‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 30 sur 60 · AUL^BAU · texte numérisé non relu

AUL^BAU

tente turco-bulgare qui ne laissera pas d'être grave.

Il existait, d'autre part, des sujets d'inquiétude en Albanie, où certains chefs, peut-être soutenus par les intrigues des Bulgares de Macédoine, entreprenaient une sorte de guerre d'affranchissement contre les Serbes. Le 21 septembre, la Serbie faisait remettre une note au> puissances, disant qu'elle serait probablement obligée d( réoccuper certains points stratégiques de l'Albanie auto nome qu'elle devait évacuer, pour se conformer aux. sti pulations du traité de Londres, et elle mobilisait les divi sions de la Morava. L'Autriche et l'Italie laisseraientj elles les Serbes s'avancer ainsi en Albanie? D'autre par^ les Bulgares ne trouveraient-ils pas là une occasioj d'assouvir leur rancune?

Le 20 octobre, l'Autriche-Hongrie adressait brusque] ment un ultimatum à la Serbie, demandant l'évacuatic par ses troupes de tout le territoire albanais. Elle voi lait empêcher la Serbie d'occuper certains points mU| taires importants de l'Albanie, et de se faire reconnaitj plus tard des droits à un débouché sur l'Adriatique; el| voulait aussi lui créer des difficultés à propos du règl ment de l'affaire des chemins de fer orientaux.

La compagnie des chemins de fer orientaux, d( les titres étaient en grande partie aux mains banquiers austro-hongrois, possédait une ligne Krania à Salonique par Uskub-Mitrovitza et d'^| grande importance pour la Serbie. Les actions de chemin de fer étaient, avant la guerre, détenues pî Deutsche- liank ; le gouvernement serbe désirait^ racheter cette ligne, afin d'en posséder le contre soit la constituer en réseau international, commel chose avait été décidée pour le Danube-Adriatique, los Autrichiens voulaient garder, grâce à cette li( un débouché vers Salonique, pour eux d'une im| tance exceptionnelle, ou, si la ligne était internai nalisée, conserver, dans le contrôle de la coi

gnie, une influence prépondérante. En lançant son ultimatum, l'Autriche pensait intimider la Serbie, la réduire plus aisément à ses vues ou la pousser à la guerre.

Il existait encore tant de contestations entre la Turquie ' et laGrèce, àproposde l'attribution des iles, que l'Autriche ' avaitévidemmentledésir,parsonultimatum, de paralyser ' laSerbie, au casoùunconflitéclateraitentrecesdeux puissances. Les Turcs et les Grecs n'avaient pas signé la paix i depuis la dernière guerre ; la conclusion d'un traité [ rencontrait de nombreuses difficultés. La Grèce revendi- ^ quait les îles de population grecque, non pas comme une « conquête », mais comme un patrimoine national; elle demandait, par exemple, Chio et Mitylène, mais là ses prétentions étaient directement contraires à celles de l'Italie qui les occupait. La Turquie évidemment ne voulait pas abandonner aux Grecs les iles voisines de TAsie Mineure, et déclarait qu'il était suffisant pour eux d'avoir Thasos et Samothrace.

D'autre part, la Grèce éprouvait des difficultés avec les puissances de la Conférence de Londres, au sujet de la délimitation de l'Albanie méridionale. Les membres de la Commission de délimitation, nommés par la Conférence de Londres, devaient, le 30 novembre, terminer leurs travaux, et le 31 décembre, les territoires attribués à l'Albanie seraient évacués et par les Serbes et par les Grecs. Or, les commissaires rencontraient dans les pays de l'Épire habités par des populations grecques une *grande opposition, celles-ci éprouvant une appréhension légitime à tomber sous la domination du nouvel État créé par l'Europe. L'Autriche, enhardie par le succès de son ultimatum à la Serbie qui obligeait ■cette puissance à s'incliner devant la force, aidée de l'Italie dont les ambitions dans l'Albanie méridio-

