‹ La Turquie et la guerre;Chapitre 9 sur 60 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nous avons montré le développement de la nation serbe au cours du XIV^ siècle dans les deux États, la Serbie et le Monténégro, voisins par leur configuration géographique, et politiquement séparés l'un de l'autre. Nous avons vu par là]mème que leur accès à la mer était des plus restreints; en effet, la Serbie se trouve séparée de rAdriaticjue par les territoires dalmates et le Monténégro, et ce dernier État ne possède, sur cette mer, qu'Antivari ; Spizza lui ayant été enlevé. Cependant l'Autriche trouvait que la race serbe avait trop rapidement grandi, qu'elle était pour elle une menace, car elle lui barrait la route de Salonique; sa politique était d'en paralyser l'accroissement futur, accroissement que . la vertu d'expansion de la race elle-même, sa forte natalité, rendaient inévitable. C'est alors qu'en 1908, la politique autrichienne qui a échoué en Serbie, sous le roi Pierre P', va adopter une attitude décisive. La querelle ' des chemins de fer balkaniques éclate, et quelques ' mois après, l'Autriche annexera la Bosnie et l'Herzégovine.

Le traité de Berlin (art. 25) donnait, on le sait, à l'Autriclie-Hongrie le droit d'occuper et d'administrer, pour une période indéterminée, la Bosnie-Herzégovine. En môme temps, elle était autorisée à mettre garnison, quand elle le jugerait à propos, dans le district de Novi- Bazar sur la route de Salonique. La position était exceptionnelle. Le Sandjak est situé en effet sur la voie naturelle qui descend de la Bosnie vers la Vieille-Serbie, la Macédoine et Salonique, et l'Autriche se trouvait du coup portée, dans un effort immense, sur le chemin de Constantinople et de tout l'Orient vers la Méditerranée. Elle comprit l'importance économique de cette nouvelle position, prélude nécessaire de la conquête politique.

Pour réaliser l'exploitation commerciale de ses nouvelles possessions, l'Autriche devait viser nécessairement à la construction de voies ferrées qui faciliteraient les échanges avec les pays balkaniques. Le besoin, du reste, s'en faisait sentir.

Dès 1868, Abd-ul-Aziz, après avoir visité l'Exposition universelle à Paris, eut l'idée de faire construire des voies ferrées au travers de son Empire. Il fit appel à la spéculation qui se porta sur les chemins de fer balkaniques ' avec une fièvre inouïe. Mais l'Angleterre, surtout, poursuivit la création de voies ferrées sur la côte favorables au développement de son commerce, tout en usant de son influence pour en empêcher le raccordement avec les voies austro-hongroises. Or, le traité de Berlin renversa les subtiles combinaisons de l'Angleterre.

Son article 10 posait le principe « de l'achèvement du raccord du réseau turc avec les réseaux serbes et autri- ' chiens ». Une conférence entre les délégués de la Turquie, de la Serbie, de l'Autriche, de la Bulgarie, s'ouvrit à Vienne pour régler les détails d'application de cet '

GERMAINS Eî SLAVES EN ORlENf 63

irticle, et aboutit à la convention du 9 mai 1883. Deux ignés étaient alors en construction. L'une partait de ]onstantinople, par Andrinople, Philippopoli, vers Belgrade et le réseau autrichien. Le point terminus était /ienne. La convention fixait le raccord des divers trônons à Sofia et à Nich. La deuxième ligne était projetée :e Vienne directement vers Salonique. L'entente ne ut se faire : d'un côté, le tronçon turc s'arrêtait en leille-Serbie, et de l'autre côté^ le tronçon autrichien nissait en Bosnie.

Ces deux voies prirent vite une extension considérable. Iles avaient une importance capitale au point de vue es échanges internationaux ; aucun autre chemin de :r des Balkans ne pouvait leur être comparé. Mais la ^ne Vienne-Salonique pouvait avoir une influence écolomique et politique plus grande encore. L'Autriche !)ussa donc activement les travaux et bientôt la ligne |teignait Uvac à l'extrémité nord du Sandjak de Noviiizar. Du côté turc, elle s'arrêtait à Mitrovitza. La disince qui séparait ces deux villes, une fois franchie, la [ande voie Vienne-Salonique serait définitivement instituée. La politique autrichienne devait tendre à la jnction de ces deux tronçons, pour en former une ligne iiique. Au Ball-Platz, on répétait que le traité 1 Berlin, dans son article 25, donnait à l'Autriche le oit de construire un chemin de fer dans le Sandjak de 'vi-Bazar, et depuis le mois d'octobre 1900, le plan en

lit définitivement arrêté par le ministère commun istro-hongrois.

i^ourquoi l'Autriche attendit-elle l'année 1908 pour igocier avec la Turquie la construction de cette voie I raccord, et pour en lancer l'idée à travers l'Europe? .e première raison nous est fournie par la situation lérieure de la monarchie dualiste. Si la jonction Uvac Irovitza favorisait la partie allemande de l'Autriche et i pays qui entourent Vienne, les Hongrois trouvaient,

dans la réalisation de ce projet, un intérêt moins immédiat. Aussi s'opposèrent-ils avec vigueur, en 1900, à la construction de cette ligne. On leur fit espérer, il est vrai, le raccord de Sarajevo à Budapest, par une voie très directe Samatz-Essex; de Sarajevo à Spalato suri l'Adriatique par Bagojno ; de Knin à Laybach et à Vienne, j par Karlstadt, etc.. Malgré tout, la querelle fut très vivei entre Transleithans et Cisleithans, et ce ne fut que grâce à Tinnuence personnelle de M. de Kallay que le projet

fut adopté.

Il y avait d'autres difficultés qui résultaient des conditions nouvelles de lapolitique orientale derAutriche; ellej

furent également la cause de son silence prudent. L'en tente de 1897 entre la Russie et l'Autriche avait mis final: période de froissements et de rapports tendus qui avai succédé au traité de Berlin. 11 semblait que toutes les diffi cuUésbalkaniquesseraientrésoluesparl'ententedesdeu

grandes puissances orientales, notamment dans les ai

faires de Macédoine. Le programme de Mûrszteg n'était-

pas la conséquence de cette collaboration féconde

Si, à la faveur de cet accord, on détournait les yeux e

Russie de la Péninsule balkanique, en Autriche, on évita

avec soin de mécontenter le grand État slave. Mais cet!

entente ne devait pas durer, car elle ne pouvait devc

nir une véritable alliance. L^Vutriche poursuivait toi

jours ses visées orientales, et, en Russie, on prêtait pli

d'attention aux affaires de Macédoine et aux affair

slaves en général depuis les échecs de la guer

contre le Japon. Tôt ou tard, les deux puissances '

rencontreraient.

