‹ La Turquie nouvelleChapitre 19 sur 79 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Quelle idée dominante a guidé notre plume dans la narration des faits qui se sont passés sous nos yeux , ou dont nous avons pu vérifier la réalité T

Nous avons voulu montrer à nu Tétat misérable d*un pays dont la France et l'Angleterre ont intérêt a prévenir la décomposition ; prouver que ce pays ne peut plusse soutenir par lui-même ; et faire connaître que les hommes qui en ont la direction sont précisément les artisans les plus actifs de sa . ruine.

Subsidiairement nous avons songé à nietlro l'opinion [tublique en garde contre ces éloges

menteurs et ampoulés qui transforment d'épaisses intelligences en génies supérieurs. ^ ,

Nous avons enfin entendu obtenir que Ton vengeât les Européens des mépris dont on les accable en Turquie, en cessant de prodiguer aux Musulmans qui viennent en Europe avec des titres officiels, des homniages et des égards, que/ loin d'attribuer à l'urbanité anglaise ou française , ils considèrent comme dus à leur essence supérieure •

Ces trois points nous seraient acquis par la nature des détails que nous avons exposés, si ron pouvait se persuader que nous sommes «resté dans les limites de la plus scrupuleuse vérité. Eh bien I nous le réitérons sous la foi du serment : dans le tableau des plaies qui rongent les domaines du chef de l'islamisme, dans rappréciation des intentions généreuses du chef des croyants, dans la sanglante censure de la conduite de ses ministres , nos couleurs n'ont rien d'exagéré.

On en sera convaincu quand, par la traduction promise à cet ouvrage, dans les principales des langues qui se parlent à Constantinople , il sera devenu populaire dans les états du sultan, et que les Francs fixés dans ces contrées, les rajas sujets de Sa Hautesse, et même un bon nombre de Musulmans raisonnables, y auront retrouvé leurs discours habituels.

11 n'y a qu'une opinion en Orient sur les erreurs.

r aveuglement 9 la fatale direction du gouvernement turc. Chacun le condamne, prévoit et annonce sa dissolution prochaine.

On ne se laisse pas éblouir par le clinquant do réformes etde projetsqui ont euune recrudescence marquée depuis le retour de Réchild de son ani bassade de Londres. On juge par le passé ce que Ton doit attendre de l'avenir.

Gq n'est pas assez que d'avoir importé des noms et d'entreprendre vingt projets à la fois; il faudrait, avant tout , avoir prévu les obstacles et étudié les moyens de les aplanir. Le fait seul de l'explosion simultanée d'un grand nombre de plans , lorsque l'exécution d'un ou de deux suffirait pour absorber les ressources et l'attention qu'on pourrait leur consacrer , prouve que l'on n'a rien d'arrêté sur aucun.

Qui trop embrasse mal étreint , dit un de nos proverbes, que les Turcs ont aussi dans leur langue. Le sens en est reçu chez eux dans son acception la plus étendue. Leur intelligence n'élreint rien ou fort peu de chose.

Oue l'on ne se ûgure pas qu'il y ail de l'élan, en quoi que ce soit, chez les Musulmans , pour seconder les vues de leur gouvernement. Très- peu se doutent de ce qui se passe chex eux ; bien moins encore y prennent intérêt. Les gens en placu» même n'éprouvent que des motifs de jalousie dans tout ce qui se fait, lorsqu'ils n'y sont pas associés.

336 riKSl-MË.

ce sera oomine si elle n'élait pas advenue; mais |)Our la Porte, il y aura en moins le subside qu'elle ne recevra plus. Ce sera du positif.

Prendrîi-l-on les armes pour forcer le vice- roi à payer? S'il y a unanimité entre les puissances dans l'objet de l'obliger à continuer ses versements, Méhemmet en sera quitte pour céder momentanément sur ce dernier point, la question dé l'argent. Mais celle de l'indépendance, il la tiendra pour constante, et attendra, sans que le retard influe sur sa situation , l'instant où elle seni simctionnée par une reconnaissance patente. S'il y a dissidence enlre les cabinets, quel sera celui qui voudra se lancer seul dans l'arène, pour ramener le vice-roi au vasselage de la Porte , manifesté feulement par l'acquit d'un tribut?

Nous concevons cep^mdant que si le sultan, en apprenant la résolution de l'Ëgyplien, courait aux armes et invoquait en même temps les garanties qui lui ont été données a Kutaya , il y aurait oblîgalion h répondre à son appel. Encore, dans celle hypolhese, faudi'ait-il qu'il y eût accord entre les cabinets signataires ; car la division pourrait être fatale à celui qui se dévouerait.

Si le sultan ne sollicite pas d'appui , ira-t-ou le lui offrir, avec l'intention sérieuse de le lui donner s'il l'accepte ?

Nous sommes personnellement livs- rassuré à cet ('^gard. Le sultan n'aura pas la velléiti' d'niu^

allaqae ouverte conlre le puissanl rebelle. Osl (rès-graluitement qu'on hn en prête la pensée.