tnale étaient évidentes, lança, le 30 octobre, un ultimatum à la Grèce, lui demandant d'abandonner, avant

le 31 décembre, le sud des territoires attribués à l'Albanie par la Conférence de Londres. II fallait, d'après l'Autriche et l'Italie, qu'avant le 31 décembre, quelles que fussent les difficultés de la délimitation dans des pays aussi pénibles d'accès, quelle que fût la population du terri-j toire contesté, celui-ci fût attribué en bloc à l'Albanie, i Or, le 31 décembre, la Commission de délimitation, n'avait pu achever ses travaux, ne parvenant pas à faire la différence entre ce qui était albanais et ce qui était bel-, lène, comprenant mal les idiomes locaux, gênée par les prétentions de l'Autriche et de l'Italie. D'ores et déjà, i^ semblait qu'Argyrokastro et Koritsa, de populatioi grecque, reviendraient à l'Albanie, et d'avance les Grecs protestaient avec énergie.

Le gouvernement britannique prit en main, d'accon

avec les gouvernements français et russe, la défensj

des intérêts grecs, et adressa aux puissances delaTripL

Alliance une proposition de règlement de la question dli

l'Épire et des îles de la mer Egée. D'abord, la Grèd

obtiendrait un mois de répit pour évacuer l'Albanie. 0|

relierait ensuite, par la ligne la plus courte, à travers

territoire contesté, les points extrêmes des deux trac<

partant, l'un du lac d'Ochrida, l'autre de l'Adriatique q^

la Conférence de Londres avait déterminés sans chercl

à préciser, par de vaines recherches ethniques, l'attribi

lion exacte des territoires. La Grèce perdrait ainsi, pt

ce partage brutal, des territoires helléniques, tels qd

ceux d'Argyrokastro, Koritsa, Prémeti, Liaskovik, Hei[

seg. En revanche, elle aurait des compensations dail

la mer Egée, à l'exception d'Imbros etdeTénédos, situéq

à l'entrée des Dardanelles, et que la Turquie ne vouh

pas abandonner, car elle se verrait fermer l'entrée

détroit. Elle conserverait les autres îles qu'elle occupai!

telles que Thasos, Samothrace, Lemnos, Milylène, Chij

Samos; d'autre part, l'Italie devrait évacuer les SporadeJ

car il ne restait plus en Tripolitaine de combattants tm

I ainsi se trouveraient exécutées les stipulations du traité de Lausanne (13 décembre 1913).

J Les puissances de la Triple Alliance mirent un cer- I tain temps à répondre à la note britannique. L'Italie, visée directement, avait de grandes répugnances à décider l'évacuation des îles qu'elle occupait. Sir Edward Grey avait proposé la date du 18 janvier 1914, pour l'abandon par la Grèce des territoires albanais fixés par la Commission internationale. Le 14 janvier, la Triple Alliance consentait à ce que les troupes helléniques ne fussent pas retirées quatre jours plus tard de ces territoires, se contentant de la promesse formelle de la Grèce. Elle acceptait, d'autre part, les propositions anglaises au sujet des îles de la mer Egée, mais l'Italie faisait savoir une fois de plus qu'elle évacuerait les ^Sporades, le jour où les stipulations du traité de Lausanne seraient réalisées ^

La Grèce, quoique relativement satisfaite du côté des Iles, n'abandonnait qu'à regret les territoires épirotes, etla Turquie voyait avec un vif déplaisir les^belles îles de 'Chio et de Mitylène, dont la possession lui tenait tant à cœur^ attribuées à la Grèce. C'est ainsi que les décisions 'adoptées par les grandes puissances n'arrivaient à con- "tenter en Orient aucun des intéressés, les uns perdant des territoires qu'ils détenaient depuis des siècles, les autres n'acquérant pas ceux qu'ils se voyaient en droit de réclamer, au nom du principe des nationalités.