L'Autriche, sentinelle avancée de la « plus gran Allemagne » dans les Balkans, gardait en réserve s plan du chemin de for de Vicnne-Salonique, prête à faire exécuter au moment opportun. A mesure que s' entente avec la Russie devenait de moins en moins e cace, son désir s'affirmait davantage de réaliser

grande idée pangerraaniste. Le 27 janvier 1908, le Comte l'Aehrenthal, dans un discours aux Délégations austrolongroises, déclarait que l'Autriche devait demanler à la Turquie la concession de la voie ferrée )rojetée. Elle était nécessaire, disait-il, au développenent économique de TAutriche pour lui créer des dé- )ouchés sur TArchipel et les mers environnantes. Si, l'accord avec la Russie pour respecter le statu quo terriorial dans la Péninsule, elle avait renoncé à la conquête ) dltique des Balkans^ rêvée peut-être par quelques-uns le ses hommes d'État, rien ne l'empêchait du moins l'en essayer la conquête économique, et le discours du ]omte d'Aehrenthal indiquait clairement que l'heure ilait venue de la tenter.

De l'aveu même du ministre austro-hongrois, l'exé-

ution du projet Uvac-Mitrovitza devait comporter toute

ne série de conséquences d'une importance considéra-

le. Elles se manifesteraient non seulement au profit de

Autriche, mais de toute l'Allemagne en général. Cette

--•ne, qui traverserait un pays slave, serait alimentée

r un trafic de produits allemands, de même qu'elle

lit construite avec des capitaux allemands. Elle favo-

Tait surtout les voyageurs allemands, se rendant

Orient et en Extrême-Orient et voulant prendre le

.leau à Salonique.

l'uis, en assurant l'exploitation économique du Sandjak e Novi-Bazar, l'Autriche y consoliderait son influence olitique. Elle pourrait amener des troupes plus aisénent et plus rapidement jusqu'aux confins de la /"ieille-Serbie. L'importance stratégique du Sandjak st, en eflet, exceptionnelle. L'Autriche y reste maîtresse e la célèbre plaine de Kossovo, où jadis fut consacrée a défaite des Serbes, et qui serait appelée à voir se lonsommerau XX° siècle leur séparation économique et (►olitique. Ayant en main cette clef de la Péninsule des Jalkans, elle occuperait les sources de deux rivières

AULNKÀU. 9

slaves : la Morava et le Vardar, qui coulent l'un vers le Danube et l'autre vers Salonique ; elle s'établirait dans cette partie du territoire qui fait communiquer le Nord et le Sud, et, de là, elle tiendrait les autres pays slaves sous sa dépendance économique.

Mais il y avait des avantages d'ordre négatif à l'exécution du projet autrichien. Il mettait d'abord en échec les intérêts français et italiens en favorisant avant tout le commerce allemand. Il était, en effets nuisible aux intérêts de l'Italie méridionale, en détournant au profit de l'Europe centrale le passage de la malle des Indes. Brindisi serait détrôné par Salonique. Le projet permettrait d'établir de Londres à Port-Saïd et Alexandrie, par Ostende, Aix-la-Chapelle et Vienne, une ligne plus courte que celle fournie par les rails français et italiens. Salonique est le port le plus rapproché de l'Egypte et du Canal de Suez ; « il n'est éloigné d'Alexandrie que de 1.140 kilomètres, tandis que la distance de Brindisi au même point est de 1,528 kilomètres » K II y aurait donc une économie de près de lOOkilomètres, c'està-diie, de 16 à 18 heures environ entre Londres et TOrient. Dès lors, Salonique deviendrait un port allemand, investi « d'une fonction de premier ordre dans l'organisme continental ».

Si cette voie ferrée était une menace pour les intérêts franco-italiens, au point de vue continental, elle le devenait également au point de vue maritime. Elle réali sait le rêve des pangermanistes, de ces protagonistes d( la Weltpolitik, en permettant aux Allemands d'avoir ur débouché pour leurs produits surla Méditerranée même On sait quelles ambitions poussent les Allemands ver l'Asie Mineure et TExtrême-Oricnt. La Méditerranée paf Suez est le chemin naturel qui conduit à ces pays richesj où ils veulent implanter leur commerce, et précisémen

1. Loiseau : L'Equilibre adriatique, — Paris, 1901, page 163, -j Voir aussi: Don Marzio et 11 covimercio italiano — nov. 1900.

une voie ferrée, soudée aux chemins de fer de l'Europe 1 centrale, permet d'entrer en rapports directs avec le I canal de Suez.

i Un dernier avantage résulterait, au point de vue alle- I mand, delà situation inférieure dans laquelle désormais I seraient placés les Slaves. En traversant le Sandjak, la • ligne Vienne-Salonique couperait en deux parties les Serbes de la Serbie et ceux du Monténégro. Le Monté- ' négro se trouverait « enchâssé dans les territoires d'occupation austro-hongrois, sans un jour ni sur la Péninsule balkanique, ni sur l'Occident ».

De son côté, la Serbie devrait renoncer à son projet séculaire de trouver des débouchés commerciaux sur l'Adriatique. Or, les tendances naturelles des Serbes les poussent vers la mer Adriatique qui était historiquement une mer serbe. Les ports de la « Grande-Serbie » ne furent-ils pas jadis RagusC;, Antivari, Dulcigno, Durazzo? La nouvelle voie ferrée isolerait la Serbie de l'Adriatique, l'incorporerait plus complètement dans le système économique de la monarchie. Elle se trouverait ainsi à la merci de ses tarifs de chemins de fer, de ses visites douanières. Elle retomberait sous cette tutelle pesante dont elle a voulu se défaire en ces dernières années par des traités de commerce avec certaines puissances.

I Enfin, la poussée allemande, le Dranq nach Osten, étant plus fortement accentuée vers le centre de la Péninsule, la Vieille-Serbie, que la ligne traverse, se trouverait prise à revers, enserrée avec l'Albanie comme dans les nœuds d'un vaste filet jeté sur ses plaines et ses montagnes et retenue d'un côté par la ligne autrichienne de Gabela à Castelnuovo et Cattaro, et de l'autre, par la ligne Vienne- Salonirjue. Ce serait un dernier échec aux légitimes aspirations des Monténégrins sur Scutari et les territoires des princes de la Zenta.

Tels étaient les avantages que présentait pour la poli*

tique du Drang la ligne Vienne-Saloniqae, qui était la formule synthétique et précise de la poussée pangermaniste. Aux intérêts allemands s'opposaient les intérêts slaves. Comment, à leur tour, seraient-ils défendus?

Une vive émotion s'empara de tous les Slaves, ainsi que des Italiens, à la lecture du programme du Comte d'Aehrenthal. Soit en Serbie, soit au Monténégro, soit en Bulgarie, mais surtout dans les deux premiers Étals directement menacés, ce fut une indignation générale. On comprenait toute la portée du projet autrichien qui faisait de la Vieille-Serbie et de la Macédoine, à travers les territoires slaves, un canal allemand vers la mer. Chez la nation russe^ protectrice attitrée des Slaves, il déchaîna une véritable tempête.

On avait raison de parler à Pétersbourg de la trahison aulrichieime, au spectacle du brusque virage exécuté par le Comte d'Aehrenthal. L'Autriche modifiait sapolilique^ mais en reprenant ses traditions anti slaves, c'est-à-dire anli russes. Cette attitude toute de ménagements, « de confiance résignée et de patience conciliante », adoptée par la Russie à l'égard de l'Autriche, depuis l'entente de Murszleg, donnait des résultats singulièrement différents de ceux ([ue la Russie était en droit d'espérer après les services rendus. Si l'Autriche, pensait la Russie, avait joui de quelque considération auprès des Slaves, en ces dernières années, c'était en exploitant son influence et son amitié. Mais, il était dit que cette puissance étonnerait encore l'Europe par l'immensité de son ingratitude. La Russie devait se ressaisir; elle le lit en se pla(;ant nettement du cûté des Slaves, que peut-être elle n'aurait jamais dû abandonner.