SaHautesse sait qu'elle n'est nullement en position de prendre rinîtiativo. Celte conviction est Partagée par tout ce qui Tentoure. Si elle se fai- ^t illusion à ce sujet, il serait charitable de '^û détourner. Avec une composition misérable ^nime celle à laquelle on donne chez lui le nom uannée, on ne peut rien entreprendre.

La Turquie n'existe plus que de nom. C'est ini ''Moribond qui s^attend à trépasser d'un moment a l'autre,

A^u sud, le vice-roi paralyse ses forces ; au nonl, ^"^ tremble devant l'autocrate; à l'ouest, sur "ïer^ elle est abreuvée d'amertume par ses pré- ^^uaus alliés.

^Ue pourrait échapper à ce dernier genre d'i-

^^minie en retenant ses vaisseaux dans ses

P^^ls, et économiser, par cette sage résolution ,

^ frais immenses qu'elle supporte , dans le seul

^^Xiltat de pouvoir dire (ju'elle a une flotte à la

^^r. N'y a-t-il pas une indication visible de lab-

[^^ation de toute dignité dans ces honteuses et

^^Utiles croisières ?

Cette n^ation de consistance dont la Turquie donne le spectacle est manifeste, et l'on semble l'ignorer.

On traite encore le divan comme une puîssancie réelle, et l'on se repose sur lui <le la conservation

3^ RÊSIMÉ.

d'une coDtrée menacée de passer, d'oo inslant à rautre« sons ooe domination dont le poids sur les destinées de ITorope serait alors redoutable.

A travers cet avilissement omstaté de l'enipire •>ttoman. la France ne sait même pas obtenir à Constantinople le crédit dont y jouissent des iégMr lions de deuxième et troisième ordre. La préseace de ses flottes dans les mers du Levant, qui devrait être à la fois im sujet de terreur et de sécoritë pour le divan, en lui montrant ce qu'on pourrail pour le servir ou le pimir, suivant ses actes, n'atxKitit qu*à constater la déconsidération qui est [lartout le lot du cabinet des Tuileries chez l'étranger.

Nous nous réservons de publier plus tard de singuliers détails sur ce sujet. En attendant, ib sont placés sous les yeux de la Chambre des dé- (lUtés.

Notre travail est encore incomplet. Les faits et les preuves, en matières pareilles, ne sauraient Hre trop multipliés. Ce n'est qu'un ajourneiiieni.

Nous ne nous sommes porté à faire paraître isolé, et sans retard « ce premier volume, que par suite de Tintérèt nouveau et plus vif qui se manifeste en ce moment relativement à la question orientale. Dans des circonstances semblables, il iin|K>rtait d'exposer sous son vrai jour un état de choses que des intérêts divergents cherchent à

obscurcir. Nous nous flattons (ravoir religieuse menl rempli celle lâche.

Notre refrain sera toujours que nous ne redoutons aucune contradiction sérieuse des faits avancés par nous, et que les bienfaits des réformes entreprises par le sultan ne se font encore sentir nulle part dans ses états.

id

OHAPITRE ZIT.

APPEIVDIGB.

Nous terminerons cette première partie du travail que nous nous sommes imposé en quittant Gonstantinople, par la production de deux pièces {NTopres à déterminer les convictions des lecteurs sur la vérité des faits principaux exposés dans cet ouvrage.

Nous résumons ces faits dans les termes suivants :

La Turquie est parvenue à la dernière période de son existence politique.

Les réformes entreprises dans des vues de régénération sont restées sans résultats utiles. Elles n'ont servi qu'à dépouiller la nation ottomane

SkiÉ APPENDICE.

du prestige attaché à sa grandeur passée , el mettre à nn les infirmitës qnî la rongent inoc samment.

Le sultan est impuissant à remédier à cette d tresse.

Le plus grand obstacle à ses volontés se rc contre dans les préjugés de ses sujets y la r^ gnance, le mauvais vouloir, les résistances inerl des grands, l'incapacité des agents, Tinintelligien dans remploi des ressources.

Réchild-Pacha, ministre des affaires étrangère cumulant cet emploi avec l'ambassade turque Londres , est à lui seul une diflQculté plus grao que toutes les autres , en ce qu'il a empèchi comme on le verra plus loin, que la vérité, para nant à la connaissance de son maître, le relevât cette impuissance signalée ci-dessus.

La première des deux pièces que nous plaço dans ce chapitre est un tableau de la situati politique de l'empire ottoman au commencen|€ de Tannée 1837. Il lut demandé, d'entrée i jeu, au Français appelé à Constantinople par divan.

Il lui était enjoint de placer à la suite de M exposé les moyens qu'il avait offerts pom* ne médier aux défectuosités des institutions noa velles.

Nulle partie de l'ordre public n ayant reçu di uiéliorations depuis cette époque, et la situatio

de la Turquie étant toujours la même, ce tableau ^ encore vrai d.ins toutes ses parties.

i auteor avait eu la précaution, en défiance de

Aù-méme, de soumettre son Mémoire à plusieurs

<^cités européennes en état de l'apprécier , et

^bre antres, aux deux ambassadeurs les plus

haut placés.

