‹ La Turquie nouvelleChapitre 11 sur 79 · LES GRANDES MOUSTACHE · texte numérisé non relu

LES GRANDES MOUSTACHE

Que Ton ne traite pas de futilité le sujet qui forme la matière du présent chapitre. Les appréhensions incessantes du gouvernement turc lui enlèvent ce caractère.

Les moustaches ne sont pas, à proprement parier , une partie du costume. Cependant , chez les Musulmans, elles en constituent un accessoire important dans les idées de ce peuple. Autrefois, l'homme que la nature avait privé de cet ornement, ou qu'elle n'en avait doté qu'avec parcimonie, perdait beaucoup de sa valeur personnelle; tandis que la considération s'attachait à celui qui en élail richemenl pourvu.

370 LfciS GRANDES

Les janissaires tenaient beaucoup à leurs moustaches. Ils les laissaient croître dans toute leur étendue , en prenaient un soin particulier^ et s'en pavanaient quand elles étaient belles. Dans ce corps , on ne faisait que lentement son chemin si on ne pouvait faire montre de cet ornement.

Cette milice attachait à ses moustaches les mêmes idées superstitieuses que les anciens Moscovites à leur longue barbe. Ce culte exagéré devait les faire proscrire à la chute de ce corps. Elles furent en effet défendues , à l'époque de sa suppression, comme emblème de la résistance et pouvant devenir un signe de ralliement.

Le tzar Pierre !*% en ouvrant les voies à la régénération de ses peuples, avait débuté par prohiber les grandes barbes. Le sultan l'a imité en interdisant les grandes moustaches immédiatement après r extermination des janissaires , qui étaient à sa com'oune ce que les strélitz étaient à l'empire russe.

Le premier ne surmonta l'opposition que rencontrait l'exécution de ses ordres, dans les répugnances de ses sujets, qu'en faisant placer un bou^ reau dans la boutique de chaque barbier.

Les porteurs de grandes barbes rencontrés dans les rues étaient traduits devant ce double aréopage ; d'un côté se trouvait le siège épilatoire, de l'autre un billot. On leur laissait le choix. S'ils cédaient, la barbe tombait; s'ils résistaient, c'était

MOUSTACHES. t27l

h lète. Hais, ô merveille ! on a vu de vieux entêtés préférer ce dernier parti.

Si les choses se sont passées avec plus de niodération de nos jours , en Turquie, il faut en faire honneur aux temps et à Sa Hautesse.

D'après ses ordres , on arrêtait les porteurs de grandes moustaches et on les introduisait chez des barbiers. Le seul moyen autorisé pour suimonter les répugnances, quand ils en montraient, c'était la bastonnade sous la plante des pieds. Jamais ce véhicule n'a manqué son eiïet.

En Turquie, depuis les réformes, on ne voit plus de grandes moustaches sur les faces des sujets de Sa Hautesse, Musulmans ou non. Mais elles n'ont pas cessé d'être considérées comme le symbole de la milice dissoute , et l'appréhension qu'elles excitent est toujours actuelle.

Nous avons dit que pendant l'absence du sultan, pendant Tété de 1837, on avait découvert un projet d'insurrection formé par quelques anciens janissaires qui avaient payé ceiie'tentalive de leur vie.

Cette affaire avait passé presque inaperçue.

"^^moins, le divan avait senti se renouveler les

<^raintes qu'inspiraient les débris de cette milice

®^ ses nombreux partisans. Les grandes mousta-

^es revinrent sur le tapis , et il fut ordonné de

■^doubler de surveillance pour faire disparaître,

partout où il se montrerait, cet emblème de la sédition.

li Haii un £D>j;^D tif«^n !«iiiu(4»: 'i«r fwe cesser ce fiiocif paéril d'iDipiéiEhir ei iie ie «.tjoveftir même frn otijfrt d'éfDiilaii«jn poor le» troofpe». GHie idée fut pr^s^mtée â Sa Hantesâ^t-. en forme «je requête, pr le Français . doni Tin terrent ion se reprodnit fiartoat on il y a quelpe vue mile à pniipaser.

Klle eut le >ort de toote^ ses autres propositions. Les gens sages y applandireni : les ministres. .snÎTanl l'usage . n'en saisirent pas la portée. Noos (ilaçons cette cinîeuse requête Si>u> le n* 4 des l»ièces justificatives.

Un épisode de cetln présentation est bon à rerueillir.

L'auteur du pbcet était lui-même porteur de très- longues moustaches. H en avait conservé de plus étendues encore ijuarante ans auparavant : car elkrs avaient alors cinq ans de croissance, lorsqu'il était prisonnier de $nierre chez les Turcs-

O't ornement, très-apprécié à celle éfKXjue. lui avail attiré tieaucoup d'égards de la part des janissaires chargés de la garde fies prisonniers. II avait même fixé, d'une manière remarquable, l'attention du sultan Sélim III . sur le passage duquel . étant libre sur [larole dans la ville de Consianiinople , pendant les six derniers mois de sa captivité , il ne manquait jamais de se placer lorsque ce prince se rendait le vendredi à la mosquée. Dans le nombre des saluts que Sélim III répandait à droite et à gaucho, dans son trajet, il y on avait toujoui-s un

MOL'STACIIES. -27:)

adressé aux grandes moustaches du prisonnier.

(Tétait visible à ne pas s'y tromper, et la remarque

en avait été faite par les assistants.

D'autres temps, d'autres mœurs; sous le règne actuel , cet accueil bienveillant fit place à une réprobalion non moins visible pour ceux qui en furent témoins.

A Gonstantinople , on n'a nul moyen de commnnication avec le Grand Seigneur que parla voie deplacets, qu'on élève, le bras tendu, sur le passage de Sa Hautesse. Les officiers de sa suite les nunassent ; et , à son entrée au sérail , on lui en fait un rapport sommaire. S'ils méritent quelque attention, ils sont renvoyés aux ministres compétents , qui doivent donner des explications et •^avis, s'il y a lieu.

Les pétitions étant assez nombreuses, le Fran- Ç^> dans la vue d'attirer une attention plus directe ^ son placet , rédigé dans un intérêt gouverne- ^^^Ui\^ imagina de le faire arriver isolément dans ^ naaîns de ce prince, en le lui remettant dans ®^ de ses courses d'agrément.

L'empereur Mahmoud affectionne le tir de ' ^^* Il passe pour le plus habile archer de son empire.

Ce prince possède une maison de plaisance , ^Méidan, mots que l'on peut traduire par Arène-- M'arCy qui, comme Y on voit, emprunte son nom à sa destination.

Page 1