En Italie, non seulementon redoutaitles conséquences générales que provoquerait l'établissement de la nouvelle ligne, mais on craignait plus spécialement le développement de rinfluence allemande en Turquie d'Europe. Il devenait notoire que l'Italie visait à la construction de la ligne Valona-Monastir pour développer et renforcer lt>s intérêts nombreux qu'elle soutenait depuis longtemps d(''jà dans cette partie des Balkans. La ligne allemande nuirait ici directement à Tinfluence italienne.

Cependant, on ne se laissa pas aller au découragement. Certains firent même remarquer avec raison, et cette opinion fut soutenue par l'ancien premier ministre du Monténégro, iM. Radovitch, que la construction du chemin de fer de Novi-Bazar ne devait pas être considérée par l'Autriche comme un droit résultant de traités antérieurs, c'est-à-dire, le traité de Berlin.

L'Autriche interprêtait de façon erronée l'article 25 du traité de Berlin. Cet article dit : « Néanmoins, afin d'assurer le maintien du nouvel État politique, ainsi que la liberté et la sécurité des voies de communication, l'Autriche-Hongrie se réserve le droit de tenir garnison et d'avoir des routes militaires et commerciales sur toute l'étendue de cette partie de l'ancien vilayet de Bosnie. A cet effet, les gouvernements d'Autricho-Hongrie et de Turquie se réservent de s'entendre sur les détails. »

Cet article, évidemment, parle de routes militaires et commerciales et non pas de chemins de fer, autrement le traité de Berlin n'aurait pas manqué de le spécifier, ainsi qu'il Ta fait pour le Monténégro, dans l'article 29. « Le Monténégro devra s'entendre avec l'Autriche-Hongrie sur le droit de construire et d'entretenir sur le nouveau territoire monténégrin, une route et un chemin de fer. » Mais un chemin de fer à travers le Monténégro a une importance internationale bien moins considérable que dans le Sandjak de Novi-Bazar, par le moyen duquel il relie Vienne à Salonique! Par conséquent, le traité de Berlin,

s'il avait voulu viser la construction éventuelle d'une voie ferrée dans le Sandjak, n'aurait pas omis de la spécifier. Tel fut cet argument fondé sur le texte môme du traité de Berlin. Peut-être aurait-il eu quelque chance de triomphier si l'Autriche, soutenue par l'Allemagne, eût persisté dans sa manière de voir, et si les autres puissances ne l'eussent empêchée d'agir! Comme de ce chef, un jour ou l'autre, le projet serait exécuté, il fallut parer au danger qu'il présentait. On se rallia à un projet de chemin de fer élaboré depuis plusieurs années, et destiné à paralyser les conséquences fâcheuses du projet autrichien. Ce fut le contre-projet slave.

Lancer une voie ferrée qui relierait le Danube à l'Adriatique, se soudant par le fleuve même à la mer Noire et, par les chemins de fer roumains, aux plaines de Russie, telle fut l'idée préconisée par les Slaves, non seulement en Russie, mais dans le Balkan tout entier. La ligne Danube-Adriatique devait avoir son point de départ à Radujevaz ou Praovo, ports sur le Danube. De ce port un embranchement pouvait filer sur Calafatu ou Krajova directement, pour relier la grande ligne au chemin de fer roumain qui se dirige par Krajova sur Bucarest, Bezan, Braïla, et se soude au réseau russe entre Galatz et Réni. De Kadujevaz, la ligne allait vers Nich en suivant la vallée du Timok, et de là, par le cours du Toplica, aboutissait à Kursimlija.

A partir de Kursumlija, deux tracés étaient également préconisés et avaient, l'un et l'autre, leurs partisane; différents. L'un était surtout un projet monténégrin, et l'autre un projet serbe.

Le tracé nord, k travers un tunnel creusé sous la chaîne Kopaonik, déboucherait dans la plaine de Kossovo à Mitrovitza. En suivant la vallée de l'ibar, il gagnerait

Rosaj, traverserait les monts Mokra et Kom et par la i vallée de la Moratcha, arriverait à Podgoritza, et ensuite liar Vir-Bazar à Antivari. Le tracé, envisagé d'abord au ! point do vue technique, était de 516 kilom., en ligne ; absolument droite, de Radujevaz à Antivari. Il serait coû- ) teux, comportant de nombreux ouvrages d art, notam- [ ment 4 à 5 tunnels. Les dépenses au minimum seraient l environ de 100 à 120 millions de francs.

Mais, en revanche, les avantages économiques et politiques seraient considérables. Le tracé Nord avait d'abord un mérite très appréciable, c'était de constituer une ligne droite et d'être par conséquent le plus court chemin du Danube à la mer Adriatique. Il suivait à peu près le même parcours que l'ancienne voie romaine : ce qui prouve que déjà, à cette époque, on s'était rendu compte de l'imporlUnce de cette jonction. Il passait en même temps par des territoires habités par des Slaves qui verraient avec plaisir, grâce à l'établissement d'une voie ferrée, se préparer leur union économique avec leurs frères de Serbie et du Monténégro. Cette ligne serait même un excellent moyen de civilisation pour la Haute-Albanie.

L'avantage de cette ligne était d'avoir pour point

terminus le vaste port d'Antivari, qui pouvait servir de

port de relâche et de transit pour les bateaux faisant le

commerce du Levant. Par là, la ligne acquérait une

grande importance économique. En outre, elle était des

plus favorables au Monténégro, dont elle traversait le

'territoire riche en forêts et en mines de lignites sur la

frontière turco-monténégrine. Les splendides forêts qui

iironnent les montagnes de la Tsernagora et de la

! Haute-Albanie ne pouvaient être exploitées, faute de

; débouchés vers la mer Adriatique. Un chemin de fer

aiderait à leur mise en valeur. De même, l'exportation

' des bestiaux, principale source de revenu du Monténé-

• pro, serait considérablement accrue.

Mais cette ligne favoriserait également la Serbie,

dont le territoire serait directement relié à un grand port sur la mer Adriatique. La Serbie avait, en effet, un intérêt capital à obtenir un débouché sur l'Adriatique, or la nouvelle voie allemande de Vienne à la mer Egée lui fermerait en partie ce débouché. La Serbie est nécessairement obligée de regarder vers l'Adriatique, qui est, du reste, la mer naturelle des pays balkaniques, tandis que la mer Egée est plus éloignée de l'Europe occidentale et d'accès difficile.

Les mines de charbon de la Serbie, les mines de plomb argentifère des environs de Belgrade, les gisements de» mercure et les mines de cuivre du district de Pojarevalz seraient rationnellement exploités, trouvant désormais des débouchés certains. La Serbie pourrait accroître sonexportation de bestiaux, même celle des vins et des soies grèges, et se livrer à une exploitation plus complète de ses magnifiques forêts.

