CHAPITRE X
Nous avons indiqué quels démembrements avait subis Empire turc pendant trois siècles, montré l'essor des lationalités balkaniques constituées à son détriment, la ■ute désagrégation de cet Empire, sous la poussée des •rces nationales et par suite de l'absence de toutes réarmes sérieuses et durables, au cours du XIX* siècle. 1 reste à montrer comment s'est produite la dernière lise qui a provoqué la guerre de 1912, et qui a onsommé, avant la folle provocation de novembre 1914, a déchéance de l'Empire turc en Europe.
Au lendemain d'Agadir, le gouvernement italien qui oit que la France va établir son protectorat au Maroc, t qui veut avoir la compensation promise par notre ccord spécial, adresse à la Turquie un ultimatum lui Qjoignant de consentir, dans les quarante-huit heures, i cession de la Tripolitaine (27 septembre 1911). La urquie, tout en proposant l'ouverture de négociations, 'accorde pas les satisfactions demandées et l'Italie lui
déclare la guerre. Dés le 30 septembre, elle envoie une division navale bloquer Tripoli. La Turquie n'a pas de flotte et ne peut défendre la Tripolitaine où l'Italie tente bientôt des débarquements successifs après avoir bombardé les eûtes. Les troupes turques qui séjournent en Tripolitaine, même grossies de contingents arabes, après avoir obtenu quelques succès partiels, ne peuvent chasser les envahisseurs. A Constantinople, le cabinet d'Hakki-Pacha, qui n'avait rien préparé et rien prévu, est renversé dès le début de la guerre, et remplacé par Saïd-Pacha qui, quoique animé de tendances conciliantes,j est obligé, devant les injonctions de l'élément musulman, de résister aux ambitions italiennes. L'Itali exigeait de la Turquie, — et celle-ci ne pouvait l'accor der, — la reconnaissance de sa pleine et absolue sou veraineté sur la Tripolitaine et la Cyrénaïque, tout er s'engageant par ailleurs à respecter l'autorité religieuse e spirituelle du Khalife en Tripolitaine, pourvu que cett autorité ne gênât pas le système administratif etpolitiqu du pays.
Pour adopter les vues italiennes, il fallait évidemmei que la Turquie s'avouât vaincue ; or, l'Ita-lie rencontrai malgré son corps expéditionnaire de 100.000 hommes ^ripolitainc, de telles difficultés que la Turquie pouv espérer résister. Elle perdait bien peu à peu les îles de mer Egée et de l'Archipel, mais l'Italie ne parvenait pas| forcer les Dardanelles ; une seule chose pouvait ame la Turquie à céder : l'impossibilité où elle était de ra>|j tailler la Tripolitaine en hommes et en vivres, et surtc ses difllcultés linancirrcs. D'autre part, dès la lin juin 1911, on signalait de nombreuses révoltes de s dats et d'officiers à Monastir et dans les princip centres albanais.
A cette époque, malgré un raid audacieux des tor leurs italiens qui essayèrent, mais en vain, de couler cuirassés ottomans dans les Dardanelles, la Turquie
LA GUERRE BALKANIQUE Mo
subissait en somme aucun dommage militaire essentiel; en Tripolitaine, les progrès italiens étaient très lents.
Or, les troubles d'Albanie vont dcHerminer une action intérieure énergique d'une nouvelle Ligue composée d'officiers qui en voulaient à mort à Mahmoud Chevket, ministre de la Guerre, et aux membres influents du Comité Union et Progrès, leur reprochant leur inaction militaire. Il faut bien remarquer, en effet, que le régime qui succéda à la Révolution ottomane de 1909 n'avait qu'une façade parlementaire et était, en réalité, un régime de dictature militaire, où l'armée, sous les ordres de son yrand chef Mahmoud Chevket, formait l'ossature du système politique et était toute puissante. Si l'armée n'obtenait pas de succès, et notamment dans la guerre contre 1 Ilalie, où — certains le pensaient — elle pouvait donner la preuve de sa fidélité, il est évident que le mécontentement ne ferait que grandir de toutes parts, et ''^ nouveau régime perdrait de sa puissance.