L'on d'eux , celui de France , y avait fort ap- Pl^iidi, et n'avait trouvé qu'un seul obstacle à ce Q^'il obtint le plus grand succès , la difficulté de *^aire arriver sous les yeux du sultan^

Noos reviendrons, dans la suite promise à la P'^nte publication, et lorsque nous aborde- ^^ de plus singulières circonstances, sur les '^^^tats de cette communication.

^ attendant, disons que Topinion de l'ambas- ^^r de France était fondée. L'embarras, en ^^ , était qu'un souverain auquel on cache *^les choses, pût apprendre ce qu'on lui propo- ^t pour le salut de sa couronne.

SaHautessenapasconnuce travail. En échange, *^ %t arrivé sans retard aux mains du personnage ^^({uel il importait surtout d'en soustraire la con-« ^^^issance.

Vdci ce Mémoire :

Au Divan.

L'auteur du présent Mémoire n'oserait présenter on tableau» aussi triste qu'il est vrai , de la situa-

avoir le courage de mesurer l'étendue pour pouvoir apprécier Tui^ence et la w remède. Une refonte dans le r^ime de ottoman est devenue indispensable; se elle doit être exécutée sans éclat, sans » et en usant des plus grands niénagemenU

Aux yeux du vulgaire, la Turquie pass( pour un grand empire. Qu'il y a loin i pensée à la réalité j

Depuis un demi-siècle elle a perdu € toire les régences Barbaresques, moins Tripoli, qui mériteàpeine d'être comptée^V l'Arabie, la Syrie, Candie, le royaume de L les principautés du Danube.

Elle ne se compose plus que de TAnado vince dépeuplée et appauvrie, de la Ronn la Bulgarie, de la Bosnie et de l'Albanie^ torité du sultan est loin d'être bien assise

Cet empire n'a plus de bases d'existenc soient propres. C'est de l'étranger qu'il ei

à fin les plans de son fondaleur , (]irello poursuit avec tant de constance et de succès depuis un

Cette déplorable situation n'a point échappé à i 'homme supérieur à qui la Providence a remis ^ soin de régénérer les peuples qu'elle plaçait sooftson sceptre.

Loin de se laisser intimider par Ténormité do b tâche et par la réalité des dangers d'une carrière ^Qssi épineuse, le sultan s'y est élancé avec confiance, et Ton peut dire, à sa très-grande gloire , 91^ les plus graves difficultés ont été surmontées. Ce prince a été devancé dans la noble carrière V^'îl suit aux acclamations de la chrétienté , par ^ homme dont le souvenir jette encore le plus vif ^t. Le tzar Pierre résolut aussi de tirer ses impies de la barbarie. S'il n'a pas réussi complè- '^ent à les rendre à la civilisation, au moins ^'•îl parvenu à en composer une nation dont

^ accroissements successifs tiennent l'Europe en «ttoî.

I41 nature s'est plu à accorder au sultan Mah- ^Md le grand caractère , l'intelligence , toutes ^ facultés enfin dont elle avait pourvu le tzar 'feiTe. Pourquoi avec tant d'afHnités morales et ''lide des lumières du siècle, ne fait-il qu'un che- Qdn insensible, et parfois rétrograde, daus la lico fa'il s'est ouverte? Il faut bien le reconnaître : c'est dans les conditions, l'élévation même de son

rang, que les plus grands obstacles se

Pierre, proclamé le Grand, voyait tout par luimême. Il parcourait l'Europe tantôt *en prince, tantôt en simple particulier. Il admettait en sa présence tout homme qui pouvait servir ses hautes vues. Il avait enfin trouvé, dans un étranger, un serviteur fidèle et éclairé. C'était un simple citoyen de Genève, nommé Lefort.

Ce Lefort n avait été dans sa jeunesse qu'officier subalterne dans les troupes de France ; mais il avait beaucoup vu et observé. Avec ces prémisses, un zèle et un dévouement sans limite ,' il put servir utilement son nouveau maître, dans Ce long enchaînement de réformes et de créations qui embrassèrent sa vie entière.

Lefoit ne quittait jamais le tzar; il le suivaif dans ses voyages sur terre et sur mer, et le se condait dans les affaires de la guerre, de la marine des finances, suivant que l'attention du tzar f portait sur ces diverses matières.

Les lois musulmanes, les traditions de Tempii l'étiquette du sérail, privent Sa Hautesse des pr cipaux véhicules qui assurèrent le succès l'œuvre le plus remarquable du dernier siècle

L'absence de ces moyens d* action doit-elle courager ce prince ? 1 1 y a trop de grandeur dam âme et d'énergie dans son cœur, pour qu'il c désespérer de surmonter les obstacles inhére ^ haute position. Les moyens île les vaincre

APPKNIUCIv :{i7

simples. Ils sont indiques dans les pro[)ositions «jni terminent le présent Mémoire.

La constitution du cabinet de gouvernement fiaiyestproposée, supplée à l'impossibilité où les lob, les traditions, 1 étiquette, placent le chef supi^e de rislamisme de visiter les pays étrangers, de voir toutes choses par lui-même, et d'admettre des personnes privées dans ses apparlements.

Ce cabinet, indépendanmient de ce qu'il serait

"^ miroir réfléchissant sans cesse la position

®^cte de chaque partie du service public , rece-

^ît en outre les propositions des particuliers.

