‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 31 sur 60 · LA QUESTION D ORIENT ET LA GUERRE EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

LA QUESTION D ORIENT ET LA GUERRE EUROPÉENNE

Le 28juinl914, l'héritier présomptif du trône des Hab bourg, l'archiduc François-Ferdinand, et son épouse m(j ganatique la duchesse de Hohenberg étaient assassin à Sarajevo, par des Serbes égarés. Cet attentat causa u vive émotion en Autriche-Hongrie, où l'archiduc et considéré comme une des forces de la double monaj chie, et où môme certaines races, les Tchèques notai! ment, comptaient sur lui pour obtenir des libertés etdi franchises. La presse autrichienne déclara de suite la main criminelle qui avait perpétré le forfait é armée par Belgrade. L'Empereur chercha à calmer excitations chauvines en parlant, dans une lettre adres au comte Stiirgkh, président du Conseil en Autriche, comte Tisza, président du Conseil en Hongrie, et à M, Bilinski, ministre commun des Finances, « du ver d'un petit nombre d'hommes induits en erreur », blant ainsi ne pas incriminer le gouvernement sei Les chancelleries, rassurées et par les déclarations souverain, et par celles de ses diplomates ',ne crurent

i. I.o baron Macchio, i\ Vienne, faisait, le 3 juillet, les déclj tious les plus rassurantes, disant ii M. Jovauovilch : a perst

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que la crise approchait. On était au milieu de l'été, chacun pensait aux projets de vacances, aux déplacements de famille; était-ce le moment de parler de guerre?... Depuis plusieurs années déjà, l'Orient occupait l'attention de l'Europe, des menaces de conflit austro-serbe lavaient à diverses reprises inquiétée ; elle s'y accoutumait, et ne voulait plus croire au danger. Or, de gros nuages s'étaient lentement accumulés ; si l'orage n'avait pas éclaté, il n'en était que plus menaçant. Qui pourrait l'écarter à nouveau?... L'Orient, où commença l'histoire du monde avec les luttes des Troyens, des Grecs, des Perses, avec Philippe et Alexandre, allait être le théâtre d'un des plus grands chocs de peuples, puisqu'il était la cause première de cet immense conflit où Germains, Slaves, Latins, Anglo-Saxons, combattraient, les uns pour la domination de l'Europe, les autres pour son indépendance. De même qu'autrefois, lors de la bataille do Lépante, des guerres de succession de Pologne, dj Russie, de Grimée, des Balkans, c'est d'Orient que parlait l'étincelle qui devait enflammer l'Europe centrale.

Un mois après l'attentat de Sarajevo, le 28 juillet, la guerre ne pouvait plus être que difficilement évitée.

n'accuse le royaume, ni le gouvernement serbe, ni tout le peuple ■erbe. Nous accusons seulement ceux qui entretiennent les projets ipanserbes et qui travaillent à leur réalisation. » {Livre bleu serbe, pièce 12).

Le marquis Pallavicini déclare, le 30 juin, à Constantinople, à M. Georgevich, chargé d'atfaircs : œ Les rapports entre la Serbie et l'Autriche sont devenus bien meilleurs ces derniers temps, » (Livre tleu serbe, pièce 6).

M. de Manneville écrivait, le 4 juillet, de Berlin, à M. Viviani, (Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères: « legouveriHement allemand ne paraît pas partager les inquiétudes qui se manifestent dans une partie de la presse allemande, au sujet d'une tension possible des rapports entre les gouvernements de Vienne et de Belgrade, ou du moins il ne veut pas en avoir l'apparence. » ^{Livre Jau7ie, pièce 9.)

Ilji

Pourquoi ? Etait-ce l'attentat lui-même qui la rendait inévitable ?.. Mais dans ce laps de temps d'un mois, on aurait pu calmer l'opinion publique en Autriche-Hongrie — le souverain avait l'air de s'y employer — , trouver des formules d'entente entre l'Autriche et la Serbie, alors surtout que le gouvernement serbe avait promis de rechercher et de punir les coupables du complot ', s'il était prouvé qu'il y avait eu complot. L'attentat fut le prétexte cherché. Tout était prêt depuis l'entrevue de Vienne (24 mars 1914), entre Guillaume II et l'Empereur François-Joseph, et surtout celle de Konopischt, entre le Kaiser et l'archiduc François-Ferdinand (12 juin), oui l'empereur allemand arriva, accompagné de l'amiral voE Tirpitz, entrevue dont la presse berlinoise soulignait alors la grande « portée politique». Les plans d'agression contre la Serbie furent minutieusement élaborés ; on en finirait d'un coup avec les Serbes, avant-garde russeï dans les Balkans, puis ensuite on attaquerait la Franc€( et la Russie. A quelle date se produirait le conflit ?.. Op ne le savait pas exactement, mais on était prêt à le dé-j chaîner au moment favorable. Si, au lendemain del'al-| tentât, François-Josephprononçadesparolesconciliantesj ce fut pour endormir l'opinion, afin de donner le temp; nécessaire à l'exécution du plan.

Tôt ou tard, le conflit austro-serbe devait éclater Depuis 1908, il était devenu évident qu'on ne l'empè obérait pas, et que la Russie, protectrice du slavisme, serait nécessairement entraînée. Alors se produirait c grand choc des Slaves et des Germains, qu'Edouard Herv

1. Le gouvernement serbe avait promis, dès le 30 juin, de puni les coupables, <« afin de prouver que, sur son territoire, il ncsouffririj aucune agitation ou entreprise passible d'une peine et pouvtni nuire aux relations déjà si délicates avec l'Autriche-Ilongrie. >»(Lîw| bleu serbe ^ pièce 5). — Il ne faisait du reste que se conform aux conseils du gouvernement français qui recommaudait d'obs Ter le plus grand sang-froid. » {Livre bleu serbe, ^tiéce 10).

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prévoyait, en 1867, et qu'il signalait, dès 1871, à Tattention de notre diplomatie, afin de rester « les arbitres de ce grand débat entre l'Empire germain et l'Empire slave, et,

. sur le Danube, reconquérir le Rhin. . . . ^ »

L'Autriche et la Russie avaient vécu en bonne intelli-

• gence pendant la plus grande partie du XIX* siècle. La Russie, en récompense de son abstention dans la guerre

f de Crimée, et pour lui permettre d'écraser Tinsurrection

[hongroise, avait prêté son précieux concours à l'Autriche qui ne devait pas tarder à la payer d'ingratitude. A la veille de la guerre de 1877, grâce à ses intrigues, elle obtenait de la Russie, pour prix de sa complicité dans la lutte contre la Turquie, la faculté d'annexer la Bosnie- Herzégovine, en cas de dissolution de l'Empire ottoman (entrevue de Reichstadt, 26 juin— 8 juillet 1876, et convention des 3 — 15 janvier 1877)-. A la suite du traité de Berlin, qui accordait à l'Autriche l'occupation de ces provinces, les rapports furent tendus avec la Russie. Ces progrès de l'Autriche en Orient, conformes à la politique que Bismarck lui avait tracée, pour y frayer la voie à la culture germanique, devaient l'entraîner vers Salonique, vers cette mer Méditerranée, chemin 'du grand commerce mondial. Mais elle trouverait

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