La révolte naquit en Macédoine ^, comme en 1909, d'une mutinerie militaire, qui s'aggrava du fait du soulève-
lent albanais. Devant l'attitude hostile de la Ligue militaire, le cabinet Saïd Pacha, et notamment le ministre '•^ la Guerre démissionnèrent; Ghazi-Mouktar, le héros
' la guerre russo-turque, fut chargé du ministère avec
3 grands noms de la Vieille Turquie : Férid, Kiamil, Noradounghian, Nazim, la victime de Mahmoud Chevket. I Les chefs du Comité Union et Progrès essayèrent le résister, en s'appuyant sur la Chambre des Députés, ■avorable dans sa grande majorité à leur politique, mais 'e nouveau gouvernement prononça la dissolution de a Chambre, et le Comité, qui n'était pas soutenu >ar l'armée et môme par la garnison de Salonique, »erceau de sa puissance, dut s'incliner. D'autre part, les iifficuités albanaises, les nuagesnoirs qui s'amoncelaient
l. Voir plus haut chapitre IX, p. 191 et suiv.
du côté de la Bulgarie, de la Serbie et du Monténégro, donnaient à rélléchir aux hommes d'État turcs.
Les Albanais', qui formaient le seul élément capable de soutenir la Turquie en Europe, se révoltaient contre un régime qui avait fait peser sur eux une tyrannie intolérable, les soumettant à un véritable caporalisme prussien. Leur soulèvement avait été une des causes de la chute du Comité ; or, il prenait des proportions de plus en plus grandes. Uskub tombait entre les mains des monta- '^ gnards (août 1912), et un de leurs détachements poussait' jusqu'à Salonique. Le gouvernement se décidait à leur] accorder la plupart de leurs revendications, presque] l'autonomie, mais en refusant de mettre en accusation! les anciens ministres et de leur restituer leurs armes,] comme ils le demandaient.
Devant ces concessions importantes, les Albanais obtei naient bien de regagner leurs villages et d'abandonné) Uskub, mais il y avait la contagion de l'exemple, et de troubles éclatèrent en Macédoine et dans les payj limitrophes. Sur la frontière turco-monténégrim Turcs et Monténégrins entrèrent en lutte. En Bulgari( l'état de l'opinion publique était des plus inquiétants ; la suite des massacres de Kotchana, la population Bulgarie était excitée au plus haut point, et des meeting| de protestation se tenaient un peu partout, réclamant guerre immédiate, blâmant les hésitations du gouvernj ment et du roi Ferdinand.
En Serbie, quoiqu'on fût plus calme, on ne pd vait rester indifférent aux manifestations de l'oj nion publique d'autant plus qu'on signalait à Siénit un massacre des Serbes par les Turcs. En Gi enfin, éclataient sur la frontière des incidents si glants.
La situation de la Turquie était des plus périlleusj
i. Voir plus haut chapitre IX, p. 197 et suiv.
par suite de Texcitation des populations chrétiennes des Balkans et de la guerre avec l'Italie. Or, à ce moment, le comte Berchtold, ministre des Affaires étrani:èr3S d'Autriche-Hongrie, prenait l'initiative d'une proposition, soumise aux chancelleries, qui conseillait à la Turquie d'appliquer en Macédoine un programme de décentralisation, et invitait les cabinets à donner des conseils de sagesse à Sofia, à Belgrade, à Athènes et à Cettigné. S'agissait-il de sauver la Turquie, en lui permettant de réaliser, mais un peu tard, en Albanie et en Macédoine, des réformes qu'elle se montrait incapable d'effectuer elle-même, ou bien voulait-on mettre un frein au débordement des passions nationalistes dans les États dos Balkans? En tout cas, le règlement des questions balkaniques, consoliderait le gouvernement turc et lui donnerait la force nécessaire pour conclure la paix avec ritalie. En réalité, la proposition du comte Berchtold, qui n'était qu'une intervention plus ou moins déguisée i dans les affaires intérieures de la Turquie, n'était pas i faite pour renforcer, à l'égard des États balkaniques^, { l'influence du gouvernement ottoman ; elle se trouvait ' obtenir ainsi un résultat contraire à celui que peutêtre elle cherchait.