Mais le projet Nord ainsi décrit était surtout défendu par le Monténégro. Les Serbes, au contraire, préconisaient avec une certaine complaisance le projet Sud.

Le tracé méridional du Danube-Adriatique, qui coms mençait également à Kursumlija, comme le tracé sep tentrional, traversait les monts Goliak, débouchait dans la plaine de Kossovo, passait à Pristina, coupait la ligne Mitrovitza-Salonique, et arrivait à Férisovic. De là, il S( dirigeait sur Prizrend, en longeant en partie la vallée dt Drin; puis, en suivant les deux bras de ce fleuve, il se divisait en deux embranchements, dont l'un aboutissai à San-Giovanni-di-Medua et l'autre à Antivari, par Scu tari.

Le projet du gouvernement serbe de construire ur chemin de fer du Danube à l'Adriatique datait d( plusieurs années. La Serbie essaya autrefois d'obteni l'autorisation de la Porte qui traîna les négociations ei longueur et finalement n'accorda rien. Elle demand; à la Turquie d'autoriser la construction du Danube

\driatique, en appuyant le projet Sud ^ En même temps, Bile espérait que les puissances la soutiendraient dans 3a demande.

Les hommes politiques serbes, partisans du projet Sud, faisaient très justement remarquer que le tracé Nord obligerait à des négociations avec TAutriche, puisqu'il •passait sur le territoire ou sur les frontières du Sandjak. •Seulement, cette remarque ne s'appliquait pas au tracé proposé par Voucitrn et Ipek. Ils critiquaient encore les difficultés techniques d'exécution du tracé Nord, qui nécessitait un ou deux tunnels de plus que le tracé méridional et serait par conséquent plus coûteux.

Mais, on faisait aussi remarquer que le tracé Sud présentait quelques grands désavantages par rapport lu tracé septentrional. Il n'était certes pas la ligne la plus courte pour aller de l'Adriatique au Danube, pour desservir vers la mer les riches contréesde laSerbie méridionale,pourservirenfindetraficdirectentrelespays slaves et l'Europe occidentale; et il était évalué à près de loi) kilomètres déplus que le tracé Nord, en considérant le centre de la Serbie par rapport à la mer Adriatique. De plus, cette ligne passait par des territoires qui ne [)ûssédaient pas les richesses minières et forestières des pays desservis par la ligne septentrionale. Le territoire albanais était, de plus, habité par une population turbulente et à demi-sauvage, qui pouvait rendre la ligne d une sécurité douteuse. Le tracé Nord ne traversait au

l. Le gouvernement serbe n'a pas été seul à proposer le second tracé du Danube-Adriatique. Quatre ans auparavant, le comte de Hoarn et uu groupe financier demandèrent à Constantinople, à Chakir Pacha, la concession de la ligue qui faisait l'objet du projet serbe. Les études de celte ligne furent entreprises par le groupe linancier^'enJlqueslion, et après un échange de correspondances

tre Chakir Pacha et la Porte, celle-ci fut un instant disposée à

order la conces&ion demandée, à condition que le projet pût

1 umprendrc également uue voie de raccordement d'Uskiib ù Priz-

iL'iid vers l'Adriatique. Ce tracé constituait essentiellement le pro-

j' t de la Turquie.

contraire que des territoires slaves ou peuplés de Slaves avec très peu d'Albanais.

Et si on comparait les deux têtes de ligne, Antivari et San-Giovanni-di-Medua, dans leurs fonctions de ports de transit entre les pays balkaniques et les pays de l'Europe occidentale et de l'Orient, on constatait de suite l'infériorité évidente de San-Giovanni-di-Medua situé dans une fâcheuse position. Sa rade est peu profonde et les deux cours d'eau qui l'enserrent, la Bojana et le Drin, y' déposent sans cesse des alluvions qui exhaussent petit à petit le fond de cette rade. Avec le temps, l'ensablement de la rade serait complet par l'effet des courants maritimes, et notamment par un apport plus considérable d'alluvions, lorsqu'on commencera le déboise-' ment des montagnes albanaises, pour la construction du chemin de fer. Il faut aussi noter que San-Giovanni est placé au milieu de marais, où régne la ma laria, et que la ville est limitée dans son développement même par de hautes montagnes qui se dressent sur l'arrière.

A Antivari, au contraire, le péril de l'ensablement d<' la rade n'existe pas. Le port est vaste et profond, et jus qu'à la guerre de 1878, il a servi de débouché à Scutar et à l'Albanie du Nord. Dans les environs do la ville, il y î des collines couvertes d'oliviers et de pâturages floris sants, où le bétail, un des principaux articles d'exporta tion de la Turquie, de la Bulgarie, de la Serbie et duf Monténégro, pourrait se remettre des fatigues du voyag* et subir ensuite la quarantaine nécessaire.

Dans le domaine commercial, le tracé Nord avait une autre supériorité. Si, en passant par Ipek au lieu de Priz*; rend, il servait comme le tracé Sud, à drainer le trafl» de la Vieille-Serbie, il engloberait aussi le commerce di Sandjak do Novi-Bazar, d'une partie de la Haute- Al hani et du Monténégro, tandis que ce même tracé Sud n comprendrait on somme que le commerce d'une petit

'ibu albanaise : les Miridites. Si on veut développer

nomiquement rAlbanie,il faut y construire le chemin

i or Scutari-San-Giovanni-di-xMedua-Alessio-Tirana-El-

>an-Valona.

laand à la Macédoine, il faut reconnaître qu'aucune

deux lignes ne saurait y avoir une influence quel-

iique. Pour réaliser le développement économique de

• pays, il faudrait établir la ligne demandée par les Ita-

,ens, de Valonaà Monastir ou de Durazzo à Monastir.

En Bulgarie, on restait favorable au Danube-Adriatique,

omme à tout chemin de fer destiné à améliorer la

ituation économique de la Péninsule. Mais on attachait

ne importance toute spéciale à certain projet conçu

puis longtemps déjà. Afin d'entrer en communication

iiocte avec la Macédoine et de là avec Salonique, sans

;isser par Nich et le territoire serbe, la Bulgarie désire-

ait la concession de la ligne Kustendil-Uskub par Kuma-

ovo (100 kil.), en communication directe avec Sofia

ne Kustendil-Sofia). De Kustendil, les Bulgares prônaient une ligne qui irait sur Monastir et de là à Durazzo u Valona. Mais il faut remarquer que les Allemands X nloitent déjà un chemin de fer de Salonique à Monastir

-e sont fait concéder la prolongation de cette ligne jus-

a Durazzo.

La Bulgarie caressait encore un autre projet, relier

ia à la mer Egée, par un chemin de fer allant de Dubm/a à travers la vallée de la Struma vers Sérès et boutissant en face de Salonique dans legolfe d'Orfani. Le (lincipe bulgare est, en effet, de faire de Sofia le centre l un réseau mettant en communication la mer Egée, "Adriatique, l'Europe centrale, la Roumanie et la îussie.