Il y avait enfin, à côté de ces questions brûlantes, la situation particulièrement difficile de l'Albanie que l'Europe, si malencontreusement inspirée par la Triple Alliance, avait créée de façon arbitraire. Comment pou-

j !. Voir article du C* de Thomasson dans Questions diplomatiques et coloniales, du i°^ fév. 1914 : Appréhensions en Orient, péril en Allemagne,

vait-on décider que TAlbanie deviendrait un État, alors qu'elle n'en remplissait pas tous les caractères constitutifs, puisqu'elle n'était formée que de tribus qui ne reconnaissaient pas une autorité commune. En Albanie, c'était le désordre, le chaos; il y régnait une ombre de gouvernement,, le meilleur fonctionnant encore à Scutari, occupé par des détachements internationaux, et dans les territoires épirotes, aux mains des Grecs. La i Commission de délimitation ne parvenait pas à faire ' régner Tordre dans ce malheureux pays; il en était ainsi de la Commission de contrôle internationale, entre les mains de laquelle le gouvernement provisoire, créé après la guerre balkanique sous la direction d'Ismaïl-Kemal- Bey, avait remis ses pouvoirs, le 22 janvier.

Voilà où conduisait la politique ambitieuse de l'Autriche. Le souverain même qu'elle avait fait nommer, de concert avec l'Allemagne, le prince de Wied, d'origine allemande, n'arrivait pas à quitter Postdam, voyant qu'il lui faudrait trop d'argent pour pacifier l'Albanie. Les divers candidats albanais, soit Essad Pacha, dont les bandes attaquaient la ville d'El-Bassan (8 janvier 1914), soit Izzet Pacha, se servant pour soutenir sa candidature de l'élément musulman et essayant vainement de débarquer en Albanie, ne faisaient que compliquer par leurs intrigues une situation singulièrement difficile. Enfin, le prince de \\^ied, après avoir demandé qu'un emprunt del 70 millions lui fût garanti par les puissances, et avoir* accepté, en attendant, une avance de dix millions que lui fciisaient l'Autriche et l'Italie, débarquait le 0 mars,) à Durazzo. Il prenait, comme nouveau souverain d^' peuple albanais, le nom de Guillaume V\

Or, les chefs locaux se disputaient le pouvoir; Télé ment musulman s'agitait, mécontent d'avoir un princ chrétien, et les Épirotes, arbitrairement incorporés l'Albanie, déclaraient qu'ils résisteraient les armes à i main aux décisions de la Commission internatio

lale, préférant constituer une république autonome. [ La question de TÉpire n'était pas en effet réglée, par a réponse de la Triple Alliance du 14 janvier à la note lu 13 décembre. Le gouvernement britannique, d'acîord avec les cabinets de Paris et de Pétrograd, décida le proposer aux grandes puissances de « communiquer limultanément, à Athènes et à Gonstantinople, les dédiions déjà prises au sujet de la frontière de TÉpire, du etrait des troupes grecques, et du statut futur des îles le la mer Egée » (24 janvier).

Après que les gouvernements de la Triple Entente et le la Triple Alliance se furent mis d'accord sur la rédacion d'une note collective à adresser à la Grèce et à la 'urquie, une double démarche fut faite, les 13 et 14 fé- Tier, à Athènes et à Gonstantinople. Tout en exprimant ^es regrets de la décision prise, le gouvernement ottoman aisait preuve de dispositions conciliantes; la Grèce qui, ('après la note remise, devait, entre le l^"" et le 31 mars, iVacuer les territoires qu'elle occupait en Épire, protesait contre l'attribution à la Turquie d'Imbros, de Ténéos et de Castellorizo, et se déclarait prête, tout en faiant des réserves, à évacuer les territoires de l'Épire. 'urquie et Grèce ne s'inclinaient que devant la force. In résumé, la Triple Entente n'était pas arrivée, dans e règlement des difficultés orientales, à imposer sa aanière de voir. L'Albanie se constituait tant bien que (lal, au mépris des intérêts serbes, et contre les aspiraions grecques. D'autre part, l'Italie ne semblait pas écidée à abandonner les Sporades.

