peu à peu abandonnée du îultan Abd-ul-Hamid, en Arménie également, les réformes le devaient pas être appliquées. Les stipulations de Berlin étaient dépourvues de sanctions pratiques et mbordonnées à la bonne volonté du Sultan. D'autre part, 'ies réformes étaient difficiles à réaliser, car les Arméniens sont mélangés partout aux éléments musulmans ît ne constituent la majorité dans aucun vilayet. Les mois passèrent et les réformes ne furent pas effectuées. Les impôts étaient levés arbitrairement et les Kurdes, encouragés par le gouvernement, de plus en plus entreprenants et rapaces.

Les rapports de la Porte n'étaient ni présentés aux puissances ni réclamés par elles. Les Arméniens étaient victimes do la jalousie, de la rivalité de l'Angleterre et de la Russie, qui se surveillaient étroitement et empêchaient toute action réciproque. Le Sultan sentait cette rivalité sourde entre les deux États, et il en profitait pour se faire des Arméniens des clients contre la Russie. De 1800 à 1890, il les combla de faveurs, laissant à leurs églises et k leurs écoles pleine liberté, prenant ses fonctionnaires parmi les Arméniens.

Mais des réformes- profondes n'avaient point été

1. Engelhardt. — La Turquie et le Tanzimât. — Op. cit. T. II, p. 209, 211.

accomplies; il n'existait pour les Arméniens que des faveurs toutes en surface. L'ambassadeur anglais à Constantinople, sir Henry Layard, constatait dans un rapport officiel, en 1880, « qu'aucune des réformes projetées ea Asie n'avait été loyalement exécutée. » Le 22 juillet 1880^ M. Gladstone disait aux Communes : « Si désireux que nous soyons d'éviter les complications qui naîtraient de la destruction de l'Empire turc, l'accomplissement des devoirs du gouvernement turc vis-à-vis de ses snjeU n'est plus pour nous la question secondaire, c'est li question primordiale, c'est le but principal vers leque tendent nos efforts. Que si la Turquie ne se décide pas i accomplir ses devoirs, son intégrité et son indépendaao devront se tirer d'affaire elles-mêmes comme elles pomj ront.»

Tout dépendait de la faveur du Sultan; on le vit bien lorsqu'à partir de 4888 celui-ci se rapprocha de la popn lation kurde parce qu'on lui avait soi-disant dénoncé de menées arméniennes. Les préfets soumirent alors à un révision les firmans impériaux accordés aux églises c aux écoles; les exactions dans les levées d'impûts redou blèrent. Les Kurdes, se sentant soutenus, rançonnei^ les hommes et enlèvent les femmes. Un mouvemeni arménien se dessine pour protester; des comités natio^ naux se fondent pour dénoncer les méfaits de l'adrainig tration turque; les Arméniens dispersés en France, e\ Angleterre, en Autriche, en Amérique, s'unissent pon signaler à l'Europe ces multiples violations du traité d Berlin. En mai 18î)0, éclatent des troubles à Erzoroum, la suite d'une perquisition dans les églises arménienne pour y rechercher des armes et des munitions entassé»là. La cathédrale est prise de force, profanée, et on n' trouve aucune arme. Ce fut la fm de la bonne entent entre le Sultan et les Arméniens. Le Sultan sera con vaincu que les comités, composés eu majeure partie d révolutionnaires russes qui ont formé le plan d'un soi

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'èvement de l'Arménie, ont derrière eux toute la nation. ]eux-ci, il est certain, pousseront les choses à l'extrême, frâce à l'influence qu'ils acquièrent dans les comités ler//i/ït/c/ic/A"etde7>oc/<a^v. Ilschercherontàrendre néces- I aire, à n'importe quel prix etpar n'importe quels moyens, me intervention européenne.

Ils font d'abord présenter par leur patriarche de Cons- .antinople aux ambassadeurs des grandes puissances le •ésumé de leurs vœux : un régime analogueà celai delà liréte et du Liban,un vali chrétien, une fixation régulière les impôts, une gendarmerie indigène pour protéger les î*opulations arméniennes contre les Kurdes, un conseil wovincial élu au suffrage universel et une commission i'.nropéenne de contrôle.

Le gouvernement anglais n'approuva guère le projet l'une assemblée élue rendu difficile par le mélange des »^ces, et il engagea avec les autres gouvernements des iiégociations qui n'aboutirent point. La Russie était mal disposée envers l'Arménie et hostile en général, à ;ette époque, à la politique des nationalités qui ne lui •éussissait guère en Bulgarie. Elle ne voulait point alors ll'une Arménie autonome qui lui barrerait le chemin de 'Euphrate et de la Perse, et qui pourrait tomber sous t'influence de l'Angleterre. Et même le tsar Alexandre III 'suivait une politique très énergique à l'égard des Arméniens qui, à ses yeux, dans les autres pays du Caucase, tivaient acquis une trop grande puissance du fait de leurs Kchesses et de leur habileté commerciale et financière. ..a langue russe fut rendue obligatoire dans les écoles, es fonctionnaires durent se convertir à l'orthodoxie. Il :allait russifier l'Arménie.