Les pays de l'Europe centrale profiteraient du ).iiiube-Adriatique dans leurs relations commerciales I ('des Balkans, et l'Italie surtout en retirerait le plus

s bénéfice. Du reste, le Danube-Adriatique, d'une

façon générale, — et surtout le tracé Nord, d'une dis tance plus courte que le tracé Sud et débouchant dans h vaste port d'Antivari — serait plus favorable à ce granc commerce européen, et même au développement économique du Sandjak de Novi-Bazar, que la ligne Uvae Mitrovitza.

Cette dernière traverserait, en effet, des pays peu fertiles au point de vue agricole, et pas très riches noi plus au point de vue minier. Peut-être le comte d'Aehrenthal et plusieurs autres s'étaient-ils fait illusion sur soi importance économique ? En outre, l'intérêt des habi tants du Sandjak de Novi Bazar était de voir leur pay: relié, non pas à la mer Egée, mais à la mer Adriatique qui est beaucoup plus proche. C'était là où ils désiraien envoyer leurs produits agricoles. Il en était de môme d la Bosnie et de l'Herzégovine, pays essentiellemen agricoles, qui préféraient plutôt se servir, pour l'écou lement de leurs produits, des voies autrichienne situées le long de l'Adriatique, que de la ligne de Sale nique. Était-ce à cause de cette perspective pe" rémunératrice que la ligne Uvac-Mitrovitza était projeté à voie étroite (75 centimètres)? Mais alors, elle néces siterait deux transbordements, l'un à Brod, l'autre Mitrovitza. Dans ces conditions, on se demandait quell pourrait bien être l'utilité économique de cette ligne Tant qu'elle ne serait pas à voie normale, les marchan dises allemandes et au trichiennescontinueraientcertaiae mentàprendrele chemin de fer qui traversait laSerbiee dpnt le parcours est de 180 kilomètres plus courtque celu deNovi-Bazar. Sansdoute,une fois la concession obtenue l'Autriche ne s'en tiendrait pas là, s'empressant alor d'établir une voie normale entre Uvac et Mitrovitza.

Une conférence d'ingénieurs français, italiens, russe serbes et turcs se prononçait dans une réunion, à Pa^l^ pour un tracé intermédiaire entre celui du Nord et celi du Sud. Le nouveau tracé, en quittant le territoir

îrbe, passerait par Priclitina et Djakova, et aboutirait la cote adriatique, au bout du lac Luners, quelques ilomètres au nord de San-Giovanni-di-Medua. En outre, ae ligne transversale de 64 kilom. relierait Ipek avec rizrend.

Les diverses puissances intéressées à la création du anube-Adriatique, quel que fût le tracé adopté, étaient es disposées à favoriser sa construction. Elles l'avaient

it savoir à la Serbie et au Monténégro par leurs divers 'présentants.

Il se manifestait donc dans le concert européen un 3uveau groupement des puissances dont bénéficielient les Slaves. La , Russie, jusqu'ici fidèle au pro-

amme de Mùrszteg qui limitait son action dans les alkans, soutenait les revendications serbes, monténé- •ines et bulgares. Elle était suivie dans cette voie par

talie, la France et l'Angleterre, tandis que dans le imp opposé, les puissances allemandes ne pouvaient

l'acquiescer avec une mauvaise humeur évidente aux

ojets panslavistes, leur opposition cherchant à s'ap-

lycr sur les résistances de la Turquie.

' tte querelle de chemins de fer était, en somme, au lit de vue européen, une des phases de la lutte sécu-

'' ^ entre les puissances maritimes (Italie, France, An-

•rre), et les puissances continentales (Autriche, Alle-

,'ne). Devant l'opposition faite au projet autrichien

r les puissances de la Triple Entente et l'Italie, les ceptions du comte d'Aehrenthal se trouvèrent mises

i (jchec. 11 chercha autre chose.

A la suite d'entrevues diplomatiques retentissantes, notifiait brusquement aux chancelleries, enoctobre 190 l'annexion de la Bosnie-Herzégovine que l'Autricbij Hongrie occupait et administrait à titre temporaire, ( vertu de l'article 25 du traité de Berlin. Or, ces provinc sont peuplées de Serbes, à Texception de quelques coloi allemands de date récente et de quelques milliers < Juifs.

« En Bosnie-Herzégovine, sous trois religions, il n')' qu'un seul peuple serbe », écrivait jadis, dans un ouvra sur les Serbes \ M. de Kallay, qui fut administrateur d deux provinces au nom de l'Autriche-Hongrie. La set différence que les Serbes présentent entre eux, maise est importante, c'est que les orthodoxes formentlesde cinquièmes de la population (800.000), les Musulmarl qui sont d'anciens seigneurs serbes convertis à l'is misme, environ un tiers (600.000), et les catholiqu croates qui appartiennent comme les Serbes à la ra jougo-slave, environ un cinquième, soit 300.000 haï tants. C'est donc avec raison que les Serbes de Serbie du Monténégro proclament que la Bosnie-Herzégovi est un pays foncièrement serbe.

L'article 25 du traité de Berlin, en vertu duquel IV triche-Hongrie administrait la Bosnie-Herzégovir' disait : « Les provinces de Bosnie-Herzégovine sor<t occupées et administrées par l' Autriche-Hongrie... » rédaction môme de cet article impliquait évidemm t que les deux provinces faisaient encore partie intégr de l'Empire ottoman.

Dans les diverses séances du Congrès de Berlin, s plénipotentiaires avaient tour à tour précisé le caracle

{. Die Geschichtt der Serbien von den âlleslen Zeiien bis U- 1878, p. 170-173.

lu mandat qui venait d'être confié à l'Autriche-Hongrie, ar il y avait bien mandatât mandat donné par l'Europe, u sens strict du mot. Au moment de la discussion de art. 14 du traité de San Stefano, le comte Andràssy lut ine déclaration dans laquelle il disait que « la question josno-herzégovienne, tout en concernant le plus direcement l'Autriche-Hongrie, ne cesse pas d'être une quesion éminement européenne'. » Lord Salisbury proposa lors de confier l'administration des provinces à l'Anriche-Hongrie, tout en réservant la souveraineté du îultan. C'est à ce titre seulement que le plénipotentiaire usse vota pour la motion anglaise*, et que le plénipoentiaire de France déclara qu'il considérait « Tinter- 'ention du gouvernement d'Autriche-Hongrie comme me mesure de police européenne. » Les réserves faites I iidaient d'elles-mêmes à exclure toute éventualité l'une annexion future des deux provinces par TAutrilie-Hongrie.

Il était donc bien certain que la nouvelle situation de a Bosnie-Herzégovine n'avait pas le caractère d'une

annexion déguisée », comme l'ont prétendu certains .atours autrichiens. Elle avait, au contraire, le caractère l'un mandat international confié à l'Autriche. La noule condition des provinces était donc toute provisoire; omte Andràssy, dans son mémorandum, l'indiquait .s nettement (p. 54-59)^ et lord Beaconsfîeld, dans me déclaration du 5 juillet, avait très certainement voulu

-igner cette occupation des provinces comme un état iitermédiaire ^.