La situation faite à la Turquie, et par la crise albanaise, "M par l'attitude des États chrétiens limitrophes, et par la note de l'Autriche, donna à réfléchir au nouveau personnel politique. Il comprit qu'il fallait faire la part |dufeu, et abandonner la TripolitaineàTItalie, pour s'ocjcuper de la réorganisation de l'Empire. Des négociations jB'engagèrent, d'abord secrètement, avec des agents sans . piandat ofliciel, aussi bien du côté de l'Italie que du cuté ,de la Turquie, à Ouchy (25 août 1912). Il est certain qu'une paix prochaine avec l'Italie donnerait à la Turquie la liberté de sesmouvements. Si d'autre partie nouveau gouvernement, en accordant des avantages notables aux Albanais, en réglant les difficultés macédoniennes avec
un large programme de décentralisation, donnaitsatisfaotion aux aspirations nationalistes, l'Empire se trouverait consolidé à la satisfaction des Allemands. Ce que l'Allemagne craignait et redoutait avant tout, c'était un aiTai-i blissement trop grand de la Turquie et le renforcement i des États balkaniques : elle favorisa donc par ses conseils énergiques, à Constantinople, les pourparlers d'Ouchy.i
D'autre part, il était évident que si les États bil-i kaniques voulaient assurer le triomphe de leurs reveii-| dications, il était temps d'agir. Ils avaient laissé passejri l'occasion d'attaquer la Turquie au début de la guerre avec l'Italie et au moment où l'agitation albanaise étai» devenue redoutable pour elle; aujourd'hui que la Tur-f quie était sur le point de signer la paix et cherchait peut! être, sur les conseils de l'Autriche et de l'Allemagne, ^ pacifier l'Empire, il n'y avait plus une minute à perdre La coalition va donc se nouer entre les États balkî niques : une nouvelle phase s'ouvrira dans cette étei nelle question d'Orient, pour aboutir cette fois à l'anéai tissement de la puissance militaire turque en Europe,
En présence de l'agitation du parti macédonien, mobilisation turque entraîna la mobilisation des Bulgare qui n'attendaient qu'un prétexte pour intervenir. Il avaient, depuis le 13 mars 1912, une convention avecij gouvernement serbe, avec le Monténégro et la Grèd (19 mai). La Serbie, elle aussi, mobilisa et la Grèce appef sous les armes ses réserves et sa flotte. La Confédératiq balkanique, qui aurait pu être un instrument de paix, à laquelle la Turquie s'était tant de fois opposée, ét«| enfin conclue, mais en vue de la guerre (30 septembre)! Dos démarches de la Russie et de l'Autriche auprès alliés ne purent retarder le connit (7 octobre). Du res^ en présence des hésitations qui se manifestèrent, le M< ténégro déclarait la guerre à la Turquie (8 octobre
1, Voir notre article dans le Mois Colonial de Mai 1910: La Ci fédération hal/catiif/ue.
^ ia Porte se décida à faire des concessions; elle remer-
! ia les puissances de chercher à éviter un conflit, et
î ffirma son intention de réaliser les réformes promises
1 n dehors de toute influence étrangère; c'était un peu
I ard. D'autre part, elle signait la paix avec l'Italie
I 15 octobre). L'Italie proclama son entière souveraineté
ur la Lybie, sans exiger de la Turquie qu'elle reconnût
annexion. La Turquie s'engageait à rappeler de Tripo-
l'itaine ses oflîciers et ses soldats, et à cesser de fournir
.ux Arabes des munitions et de l'argent; en revanche,
'Italie s'engageait à restituer à la Turquie les îles de
a mer Egée qu'elle occupait.
Mais sur le continent, les événements militaires se )récipitaient. Les armées des Alliés entraient en cam- )agne, et l'armée turque, jadis si remarquable et qui wait donné dans la guerre de 1877 tant de preuves l'héroïsme, était battue; en moins de deux semaines, la ïlacédoine se trouvait bloquée, les Turcs défaits à ioumanovo, d'un côté, et de l'autre, à Kirk-Kilissé et iLulé-Bourgas; Andrinople était investie.
Peu à peu, la Turquie perdait Monastir dont les Serbes ^'emparaient, puis Salonique où entraient les Grecs, et le 14 novembre, elle faisait des propositions directes aux Stats balkaniques en vue d'un armistice. La puissance attilitaire turque, que les instructeurs allemands n'étaient ^s parvenus à conserver, avait cessé d'exister.