Les puissances germaniques, marchant la main dans a main, semblaient régner en maîtresses à Constantiople. L'Allemagne, qui avait une grande influence sur î personnel Jeune-Turc obtenait l'envoi d'une mission

pour réorganiser l'armée turque; le premier corps d armée de la capitale devait être commandé par des officiers germaniques ayant à leur tête le général allemand Liman von Sanders. L'Allemagne de cette façonr cquérait une influence prépondérante direcleme/îtl contraire aux intérêts russes et anglais. La Russie trèsi émue se décida alors à faire, avec les cabinets dei Londres et de Paris, une démarche auprès du gouvernement turc, puis voulut négocier avec Berlin, mais finalement manifesta de telles fluctuations dans les déci-. sions à prendre que le gouvernement turc ne s'émut pas outre mesure. Enver Pacha, le tout-puissant ministre de la Guerre turc, trouva une solution élégante; le général Liman von Sanders fut relevé du commande ment de son corps d'armée, nommé inspecteur générai de Tarmée ottomane, et promu au grade de général; il n'avait pas de commandement efl'ectif, mais pouvait toujours diriger Tinstruclion technique militaire turque pendant une durée de cinq ans. On ne pouvait pas s^ dissimuler que le gouvernement allemand consolidai) ainsi son influence en Turquie; son attitude à Constaii'i tinople menaçait de créer de sérieuses difficultés à \^ Russie. I

D'autre part la situation de l'Albanie restait inquiéi tante; le gouvernement du Prince ne s'y établissaî pas d'une façon stable, et les ambitions italo-autr chiennes étaient toujours en présence.

Ce prince de comédie, installé à Durazzo pour go verner l'État fantôme créé par l'Autriche, se défenda avec peine contre les insurgés partisans d'un princ musulman, et ([ui, éparpillés à 3 ou 4 milles dan les campagnes environnantes, étaient pourvus de noii breuses munitions. Contre cette petite armée, les troupd du. prince faisaient piètre figure ; la gendarmerie, co mandée par desofficiers hollandais, étaitinsuffisantepo repousser les insurgés^ devant on même temps lutt

contre les populations grecques soulevées dans l'Ëpire.

Le Prince n'avait aucune autorité ; il était combattu în sous main par Essad Pacha qu'il faisait même arrêter Tialadroitement en pointant un canon contre sa demeure r.) mai). Du reste, devant les attaques plus ou moins Tienaçantes des insurgés, le prince perdait la tête et s'ennyait sur un navire de guerre italien, avec le ministre l'Autriche, le personnel de la Légation, ses archives et ses caisses. Ce n'était qu'une alerte ; quelques heures iprès il revenait à terre (21 mai).

A la fin de juin, la situation devenait encore plus sérieuse. La ville n'était plus défendue que par les marins austro-italiens qui avaient été débarqués, et les insurgés l'attaquaient à nouveau, tuant le colonel Thompson, colonel-chef de la gendarmerie.

Comment pacifier l'Albanie ? L'Autriche aurait bien voulu intervenir, mais l'Italie s'y refusait ; l'intervention avec l'Autriche lui répugnait, tant elle redoutait son immixtion dans les affaires albanaises, craignant une nouvelle affaire des Duchés. Les deux gouvernements enjoignaient bien à leurs agents en Albanie d'entretenir entre eux les rapports les plus cordiaux; si ceux-ci se conformaient aux ordres donnés, leurs subalternes n'en continuaient pas moins les intrigues. Le gouvernement italien avait intérêt à laisser à la question albanaise son caractère international ; alors on parla d'intervention européenne. Mais les puissances de la Triple Entente laccepteraient-elles une expédition en Albanie pour y

iconsolider un prince allemand ?

