AULNE AU
difficultés extérieures. Ce fut un malheur pour les Serbes d'être les voisins d'un État qui croyait avoir intérêt à surveiller, sinon à limiter, leur développement économique et politique. Ils furent en butte à Thostilité de FAutriche qui voulait d'autant moins d un puissant État serbe sur sa frontière qu'elle savait les Serbes pleins d'amour et de gratitude pour la Russie. C'est contre la Russie qu'elle soutint le second des Karageor^vitch, tandis que cette puissance faisait arriver au trône de Serbie Miloch et Michel Obrénovitch.
Le grand danger pour T Autriche était dans la réunion des Serbes des Ralkans qui lui barreraient la route vers Salonique, limiteraient son extension économique, et surtout compromettraient sa situation sur l'Adriatique. i Trieste, Fiume, les deux seuls ports par lesquels l'Au-' triche et la Hongrie puissent écouler leurs produits, ne sont-ils pas en plein pays dalmate, c'est-à-dire en pays serbe? Et le danger de contagion est souvent le plus redoutable. Empêcher la formation de cette grande patrie serbe, qui s'étend de la mer Egée au golfe de Trieste, telle a été la politique de l'Autriche, pendant tout le 'xiX« siècle. Elle a profité de son voisinage pour intervenir sans cesse dans les dissensions entre Serbes, afin de paralyser leur influence dans la Péninsule. Som les derniers Obrénovitch, le roi Milan, en 1872, et soc fils Alexandre, cette politique autrichienne devint um politique de domination.
La Serbie, du reste, de 1870 à 1878, traversait um période troublée; les Balkans étaient en feu. Elle étai partagée, sous l'incapable roi Milan, entre le désir de n. pas mécontenter l'Autriche et celui de rivaliser avec le nationalités balkaniques, qui, avec le secours de la Rus sie, espéraient s'agrandir dans la Péninsule. Elle subit l'extérieur toutes les humiliations par les défaites d 1877 et de 1885, et par l'occupation de la Bosnie-Herré govine. Milan, dans un traité secret, en 1881, ne faîsait-i
pas de la Serbie, comme une vassale de l'Autriche, contre des garanties de protection données à sa dynastie ? Du reste, grâce à l'Autriche, il était bientôt reconnu roi (1882).
A l'intérieur, la Serbie devint le théâtre d'une lutte politique ininterrompue, entre les partisans de l'influence autrichienne, du côté desquels s'était rangé le roi Milan, et les radicaux qui avaient pour eux la majorité du pays et que soutenaient la Russie. Le pays subissait, sous l'influence autrichienne et aveo le parti progressiste, l'omnipotence d'un pouvoir presque dictatorial (1882). La Skoupchtina n'était plus qu'un instrument à voter les projets du gouvernement et toutes les libertés étaient suspendues ; l'autonomie communale, que soutenaient les radicaux opposés à toutes ces mesures, était supprimée.
En 1889 (22 février-7 mars), le roi Milan abdiquait et laissait la couronne à son fils Alexandre, sous l'autorité de trois Régents. Il serait fastidieux de raconter les dissensions entre libéraux, progressistes et radicaux, la succession au pouvoir des divers ministères de partis. Ce qu'il faut retenir, c'est que le roi Alexandre, d'un caractère autoritaire et dominateur, rétablit le régime idictatorial de Milan, dès sa majorité, en 1893, en abolis- :sant la constitution de 1888. Ses méthodes de gouverne- ; ment provoquèrent la dernière révolution. La constitution éphémère de 1901 qui créait nn Sénat, contrepoids 'à la Skoupchtina, et ressemblait à la constitution accepitée jadis par Miloch, eut pour unique résultat, comme à boette époque, de précipiter le cours des événements. Les labus du pouvoir absolu, autant que la conduite privée ^du roi, les humiliations que subissait le patriotisme ! serbe, avaient ruiné la dynastie des Obrénovitch dans l*reslime populaire ; elle était condamnée.
Nous avons vu à quelles difficultés intérieures, qui tenaient à sa constitution la plus intime, la Serbie dut faire face depuis la guerre d'indépendance ; nous avons indiqué que sa situation géographique la mettait en butte aux jalousies et aux rivalités voisines. Quoi de plus naturel que ce petit royaume ait été agité, presque périodiquement, par des crises politiques? Gestation d'un État en formation qui lentement se constitue avec la cohésion des forces nationales ; labeur pénible d'un peuple héroïque qui tend invinciblement à l'indépendance et à la liberté !