^ y entendrait les individus présentant des vues

%nes d'attention. Chaque projet y serait élaboré,

^^ ne serait soumis à l'appréciation du sultan

^ 5iprès avoir subi le plus mûr examen.

dépendant, tous les ordres partiraient de ce ca-

"*^et et tous les comptes-rendus y seraient adres-

^^. Non-seulement le sultan serait assuré d'une

^^^cte obéissance , mais il pourrait suivre , sans

*^placement et jour par jour, les progrès de ses

t^^escriptîons, comme si Ton opérait sous ses yeux.

Quand on réfléchit a l'état misérable de toutes

^es branches de l'ordre social , aux efforts prodi-

gaés pour y introduire des améliorations, à la

masse des ressources qui restent inertes l'aule

d'înlellîgencv pour les exploiter; que Ton consi-

ère enfin combien il serait facile d'entrer dans

mt APPENDICE.

des voies aussi productives en bons résultats que la marche actuelle en crée de fâcheux, on ne peut s'empêcher de gémir devant cette .fatalité qui précipite un grand empire vers sa ruine complète- La Turquie a une flotte superbe, et le second personnage de l'empire qui la longtemps commandée déclarait, en septembre 1837, quil la regardait comme incapable de se mesurer avec les équipages du pacha d'Egypte.

Plus tard, les revues des troupes d'élite dans les cours du vieux sérail constataient une infériorité énorme dans leur constitution , en les comparant aux plus misérables milices de la chrétienté. Et cependant la Turquie a une belle espèce d'hommes, des chevaux d'excellentes races, et jamais la bravoure musulmane n'a été mise en question.

Voyez les Circassiens, les Arabes, les Kabaîles, résister avec succès, aux deux extrémités de l'empire, aux plus formidables légions de l'Europe ! Il y a donc ici des causes qui paralysent les dons de la nature , qui sont pourtant les mêmes chez les Musulmans du centre que chez leurs coreligionnaires d'Afrique et d'Asie? Il n'en faut pas douter; cette cause réside dans les vices de l'organisation, le manque d'instruction, et le mauvais choix des moyens et des individus mis en usage pour les rectifications.

Les mômes inconvénients se retrouvent dans toutes les autres parties de Tadministration. Pour

porter un remède efficace dans ce désordre, il £ttitqiieles réformes soient introduites simultanénient sur tous les points, et que chaque chose nuurche d'un pas égal vers le progrès ; car tout se ^t, tout s'enlace, tout doit s'appuyer récipro- 9iement dans un état bien oi^nisé.

L auteur du présent Mémoire a la noble confiance de croire qu'il pourrait tenir ici la place que ^ Genevois Lefort occupa à Moscou, avec cette ^ule différence qu'il n'aspire à aucune sorte d'em- P'oi^ de pouvoir, de représentation. 11 tient à la P'us profonde obscurité, et ne veut se rendre utile ÎUe dans le silence du cabinet. Il peut se.préva- *oîr, à l'appui de cette modeste prétention, d'une ^Xpérience acquise dans l'exercice de fonctions **^portantes et variées, sous le règne du grand ^m^jereur.

Gonstantinoplc, 1837.

ItloBt fommairet déoonlant d'une étude térleiue de Tétai aetœl de l'Empire ottoman.

Après une étude approfondie de la situation actuelle de l'empire ottoman, des ressources (lu'il ^enferme, et de la possibilité d'en opérer le développement, voici , dans un ordre logique, le sys^

350 APPENDU.i:.

lëuie d'améliorations quo l'on propose d*adopler |M)ur arriver à un état de choses plus «en harmonie avec celui qui régit tous les autres états do l'Europe.

1** Fonder, dans un local très-rapproché de la résidence impériale, dans le palais même du sultan, si cela est possible, un cabinet intime de gouvernement, d'où partiront les ordres de Sa Hautesse, et où viendront aboutir les comptes^ rendus de leur exécution , ainsi que les rapports relatifs au mouvement social.

Ce cabinet devra , d'après son organisation, offrir à tout instant la situation exacte de chaque branche du service public. Il permettra de suivre^ jour par jour, les progrès des mesures prescrites par le sultan , de s'assurer du zèle des autorités conunises à letir exécution , et de briser les obstacles que ces ordres ne rencontrent que trop souvent dans leur marche.

2"* Instituer une haute police intelligente et aciivc.

L'institution d'une haute police est le complément de la fondation placée ci-dessus sous le n*" 1. Sans son concours, il est presque imi>ossil>le d'a|)prendre si les ordres de Sa liautesse

sont remplis ; quel est, en tous cas, l'eflet et les résultats qu'ils produisent ; de quelles modifications ils seraient susceptibles.

3* Donner aux armées de terre et de mer une constitution basée sur les éléments qui doivent les alimenter. Introduire dans ces armées Tintmction dont elles sont dépourvues.

Ce n'est pas en imitant servilement et gauchement les institutions militaires des autres nations, que la Turquie pourra remonter au rang des grandes puissances. Pour ressaisir la position qu'elle a perdue, il faut qu'elle use des ressources qui lui sont particulières.