Devant les exigences des Bulgares, qui demandaient fecutari, Andrinople et les lignes de Tchataldja, les Turcs l'abord se montrèrent intraitables. Mais les Alliés étaient épuisés, et les Bulgares surtout ne parvenaient pas à fenlever les lignes de Tchataldja, Ils diminuèrent leurs prétentions, et finalement l'armistice était signé le î décembre ; les négociations de paix devaient s'en-
ff
rt
gager à Londres. D'un coté, se réunissaient, au mi nistère des Affaires étrangères, les ambassadeurs de grandes puissances pour échanger leurs vues au suje, des modifications qui résulteraient de la guerre de Balkans, tandis que le 16 décembre, Sir E. Grey inau gurait la conférence de Londres, entre les délégués turc et ceux des Alliés.
Les négociations se poursuivirent pendant plus d'u mois. Après de grandes hésitations, le gouvernemei ottoman se résolut à céder la Macédoine, l'Épire, ur partie de la Thrace et la Crète ; mais au nombre des d, mandes des Alliés, il n'acceptait pas l'abandon d'Andr| nople et des îles. Les ambassadeurs des grandes pui. sauces firent une énergique pression à Constantinopj (17 janvier 1913), conseillant au gouvernement lui d'accorder Andrinople aux Bulgares, et de s'en rappo. ter à l'Europe au sujet des îles. Le 22 janvier, le graii Divan consentait les cessions demandées, lorsque lendemain tout était remis en question à la suite t coup d'État Jeune-Turc, opéré par Enver Bey, et q| 'coûtait la vie au ministre de la Guerre, Nazim Pachj tué à coups de revolver. i
Mahmoud Chevket Pacha était nommé Grand Vizir, la réponse du nouveau gouvernement, envoyée le 30 j a vier, à Londres, était un refus au sujet des îles et d'A drinople, dont toute une partie resterait turque. Turquie faisait preuve d'énergie, mais trop tard enco Depuis près d'un siècle, le gouvernement turc rasse^j blait toujours ses efforts dans une lutte désespén alors que des concessions effectuées au moment propi auraient pu le sauver; ces résistances suprêmes ne p valent être profitables à la Turquie. Les Alliés, enhar par leurs succès précédents, auraient facilement rai des Turcs, et sur mer, la flotte grec(iue était b supérieure à la leur. La Turquie était épuisée et bienj elle faisait savoir aux grandes puissances qu'elle ac
.t leur médiation. Celles-ci transmirent la proposition rque aux Alliés qui maintinrent leurs exigences prédentes, en demandant en plus les territoires situés l'ouest de la ligne Rodosto-Cap Malatra. La Turquie Clara, le 5 mars, qu'elle acceptait sans réserve l'interntion des puissances ; Andrinople tombait du reste le ' mars, sous l'efTort conjugué des Bulgares et des ^.rbes, et Janina était bientôt emportée par les Grecs. i Turquie ne pouvait plus résister.
Il restait encore Scutari qu'assiégeaient désespéréent les Monténégrins, et qui, on le pensait, ne tarderait 'is à succomber. Or, TAutriche qui, depuis plusieurs ois, avait mobilisé son armée, quoique la Russie stàt pacifique, prit prétexte d'incidents banals : arrestion et mort d'un prêtre catholique albanais à Ipek, de esures de violence à l'égard d'un bateau austro-honrois à Saint-Jean-de-Médua, du bombardement du msulat autrichien et de quelques établissements relieux à Scutari, pour adopter une attitude commina- )ire, exigeant l'abandon du siège de Scutari (25 mars), our obliger le roi Nicolas à céder, le gouvernement utrichien, qui décidément mène l'Europe, demande des lesures coercitives. Mais il n'est pas dans l'intérêt de la 'riple Entente d'agir seule contre le Monténégro; aussi écide-t-elle, avec les autres puissances, le blocus du littoal monténégrin, à l'exception de la Russie qui délègue son nandat à la France et à l'Angleterre (10 avril). Or voici lue, le 25 avril, Scutari se rendait aux Monténégrins; ''Autriche était jouée. Il lui faut à tout prix obliger e roi Nicolas à sortir de Scutari ; elle exige des puissances un débarquement. C'est alors que, sur les nstances de la Russie, le roi de Monténégro évacue Scutari. Pour la seconde fois depuis 1909, la Russie Vinclinait devant les exigences autrichiennes, et abandonnait la cause slave.
