Vr. Paul Deschanel, ^ l'Institut^ p
M. Paul Deschanel écrivait, en mars 1883 : « Dans ce «çrand problème que la France devra réaliser, si elle veut ne point périr, l'union des Latins et des Slaves contre les Germains, l'Angleterre 'sera le facteur d'où dépendra la solution; maîtresse des mers, elle tiendra le nœud du problème ». {Orateurs et Hommes d'État, p. 49), fet en mars 1898 :
« Le XX" siècle verra se dérouler, par l'effet des vicissitudes naturelles dans la maison de l'Autriche, un drame décisif, dont il es laisé de prévoir dès aujourd'hui tout au moins le prologue et les [premiers actes. Le rôle de la France y est d'avance tracé ». [La \République Nouvelle, p. 259).
Eu avril 1914, il disait à ses électeurs : « La j^uerre des Balkans n'a été qu'une préface. Le duel entre les Germains et les Slaves est inévitable Et la France y sera fatalement engagée. »
2. Vr. Serge Goriaiuow, Le Bosphore et les Dardanelles, p. 312 et suiv.
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là» en face d'elle, dans les provinces bosniaques et les territoires qu'ils détiennent aujourd'hui, les Serbes qui se dresseraient devant elle. Et si elle entrait en lutte avec les Serbes, si elle menaçait leur liberté d'expansion, l'Autriche s'attaquerait aux intérêts slaves en général, et à ceux même de la Russie en Orient.
A la période de froissement entre les deux puissances, qui avait été la conséquence du traité de Berlin, avait succédé une entente^ sur la base d'une collaboration dan» les affaires orientales, et notamment dans les affaire$ macédoniennes. Cette entente fut consacrée par Télabo* ration du programme deMiJrszteg. La Russie, absorbée par les affaires d'Extrême-Orient, désirait avoir les main» libres dans les Balkans dont l'Autriche se constituait comme la gardienne. Cette entente qui ne pouvait oi devenir une alliance, tant les intérêts étaient divergents, prendrait fm du jour où la Russie, à la suite de ses échecs contre le Japon, prêterait plus d'attention àl la question de Macédoine, et à celle de l'Orient en général. |
L'Autriche voyait l'entente devenir de moins en moim efficace, et chez elle s'affirmait davantage le désir depj réaliser ses visées orientales. En janvier 1908, le comtej d'Aehrenthal lança son projet de chemin de fer Uvao Mitrovitza pour relier Vienne k Salonique. Des résistances se produisirent chez les Slaves ; les puissances de lai Triple Entente, et môme l'Italie, ripostèrent avec le proje Danube-Adriatique. Des négociations s'ébauchèren' alors entre l'Autriche et la Russie (échange de notesj avec M. Iswolsky, 19 juin 1908) pour lui faire accepte une entente dans les questions balkaniques, favorable grâce à l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, aux inté rets autrichiens. Mais avant ((u'on ait abouti, la révolu-IBL tion turque éclatait, et le comte d'Aehrenthal, inquiefi des répercussions qu'elle pourrait avoir sur les musul-Mj^ mans de Bosnie-Herzégovine, s'empressait de décrète l'annexion (6 octobre), avant que M. Iswolsky, ten
LA QUESTION d'oRIEM ET LA GUERRE EUROPÉENNE 27S
à l'écart, ait pu réclamer les compensations qu'il attendait'.
L'émotion parmi les Serbes fut immense, car ils perdaient désormais tout espoir d'atteindre la mer et de recouvrer les provinces, berceau de leur race. Or, la Russie qui n'était pas préparée pour une guerre européenne dut reconnaître l'annexion, sous la menace : de l'Allemagne d'intervenir (entrevue de M. de Pourtalès et de M. Iswolsky, 24 mars 1909). L'Autriche regretta que le conflit se fut terminé si vite ; elle aurait voulu en finir une bonne fois avec les Serbes.
[ Par cette annexion qui déchirait brutalement un traité [signé par les puissances, l'Autriche non seulement posait le problème de l'union des Slaves du Sud, menaçant )our son existence, mais elle préparait de nouveaux démembrements de la Turquie, d'abord en lui enlevant lieux provinces, puis en donnant aux Bulgares, aux Cretois, i tous les autres peuples des Balkans,, le désir de se ibérer du joug ottoman. Les événements de 1908 ont iéterminé les guerres balkaniques de 1912, et la crise de
Les populations chrétiennes des Balkans réclamèrent •es réformes que les Jeunes-Turcs leur avaient promises it qu'ils ne réalisaient pas, et la Ligue balkanique se lorma contre la Porte, dès le printemps de 1912. L'Auriche et l'Allemagne poussèrent à la guerre, persuadées lu triomphe de la Turquie. L'Autriche vit là l'occasion êvée de se débarrasser du danger serbe. Les victoires décisives des Bulgares, des Serbes, des Grecs, déjouèrent es prévisions. Elle se retourna alors d'un autre coté et organisa contre les Slaves, avec la complicité de l'Italie, laquelle elle promit des compensations sur la côte, (Albanie autonome. Elle alla même plus loin ; elle exigea !ae Scutari fut enlevée aux Monténégrins, et la Russie, tjenacée d'une guerre qui eut éclaté dans des conditions