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LA QUESTION d'oRIENT ET LA GUERRE EUROPÉENNE 277

s'engagerait fatalement avec l'Autriche soutenue par l'Allemagne; c'était pour eux une question de vie ou de mort, et la Russie ne pourrait les abandonner.

D'un autre côté, rAutriche serait entraînée dans une guerre contre les Serbes pour les comprimer, pour prévenir leur union avec les Slaves de la monarchie, avec les Croates, avec les Slovènes, union que la Hongrie, à laquelle appartient la Croatie-Slavonie et une partie de l'influence en Basnie-Herzégovine, ne tolérerait à aucun prix. D'où les efforts de l'Autriche contre la Serbie lors des deux guerres balkaniques, et à Bucarest en avril 1914, lorsque le marquis Pallavicini démontrait la nécessité d'une « agression préventive » , et demandait àla Roumanie si, en cas de nécessité, elle prêterait son appui (révélations de M. Take Jonesco dans le Giornale d'Jtalia, 21 janvier 1915) . D'où la lente préparation d'une liquidation balkanique au profit de la Triple Alliance et contre les intérêts slaves, par la création de l'Albanie, le refoulement des Grecs au-delà de l'Épire, l'attribution d'Andrinople, ainsi que des îles d'imbros et de Ténédos à l'entrée des Dardanelles, aux Turcs. Les résultats ne répondent pas aux efforts déployés ; l' Albaniene peut pas vivre, laTurquie persécute et massacre les Grecs en Asie Mineure; à Pergame, à Adramytte, Karabournou, Cydonie, Phocée; elle se montre des plus audacieuses; la propagande serbe ne désarme pas... Aux entrevues de Vienne (24 mars), Miramar (28 mars), Konopischt (12 juin), tout est préparé entre les souverains allemands pour une attaque des Serbes qui déclanchera une guerre favorable.

L'assassinat du 28 juin va fournir l'occasion cherchée jet l'ultimatum du 23 juillet contient des injonctions ; telles que, si la Serbie ne riposte pas par la guerre, ce sera pour elle une humiliation sans précédent, car « on

n'a jamais vu auparavant un État quelconque adresser à un autre Ëtat indépendant un document d'un tel caractère ^ » ; la Serbie, sans prcstli^^e et sans autorité^ ne deviendrait qu'un État vassal de l'Autriche.

Le conflit, d'abord austro-serbe, se transforma rapidement en conflit européen par l'intervention de l'Allemagne qui, dès le 23 juillet, télégraphiait à ses représentants de notifier aux gouvernements près desquels ils étaient accrédités que, suivant le désir du gouvernement impérial, le conflit « devrait être localisé, toute intervention d'une autre puissance devant, par le jeu naturel des alliances, provoquer des conséquences incalculables. » 2 A cette note, M. Sazonofl' était nécessairement obligé de répondre que la Russie ne pourrait pas rester « indifl^érente » ^; elle ne pouvait permettre à l'Autriche d'écraser la Serbie; elle avait, depuis six ans, fait assez de concessions pour ne plusen consentir davantage.

Le 25 juillet, le gouvernement serbe, au risque de compromettre la dynastie des Karageorgevitch contre laquelle la colère popalaire pourrait se déchaîner, acceptait avec un grand courage presque tous les points! de la note autrichienne *, même la publication au Jour^ nal Officiel du. royaume d'une « énonciation » aux termes de laquelle le gouvernement condamnait la propagande

1. Livre bleu anglais, pièce n" 5, télégramme de Sir Edward™ Grey à sir M. de Bunsea et Livre rouge autrichien, note autli-lj, chienne, pièce 7. ■'

2. Livre blanc allemand, annexe Ib, et Livre jaune, pièce tSilP — Le Baron de Schœu insistait à Paris « sur la nécessité, pottlj l'Europe, de détruire, une fois pour toutes, à Belgrade, ce foyeij d'agitations perpétuelles. » Livre rouge, pièce 13.

3. Livre blanc allemand, annexe 4 (24 juillet). Livre orangeî pièce 10, Livre jaune, pièce 31, Livre rouge, pièce 16. — Du restcl le Tsar, à l'eutrevue de Gonstautza (14 juin 1914), avait dit au ro j Charles le"" que si l'Autriche attaquait la Serbie, ce serait U\ guerre, malgré tout son attachement pour la paix. Vienne cl BerlilHIi en avaient été de suite avertis. (Article de M. Takc Jonesco, d<uïflll la Grande IXcvue, février 1915). Hl

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