4* Refondre le système de finances en vigueur, non par une réfonne complète et immédiate , luais par des rectifications successives. Suppléet* en partie, par l'impôt en nature^ à l'insuflisance et à la difficulté des recettes en numéraire.

Il faut plus que le système actuel d'imposition pour que la Turquie puisse couvrir ses besoins, maintenir son état de guerre sur un pied respectable, et satisfaire à toutes les nécessités de son entrée dans les voies de

la civilisation.

La cause la plus réelle cl<\s cinharras

:iVi APPENMCE.

actuels tient a l'excessive ilé|irëcîalion des signes monétaires, et à leur peu de circulation hors de la capitale et tie quelques villes de commerce. On peut y remédier par une division des dépenses publiques en gouvernementales et communales, et en faisant couvrir ces dernières par l'impôt en nature.

ô"* Substituer une politique d action à cette funeste manie de temporisation, qui consiste à tout attendre du temps et des événements.

II est temps que le divan arrête les déchirements de territoire qui l'ont privé, depuis le commencement du siècle courant, de la moitié de ses anciens domaines. Il lui importe que, loin de subir de nouveaux morcelle* ments, il s'attache h reprendre les provinces auxquelles il n'a pas renoncé par des traités authentiques.

Dans l'état de l'organisation actuelle de l'Europe, la Turquie ne peut rien par elle-même, et par la force, pour ressaisir le rang qu'elle tenait encore avant la perle de la (Irimé(\ C'est dans la voie dos négociations, c'est en profilant des jalousies et dos rivalités qui

divisent les autres puissances, qu'elle doit chercher les moyens de restauration qu'elle ne peut trouver en elle.

6** Lier par des intérêts matériels y à défaut de ciment moral, les diverses nations qui composent sa population.

C'est par la création d'un crédit public que l'on peut atteindre ce but , et so préparer les ressources dont l'urgent besoin se fait sentir chaque jour, il est inutile de remarquer qu'en matière de crédit public, applicable aux états ottomans, il ne faut nullement songer à aller puiser des règles et des exemples dans les autres pays. En Orient, il sera nécessaire de marcher dans des voies toutes nouvelles. C'est " un problème dont la solution est trou-

vée. On en a fourni la démonstration :

peine perdue.

A la première vue de l'exposé qui précède , on doit éprouver de l'étonnement de sa hardiesse, et de la confiance avec laquelle il est présenté. Fandra-t-il donc tout bouleverser pour arriver à su réalisation? Non, certes.

Tout est prévu par Tauteur de ce Mémoire. Nul point d'arrêt, nulle perturbation n'en doit résulter dans l'ordre établi. Lo public ne se doutera

35i APPEMlICE.

I»as. à peine si les agents de rantorilé eux-mêmes s*aperceyront, qu'il s'opère des changements dans la machine gouvernementale.

Les créations, les substitutions, les modifierlions, s'infiltreront dans ce qui existe, in^nsiblement et sans secousse. Chacun n'y yerra que de nouvelles mesures, auxquelles l'instinct de perfectionnement qui distingue le sultan a depuis longtemps accoutume ses peuples et la chrétienté.

On a vu dans le Mémoire qui précède, foiumi au divan en 1837, qu'on offrait au sultan de créer, à portée ou dans Tintérieur même de sa résidence, un cabinet de gouvernement destiné à rectifier ce qu'il y a de faux dans la ntuation de ce prince.

Les vices principaux de cette situation sont l'impuissance où il se trouve , en raison de l'élévation de son rang , de voir et d'entendre par Iiqk même, et la contrainte où elle le place de rester dans la dépendance de ministres ignares, corrompus, et souvent vendus à ses ennemis.

Ce cabinet remédiait à ces graves inconvénients. D*une part , il amenait toute chose à la connais-^ sance de Sa Hautesse ; de l'autre , il forçait Fo^ béîssance et bridait le mauvais vouloir de ses mi^ nistres. '

Récliild m' pul refuser à une influence puisante de prendre connaissance de cette proposition, que ses prédécesseurs avaient négligée, par "lipériiie d'abord, et qu'ils eussent fait refuser, en 'ous cas, s'ils en eussent connu la poitée.

Aéchild en demanda une exposition sommaire.

^ voici telle qu'elle lui fut remise. Nous dirons

^pri^s comment et pourquoi il fit échouer ce plan,

H^i devait donner à son maître une libre allure

dans ses pensées et même dans ses mouvements.

Svr rSatUtiitîon d'an Cabinet de gouvernement.

^^ cabinet aura pour but de faire arriver sous '^ yeux du sultan les moindres particularités du mouvement gouvernemental dans ses états; de '^ soumettre à ses décisions, d'assurer Texécu- ^*0H de ce qu'il aura ordonné.

Cette institution , il faut bien s'en pénétrer, ne P^Wera aucmie perturbation dans l'ordre existant, ^^cun ministre ne verra diminuer ses attributions. ^He produira seulement plus d'ensemble et d'ac- ^•viic dans l'accomplissement des prescriptions de ^ Hautesse. Ce prince acquerra la certitude qu'il ^t obéi : c'est , quant à lui , le fait le plus es- ^miel.