Tandis que les événements de Scutari créaient des
difficultés parmi les grandes puissances, les États balke niques, après de longs pourparlers, rendus difficiles pa la question des îles et les prétentions bulgares d'obteni la ligne de Rodosto-Malatra, lorsque les Turcs n'accoi daient que la ligne Enos-Midia, signèrent la paix àLor dres (30 mai 1913). Les Bulgares acceptèrent la ligne allai d'Enos, sur la mer Egée, à Midia sur la mer Noire. Le grandes puissances devaient statuer sur le sort des îlei Mais la paix de Londres qui consacrait la défaite irri médiable de la Turquie allait avoir d'autres cons quences.
Les frontières d'Albanie n'étaient pas déterminées ; 1( puissances allemandes prétendaient écarter la Serbie é territoire albanais, pour ne pas lui donner un déboucl sur l'Adriatique, et les Grecs n'obtenaient aucune garant en ce qui concernait TÉpire et les îles. Il y avait là di difficultés à résoudre auxquelles les grandes puissance seraientmolées, d'autant plus que,d'aprèsle traité de pai elles n'étaient pas seulement médiatrices, mais arbitr dans les questions qui n'étaient pas définitivement rés lues. D'autre part des contestations allaient s'élever, é, lement entre les alliésde la veille, notamment au s de la répartition des territoires contiuissurles Turcs.
Par le traité du 13 mars 1912, la Bulgarie et la Ser se reconnaissaient la possession de territoires en Ma doine, entre lesquels se trouvait une partie contest constituée par les gazas de Koumanovo, Uskub, Kilche'^ et Dibra, dont l'attribution devait être soumise à l'ar' Irage de la Russie. Les Bulgares demandaient l'exécuti intégrale de ce traité. Los Serbes répondaient, non sa] raison, (\\ïk la suite du grand concours de troupes et canons (|u'ils avaient fournis aux Bulgares devant drinople, alors que ceux-ci n'avaient pas complélcm
LA <iUERRE BALKANIQUE 253
.écuté la convention de septembre, d'après laquelle ils
Îîvaient donner 100.000 hommes à la Serbie, ils reven- Vjuaient la possession de cette zone contestée et des lies qu'ils occupaient au delà, principalement Monas- '•. Ils faisaient remarquer encore qu'ils avaient dû interdire, dans l'intérêt de la paix européenne, des abouchés sur la mer Adriatique, en laissant constiïer l'Albanie autonome.
'puis il y avait des discussions entre Grecs et Bulires, les Bulgares réclamant Salonique où ils déclalient être entrés les premiers à la tête de leurs troupes. n présence de cet état de tension qui existait entre ulgares et Serbes au sujet de l'attribution des terriûres macédoniens, l'empereur de Russie fit entendre 3S conseils de prudence, les invitant à accepter son rbitrage. Mais la Bulgarie exigeait que cet arbitrage ortât sur les territoires mentionnés, et qu'au préaible la Serbie les évacuât (11 juin), condition que slle-ci craignant de se trouver lésée, ne pouvait ccepter.
