PRISE COLLECTIVEMENT
neorement inépris pour mépris, et en se complaisant dans la supériorilé intellectuelle qu'il se p^nnait. Est-ce bien là une satisfaction complète? Chacun reste convaincu de son côté ; mais leMnsulman a pour lui, et cela suffit à son amourpnqpre, les faits, les actes, les paroles, par les- <]Qels il établit hautement sa prééminence.
On dispute souvent dans les traités pour détermi- ^y entre nations qui s'entendent sur presque tous Iw points, une exacte réciprocité dans les moindres <*constances. Tantôt c'est un titre exigé et conl^sté, tantôt une priorité que l'on veut se donner, ^ tonte autre frivolité qui est le sujet du débat, welle que soit la solution de ces prétentions, elle ^ influe nullement sur les rapports qui subsistent, s^ la considération que Ton s'accorde réciproquement, et le vainqueur ne songe pas à s'cnorpieillir du petit avantage qu'il a remporté..
0 en est tout autrement chez les Turcs. La plus '^re concession qui leur est faite porte ses "^ts. Ils l'acceptent comme chose due , et sont "^biles à en faire sortir des conséquences. On ne P^tit dire jusqu'où ils les poussent. Ne les a-t-on P^vus tirer de leurs défaites même l'opinion de "^ prépondérance sur les ennemis qui les bat- *^nt, en se fondant sur ce que ceux-ci, n'usant Ite de leurs victoires autant qu'ils l'auraient pu , avaient montré par-là qu'ils les redoutaient encore quoique battus? Ow<? n'ont-ils pas dit d'Ibra-
322 LÀ Nation turque
him et de ses troupes , qui ne se sont arrêtés dans leur marche triomphale, ap franchi le Taurus , que parce que TEuro interdit d'aller plus loin ?
Citons, c'est notre coutume^ et pren un fait privé la définition de l'esprit d' ment qui se retrouve dans la nation com les particuliers.
Un riche et charitable négociant i établi à Salonique, s'était attendri sur le malheureux derviche et lui avait donné monnaies^ Le lendemain, les jours suivan trouvant dans la même gène, il lui ava même générosité. Au bout de quelques n fatigua de cette sujétion avec d'autant raison, qu'il crut s'apercevoir que son obi mençait à paraître prendre pour une c ce qui était purement volontaire de sa ]
Un jour il passe devant le derviche san donner. Celui-ci demande; le négocias Une heure après il est cité chez le cadi.
— Cet homme , lui dit le juge , se plai que tu lui as refusé aujourd'hui le subsic lui paies depuis longtemps. Pour quel m es-tu affranchi? — Par la seule raison le bailleur , que ce don était volontaire , tait une pure charité , et qu'il ne me com de la continuer.
— Et toi , dit-il au demandeur , qu'ob
PRISE COLLECTIVEMENT. m
i celte déclaration ? — Que ce djaour ( infidèle ) m'agratiûé sans que je le lui demandasse ; qu'il a continué jusqu'à ce jour ; qu'il m'a accoutumé à compter sur lui , et que je n'ai plus songé à me procurer d'autres moyens de subvenir à mes besoins.
n n'avait pas fini de parler , que le juge avait pris la parole pour condanmer le négociant à commuer l'acquit de cotte aumône. Le rendent . de Raguse près de la sublime Porte ne put pas P^enir à faire casser cette sentence. Bien plus, ^ négociant ayant quitté Salonique , son consul 'îit pris à partie, et s'engagea au nom de son gouvernement, qui ne voulait pas s'attirer une mau- ^^^ affaire pour si peu de chose , à servir le sub- ^^ jusqu'à l'a mort du derviche. Soyez donc «humain chez ces braves gens !
B faut avoir été témoin, pour le croire, du mé- P^i^ avec lequel les Turcs parlent d'un individu " Dn autre culte que le leur. Quels que soient les '^^^ites de cet homme, ce n'est jamais qu'avec *s restrictions désobligeantesqu'ils les reconnaisf^t. S'il a fait de ses talents une application dont * «aient profité, il n'a rempli qu'un devoir.
^-■e non-croyant n'a reçu de la nature, ou n'a
^^uis par ses études, des capacités utiles, que
P^W qu'elles soient à l'usage des Musulmans,
*l^and ils daignent en réclamer l'emploi. Chez le
*Urc, tout, parole, attitude, jeu de physionomie,
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révèle ce sentiment intime, que nulle considération ne vient affaiblir, qu'il est d'une caste privilégiée, et que toutes les autres n'existent dans ce bas monde' que pour être à sa dévotion.
N'ej5t-il pas curieux que ces pensées outrageantes soient connues depuis plusieurs siècles de tous ceux qui ont approché des Turcs dans leur pays, et que le contact le plus léger leur en ait fait sentir les amères déductions, sans qu'aucune susceptibilité on ait été sérieusement émue? Les nations les plus avancées, si délicates sur le point d'honneur dans leurs relations publiques et privées entre elles , paraissent avoir fait abnégation de toute dignité vis-à-vis des Musulmans. Il semble que le turban porte avec lui le privilège de la bonne opinion de soi-même, et de l'insolence à l'égard des autres.