•lais ce qui donnait encore plus de force à cette arguii-mtation fondée sur les textes mêmes du traité de Beriii, c'est la déclaration signée par les plénipotentiaires

1. Livre Jaune. — Congrès de Berlin, p. i30-133. 2.Voir Schneller, Die Stratsrechlliche Slellung von Bosnien und l'e Herzegovina, 1892.

;. Livre Jaune, p. 205, Protocole, n» 13,

autrichiens, le 13 juillet 1878, déclaration qui proclamait l'indépendance du Sultan, et affirmait que l'occupation des deux provinces n'était que provisoire.

« Sur le désir exprimé par les plénipotentiaires ottomans au nom de leur gouvernement, les plénipotentiaires austrohongrois déclarent au nom de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique, que les droits de souveraineté de Sa Majesté Impériale le Sultan, sur les provinces de Bosnie-Herzégovine, ne subiront aucune atteinte par le fait de l'occupation, dont il est question dans l'article relatif aux dites provinces du traité à signer aujourd'hui : que l'occupation sera considérée comme provisoire, et qu'une entente probable sur les détails de l'occupation se fera immédiatement après la clôture du Congrès, entre les deux gouvernements. >

Signé : Andrassy-Karoyli-Haymerlé.

Ainsi^ d'un côté, il y avait mandat confié à l'Autriche qui se trouvait liée envers l'Europe ; de l'autre, ce man dat avait un caractère essentiellement temporaire et provisoire. L'Autriche n'avait donc pas le droit de dire : il n'y a rien de changé dans les deux provinces qu m'appartenaient déjà. On voit jusqu'à quel point ellcei était propriétaire! Si ancienne qu'elle soit, une situatioi de fait est impuissante à créer un droit nouveau destin» à supprimer un droit existant. Il fallait que l'Autrich» violât un traité solennel pour s'adjuger la Bosnie-Herzé govine; et quoi qu'on en dise, les traités ont leur poids ils sont la sauvegarde des faibles, la raison dernière di l'existence des États, la consécration du droit.

Sentant le terrain juridique céder sous leurs pas, le ministres de la monarchie cherchèrent dans l'histoir une excuse à leur acte. Dans l'exposé des motifs du projet de loi visant l'annexion des provinces bosniaques, 1; premier minisire hongrois, -M. Wekerlé, parla des droit^ historiques de la Hongrie sur la Bosnie-Herzégovine « D'anciens liens unissaient ces provinces aux pays de 1

gp:rmains et slaves en orient 81

ilouronne hongroise. Ces liens se relâchèrent par suite iudroitde guerre. Toutefois, nos prétentions sur les dites provinces furent expressément maintenues dans les :itres du roi de Hongrie... » Mais, à ce compte-là, et 'puisqu'on fait appel à l'histoire pour négliger le principe l'Jes nationalités, et puisque quatre cents ans de domifpation turque n'ont pas effacé les droits de la Hongrie, on toeut se demander, non seulement si les prétentions •Berbes ne sont pas tout aussi fondées, — car l'empire Ju Grand Douchan étendait son autorité sur les provinces serbes, — mais si la Turquie n'aurait pas raison le revendiquer la propriété de la Hongrie, elle qui posséda la ville de Bude pendant un siècle et demi !

De plus, si les droits de la couronne de Hongrie sont

lussi solidement établis, pourquoi en avoir fait si peu

:as en 1870, lorsque M. de Kallay se présentait chez

\I. Risticht, régent au nom du roi Milan, et lui soumettait

!'' la part du comte Andràssy et du gouvernemeiit

lustro-hongrois un projet de traité entre l'Autriche et

a Serbie. Il était dit, dans l'art. 2, qu'en cas de guerre,

A utriche s'engageait à « obtenir pour la Serbie l'annexion

lo la Bosnie, de l'Herzégovine et de la Vieille-Serbie* »;

t cela avec l'approbation de l'Empereur.

Ainsi, au point de vue juridique et au point de vue

-torique, il ne semblait pas que l'Autriche pût justifier

. Lte annexion. Pouvait-elle, du moins, invoquer les

• ntiments austrophiles des populations annexées,, satis-

lites des services rendus par l'administration autri-

hienne?

Dés l'arrivée des premières troupes autrichiennes en snie-Herzégovine, le 29 juillet 1878, de violents com-

1. C'est le très distingué ministre de Serbie, à Paris, M. Vesnitch (ui a livré ce traité à la publicité, en octobre t908i

ilULNKAU. ft

bals s'engagèrent sur tous les points. Ce fut une véritable guerre de guérillas qui décima les soldats autrichiens. Le 20 octobre seulement. Toccupation était consommée; elle avait coûté à l'Autriche prés de 8,000 hommes.

La population se souleva à nouveau^, quelques années après, en 1881, lorsque le gouvernement autrichien établit le recrutement militaire. Il dut envoyer près de 100,000 hommes qui guerroyèrent dans les montagnes pendant une année, ce qui prouve à quel point la révolte fut sérieuse, et l'occupation autrichienne déjài impopulaire !

Mais il fallait songer à l'organisation des deux provinces : le mandat confié à l'Autriche par l'Europe contenait explicitement cette obligation, et le comte Andràssyi lui-même à Berlin donnait pour mission à l'Empire « de réunir tous les éléments opposés dans le moule d'un même régime autonome ». D'une façon générale, le programme comportait l'organisation de l'administration,/ la solution de la question agraire, la pacification religieuse, le développement intellectuel et économique du pays.

L'Autriche avait certainement accompli de grandes choses en Bosnie-Herzégovine, mais dans les domaines les plus divers, ses réformes avaient été, ou trop incomplètes, ou trop intéressées. Au lieu de faire œuvre de pacification et de liberté, elle avait souvent fait œuvre de haine et d'oppression, et c'est à ce titre qu'elle avait menti au programme libéral et novateur que traçait en son nom, à Berlin, le comte Andràssy.

Elle avait accepté la tâche de rétablir dans les doux provinces l'ordre depuis longtemps troublé. Le gouvernement, en créant une administration qui n'existait pas auparavant, s'acquitta parfaitement de la première partie de son programme. Une loi vint conférer au ministère commun l'administration des deux provinces qui furenli

rganiséesà l'européenne. Mais cette administration allait voir des procédés tracassiers, car les fonctionnaires qui à composaient étaient des Croates, des Polonais, des fongrois, des Tchèques et quelques Allemands, tous inemis jurés des Serbes, décidés en leur qualité de ^tholiques à lutter contre l'orthodoxie. L'adminisation était, en effet, pénétrée de lanécessité de détruire lez les Serbes l'idée de la « grande patrie », et comme ^ms ces pays, la croyance constitue la nationalité, la 'îligion orthodoxe était combattue de mille manières ifférentes.

! L'Autriche s'arrogea le droit de nommer le métropole (Concordat du 28 mars 1880), qui était élu aupara- >.nt par les Assemblées éparchiales et de lui servir un Kitement, ce qui lui enleva toute indépendance, et en I un serviteur du pouvoir central. De même les popes, iioique élus par les municipalités, souvent ne sont pas jréés parle gouvernement qui impose ses propres canats.