' 11 y avait cependant, à la veille de la guerre, parmi les ^grandes puissances, un désir de liquider les questions ^orientales. L'accord s'était fait entre l'Autriche et la 'Serbie au sujet des chemins de fer orientaux, l'Autriche

ayant opposé depuis longtemps aux demandes de la Serbie une résistance intransigeante. L'accord comportait, selon les propositions serbes, l'étatisation delà ligne, et le prix d'achat du réseau était fixé à 40 millions (mai 1914).

Entre l'Italie et la compagnie Smyrne-Aïdin (19 mai), en Asie Mineure, une convention était signée qui faisait présager une entente prochaine dans la question des îles de la mer Egée; et à la Chambre des députés d'Italie, le 26 mai, le marquis di SanGiuliano, dans une série de déclarations sur la politique orientale, parlait du désir de l'Italie de respecter l'intégrité territoriale de la Turquie et son indépendance économique.

Dans les entrevues entre Georges V et le Président de la République, à Paris^ entre les ministres des Affaires étrangères dePEntente cordiale (21 et 23 avril), d'après le communiqué fait à la presse, on était tombé d'accord sur la nécessité de « continuer de constants efforts en vue du maintien de l'équilibre et de la paix. »

On lisait des déclarations similaires dans le communiqué qui avait fait suite à l'entrevue d'Abazzia, entre les ministres des Affaires étrangères d'Italie et d'Autriche- Hongrie, et aux entrevues de Guillaume II avec TEmpe-'l reur François-Joseph, à Vienne, (23 mars) et avec le roil( Victor-Emmanuel à Venise : on parlait d'une parfait identité de vues pour assurer « la solution pacifique de! nombreux problèmes soulevés par la dernière crise balkanique. »

Entre la France et l'Italie, était intervenu un accoi réglant la condition des Tripolitaiiis, en Tunisie, et d( Tunisiens, en Tripolilaine, question qui avait un instanl provoqué certaines difficultés entre les deux l^Uats (29 mai).

Faut-il mentionner encore les ententes entre la Franc et l'Allemagne en Asie Mineure, l'Angleterre et l'Allemagne dans la question du Bagdad? Une convention étai(

laborée, comme conclusion des négociations entalées à Berlin, entre les représentants du gouvernement •ançais, ALM. Sergent, Ponsot et Klapka, et les repréiintants du gouvernement impérial, de Rosenberg et elfferich. On poursuivait ainsi un accord entre les anques et les sociétés de Chemins de fer françaises et lemandes en Asie Mineure, sous les auspices des deux juvernements, pour régler dans ces contrées les diffiiiltés en présence (février 1914).

Des négociations avaient eu lieu également, au cours e Tannée, entre TAngleterre et TAllemagne, au sujet i3 la navigation du Tigre, de l'irrigation en Mésopomie, de la détermination des sphères d'influence sur parcours du Bagdad, et de la fixation des concessions ins les pays traversés par les voies ferrées projetées; les aboutissaient à un accord qui fut signé, le 15 juin, à pndres, par sir Edward Grey et le prince de Lichnowsky, nbassadeur d'Allemagne.

Un accord était aussi conclu entre la Russie et la .irquie, au sujet des réformes arméniennes (février H4). Les vilayets de l'Anatolie étaient divisés en insîctorats généraux. La Porte devait nommer les inspecurs, ceux destinés aux vilayets de l'est de l'Anatolie liraient choisis dans les petits États européens. Les )Uvoirs des inspecteurs seraient très étendus, jusqu'à voquer les hauts fonctionnaires nommés par iradé apérial, à l'exception des valis. Le service militaire îvait être régional; la langue locale serait usitée dans fUS les vilayets etc.; c'était un projet de décentralition préparé du reste après entente avec les grandes jiissances •.