Depuis l'avènement de Pierre I", la Serbie, en dépit d'une crise récente, qui fut peut-être à certains égards une des plus graves, semble entrée au point de vue intérieur dans une ère de calme et de prospérité, dans une ère nouvelle. A la période de luttes presque barbares, a succédé une période d'organisation, une période libérale.
Qu'étaitlenouveauroi Pierre I"? Pierre Karageorgevitch n'avait que quatorze ans quand son père, prince régnant de ' Serbie, fut obligé, en i8i8, d'abandonner sa patrie. Il se trouvait alors dans un lycée, à Genève, et le quittait peu après pour aller à Paris, au collège Sainte-Barbe, terminer ses études. En 1862, il entrait à Saint-Cyr et en sortait comme sous-lieutenant, en 18G4, dans la promotion de Puebla. Promotion glorieuse, qui s'illustra, pendant la guerre de 1870, sur tous les champs de bataille, à Reischoffen, Spickeren, Rezonville, Metz, Paris! Pierre Kara — ainsi que le nommaient familièrement ses camarades de Puebla — était fier d'y appartenir. 11 le montra bien, en recevant au palais royal de Belgrade, en 1904, l'occasion d'un dîner de promotion, cinquante officiers de l'armée française. Proclamant la France sa seconde patrie : « Vous direz à vos camarades, s'écria-t-il dans un dernier adieu, que ma pensée n'a pas quitté ceux qui
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sont loin, et je leur demande de ne pas oublier Kara, oui Kara. Ce n'est pas le roi de Serbie, mais un camarade de promotion, un ami fidèle, un frère, qui vous a reçus ! »
Il avait de qui tenir dans ses sympathies pour la France ; son grand-père Kara-George n'avait-il pas demandé, pendant la guerre de 1809, à celui que les Serbes appelaient le grand Empereur, à Napoléon I", son amitié et sa protection? S'est-il souvenu de ce beau geste, lorsqu'il vint, en 1870, nous oflrir noblement son épée, à cette heure inoubliable où la France réclamait de tous ses enfants le sacrifice suprême? Ou ne sont-cepas plutôt ces voix héroïques, celles qui chantent dans les poèmes serbes et dans toute l'histoire de ce peuple fier et courageux, qui réveillèrent dans ses veines le sang généreux et bouillant du martyr de l'indépendance?
Dès nos désastres, Pierre Karageorgevitch fut un des premiers à s'enrôler au sein des volontaires, au 5^ bataillon de la légion étrangère, en formation à Tours. <k Confondu parmi les engagés belges, italiens, polonais, irlandais, etc., le prince gardait son incognito. Très simple^ sans fierté, ayant le geste généreux avec ses nouveaux compagnons, il s'était fait aimer d'eux, lorsqu'ils apprirent sa qualité par les officiers professeurs de l'école de Saint-Cyr, désignés pour commander les volontaires étrangers. Et ce fut pour tous un jour de fête, quand un peu plus tard, le gouvernement de la Défense nationale nomma le prince Kara lieutenant au bataillon, en même temps qu'il désignait Victor Arago pour en prendre le commandement. Les Tourangeaux purent voir alors chaque jour le prince faire faire l'exercice à ses hommes sur le boulevard Déranger. Jeune (il n'avait que vingt-six ans), portant l'uniforme avec une crânerie toute saint-cyrienne, ce fut l'officier le plus populaire de la garnison. » *
1. Edouard Daveluy, La Serbie, notes historiques, statistiques et commerciales, Bruxelles, 1907. P. 46-55.
Le prince participa à l'attaque de et à la défense de la gare d'Orléans, combat, cerné par les Allemands d'être fait prisonnier. Mme Baillo Jean-de-la-Ruelle, près d'Orléans, lettre privée à M. Daveluy, qui h intéressant ouvrage, comment il se la Loire à la nage. « Les ponts et Prussiens qui l'avaient dévalisé d même grâce à cette ceinture qu'il qu'elle contenait une somme de dix leaux d'or. Les Prussiens, apercevant rent : « Cartouches ! Cartouches 1 ...» 1 per, en leur laissant saceinture, pen cupés à se disputer et à s'arracher ainsi qu'il se dirigea sur la Sologne Le prince s'amusait souvent à jouer sur notre petit harmonium I » Lo Pierre Kara était devenu roi de Serl ter, quoique dans une situation oï lui transmettre ses humbles féli bonheur et celui de son peuple, >; écrire, le 20 juillet 1903, la lettre su
« Madame,
iQiinii; « Vous recevrez prochainement, Madame, u tnîlaii! « du roi Pierre I«% signé de lui. poJDt « Veuillez agréer, Madame, mon profond re
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