Les églises qui menacent ruine sont immédiatement •mées,et les nouvelles ne peuvent s'ouvrir. On entrave Ij célébration de la fête traditionnelle de Saint-Sava et j celle des Slavas, fête patronale de chaque Serbe et fi lui tient tant à cœur.

tVlais la question la plus importante de toutes, d'après ibomte Andrassy, la question agraire, devait être réglée i première, car c'était elle qui avait toujours causé if troubles les plus graves. Jusqu'à présent, rien de .iment sérieux n'avait été fait pour la résoudre. Il igissait de fixer sur une base plus juste et plus moi*ne les rapports juridiques des propriétaires fonciers ^as) avec leurs fermiers (kmets) K Or, le régime lU'aire en vigueur est comparable à celui du moyenliî. La terre appartient encore aux grands pro- Irétaires musulmans qui la font travailler par les kmets

Spalaikovitch. La Bosnie et l'Herzégovine, Paris, 1800, p. 157.

tous orthodoxes, et ceux-ci paient une redevance en nature qui consiste, suivant les régions, dans le tiers, ou le quart, ou le cinquième des produits. C'est le fermier qui supporte toutes les charges.

Ce système qui ne se rencontre plus dans aucun pays civilisé fait obstacle au progrès ; il a eu une fâcheuse influence sur la culture agricole, surtout avec une population naturellement indolente.

Mais une question aussi grave que la question agraire pour la population serbe de Bosnie-Herzégovine, est celU de la dîme, en corrélation étroite avec le mode d'exploitation de la terre. Sous le régime turc, le kmet payai' chaque année à l'État la dixième partie des revenus di. la terre sur laquelle il vivait. Il acquittait l'impôt en na ture et sur place. C'était une commission qui se trans. portait dans chaque commune et qui estimait la valeu de la récolte et, par conséquent, celle de Timpôt. L'Au triche a longtemps procédé de la même manière, mai, depuis quelques années, elle emploie une autre métho(]^ aussi vexatoire. La dîme est fixée arbitrairement dai^ les bureaux, en prenant la moyenne des dix reçoit^ précédentes, et est égale au 1/10^ des revenus : évalu; tion très commode, mais généralement fausse. Très soi vent, la dîme dépasse les 2/5" du revenu.

Si on a supprimé l'ancien impôt perçu par le métrop, iite, en revanche on a maintenu l'impôt sur les animai de toutes espèces : bœufs, moutons, chèvres, porcj abeilles; le droit au pâturage, à l'abattage ; on a impoj une surtaxe de 2 0/0 sur la dîme appelée namet, etcj De plus, les travaux sont exécutés au moyen de corvée, qui pèse très lourdement sur les paysans conul jadis sur les fellahs en Egypte. En un mot^ les impôts] surtout la dîme, sont plus lourds qu'autrefois. C' une fâcheuse recommandation pour l'Autriche, de n'avj pu, pendant trente ans, trouver une solution éq table de la question agraire, alors que de l'aveu mômej

:omte Andràssy, la solution de ce problème s'imposait aux occupants comme la tâche la plus urgente à -emplir.

Peut-on dire au moins que, dans le domaine intellecuel ou économique, l'Autriche ait fait accomplir à la Bosnie de sérieux progrès?

La liberté delà presse, proclamée en Bosnie-Herzégoine, n'existait, en réalité, qu'avec des restrictions infinies, n article de journal ne pouvait être publié sans avoir •tt' vu et approuvé par la censure, tout numéro pouvait tre saisi en sortant des presses, et la moindre phrase ttirait à son auteur des condamnations redoutables. Un ournal de Sarajevo, le Srbska lUjetch^ avait été confisqué oixante-dix fois en quatorze mois. Des journaux avaient • > pages entières qui paraissaient en blanc et dont le •uilleton même était interdit.

En ce qui concerne l'instruction, il faut avouer que Autriche n'a pas consenti autant de sacrifices que le lonténégro et la Bulgarie, par exemple. Un membre de i Délégation autrichienne, le D*" Barnreither \ écrivait Q 1908 « qu'on avait fait en Bosnie-Herzégovine depuis uit ans, beaucoup moins que l'on aurait dû faire. » insi, dans près de 3.826 localités, les enfants sont dans impossibilité de recevoir l'instruction.

Au moment de l'occupation, presque chaque commune Ihodoxe avait son école primaire, entretenue par les )ns de riches propriétaires. Il y avait des établisse- ^'iits secondaires, et les Musulmans eux-mêmes avaient lus écoles. L'Autriche ferma un lycée et un sémilire orthodoxes, et commença la guerre contre les nies communales, en créant des écoles ol'ficielles, et ' subventionnant avant tout les écoles catholiques, nis les autres, il fut interdit d'enseigner l'histoire : lionale; c'est la lutte continuelle du germanisme ' litre l'esprit slave.

. Bosniche Eindrûch^ Wien, 1908,

Si l'Autriche a parcimonieusement distribué l'instruc lion dans les deux provinces, au moins elle se vant( d'avoir construit des routes et des chemins de fer. Il es certain que sous ce rapport, la Bosnie est plus favorisée qu'avant l'occupation. Mais, si l'Autriche a créé de nom breuses voies de communication, c'est dans son intérè exclusif et dans un but purement stratégique. A chaqui kilomètre de chemin de fer, il y a un poste de troupes. A Sarajevo, la gare est située très près de la ville, mais en revanche, à proximité de la caserne.

Ainsi, toutes les bonnes mesures adoptées par l'admi nistration autrichienne avaient été introduites dans u , intérêt particulier. L'Autriche négligeant d'adapter se institutions et ses lois au caractère^ à l'état moral i social de ses administrés, n'a jamais eu en vue qu'un br^ unique: s'étendre et dominer. Les Serbes ne viennei qu'au second plan.

Du moins, ces mesures avaient-elles laissé les popilations indifférentes ? L'Autriche pouvait-elle argur de leur acceptation bénévole pour réaliser l'annexioa Il n'en était rien; les patriotes serbes avaient fait entend) leur voix; ils avaient cherché à prévenir l'annexion, i avaient protesté contre cette annexion môme.

D'abord, il ne fallait pas faire état de la délégation q était venue à Vienne et à Budapest féliciter le go vernement de l'annexion. Elle était composée Juifs d'origine espagnole, de quelques Serbes condui par Dimitriévitch, agent autrichien, qui joua le mot rôle que Nastitch dans l'atrairo des bombes de CettigD parquehjues Musulmans pourvus de fonctions lucrativ que les Bosniaques appelaient des renégats, et par d catholiques, chez lesquels la passion religieuse a? peut-être étoulï'é l'idée de patrie. Au contraire, la pc tique germanisante de l'Autriciie avait irrité la popu' tion. Son vif mécontentement s'était manifesté peui peu dans les églises et les écoles. Orthodoxes et Mus^

aans qui formaient à eux seuls les quatre cinquièmes les habitants de Bosnie, oubliant leurs luttes séculaires, fe coalisèrent pour faire valoir par des pétitions leurs Revendications nationales. Peu à peu ces protestations l'acorurent et se traduisirent en des demandes catégofiques.