Pendant que les négociations se poursuivent, et qu'on ttend le résultat de l'arbitrage du Tsar, les Bulgares attauenl subitement les avant-postes, serbes et grecs (nuit ,u 29 au 30 juin). Et cependant la Roumanie, qui n'avait •as obtenu dans la dernière guerre les territoires u'elle ambitionnait, et qui n'avait reçu que la ville de
«ilistrie (protocole de Saint-Pétersbourg du 15 avril 913), avait laissé comprendre qu'en cas de guerre nou- 'elle, elle demanderait des compensations. Comment la Bulgarie, menacée par les Turcs au sud, en présence des irmées grecques et serbes bien entraînées et de la forte irmée roumaine, put-elle commettre ce coup de tête? Son attaque brus(iuée, « à l'allemande », ne lui réussit ^as. Tandis que les Roumains pénètrent en Bulgarie, sans ;encontrer de résistance (10 juillet), les troupes serboçrecques repoussent partout les Bulgares ; les Turcs s'em-
parent d'Andrinople et occupent la Thrace (22 juillet) Le 30 juillet, les délégués des quatre Ëtats balkaniques réunis à Bucarest, décidaient la conclusion d'un armis tice de cinq jours. Voilà, en moins de quatre semaines par un curieux retour des choses, la Bulgarie envahie Le 10 août, le traité est signé entre les puissances belli gérantes. La nouvelle frontière serbo-bulgare, en Mac^i doine, suivait la ligne de partage des eaux entre la Stroum, et le Vardar, laissant Stroumitza à la Bulgarie, Kotchana ( Radovitch à la Serbie. La frontière serbo-grecque partai du sud-ouest du lac Doiran, jusqu'au nord de Vodén que conservait la Grèce ainsi que Florina. Du h Doiran, la frontière bulgaro-grecque se dirigeait, l'est, le long des monts Belachitza, jusqu'à la rivièï Mesta qui sépare les deux pays. La Grèce gardai Démir-Hissar, Sérès, Drama et Cavalla; la Rouman s'étendait jusqu'à la ligne Turtukaî-Baltchick. La Serbj et la Grèce obtenaient une grande partie de la Macédoii au détriment des Bulgares. D'autre part, les Turcs pri tendaient conserver Andrinople et tout le territoire enti cette ville et la ligne Enos-Midia qui, d'après le prot» cole de Londres, formait la frontière avec la Bulgarij En résumé, la seconde guerre balkanique avait affait les Alliés par rapport à la Turquie, qui se renforça d'une partie des territoires qu'elle avait précédemme| perdus. Après les victoires écrasantes des Bulgares, novembre 1912, Constantinople avait été menacée et 1|{ lignes de Tchataldja, à quehiues kilomètres de la capital avaient formé le dernier rempart de l'armée tuniujl celle-ci fut sur le point d'être chassée délinilivem( d'Europe. Depuis la seconde guerre, la Tur(iuie, reconcjuérant une partie de la Thrace, constituait, grâj| à Andrinople, une défense avancée de la capitale ; ej était ainsi délivrée d'une grave menace. Les ambaî deurs des puissances, réunis à Londres, invitèrent Turcs à respecter les stipulations du traité de Londres]
LA GUERRE BALKANIQUE 2o5
se retirer derrière la ligne Enos-Midia ; la Turquie pondit qu elle n'abandonnerait pas Andrinople. Qui )udrait entrer en campagne pour l'en chasser? Cette môme commission, (jui devait régler la situation îTAlbanie et des îles, termina ses travaux, le 10 août, le décida que l'Albanie serait érigée en Principauté, us la souveraineté d'un prince nommé par les six présentants des puissances et par un représentant de ilbanie. Elle délimita les frontières méridionales de Itat factice qu'elle venait ainsi de créer; elle attribuait ,>'Albanie des villes et des territoires incontestablement population grecque. D'autre part, elle réglait la situa- ')n des îles de la mer Egée : il était décidé que lorsque Turquie aurait satisfait aux stipulations du traité de usanne, en rappelant toutes ses troupes* de Tripoline, l'Italie évacuerait les Sporades, et le sort de toutes } îles de la mer Egée serait fixé par les puissances.
Les protocoles qui venaient d'être conclus ne met- 'ent point fm aux difficultés orientales. La Bulgarie ttait irritée de cette seconde guerre qui lui enlevait tdrinople, ne lui permettait plus de satisfaire ses ibitions sur Salonique, Cavalla, Monastir, et l'obli- ^it à céder les territoires que la Roumanie s'approïait. Elle ne cherchera qu'une occasion de réparer les
^ Ttes subies. D'autre part, la (juestion des îles amè- 'ra probablement des contestations entre l'Italie et la
^ 'rquie, et entre la Tuniuic et la Grèce. Quant à l'Alnie ceux qui l'ont étudiée de près reconnaîtront que
iftat ainsi formé ne pouvait pas durer. Il était conslé pour satisfaire les ambitions autrichiennes, au
i^riment des intérêts serbes et des prétentions ita- Qnes; il était surtout contraire au vœu des popuions grecques de l'Épire. Ce nouvel équilibre des
Balkans, était instable. Au bout d'une année à peine, i subissait déjà de telles atteintes, qu'on pouvait en pré voir une modification radicale.