LfO mécanisme du cabinet proposé est d'une simplicité remarquable. Son matériel se forme d'un registre dit d'ordre, et d'un nombre de cartes et de tableaux, égal et correspondant au nombre des diverses branches du service public.

Sur le registre , et dans sa première colonne , seront inscrits les ordres du sultan au moment où ils sortiront de sa bouche.

Dans la seconde colonne, on enregistrera l'accusé de réception du ministre auquel un ordre aura été adressé.

La troisième contiendra les rapports successifs relatifs à son exécution.

La dernière sera destinée à constater les incidents^ les retards , les obstacles , les moyens pris pour aplanir les difficultés.

Les cartes et les tableaux recevront et présenteront les résultats obtenus.

En un mot , le registre sera le recueil des ordres , et les cartes et tableaux la représentation de ce qui se sera accompli en conformité.

Prenons un exemple dans le service maritime.

Le premier d'un mois quelconque, Sa Hautesse a ordonné lenvoi immédiat de deux frégates à Alexandrie.

Le 3, l'amiral accuse la réception de cet ordre.

Le 5 , il annonce que ces deux voiles appareillent.

Le 7, qu'elles ont franchi les Dardanelles.

Le 9, qu'on les a signalées dans les eaux de Wiodes.

Le 14, qu'elles ont mouillé dans le {K)rt d'Alexandrie.

La carte marine , qui fait partie du matériel du ^iûet, indique les ports , les rades , les lieux de *^âehe sur toutes les côtes de l'empire.

Tous les bâtiments de l'état qui sont à l'eau, ^™és ou désarmés, sont figurés dans les lieux de '^r station par de petits pavillons fixés sur la ^*^. Des nuances indiquent la force des na-

Lies deux frégates prises pour exemple sont

'^^**tîes de Gonstantinople. Le 5, sur l'avis qu'en a

^*ïiié l'amiral , le chef du cabinet les a extraites

^ l'arsenal, et placées en dehors du port, dans la

^^^clion qu'elles doivent suivre.

^ur les rapports des 7 et 9, il les a successive-

-Ht portées dans les parages des Dardanelles et

^ Hhodes , jusqu'à ce que, sur celui du 14, il les

^ Ixées définitivement dans Alexandrie, lieu de

^^r destination.

^on - seulement ces divers rapports ont appris ^^ sultan que ses ordres avaient été remplis, ^^ il a pu suivre, sans sortir de son cabinet, le ^^X)grès de la marche de ses voiles, comme si elles ^tissent cheminé sous ses yeux.

Par ce procédé si simple, un seul regard porlé ^r la carte marine pouvait donner à tout instant

3SK APPENdlCt:

à Sa Hauiesse lajiosîtîuii certaine de loutes forces navales.

Une carte pareille de ses états de terre fei devait offrir les mêmes indices. Quant à Vm de terre , des drapeaux de différentes formes i*aient figuré les diverses armes , divisées en 1 gades j régiments , bataillons , etc. , comme ai d'autres signes auraient représenté les batte d'artillerie, les trains du génie, des hôpitaux, i

Chaque troupe eût été placée sur les cartes d le poste qu'elle occupe, et ses mouvements l'aient été indiqués comme il vient d'être dit p la marine. Par cette combinaison, Foeil du sol eût pu suivre la marche d'un i*égiment envoyé Constant inople à Tannée du Taurus, au moyen son drapeau, fixé chaque soir sur je lieu d'éiai t|ui lui était assigné.

Un autre avantage résultait de ce système. S |30sez une révolte éclatant sur un point du te toire , ou Tarrivée d'un avis portant que lemM menace d'une attaque dans telle direction, fsr regard jeté sur la carte on eût vu de suite d' Ion pouvait faire marcher des troupes vers point en danger, avec le plus de rapidité et moins de dépense.

La même méthode était applicable aux fiitf ces. Le tableau relatif à celte partie eût présa^ à l'œil la situation exacte des ressources, par vision, en exislanl en caisse, on rentrées préwn

APPt:NI>l(:E. 359

«n disponible. Cet ordre eût facilité les mouvements (le fonds diaprés les besoins qui se seraient ' foanifeslés.

Tous les autres services étant amenés à de sem- ^/ables dispositions, le désordre eût fait place à un ordre régulier, dont l'état se fût bien trouvé.

Le sultan ne régnera réellement que du jour où 5^dle institution sera en pleine organisation et en activité. Jusque là , ce prince sera le jouet de l'in- ^''^S^e , et le plus mal informé de son empire des faits qu'il lui importerait le plus de connaître.

L'auteur du présent projet se chargeait de l'organisation du cabinet de gouvernement, et de ™^ltre, en peu de temps, en état de le diriger le f^^nctionnaire dont Sa Hautesse aurait fait choix. Des élèves musulmans devaient être attachés à ^^^ établissement. L'instruction et l'expérience S^'ils y auraient acquises en eussent fait des sul^*s précieux pour l'avenir.