I Um Assemblée, représentant 700.000 Serbes ortho-

loxes se réunit à Sarajevo, en octobre 1907, et rédigea

in pro^^Tamme qui était à la fois un manifeste national

ît un e?tposé des réformes politiques et économiques

[lemanûées par la population. Ce manifeste réclamait

vaut tout l'octroi d'une constitution et l'autonomie

es deux provinces sous la suzeraineté de la Tur-

uie. Le programme de l'organisation musulmane

tait identique. Est-il un fait plus curieux que de voir

les peuples, au début du XX« siècle, désirer le retour

i'un régime abhorré qu'ils avaient combattu pendant

>ix siècles?

Le 7 avril 1907, le Comité général de l'organisation erbe lançait un nouveau manifeste pour obtenir « des ibertés civiles et une représentation nationale ». Le ton n était modéré ; c'était une lutte pacifique.

Le 7 septembre 1908, les représentants de l'organisaion serbe et musulmane réunis, au nom des quatre Cinquièmes de la population, remettaient au ministre LUtrichien^ le baron Burian, un nouveau manifeste qui emandait « l'octroi d'une constitution, l'intégrité de 'Empire ottoman et l'autonomie complète de la Bosnielerzégovine ». Sauf quelques rares exceptions, les serbes et les Musulmans approuvaient leurs représenants.

Trois jours après l'annexion, ils rédigeaient, à Buda- )est, une protestation (12 octobre 1908), qui conseillait lU peuple la tranquillité jusqu'à la réunion de la confé- 'ence européenne ; car, disaient-ils, « nous trouvons a plus pure garantie pour le succès dans l'entente

entre les éléments musulmans et orthodoxes de notre peuple qui restera inébranlable malgré toutes les attaques. »

Cette unanimité dans les protestations de la conscience nationale se maintint, car l'annexion portait une atteinte violente au sentiment national en Bosnie. S'il ne produisit pas un soulèvement général de la population, ce n'est pas parce que les Serbes redoutaient un conflit avec l'Autriche, mais parce que leurs représentants autorisés en Bosnie leur prêchèrent le calme jusqu'à ce que l'Europe ait décidé de leur sort.

L'Autriche s'étonnait qu'on parlât « des conséquences . de l'annexion », puisqu'il n'y avait rien de changé, disait-elle, dans la condition de la Bosnie-Herzégovine qu'elle occupait depuis trente ans. C'est, du moins, ce qu'elle essayait de persuader à l'Europe, feignant de trouver hors de propos les colères qui se déchaînaient contre elle. C'était une prétention en réalité insoutenable.

Il y a loin, en efl'et, d'une occupation provisoire, toujours susceptible d'être remise en question, aune acquisition définitive qui rend inutiles les espoirs les plus légitimes. Les Serbes de Bosnie espéraient que la situation qui leur avait été faite au traité de Berlin se modifierait un jour; désormais, tout espoir leur était interdit. C'était pour eux la mort sans phrase. L'Autriche ne se dessaisirait à aucun prix, si ce n'est pai une guerre, des deux provinces qu'elle s'était adjugées. Elle ne devait même pas accorder aux populations bosniaques le plébiscite très légitime qu'elles réclamaient et qui, évidemment, lui serait défavorable; elle voulait garder sa proie.

Mais la question se compliquait^ car les Serbes de

erbie et les Monténégrins se déclaraient directement

î ses par l'annexion qui, d'après eux, modifiait singu-

fi.Tcment la situation existante. Eux aussi, ils espé-

i lient qu'un changement se réaliserait un jour. Main-

nant, tout espoir leur était enlevé, ils perdaient

itience, ne voulant pas reconnaître l'annexion d'une

i :'ovince, berceau de leur race.

Depuis le traité de Berlin, la Serbie se trouvait séparée ? } SCS frères du Monténégro par le Sandjak de Novi- I izar, où l'Autriche avait le droit de tenir garnison. Pour I le la Serbie pût écouler ses divers produits, il lui fallait

I isser par les douanes autrichiennes de Semlin, ou des- ,!ndre en territoire turc sur Salonique. La construction

II tronçon de chemin de fer Uvac-Mitrovitza, qui relie- |.it plus étroitement l'Autriche à l'Albanie du Sud, allait ^nsacrer la séparation des deux nations serbes en accen- Nant la poussée de l'Autriche vers l'Est. Désormais, la iîrbie serait cernée de toutes parts, placée non seule-

ent sous la dépendance économique de l'Autriche, )ais dans l'impossibilité d'assurer une défense ration- (alle de ses frontières. Si la situation présente ne se modilit pas, elle devait abandonner l'espoir de se déveipper économiquement.

■ Le Monténégro, de son côté, était menacé par l'Autriche, iiisque cette puissance détient Spizza, qui domine Antiiri et la plaine environnante de près de 150 mètres |jaltitude. Par suite des restrictions que lui imposa l'Auteche dans l'article ^29 du traité de Berlin, et dont il «■•mandait la suppression : interdiction d'avoir une îarine de guerre, d'exercer sur les côtes la police maritime qui lui est confiée, d'accueillir les bâtiments de fierre des autres puissances, de construire des routes et fs chemins de fer sans son assentiment, ce vaillant I tit pays ne pouvait acquérir l'essor commercial réjrvé à sa situation économique.

L'Autriche déclarait bien que ces craintes étaient exagérées, que ses intentions étaient pacifiques. Elle venait d'en donner la preuve, disait-elle, en rétrocédai à la Turquie le Sandjak de Novi-Bazar. Mais ce n'étaii qu'une concession apparente. Si, en effet, TAutricho avait voulu renoncer à sa marche sur Salonique, à ses progrès successifs dans les Balkans, elle n'aurait pas cédé le Sandjak aux Turcs, elle l'aurait donné aux Serbes pour qu'ils pussent réaliser leur unité politiqii et économique.

En effet, le Sandjak n'était d'aucune utilité pour TAiitriche. C'est un pays montagneux où une armée ne pei s'aventurer, et l'invasion de la Macédoine et de TAlban doit avoir lieu, suivant un plan dressé par le grand étalmajor autrichien, par la vallée delà Morava, enSerbi» d'où se détachent quatre routes par Krajévo-Novi-Baza par Nich-Prichtina, par Nich-Uskub et par Vrania ^ l article de la revue autrichienne: Danzers Arviee Zeilur, déclarait alors qu'il fallait occuper Belgrade sans coui férir, pour être maître rapidement de la Serbie, et qi cette occupation aurait dû être réalisée en 1908. 1 Serbie ne se sentait pas en sûreté ; les menaces auti chiennes se faisaient jour de tous cotés, et on voit quelles conséquences elles devaient aboutir.

D'accord avec le Monténégro, elle réclamait donc ui bande de territoire qui part de Slamatch sur la Driii descend sur Goradja, Vranitch, Boratch, pour rejoindi la frontière monléué.urine actu(^lle par Zviérina, Ugal Une rectification de frontière près de Spizza,permetti. au Monténégro d'acquérir cette ville. Cette bande de l» ritoire, ainsi que la ville de Spizza, le Monténégro I avait déjà obtenues à San Stefano, sauf la partie coi prise entre la frontière serbe actuelle (de Slrblzi à Sm match), et une ligne allant de Zarlovitchi à Goradj;

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