Il restait, en effet, bien des difficultés à régler dans lei
Balkans, d'abord entre la Turquie et la Bulgarie. L
8 septembre, desnégociations s'ouvraientàConstantinopl
entre les délégués bulgares et les délégués turcs pou
conclure un traité de paix. Un instant, on crut qu'elle
échoueraient par suite du désir de la Bulgarie de n
pas abandonner un des faubourgs d'Andrinople, Kirt
Kilissé, et la frontière obtenue au traité de San Stefani
La frontière qu'elle proposait, suivant le cours c|
la Maritza, lui aurait laissé, en plus de Demotika,
voie ferrée qui relie Andrinople au port bulgare c]
Dédéagatch :• la Bulgarie demandait même l'emboi
chure du fleuve et une bande de territoire sur la ri^
gauche de cette embouchure. Or, les Turcs voulaiel
conserver, non seulement la ville d'Andrinople, mî
Kirk-Kilissé, le golfe d'Iniada, et la voie ferrée
question, c'est-à-dire toute la rive droite de la Marital
Les délégués bulgares offriront une résistance bil
moins opiniâtre qu'on ne l'aurait supposé, si ce n'
sur l'attribution définitive de Demotika, car, grâce à|
possession de cette ville, ils pouvaient construire
ligne (\m irait de Dédéagatch à Mustapha-Pacha, S]
passer en territoire turc. La Turquie tenait à Demot(
pour assurer la défense d'Andrinople ; or, la Bulgarie m
en cette circonstance, n'était guère soutenue par Pl|
rope, désireuse de ne pas froisser la Turquie, céda
tous les points. La Turquie gardait la voie ferrée d'AaJI
noplo à Dédéagatch, rcmboucliure de la Maritza, ^J|
(jui lui permettait de fermer la ville dans la régioi
Demotika — ivirk-Kilissé, Andrinople, la grande ni(
pôle musulmane. La frontière, aboutissant à la
Noire et au nord du golfe d'Iniada, ne laissait à la
garie <jue le district de Tirnovo.
Si ce traité, qui fut signé le 29 septembre 1913, était plus avantageux pour la Bulgarie que celui de San Stefano, — la grande Bulgarie de cette époque, tout en , s'étendant plus au nord dans la Thrace, laissait à ^Técart Dédéagatch, — elle n'acquérait pas du moins, Uomme elle l'eût désiré, des avantages appréciables sur la smerÉgée. La partie de laBulgarie située sur cette mer était en effet séparée du reste du royaume, car la voie ferrée qui la traverse est turque d'un côté, et grecque de Tautre. l.t'S contrées bulgares de la haute Strouma et de la haute Mesta nont pour débouchés que des ports grecs, et Dt'déagatch, port bulgare, n'est pas en communication directe avec les autres contrées balkaniques et l'Europe. Quant au port de Lagos, il n'a pas d'importance tppréciable. D'autre part, les stipulations du traité le Bucarest assuraient à la Bulgarie, malgré le par- ^^e que lui imposèrent les Alliés, certains avantages lu'annulait le traité de Constantinople. Par le traité de Uicarest, la Bulgarie gagnait encore près de 500. 000 habiants; avec les pertes subies au traité de Constantinople, ■lie n'obtenait, après un an de guerre, aucun accroismoment en population, tandis que la Grèce s'augmentait 3 2.600.000 habitants, laSerbie de 1.210.000, le Monté- ;iégro de 230.000, la Roumanie de 285.760 habitants, 'ourquoi les Bulgares avaient-ils cédé si vite devant 3 exigences turques? Etait-ce parce que leur armée ' pouvait plus résister? ou bien, n'était-ce pas plutôt )ur gagner les bonnes grâces] de la Turquie, alin le préparer la revanche contre les Serbes et les irecs, et conquérir plus tard Monastir, berceau de leurs lommes d'Etat, Cavalla et Salonique, les ports les plus iches de la côte ? Ainsi, dans les mois qui vont suivre, lanera sur les difficultés balkaniques une menace d'en-