L'économie devant toujours être la première ^^s nécessités à consulter , l'auteur avait eu soin ^^ faire remarquer que la formation du cabinet de Soiivernement n'entraînait que de légers débours, ^^ qu'une fois installé, il n'exigeait plus que le Claire du directeur et des oncouragenienls aux

Ce premier travail accompli, il offrait de donner ^^ mêmes soins aux cinq autres propositions con- ^ïiues dans le Mémoire précédent . dans la vue de

360 APPKNhICK.

remplir les engagements qu'il avaii contractés visà-vis du gouvernement de Sa Hautesse.

Pour bien juger la nature et les difficultés de la mission que le Français s'efforçait d'accomplir, il ne faut pas perdre de vue à qui il avait affaire.

Le gouvernement turc est au plus bas degré de l'intelligence nécessaire aux hommes appelés à manier les intérêts d'un pays. Nous croyons l'avoir démontré par la longue série de faits passés sous les yeux du lecteur, qui sont aussi vrais qu'ils paraissent incroyables.

Celte épaisse ignorance , qui caractérise les hommes d'état chez les Turcs , n'est devenue si saillante et si complète que depuis les réformes du sukan Mahmoud. Avant cette révolution dans les mœurs, les usages, les pratiques, les principes, ce peuple avait ses habitudes , ses règles , une marche dans les affaires, qui dataient de son origine. Chacun y était fait. Les doctrines se perpétuaient , et les gens qui arrivaient au pouvoir en étaient nourris.

L'ensemble de ce système était pitoyable et ne pouvait durer encore longtemps. Mais rien n'était choquant dans les détails, parce que tout était en harmonie.

Mais du jour où la perturbation s'est mise dans cet ordre ancien , par l'introduction <le nouvelle* idées non encore définies, et que personne n& comprenait; du moment où l'on a imaginé d(7"

APPENDICK. 361

«'aiisforiaer de loui*ds automates en ministres

Oïusqués a Teuropéenne , on a dû s'attendre à la

P'us triste confusion. C'est là ce qu'on voit aujour-

^ ktû à Gonstantinople , et c'est le produit le plus

''et des réformes.

^ à cette incapacité , qui est le type des gouvernants turcs, vous joignez le mauvais vouloir si P'ononcé , si visible dans tous les actes , vous ^rez la cause des maux que nous n'avons qu'in- ^■ïïplètement énumérés.

'l De reste , pour achever de rembrunir ce ta- '^^Uy que de songer à quelle impuissance est '^Uit le sultan , par l'ignorance et l'isolement où ^^ ^maintient ; et avec ce nouvel indice, on com- I^^^Odra que toute amélioration est impossible au ^^Heu d'un tel chaos.

^'était cependant de cette situation déplorable, ^^ ^près l'avoir bien étudiée, nous nous efforcions ^ tirer le plus malheureux des princes. 1^ fait décisif eût été de le ramener à la con- ^^^sance de ce qui se passe autour de lui. C'était ^ but de la formation du cabinet de gouvernement.

Ce fut malheureusement à Réehild que le projet ^H dut être remis, puisqu'il l'avait demandé et ^'il était l'intermédiaire obligé entre les étrangers et son gouvernement.

Plus malheureusement encore, il exigea, malgré la répugnance hautement manifestée de l'auteur ,

:W)2 APFEMUCL.

que le haineux prince do Sanios examinât ce piiijet , poiir en faire le rapport. Il voulut même que toutes les explications verbales sur le mécanisme du cabinet fussent données à ce perfide Hellène.

Celui-ci était bien en état d'apprécier les propositions. Ce n'est pas l'intelligence qui lui manque : il en a autant que de mauvaise foi, et Ton ne peut rien dire de plus.

Aussi jugoa-t-il dupi*emiercoupd'œil l'importance de la communication , et déclara-t-il qu'il no s'en remettrait a personne de sa traduction. Il avait ses raisons. En s'en chargeant, la connaissance do ce travail se concentrait entre Réchild et lui. 11 leur était facile de le dénaturer ou même de le faire entièrement disparaître.

C'est ce qui est arrivé, car l'issue de celte pro* duction a été des remerciements pour celui qui ' l'avait conçue, et une effusion de regrets sur ce qu'on ne pouvait pas utiliser ses services.

L'intervention du prince de Samos , à laquelle on était loin de s'attendre, avait in*oduit son elTei. Nous n'en fûmes nullement surpris.

Cet homme était resté dans son rôle en s'opposant à des mesures qui devaient arrêter le cours de ses intrigues et nuire aux intérêts auxquels il est dévoué; car elles replaçaient le sultan dans la plénitude de son [)Ouvoir, dont ses ministi'os se jouent , ceriains qu'ils sont qu'il ignore leurs menées.

Peul-être aussi ce Grec entrevit-il que le réveil

iJo Sa Hautesse, de sa longue somnolence, le con-

<iuirait à faire quelques exemples sévères sur les

traîtres qui l'ont si longtemps abusé. Et qui, plus

que Stéphanaki, Vogoridès ou le prince de Samos^

ainsi qu'on peut le nommer, devait frissonner à

^ette pensée ?