On a pu tolérer ces prétentions dans des temps moins éclairés, lorsque la fréquentation avec les dominateurs de l'Orient était restreinte et se résumait en relations commerciales, alors surtout que le turban était couronné par la victoire.
Le peut-on aujourd'hui, que les communications avec ce peuple tendent à prendre chaque jour plus d'extension ; que la sphère de ce mouvement commence à s'étendre au-delà d'échanges de denrées ; et , enfm , que la considération qu'il s'était al tirée autrefois par l'importance et la rapidité de
PHISE COLLECTIVEMENT. 3:>5
!>6s C4>nquètes, a t'ail placx* à la comiuisération 4u'excile sa décadence?
Est-ce après une révolution aussi radicale dans
ies choses^ dans les personnes, dans les situations,
que la chrétienté peut encore tolérer ces airs de
grandeur affectés par les Turcs, qui contrastent
^> sensiblement avec l'avilissement dans lequel ils
^ni tombés? Doit-on toujours souffrir que l'Eu-
'^pe soit avilie à Constantinople dans la personne
^ ses ambassadeurs, et que ses nationaux y soient
^posés à tous les genres de dédains déversés sur
^x par une caste dégénérée, qui a perdu , par
^ réformes, tout ce qui l'élevait à ses propres
reux ?
n ne faut pas s'y tromper. Quelle que soit l'illu- ^■on que le Musulman, par orgueil et par le sou- "^^nirdu passé, se fait encore de sa prépondérance *^i* les autres nations , il n'en est pas moins con- ^^încu intérieurement qu'il est bien déchu, par le •"^Uversement de ses anciens us et coutumes, par '^ métamorphoses qu'on lui a fait subir dans sa ^^ue, par la nouvelle direction où on le pousse ^ Son très-grand déplaisir.
Doit-on continuer, en présence de cette fausse* ^^ humiliante attitude, qui est le partage de la diplomatie européenne et de ses protégés en Orieni, * honorer, choyer et caresser en Europe, ces ^res lourds, ignorants et perlides, qu'on y voil
apparaître avec des caractères publics , iinposaiii
•il
326 LA NATION TURQOE
le respect dont ils ne sont pas dignes ? Il suffira qu'on fit attention au point de départ et aux anli cédenis de la plupart de ces étranges diplomates poiu- que Tengouement dont ils sont Tobjel f place aux répugnances les plus prononcées. .
Que dût penser la Russie quand, il y a tr^HS^^o quatre ans, dans une occasion solennelle , ] sultan lui envoya , pour féliciter son souverain qui ? Hallil -Pacha, dont Sa Hautesse a fait pli tard son gendre ?
Cet honune occupait à cette époque, à Gonstaj tinople , le poste élevé équivalant à ce qu éta autrefois , en France , la chaîne de grand-maiti de Fartillerie. Mais quelle était son origine? Do était-il récemment sorti? Nous l'avons déjà di Hallil était un esclave géoi^en, acheté par ] vieux séraskier Uzrew. Celui-ci l'avait fait élève dans le dé))ot de jeunes garçons qui fait pendant son harem, dans sa résidence du Bosphore.
La Russie ne dut-elle pas être très-flattée de c choix, et n'était-il pas très-singulier que l'impéra trice dût recevoir par des mains souillées les pr« sents que Sa Hautesse lui faisait présenter ?
Hâtons-nous d'avertir que ces inconvenance furent amplement compensées par les avsu tages qu'Hallil procura plus tard à la cause russe Cet homme, à son retour à Constantinople, a seri les vues de cette puissance, peut-être sans se douter qu'il nuisait aux intérêts de son maître.
PRISE COLLECTIVEMENT. :î27
Cest lui qui , urri vé au poste de séraskier ( gé-
'iéralîssime) des iroiipes d'Europe, a introduit,
^Qtani qu'il l'a pu, dans les troupes ottomanes,
^traction et les règlements de l'armée du
^^y et qui a donné aux soldats turcs l'uniforme
Cette invasion de costumes n'était pas indiffé-
'^'ile. En créant une sorte de similitude entre les
'^^pes des deux nations, elle faisait cesser une
^ causes de la répugnance des osmanlis pour
teurs anciens ennemis , et préparait de loin une
^îon qui aura lieu si l'Europe n'en prévient
^^^^^oomplissement.
^ti reste, Hallil-Pacha passe pour avoir de la
^^'^He volonté , et des dispositions à seconder les
^^^^ du sultan , son beau-père. Ces qualités sont
^I> rares en Turquie pour devoir être passées
^^^Hsilence. Nous avons dit qu'il éiait en disgrâce,
3^ t^our quelle cause , depuis le mois de mars
^.'Angleterre a eu aussi son déboire, quand la ^^^le lui a envoyé pour ambassadeur ordinaire
^^endi Saiîm, qui en aété ra[)pelé à la fin de 1 838.
^^ a vu, dans différents pays, des ministres préva-
^^aieurs, félons, traîtres, sanguinaires, etc* Il était
'^^^ervé à la Turquie de produire une espèce nou-
^^lle, le ministre filou. Sarim est le type de cette
Nouvelle famille.
Contre nos habitudes, ici, nous nous abstien-