Au début d'avril, des accords étaient paraphés à Paris ir M. Doumergue, président du Conseil, ministre des ffaires étrangères, et Djavid Pacha, ministre des tances de l'Empire ottoman ; ils visaient l'émission

Voir plus haut, chapitre IX, pp. 240, 241.

d'un emprunt turc sur le marché de Paris de 500 millions, et certaines facilités données au gouvernement ottoman au point de vue financier, ainsi que des concessions de nature économique et politique accordées pai la Turquie à la France, en Syrie. La France obtenait la concession d'une ligne allant de Reyak à Ramleh, um ligne de Smyrne aux Dardanelles, avec embranchemen d'HodeïdaàSana, en tout, près de 900 kilomètres de che mins de fer en Syrie, puis en Arménie, les lignes de Sam' soun-Sivas^ Sivas-Karpout-Arghana, Arghana-Bitlis-Van: Samsoun-Kastamouni-Héraclée-Bolou, ces lignes ave-i les embranchements formant un total de 2.000 kilo! mètres. Nous obtenions encore la concession d'Héraclé et d'Inéboli sur la mer Noire, de Jafla, de Caïffa et d Tripoli de Syrie, dans la Méditerranée.

Ces accords tendaient à assurer l'équilibre et la pai en Orient. La Turquie était directement intéressée aie conclusion, et comme d'autre part son différend av l'Italie semblait devoir s'aplanir, on pouvait suppos^j qu'elle était sortie de l'ère des difficultés ; mais il rest bien des points de frottement entre elle et la Grec Ainsi, à la fin de juin, des contestations s'étaie élevées entre ces deux puissances, au sujet de Té gration en masse des Grecs de Thrace et d'Asie Mineur chassés de leurs terres et dépossédés de leurs biens p les émigrés turcs de Macédoine. A la suite de l'intervei tion amicale des puissances, tout danger de coi gréco-turc fut pour l'instant écarté.

Cependant la situation de l'Orient ne cessait pasd'ôt] grave. L'Albanie n'était point pacifiée, et, en juillet, position du prince de Wied, à Durazzo, était des pl| précaires. L'Albanie pouvait être la cause d'un conlj entre l'Autriche et ritalio, car ces deux puissanci seraient nécessairement obligées d'intervenir. La Gré| était lésée, en Ëpire, par les décisions des puissanceî aurait, au moment d'une conflagration, des droit^l

'aire valoir. La condition générale des Balkans, déterninée par le traité de Bucarest, était incertaine, parce ju'entre la Serbie et la Bulgarie de graves dissentiments existaient, ainsi qu'entre la Bulgarie et la Grèce; la Bulgarie ne voulait point s'avouer vaincue. I Peu importaient à la Turquie ces rivalités; elle pouvait, au milieu des difficultés qui existaient, apporter oui son soin aux réformes intérieures. Mais les intrijues allemandes, à Constantinople, ne laissaient pas de •ester inquiétantes. Si l'Allemagne avait signé des ccords avec la Farnce et l'Angleterre, elle ne renonçait loint à ses prétentions ambitieuses en Orient, et entenlait garder la main mise sur la Turquie. Là était le langer.

Ainsi, à la veille de la guerre, la situation se présenait de la façon suivante. D'une part, un équilibre instable le l'Orient auquel les grandes puissances ne pouvaient ester indifférentes, et d'autre part, une Turquie qui vait perdu toute influence sur le continent européen, à 4 suite des défaites et des démembrements qu'elle ^ait subis. Elle était dominée par des politiciens qui 'avaient que des appétits à satisfaire, et elle était solliitéepar les intrigues allemandes. Saurait-elleyrésister? e conflit européen n'aurait pas éclaté que la Turquie lOuvait vivre, mais une guerre devait précipiter sa ^line. La guerre pour elle était la dernière folie à comiiettre !

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