Réchild, devenu la dupe de cet homme, dont

i' n'avait entendu faire qu'un instrument, ou tout

^u plus un complice, a reconnu , de son côté, que

''institution d'un cabinet de gouvernement devait

^^tK>utir à restreindre son influence, à réduire à sa

J^ste valeur la capacité extraordinaire qu'on lui

^^cordait de conûance. et à le placer, si nonob-

^^^tkl il restait au pouvoir, dans la dépondanci»

" ^11 maître qu'il s'était flatté de gouverner à son

^^^- Que de motifs pour le déterminer à faire

^^orter ce projet I

Cles deux êtres perfides , associés pour la l'uine

^^ lf?ur maître et de leur pays , prirent le parti le

P*Ub sûr pour conjurer l'orage qu'ils entrevoyaient

P^êt à fondre sur leur tête. Certains que le dégoût

^^ ^ne juste susceptibilité empêcheraient l'auteur

^^ revenir en Turquie, s'il s'en était une fois

^*oîgné, ils lui ôtèrent tout espoir d'ôrre employé

P^ï* la sublime Porte.

llsont deviné juste ; mais ils n'empêcheront pas ^^e les idées qu'ils ont repoussées ne soieni apl^ï^éciées par tous les bons esprits, et (|ue (|uel(|uc*

serviteur fidèle de Sa Hautesse , ou quelque légation aDfûe y ne fasse parvenir la présente publication à sa connaissance.

Le cas arrivant, le sultan, digne, par ses inten^ lions et par ses hautes.qualités, d'être mieux servi qu'il ne Ta été jusqu'à ce jour, pourra puiser dans ce tableau fidèle de sa situation , les moyens d'é* chapper au sort (îineste dont il est menacé.

âPi^roraboitt

On a pu voir, dans le cours de nos récits, avec quelle persistance nous avons insisté, en toute occasion, sur les bonnes intentions du sultan Mahmoud. Sa vigueur, son énergie, sa constance dans une œuvre aussi difficile que périlleuse , entreprise de conviction, et justiûée, dans son principe, par des résultats réels , nous avaient inspiré une admiration profonde pour Thomme capable d'une telle résolution.

C'est sous l'empire de cette fascination que nous arrivâmes à Constant inople, dans l'automne de 1836, et que nous en sommes parti aux approches de l'été de 1838.

Rien n'avail marché, copendanl , dans celte

M\€y PËUOIIAISO.N

r:i|iiialc pendiuit le sôjour (|iio nous y avions (ait, ot nous avions encore sous les yeux , au inomeni (le la quitter, le s|>eclaele dt'plorable, qui nous avait Irappcî a notre arrivée, d'institutions renversées , sans que rien de rationnel ne les eût remplacées.

Une explication de ce désordre moral s'était révélée à nous dès notre début, et chaque jour nous avions été confirmé dans l'opinion que le bien . ouvrage de Sa Hautesse, n'était combattu que par le mauvais esprit des dépositaires de son pouvoir.

Cette manière de juger la situation trouvait une approbation unanime dans sa seconde partie, surtout dans les subordonnés des ministres^ dans les hommes même admis à leur conliance.

Quant à la i)remière , il y avait désaccord , et , ce qui est remarquable, c*est <]ue la nég^atiou était professée |>ar les individus les plus laits pour avoir une opinion raisonnée.

Très-peu de gens accordent au sultan ces bonnes intentions que nous lui avons attribuées.

Ce n'est point à leurs yeux, dans des vues d'humanité, de bienfaisance , d'une vraie gloire y qu'il a c(mçu et ébauché ses réformes.

Son premier mobile aurait été une soif sissez légitime de venge^mce du sang des siens versé sous ses yeux, et des angoisses dans lesquelles il a v(*cu pendant ses trente premières années.

Le secomi mobile , nous ne pouvons encore le

PÈHOKAISON. M\l

blâmer eu ceci , sorail le regret d(* la [XTle de l'ancienne grandeur de sa couronne, et la conviction de ne pouvoir la relever avec les forcées u&ées de la vieille constitution de Tempire.

Mais des vues favorables à fétat de ses i>euplcs, dit-on généralement, il n'en est entré aucune tlans Tesprit de ce prince.

L'ne autre preuve, ajoute-t-on , que nulle idé<* bienfaisante no s'est in:uiifestée au milieu des actes sa toute-puissance, c'est que ses sujets, ruinés us ce règne par la perturbation de toutes choy n'ont été dédommagés par aucune (!is{K)si- ^on utile.

On voit, en effet, en Turquie bien des instituerons renversées à coup de boutoir. C'est à cela ®^^ qu'on a réussi, i^arce qu'il ne fallait que de la '^«xe sans le concours de l'intelligence. Pour des ^^constructions, on les cherche vainement. Il ne * ^n révèle aucune.

A quelques-unes des parties mutilées on a ^^listituédes analogues pris dans les usages d(^ la ^^^rétienté ; mais ce n'est que le squelette (pi'on *^t a emprunté : res|)rit qui anime n'a pas i^iv *«liiporté.

Ce qui condamne encore le sultan aux yeux de

^aucoup de gens, ce sont les mauvais choix <le

*^s ^ents, et le lai ssei'-a lier qui autorise la per-

\H^luation de leur affreuse tyrannie. Cette consi-

*lération est surtout décisive |)our qu'on classe ce

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