Abandonnés et des Anglais et des Russes qui les avaient •outenus jadis au congrès de Berlin, les Arméniens n'obinrent aucune faveur et mécontentèrent davantage les Turcs par leurs démarches près des puissances. Ils se livrèrent à une campagne de presse, organisèrent des

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meetings chez eux et à l'étranger pour forcer la main à l'Europe. Alors le gouvernement, confondant la population paisible et les comités avec leurs meneurs, usa de mesures violentes; le grand vizir Saïd Pacha déclara que « pour résoudre la question arménienne il fallait supprimer les Arméniens. »

On excita les Kurdes contre les Chrétiens. Ils multiplièrent leurs exigences au point de vue des contributions (le halif, le halo) qu'ils avaient le droit de lever sur les villages arméniens. Les Chrétiens refusèrent de payer; il y eut échange de coups, des crimes isolés, et le gouver-i nement décida de réprimer l'insurrection. Du 12 août au 4 septembre 1894, les villages chrétiens du Sassoun : Mouch,Talori,Chenik, Semai, Guéliégusan, Api, Spagank sont mis à feu et à sang; les Kurdes entrent dans le maisons, pillent, tuent; ceux qui ne se défendent pa sont obligés do creuser les fosses des combattants il y eut des actes de cruautés inouïes: prêtres, écorché vifs, jeunes filles violées, femmes éventrées, enfant coupés en deux, et cela sous les ordres du marécha Zekki Pacha. ^ Le Sassoun fut entièrement dévasté.

L'Angleterre intervint, demandant une commissioi d'enquête que la Porte elle-même nommait, dès le ^ novembre 1894. La commission terminait ses travaux ei juillet 1895. La seule sanction fut la révocation du val de Bitlis. L'enquête établit que les crimes avaient et perpétrés par des soldats réguliers turcs.

Les puissances, pour empêcher le retour de tels faili présentèrent à la Porte un mémorandum (2 mai 1895 demandant l'oxécution des réformes déjà promises e en plus, un contrôle exercé par elles sur le choix de valis, une perception régulière des impôts, une gendai merie indigène. La Porte répondit, le 3 juin, par u contre-projet au sujet duquel, M. Paul Cambon dis qu'il ne donnait aucune satisfaction. Le Sultan ne voul

l. Livre jaune. — Affaires arméniennes, pièce 10.

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. aucun prix du contrôle des grandes puissances, et ne aisait pas de concessions.

Alors, le 28 septembre 1895, les comités arméniens lécident de faire une manifestation pacifique à Conslantinople pour exprimer leurs desiderata au sujet des éformes à introduire. Le 30 septembre, la procession îut lieu à travers la ville. La police était là. Comme touours un coup de feu partit qui tua un officier de la roupe ; ce fut le signal d'une décharge générale qui mit în fuite les Arméniens. Les massacres se continuèrent lansle quartier arménien, puis à Trébizonde, Erzeroum, Cighi, Bitlis, Malatia, Mersina^ Diarbékir, Arabkir, Mardin, /an, etc., dans presque toutes les villes d'Arménie.

Les puissances, pendant ce temps, réduisaient les 'ermes de leurs demandes du mois de mai précédent, afin ramadouer le Sultan, et celui-ci acceptait les propositions aites dans un iradé du 20 octobre qui donnait aux Arméiiens les garanties essentielles. Mais ce fut alors au tour les Kurdes d'être mécontents des concessions acceptées îar le Sultan ; les massacres reprirent (novembre à décembre 1895). Pendant près de trois mois, la malheureuse irménie fut mise à feu et à sang et on n'estime pas à noins de 100.000 le nombre des morts. Et même à Marasch, dans une école catholique placée sous notre proteclorat, un sujet italien, le père Salvatore, fut massacré et )rûlé avec ses compagnons. Le gouvernement français lut intervenir, ce qui entraîna simplement la poursuite ît non la punition du colonel ottoman coupable. [l'Europe restait indifférente. Elle demandait simplement lu Sultan la permission d'envoyer un second stationnaire lans la Corne-dOr pour protéger les nationaux en cas de lécessité, et les ambassadeurs, de leur côté, étudiaient in programme de réformes.

Les Arméniens, pour pousser l'Europe à intervenir, attaquaient à Constantinople, le 26 août 1896, les bureaux de la Banque ottomane. Alors la colère du Sultan ne

connut plus de bornes et, pendant deux jours, à Constantinople, le quartier arménien fut pillé et transformé C! un véritable abattoir humain sur les ordres du « Sultan rouge». On compta plus de 6.000 morts!

En Angleterre, il y eut de nombreux meetings d protestation. Le gouvernement britannique proposa de déclarer au Sultan que « la continuation delà mauvais administration de son Empire impliquerait pour lui-môme la perte de son trône » (lGsebtembrel896).Le21 octobre, il communiquait aux cabinets un mémorandum qui raj' pelait les engagements pris par le Sultan et contenus dan letraité de Berlin; s'il en était besoin, on supprimerait p;t laforce les vices qui font tomber en ruine TEmpire turc' Ce mémorandum n'eut pas de suite. A Gonstantinoplel notre ambassadeur déclarait cependant que Tinterventioi des six puissances était nécessaire et serait seule efficace^ Mais à ce moment-là, le gouvernement se défiait de h politique anglaise et craignait que l'Angleterre ne tiràtij au profit de ses intérêts immédiats on Asie Mineuref un trop grand avantage d'une action collective contre 1^ Porte. D'autre part, la Russie était hostile à toute inter-l vention qui préparerait l'autonomie arménienne nuisibljl à ses projets politiques. La France, d'accord avec ti Russie avec laquelle se cimentait l'alliance, au lendemaii| du voyage du Tsar à Paris (octobre 1896), opposa ai demandes de l'Angleterre le principe de l'intégril de l'Empire ottoman placé sous la garantie collective àe\ six grandes puissances. Pas de condominium, pas d'a< tion isolée, telle fut la formule. L'Europe prenait en tulel^ les populations de l'Empire pour empêcher le retour d< massacres ^, mais n'était pas en mesure d'imposer d^

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